‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 126 sur 670 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Groyez-inoi , voos n*y perdrez rien:

Trouvez seiUement le moyen De me suivre en ma destinée Ou de fiUage', ou d'hyménée; Et tenez pour cliose assurée Que , si je ne vous fais du bien y Je serai de près éclairée.

Que ce fAt ou non son dessein, Pour se servir d'Uispal il falloit tout promettre. Dès qu'il trouve à propos de se mettre en chemin, L'infante pour Zalr le cliarge d'une lettre. Il s'embarque, il fait voile; il vogue, il a bon vent. Il arrive à la cour, où chacun lui demande S*il est mort, s'il est vivant, Tant la surprise fut grande; En quels lieux est l'infante, enfin ce qu'elle fait.

Dès qu'il eut à tout satisfait.

On fit partir une escorte puissante.

Ilispal fut retenu; non qu'on eût en effet

Le moindre soupçon de l'infante.

Le chef de cette escorte étoit jeune et bien fait. Abordé près du parc, avant tout il partage Sa troupe en deux , laisse l'une au rivage;

Va droit avec l'autre au château.

ïjk Iwauté de Finfanle étoit lieaucoup accrue : Il en dennt épris à la première vue ; Mais tellement épris , qu'attendant qu'il fit beau , Pour ne point perdre temps, il lui dit sa pensée.

Elle s'en tint fort offensée,

£t l'avertit de son devoir.

Témoigner en tel cas un peu de déses|ioir

Est quelquefois une boime recette.

C*cst ce que fait notre lionmie : il forme le dessein

De se laisser mourir de faim; Car de se poignarder la diose est trop tùt faite :

On n'a pas le temps d'en venir Au repentir.

D'abord Alaciel rioit de sa sottise.

L'n jour se passe entier, lui sans cesse jeAnant,

Klle toujours le détournant

D'une si terrible entreprise.

Le sei'ond jour commence à la toucher.

Elle rêve à cette aventure :

Laisser mourir un lionuue , et pouvoir Tempècher !

C'est avoir Tanie un peu trop dure.

Par pitié donc elle condescendit

Aux volontés du capitaine,

Kt cet oflice lui rendit ( laiement, de bonne grâce, et sans montrer de peine : Autrement le remède eiU été sans effet.

' Olihal.

Tandis que le galant se trouve satisfait.

Et remet les autres affaires.

Disant tantôt que les vents sont contraires. Tantôt qu'il faut radouber ses galères

Pour être en état de partir;

Tantôt qu'on vient de l'avertir

Qu'il est attendu des corsaires :

Un corsaire en effet arrive, et surprenant

Ses gens demeurés à la rade, Les tue, et va donner au château l'escalade : Du fier Grifonio c'étoit le lieutenant.

Il prend le château d'emblée.

Voilà la fête troublée.

Le jeôneur maudit son sort.

Le corsaire apprend d'abord

L'aventure de la belle;

Et, la tirant à l'écart,

II en veut avoir sa part.

Elle fit fort la rebelle.

Il ne s'en étoima pas ,

N'étant novice en tel cas.

Le mieux que vous puissiez faire.

Lui dit tout franc ce corsaire ,

C'est de m'avoir pour ami ;

Je suis corsaire et demi.

Vous avez fait jeûner un pauvre misérable Qui se mouroit pour vous d'amour; Vous jei^nerez à votre tour.

Ou vous me serez fevorable.

1^ justice le veut : nous autres gens de mer Savons rendre à chacun selon ce qu'il mérite:

Attendez-vous de n'avoir à man^r Que quand de ce côté vous aurez été quitte. Ne marcliandez point tant, madame, et croyez-moi. Qu'eôt fait Alaciel ? force n'a point de loi. S'accommoder à tout est chose nécessaire. Ce qu'on ne voudroit pas , souvent il le faut faire , Quand il plaît au destin que l'on en vienne là ; Aufniienter sa souffrance est une erreur extrême : Si iKir pitié d'autrui la belle se força , Que ne point essayer par pitié de soi-même ? Elle se force donc , et prend en gré le tout. Il n'est afDiction dont on ne vienne à bout.

Si le corsaire eôt été sage , Il edi mené l'infante en un autre rivage.

Sa^ en amour? hélas ! il n'en est (Miint. Tandis que celui-ci croit avoir tout à p4)int.

Vent pour |)«irtir, lieu propre pour attendre. Fortune, (|ui ne dort que lors(|ue nous veillons, Kt veille quand nous sommeillons , Lui trame en secret cet esclandre.

CONTES ET NOUVELLES

Le seigneur d'un château voisin de celui-ci ,

Homme fort ami de la joie,

Sans nulle attache , et sans souci Que de chercher toujours quelque nouvelle proie,

Ayant eu le vent des beautés,

Perfections , conunodités ,

Qu'en sa voisine on disoit être, Ne songeoit nuit et jour qu'à s'en rendre le maître : Il avoit des amis, de l'argent, du crédit,

Pouvoit assembler deux mille hommes.

Il les assemble donc un beau jour, et leur dit :

Souffrirons-nous , braves gens que nous sommes, Qu'un pirate à nos yeux se gorge de butin, Qu'il traite conmie esclave une beauté divine?

Allons tirer notre voisine

D'entre les griffes du mâtin.

Que ce soir chacun soit en armes , Mais doucement et sans donner d'alarmes :

Sous les auspices de la nuit.

Nous pourrons nous rendre sans bruit Au pied de ce château , dès la petite pointe Du jour.

I^ surprise à l'ombre étant jointe Nous rendra sans hasard maîtres de ce séjour. Pour ma part du butin je ne veux que la dame : Non pas pour en user ainsi que ce voleur;

Je me sens un désir en l'ame De lui restituer ses biens et son honneur. Tout le reste est à vous , honunes , chevaux , bagage , Vivres, munitions, eniin tout ré(|uipage Dont ces brigands ont empli la maison.

Je vous demande encore un don ; C'est qu'on pende aux créneaux, haut et court, le

[ corsaire.

Cette liarangue militaire

l^ur sut tant d'ardeur inspirer.

Qu'il en fallut une autre afin de nimlérer

]^ trop grand désir de bien faire.

Chacun repaît, le soir étant venu :

L'on mange peu , l'on lH)it en récompense :

Quelques tonneaux sont mis sur eu.

Pour avoir fait cette dépense ,

Il s'est gagné plusieurs combats

Tant en Allemagne qu'en France.

Ce seigneur donc n'y manqua pas^

Et ce fut un trait de prudence.

Mainte échelle est portée, et point d'autre embarras. Point de tambours , force boas coutelas ; On part sans bniit , on arrive en silence.

L'orient venoit de s'ouvrir :

C'est un temps où le sonmie est dans sa violence , Et qui par sa fraîcheur nous contraint de donnir.

Presque tout le peuple corsaire.

Du sommeil à la mort n'ayant qu'un pas à fain^ ,

Fut assonuné sans le sentir.

Le chef pendu , l'on amène l'infante.

Son peu d'amour pour le voleur, Sa surprise et son épouvante , Et les civilités de son libérateur, Ne lui permirent pas de répandre des larmet. Sa prière sauva la vie à quelques gens. Elle plaignit les morts , consola les mourants, Puis quitta sans regret ces lieux remplis d'alann On dit même qu'en peu de temps Elle perdit la mémoire De ses deux derniers galants :

Je n'ai pas peine à le croire.

Son voisin la reçut en an appartement

Tout brillant d'or et meublé richement.

On peut s'imaginer l'ordre qu'il y fit mettre.

Nouvel hôte et nouvel amant.

Ce n'étoit pas pour rien omettre :

Grande chère sur-tout , et des vins fort exquis :

Les dieux ne sont pas mieux servis.

Alaciel , qui , de sa vie ,

Selon sa loi , n'avoit bu vin ,

Goi^ta ce soir, par compagnie ,

De ce breuvage si divin.

Elle ignoroit l'effet d'une liqueur si douce ;

Insensiblement fit carrousse ' :

Et conmie amour jadis lui troubla la raison ,

Ce fut lors un autre poison.

Tous deux sont à craindre des dames.

Alaciel mise au lit par ses femmes.

Ce bon seigneur s'en fut la trouver tout d'un pa Quoi trouver? dira-t-on; d'immobiles appas? Si j'en trouvois autant , je saurois bien qu'en fa

Disoit l'autre jour un certain :

Qu'il me vienne une même affaire, On verra si j'aurai recours à mon voisin. Bacchus donc , et Morphée, et l'hôte de la belle

Cette nuit disposèrent d'elle.

Les charmes des premiers dissipés à la fin ,

La princesse , au sortir du somme ,

Se trouva dans les bras d'un homme.

I^ frayeur lui glaça la voix :

Elle ne put crier, et de crainte saisie Permit tout à son luUe, et pour une autre fois

Lui laissa lier la partie.

Une nuit, lui dit-il , est de même que cent, Ce n'est que la première à quoi l'on trouve à dii Alaciel le crut. L'hôte enfin se lassant

Pour d'autres conciuêtes soupire.

> c'est-à-dire but ja<(qu'à en qu'on eût vidé les boateilla juMiu'à |)erdre la raison. Carrowste est dérivé dn mot aBei garant (^araous). qui signittc fin, issue, rnine, ou j

tofalr.

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