LIVRE IL
Avec aiaiiit autre dieo non moins extravagant ; Part ' demenre sur pied en la même posture.
On anroit ri de l'aventure Si la belle avec lui n'eût tombé dedans l'eau. Hi^Ml se Jette après : l'un et l'autre vaisseau , Malmené du combat, et privé de pilote, Ao gré d'Eole et de Neptune flotte.
La mort fit lâcher prise au géant pourfendu. L'infknte , par sa robe en tombant soutenue ,
Fut bientôt d'Hispal secourue.
Nager vers les vaisseaux eût été temps perdu ;
Us étoient presque à demi-mille :
Ce qu'il jugea de plus facile
Fut de gagner certains rochers Qui d'ordinaire étoient la perte des nochers , Et furent le salut d'Hispal et de l'infante. Aucuns ont assuré , comme chose constante , . Que même du péril la cassette échappa;
Qu'à des cordons étant pendue ,
La belle après soi la tira :
Autrement elle étoit perdue.
Notre nageur avoit l'infante sur son dos.
Le premier roc gagné, non pas sans quelque peine,
La crainte de la faim suivit celle des flots;
Nul vaisseau ne parut sur la liquide plaine.
Le jour s'achève ; il se passe une nuit : Point de vaisseau près d'eux par le hasard conduit;
Point de quoi manger sur ces roches.
Vmlà notre couple réduit A sentir de la faim les premières approches ; Tous deux privés d'espoir, d'autant plus malheureux
Qu'aimés aussi bien qu'amoureux , Us perdoîent doublement en leur mésaventure. Après s'être long-temps regardés sans parler : llispal , dit la princesse , il se faut consoler; Les pleurs ne peuvent rien près de la parque dure; Nous n'en mourrons pas moins : mais il dépend de nous
D'adoucir l'aigreur de ses coups; Cest tout ce qui nous reste en ce malheur extrême. Se consoler ! dit-il; le peut-on quand on aime? Ah! si... Mais non, madame, il n'est pas à propos
Que vous aimiez ; vous seriez trop à plaindre. Je brave à mon égard et la faim et les flots : Mais jetant l'oeil sur vous, je trouve tout à craindre.
La princesse, à ces mots, ne se put plus contraindre: Fleurs de couler, soupirs d'être poussés ,
Regards d'être au ciel adressés , Et puis sanglots, et puis soupirs encore.
En ce même langage llispal lui repartit ,
* l'oe partie.
Tant qu'enfin un baiser suivit :
S'il fut pris ou donné , c'est ce que l'on ignore.
Après force vœux impuissants, Le héros dit : Puisqu'en cette aventure Mourir nous est chose si sûre, Qu'importe que nos corps des oiseaux ravissants Ou des monstres marins deviennent la pâture ? Sépulture pour sépulture , La mer est égale, à mon sens.
Qu'attendons-nous ici qu'une fin languissante? Seroit-il point plus à propos De nous abandonner aux flots?
J'ai de la force encor ; la côte est peu distante ; Le vent y pousse; essayons d'approcher;
Passons de rocher en rocher; J'en vois beaucoup où je puis prendre haleine. Alaciel s'y résolut sans peine.
Les revoilà sur l'onde ainsi qu'auparavant,
La cassette en laisse suivant.
Et le nageur, poussé du vent.
De roc en roc portant la belle :
Façon de naviger ' nouvelle.
Avec l'aide du del et de ces reposoirs. Et du dieu qui préside aux liquides manoirs, Hispal n'en pouvant plus de faim, de lassitude.
De travail, et d'inquiétude
( Non pour lui , mais pour ses amours ),
Après avoir jeûné deux jours ,
Prit terre à la dixième traite,
Lui , la princesse , et la cassette.
Pourquoi , me dira-t-on , nous ramener toujours Cette cassette? est-ce une circonstance
Qui soit de si grande importance?
Oui , selon mon avis; on va voir si j'ai tort.
Je ne prends point ici l'essor,
Ni n'affecte de railleries.
Si j'avois mis nos gens à bord
Sans argent et sans pierreries ,
Seroient-ils pas demeurés court?
On ne vit ni d'air ni d'amour.
Les amants ont beau dire et faire, n en faut revenir toujours au nécessaire. La cassette y pourvut avec maint diamant. Hispal vendit les uns , mit les autres en gages; Fit acliat d'un château le long de ces rivages : Ce château , dit l'histoire , avoit un parc fort grand; Ce parc, un bois; ce bois, de beaux ombrages;
Sous ces ombrages nos amants
Passoîent d'agréables moments.
' i\aviger. poar naviguer, dans les éclittoas du temps.
CONTES ET NOUVELLES
Voycf combien voilà de ciioses enclialnées. Et par la cassette amenées.
ijr an fond de ce bois an certain antre étoit , Sourd et muet, et d'amoureuse afTaire ; Sombre sur-tout : la nature sembloit L'avoir mis là non pour autre mystère.
Nos deux amants se promenant un jour, Il arriva que ce fripon d'Amour Guida leurs pas vers ce lieu solitaire.
Clhemin faisant , Hispal expliquoit ses désirs.
Moitié [lar ses discours, moitié par ses soupirs, Plein d'une ardeur imi)atiente :
La princesse écoutoit incertaine et tremblante.
Nous voici , disoit-il, en un bord étranger, Ignorés du reste des hommes ; Profitons-en; nous n'avons à songer Qu'aux douceurs de l'amour, en l'état où nous sonunes. Qui vous relient ? on ne sait seulement Si nous vivoiLs ; peut-être en ce moment Tout le monde nous croit au corps d'une baleine. On favorisez votre amant , Ou qu'à votre époux il vous mène.
Mais pourcpioi vous mener ? vous pouvez rendre heu- Celui dont vous avez éprouvé la constance, [reux Qu 'attendez-vous pour soulager ses feux? N'est-il point assez amoureux? Et n'avez-vons point fait assez de résistance ?
Ilispal haranguoit de façon
Qu'il auroit écIiaufTé des marbres , Tandis qu'Alaciel, à l'aide d'un poinçon, Faisoit semblant d'écrire sur les arbres.
Mais l'amour la faisoit rêver
A d'autres choses (ju'à graver
Des caractères sur l'écorce.
Son amant et le lieu i'assuroient du secret :
C'étoit une puissante amorce.
Elle résisloit à regret :
Le printemps par malheur étoit lors en sa force.
Jeunes cœurs sont bien emi»èithés
A tenir leurs désirs cachés ,
Klaut pris par tant de manières.
Combien en voyons-nous se laisser pas à pas
Kavir jus(ju'aux faveurs dernières.
Qui dans l'abord ne croyoient pas
Pouvoir «iccorder Ica premières !
Amour, sfins qu'on y [lensc , amène ces nislanls :
Mainte filh* a [lerdu ses gants.
Va fenuiie au parlir s'est trouvée,
Qui ne s;iit la plupart du temps
(kiuHnc la chose est arriva.
Près de Taiitre venus . noire amant |>ro|N»s«'i
D'entrer dedans. La belle s'excusa , Mais malgré soi déjà presque vaincne.
Les services d'IIlspal en ce même moment
Lui reviennent devant la vue ; Ses jours sauvés des flots, son lionDenr d'an génl:
Que loi demandoit son amant?
Un bien dont elle étoit à sa valeur tenue: Il vaut mieux, disoit-il, vous en faire on ami, Que d'attendre (fu'un homme à la mine hagwk Vous le vienne enlever : madame, songez-y;
L'on ne sait pour qui Ton le garde.
L'infante à ces raisons se rendant à demi ,
Une pluie acheva rafTaûre.
Il fallut se mettre à l'abri :
Je laisse à penser où. Le reste du mystère
Au fond de l'antre est demeuré.
Que l'on la blâme ou non, je sais plus d'une belle
A qui ce fait est arrivé , Sans en avoir moitié d'autant d'excuses qu'elle.
L'antre ne les vit seul de ces douceurs jouir:
Rien ne coûte en amour que la première peine.
Si les arbres parloient , il feroit bel onfr Ceux de ce liois; car la forêt n'est pleine Que des monuments amoureux
Qu'IIispal nous a laissés , glorieux de sa proie.
On y verroit écrit : « Ici pâma de joie Des mortels le plus heureux :
lA mourut un amant sur le sein de sa dame: En cet endroit , mille baisers de flamme Furent donnés, et mille antres rendos. »
Le parc diroit beaucoup, le château beanooop|iloi* Si cliiUeaux avoient une langue.
1^*1 chose en vint au point que, las de tant d'imoiir,
Nos amants à la lin regrettèrent la cour.
La belle s'en ouvrit , et voici sa liarangue :
Vous m'êtes cher, Ilispal ; j'aurois du déplaisir Si vous ne iiensiez pas <|ue toujours je vous aime. I\Iais (|u'est-ce qu'un amour sans crainte et 8ansd^
Je vous le demande à vous-même. [sir'
Ce sont des feux bientôt passés Que ceux qui ne sont point dans leur cours traver-
n y faut un peu de contrainte. [s^*
Je crains fort qu'à la fin ce séjour si charmant Ne nous soit un désert, et puis un monument.
Ilisfial , ôtez-moi celle crainte.
Allez-vous-en voir promptement Ce ((u'on croira de moi dedans Alexandrie, Quand on saura ({ue nous sommes en vie.
Déguisez bien notre w^jour:
Dites que vous venez préparer mon retour. Et faire qu'on m'envoie une escorte si siire ,
Qu'il n'arrive |>his d'aventure.