‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 128 sur 670 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Quand notre aventurier fit un dernier eflbrt, Repoussa les brigands, reçut une blessure

Qui le mit dans la sépulture,

Non snr-le-cbanip; devant sa mort n pourvut à la belle, ordonna du voyage, En chargea son neveu, jeune homme de courage,

Lui léguant par même moyen Le surplus des faveurs, avec son équipage.

Et tout le reste de son bien.

Quand on fot revenu de toutes ces alarmes , Et que l'on eut versé certain nombre de larmes,

On satisfit au testament du mort ; On paya les faveurs, dont enfin la dernière Echut justement sur le bord De la frontière.

En cet endroit le neveu la quitta.

Pour ne donner aucun ombrage ; Et le gouverneur la guida Pendant le reste du voyage. Au Soudan il la présenta.

D'exprimer id la tendresse.

Ou , pour mieux dire, les transport Que témoigna Zalr en voyant la princesse ,

n fiiudroit de nouveaux efforts , Et je n'en puis plus feire : il est bon que j'imite

Phébus, qui , sur la fin du jour.

Tombe d'ordinaire si court

Qu'on diroit qu'il se précipite.

Le gouverneur aimoit à se faire écouter; Ce fut un passe-temps de l'entendre conter

Monts et merveilles de la dame ,

Qui rioit sans doute en son anie.

Seigneur, dit le bon homme en parlant au Soudan , Hispal étant parti , madame incontinent , Pour fuir oisiveté, principe de tout vice. Résolut de vaquer nuit et jour au ser>'ice D'un dieu qui chez ces geiLs a beaucoup de crédit. Je ne vous aurois jamais dit Tous ses temples et ses chapelles.

Nommés pour la plupart alcôves et ruelles. Là les gens pour idole ont un certain oiseau Qui dans ses portraits est fort lieau , Quoiqu'il n'ait des plumes qu'aux ailes. Au contraire des autres dieux , Qu'on ne sert que quand on est vieux , La jeunesse lui sacrifie.

Si vous saviez Flionnête vie Qu'en le ser>*ant menoit madame Alaciel ,

Vous béniriez cent fois le Ciel De vous avoir donné fille tant accomplie. Au reste, en ces pays on vit d'autre façon

Que parmi vous : les belles vont et viennent ;

Point d'eunuques qui les retiennent; Les hommes en ces lieux ont tous barbe au menton. Madame dès l'abord s'est feite à leur méthode ,

Tant elle est de facile humeur;

Et je puis dire, à son honneur,

Que de tout elle s'accommode.

Zalr étoit ravi. Quelques jours écoulés ,

La princesse partit pour Garbe en grande escorte.

Les gens qui la suivoient furent tous régalés

De beaux présents; et d'une amour si forte Cette belle toucha le cœur de Mamolin , Qu'il ne se tenoit pas. On fit un grand festin ,

Pendant lequel , ayant belle audience , Alaciel conta tout ce qu'elle voulut.

Dit les mensonges qu'il lui pluL Mamolin et sa cour écoutoient en silence. La nuit vint : on porta la reine dans son lit.

A son honneur elle en sortit :

]^ prince en rendit témoignage.

Alaciel , à ce qu'on dit.

N'en demandoit pas davantage.

Ce conte nous apprend que beaucoup de maris Qui se vantent de voir fort clair en leurs affaires N'y vieiment bien souvent qu'après les favoris. Et, tout savants qu'ils sont , ne s'y connoissentguè- Le plus sur toutefois est de se bien garder, [ res.

Craindre tout, ne rien hasarder.

Filles , maintenez-vous : l'affaire est d'importance. Rois de Garbe ne sont oiseaux communs en France. Vous voyez que l'hymen y suit l'accord de près ,

C'est là l'un des plus grands secrets

Pour empêcher les aventures.

Je tiens vos amitic^ fort chastes et fort pures Mais Cupidon alors fait d'étranges leçons.

Kompez-lui toutes ses mesures :

Pourvoyez à la chose aussi bien qu'aux soupçons. Ne m'allez point conter : C'est le droit des garçons. Les garçons sans ce droit ont assez où se prendre. Si quelqu'une pourtant ne s'en pouvoit défendre , I^ remède sera de rû*e en son malheur.

Il est bon de garder sa fleur; Mais , pour l'aYoûr perdue, il ne se faut pas pendre.

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