IV. IJE MULETIER
NOUVBLLB TIEBB DB BOCCACB.
Un roi lombard (les rpis de ce pays Viennent souvent sPoffrûr à ma mémoire ) : Ce dernier-ci, dont parle en ses écrits Maître Boccace, auteur de cette histoire, Portoit le nom d' Agilnf en son temps.
Il épousa Tendelingue la belle.
Veuve du roi dernier mort sans enfimts , Lequel laissa l'état sous la tutelle De celui-ci, prince sage et prud^t.
Nulle beauté n'étoit alors égale A Tendelingue; et la couche royale De part et d'autre étoit assurément Aussi complète, autant bien assortie Qu'elle fat on|% quand messer Cupidon En badinant fit choir de son brandon Chez Agiluf, droit dessus l'écurie. Sans prendre garde, et sans se soucier En quel endroit; dont avecque furie Le feu se prit au cœur d'im muletier.
Ce muletier étoit homme de mine.
Et démentoit en tout son origine.
Bien fait et beau , même ayant du bon sens. Bien le montra; car, s'étant de la reine Amouraché , qiiand il eut quelque temps Fait ses efforts et mis tonte sa peine Pour se guérir sans pouvoir rien gagner, Le compagnon fit un tour d'homme habile.
Maître ne sais meilleiur pour enseigner Que Cupidon ; l'ame la moins subtile Sous sa férule apprend plus en on jour, Qu'un maltre-èsnarts en dix ans aux écoles. Aux plus grossiers , par un chemin bien coort , Il sait montrer les tours et les paroles. Le présent conte en est un bon témoin.
Notre amoureux ne songeoit , près ni loin , Dedans l'abord à jouir de sa mie '.
' Jamais.
' Amie . maîtresse chérie.
CONTES ET NOUVELLES
Se déclarer de bouche ou par écrit N'étoit pas sâr. Si ■ se mit dans l'esprit, MounU ou non y d'en passer son envie , Puisqn'aussi bien plus vivre ne ponvoit ; Et mort pour mort, toujours mieux lui valoit, Auparavant que sortir de la vie, Eprouver tout, et tenter le hasard.
L'usage étoit chez le peuple lombard , Que quand le roi, qui falsoit lit à part (Conmie tous font), vouloit avec sa femme Aller coucher, seul il se présentoit Presque en chemise, et sur son dos n'avoit Qu'une simarre : à la porte il frappoit Tout doucement ; aussitôt une dame Ouvroit sans bruit; et le roi lui mettoit Entre les mains la clarté qu'il portoit. Clarté n'ayant grand'lueur ni grand'flamme. D'abord la dame éteignoit en sortant Cette clarté : c'étoit le plus souvent Une lanterne, ou de simples bougies.
Chaque royaume a ses cérémonies.
Le muletier remarqua celle-ci.
Ne manqua pas de s'ajuster ainsi ; Se présenta comme c'étoit l'usage , S'étant caché quelque peu le visage.
La dame ouvrit dormant plus d'à demi.
Nul cas n'étoit à craindre en l'afenture, Fors * que le roi ne vint pareUlement. Mais ce jour-là , s'étant heureusement Mis à chasser, force étoit que nature Pendant la nuit cherchât quelque repos.
Le muletier, frais, gaillard , et dispos ^ Et parfumé, se coucha sans rien dire.
Un autre point, outre ce qu'avons dit , C'est qu'Agiluf , s'il avoit en l'esprit . Quelque chagrin , soit touchant son empire , Ou sa famille, ou pour quelque autre cas, Ne sonnoit mot en prenant ses ébats.
A tout cela Teudelingue étoit faite.
Notre amoureux fournît plus d'une traite , ( Un muletier à ce jeu vaut trois rois) Dont Teudeiingne entra par plusieurs fois En pensemeaft' , et crut que la colère Rendoit le prince , outre son ordinaire, Plein de transport, et qu'il n'y songeoit pas. En ses présents le ciel est toujours juste; Il ne départ à gens de tous états IVIèmes talents. Un empereur auguste A les vertus propres pour commander;
< Pourtant.
3 Honnis.
^ En pensée.
Un magistrat sait les points décider :
Au jeu d'amour le muletier fait rage, Chacun son fait; nul n'a tout en partage.
Notre galant, s'étant diligente.
Se retira sans bruit et sans clarté , Devant l'aurore. Il en sortoit à peine, Lorsqu'Agiluf alla trouver la reine.
Voulut s'ébattre, et l'étonna bien fort. Certes , monsieur, je sais bien , lui dit-elle, Que vous avez pour moi beaucoup de zèle; Mais de ce lieu vous ne foites encor Que de sortûr : même outre l'orduiaire En avez pris et beaucoup plus qu'assez. Pour Dieu , monsieur, je vous prie, avisez Que ne soit trop; votre santé m'est chère.
Le roi fut sage et se douta du tour, Ne sonna mot , descaidit dans la cour.
Puis de la cour entra dans l'écurie , Jugeant en lui que le cas provenoit D'un muletier, comme l'on lui parloit.
Toute la troupe étoit lors endormie.
Fors ' le galant, qui trembloit pour sa vie. Le roi n'avoit lanterne ni bougie.
En tâtonnant il s'approcha de tous ; Crut que l'auteur de cette tromperie Se connoltroit au battement dn pouls.
Pomt ne faillit dedans sa conjecture ; Et le second qu'U tâta d'aventure Étoit son homme, à qui d'émotion , Soit pour la peur, ou soit pour l'action, Le cœur battoit, et le pouls tout ensemMe. Ne sachant pas où devoit aboutir Tout ce mystère , il feignoit de dormir. Mais quel sommeil ! Le roi , pendant qu'il treml En certain coin va prendre des ciseaux Dont on coupoit le crin à ses chevaux. Faisons, dit-il, au galant une marque, Pour le pouvoir demain connoitre mieux.
Incontinent de la main du monarque Il se sent tondre. Un toupet de cheveux Lui fut coupé, droit vers le front dn sire; Et cela fait, le prince se retire.
Il oublia de serrer le toupet;
Dont le galant s'avisa d'un secret
Qui d'Agiluf gâta le stratagème.
Le muletier alla , sur l'heure même ,
En pareil lien tondre ses compagnons.
Le jour venu , le roi vit ces garçons
Sans poil au front. Lors le prince en son amc
I ' Excepté.