‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 117 sur 670 · DES TROIS COMMERES, OÙ SONT DEUX NOUVELLES TIRÉES DE BOCCACE · texte numérisé non relu

DES TROIS COMMERES, OÙ SONT DEUX NOUVELLES TIRÉES DE BOCCACE

Après bon vin , trois commères un jour S'eutretenoient de leurs tours et prouesses. Toutes avoient un ami par amour^ Et deux étoient au logis les maltresses. L'une disoit : J'ai le roi des maris ; n n'en est point de meilleur dans Paris. Sans SOD congé je vas par-tout m'ébattre : Avec ce tronc j'en ferois un plus fin. n ne fiiut pas se lever trop matin Pour lui prouver que trois et deux font quatre. Par mon serment! dit une autre aussitôt, Si je l'avois , j'en ferois une étrenne ; Car, quant à moi , du plaisir ne me chaut ' ,

< Ne me MMicie , du verbe chaloir.

A moins qu'il soit mêlé d'un peu de peine. Votre époux va tout ainsi qu'on le meiiie' ; Le mien n'est tel, j'en rends grâces à Dieu. Bien sauroit prendre et le temps et le lieu, Qui tromperoit à son aise un tel homme. Pour tout cela ne croyez que je chomme* : Le passe-temps en est d'autant plus doux; Plus grand en est l'amour des deux parties. Je ne voudrois contre aucune de vous, Qui vous vantez d'être si bien loties , Avoir troqué de galant ni d'époux.

Sur ce débat , la troisième commère Les mit d'accord; car elle (ut d'avis Qu'Amour se plaît avec les bons maris, Et veut aussi quelque peine l^ère.

Ce pomt vidé, le propos s'édiauffont , Et d'en conter toutes trois triomphant, Celle-ci dit : Pourquoi tant de paroles? Voulez-vous voir qui l'emporte de nous?

Laissons à part les disputes frivoles : Sur nouveaux frais attrapons nos époux.

Le moms bdh tour payera quelque amende.

Nous le voulons , c'est ce que Ton demande Dvent les deux. Il fiant ttirt serment Que toutes trois, sans nul déguisement » Rapporterons, l'af&ire étant passée.

Le cas au vrai; puis pour le jugement On en croira la comm^« Macée.

Ainsi fut dit, ainsi l'on l'accorda.

Voici comment chacune y procéda.

Celle des trois qui plus étoit contrainte Aimoit alors un beau jeune garçon.

Frais , délicat, et sans poil au menton ; Ce qui leur fit mettre en jeu cette feinte. Les pauvres gens n'avoient de leurs amour Encor joui , sinon par échappées :

Toujours falloit forger de nouveaux tours, Toujours chercher des maisons empruntée Pour plus à l'aise ensemble se jouer, La bonne dame habille en chambrière Le jouvenceau , qui vient pour se louer, D'un air modeste, et baissant la paupière. Du coin de l'œil l'époux le regardoit, Et dans son cœur déjà se proposait De rehausser le linge de la fille.

Bien lui sembloit, en la considérant, N'en avoir vu jamais de si gentille.

' La Fontaine a écrit meine , au lieu de mrne , pour * chomme est ainsi écrit dans toutes les éditions du { La Fontaine.

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