‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 129 sur 670 · NOUVELLE TIRÉE DE BOCCACE · texte numérisé non relu

NOUVELLE TIRÉE DE BOCCACE

Dame Vénus el dame Hypocrisie Font quelquefois ensemble de bons coups ; Tout homme est homme , et les moines sur tout: Ce que j'en dis , ce n'est point par envie. Avez-vous sœur, fille, ou fenune jolie?

CONTES ET NOUVELLES

Gardez le froc s c'est un maître gonin * ; Vous en tenez , s'il tombe sous sa main Belle qui soit quelque peu simple et neuve. Pour vous montrer que je ne parle en vain , Lisez ceci , je ne veux autre preuve.

Un jeune ermite étoit tenu pour saint, On lui gardoit place dans la légende.

L'homme de Dieu d*une corde étoit ceint , Pleine de nonids; mais sous sa houppelande Logeoit le cœur d'un dangereux paillard. Un chapelet pendoit à sa ceûiture , Long d'une brasse , et gros outre mesure ; Une clochette étoit de l'autre part.

Au demeurant, il faisoit le cafard^ Se renfermoit, voyant une femelle, Dedans sa coque, et baissoit la prunelle : Vous n'auriez dit qu'il eût mangé le lard '.

Un bourg étoit dedans son voisinage.

Et dans ce bourg une veuve fort sage,

Qui demeuroit tout à l'extrémité.

Elle n'avoit pour tout bien qu'une fille ,

Jeune, iugénue, agréable, et gentille;

Pucelle encor, mais, à la vérité,

Moins par vertu que par simplicité ;

Peu d'entregent, beaucoup d'honnêteté;

D'autre dot point , d'amants pas davantage.

Du temps d'Adam, qu'on naissoit tout vêtu.

Je pense bien que la belle en eiH eu ,

Car avec rien on montoit un ménage.

Il ne falloit matelas ni linceul :

Même le lit n'étoit pas nécessaire.

Ce temps n'est plus; hymen, qui marchoit seul.

Mène à' présent à sa suite un notaire.

L'anachorète , en quêtant par le bourg ,

Vit cette fille, et dit sous son capuce :

Voici de quoi; si tu sais quelque tour,

Il te le faut employer, frère Luce.

Pas n'y manqua : voici comme il s'y prit.

Elle logeoit, comme j'ai déjà dit.

Tout près des champs, dans une maisonnette

Dont la cloison par notre anachorète

Étant percée aisément et sans bruit ,

' Gardez-Yous du froc , prenez garde ao froc.

* C'est-à-dire il est fin et rusé. Brantdme parle d'un maftre Conin, fameui mat^iden sous François 1er, et d'un autre maître Gonin . fils du précédent , et beaucoup plus habile, qui vivoit sous Charles IX. Le mot gone , en ancienne langue romane, signifioit tonte sorte d'habillement, et sur-tout une robe de moine. Je crois que le mot gonin en est dérivé.

s Expression proverbiale qui signifie vous l'eussiez cru innocent; vous n'eussiez Jamais pn croire qu'il eût mangé du lard on carême , qu'il eût touché an fruit défendu.

Le compagnon par une belle nuit ( Belle , non pas, le vent et la tempête Favorisoient le dessein du galant ) ; Une nuit donc , dans le pertuls ' mettant Un long cornet, tout du haut de la têle Il leur cria : a Femmes , écoutez-moi. » A cette voix , toutes pleines d'effroi , Se blottissant, l'une et l'autre est en transe. Il continue, et corne à toute outrance : a Réveillez-vous , créatures de Dieu , Toi , femme veuve , et loi , fille puoelk , Allez trouver mon serviteur fidèle L'ennite Luce ; et partez de ce lien Demain matin , sans le dire à personne; Car c'est ainsi que le Ciel vous l'ordonne. Ne craignez point, je conduirai vos pas; Luce est bénin. Toi, veuve, tu feras Que de ta fille il ait la compagnie; Car d'eux doit naître un pape, dont la vie Réformera tout le peuple chrétien. »

La chose fut tellement prononcée , Que dans le lit l'une et l'autre enfoncée Ne laissa pas de l'entendre fort bien.

La peur les tint un quart d'heure en siknoe.

I^ fille enfin met le nez hors des draps. Et puis tirant sa mère par le bras, Lui dit d'un ton tout rempU d'innocence : Mon Dieu ! maman , y faudra-t-il aller? Ma compagnie! hélas! qu'en vent-U fiiire? Je ne sais pas comment il faut parler; Ma cousine Anne est bien mieux son aflkire . Et retiendroit bien mieux tous ses sermons.

Sotte, tais-toi, lui repartit la mère, C'est bien cela ! va , va , pour ces leçons Il n'est besoin de tout l'esprit du monde : Dès la première, ou bien dès la seconde. Ta cousine Anne en saura moins que toi. Oui ! dit la fille; eh ! mon Dieu ! menez-moi Partons bientôt , nous reviendrons an gtte.

Tout doux , reprit la mère en souriant, Il ne faut pas que nous allions si vite; Car que sait-on ? le diable est bien médumt Et bien trompeur. Si c'étoit lui, ma fille. Qui fût venu pour nous tendre des lacs? As-tu pris garde? il parloit d'un ton cas*. Comme je crois que parle la famille De Lucifer. Le fait mérite bien Que sans courir, ni précipiter rien ,

» Ouverture.

a C'est-à-dire d'un ton cassé ou ranque. Cas est ici n Jcclif dont le fiéminin est caëêe.

NnoB noua gardions île noie laisser surpreiulre. Si ta frnycur t'avoit fait mal enlenilre.... Pour moi, j'avoi» i'espril ii>ul tperdu. Non, oon, inamaii. j'ai Torl bieu enimilu, Dit U fillette. Or bien , reprit la mËre, p[iiR((uc ainsi va , meltous-nouA en prière.

Le lendemain . tout le jour se passa

A raisonner, et par-ci, et par-là,

Sur cette vuix , el tiur celle rencontre.

La unit venue , arrive le comeur ;

Il leur cria d'un Ion à faire peur:

> Femme incrédule , et qui vas à rencontre

Des volonté de Dieu tau créateur.

Ne tarde plus, va-l'en trouver l'ermite,

Ou tu nxnirras. » U fillelle reprit :

Ett bien , maman ' l'avois-je pas bien dit P

Mon Dieu ! partons ; allons rendre visite

\ l'homme saini ; je crains tant votre mort

Que j'y courrois, el tout de mon plus fort.

S'il le falloit. Allons donc, dit la mt''rc.

La belle mil son coreet îles bons jours ,

Son (lemi-ceinl ■ , ses iteiidants de velours,

Sans M! douter de ce qu'elle altoil faire:

Jeune fillette a toujoim soin de plaire.

Noire cagot s'éloit m\g aux agticls , Et par un trou qu'il «voit fait exprès A sa cellule , il vouloit que ces femmes Ihe pussent voir, comme uu brave soldat , Le fouet en main , toujours eu un État De pénitence , el de tirer des Qammes Quelque défunt puni pour ses mérails ; Faisant si bien , en frappant loul auprès, Qu'on crAl ouïr cinquante disciplines.

Il n'ouvrit pas à nos deux pèlerines Du premier coup ; et pendant un moment Chacune put l'enlrevoir s' escrimant Uu saint outil. Enfin , U porte s'ouvre , Mail oe ne fut d'un bon Miseuiike'.

1^ papelard eoiitreMl l'Étunné.

Tout en tremblant U veuve lui ddconvru, Non MUS rouRir, le ras comme il étoil. A six pas d'eux la lillctle aliendull LetteilUI, qui fuiquenolic ermite Le» renvoya, fit le bon bypocrite.

Je cr»ns, dit-il , les ruses itu malin :

lin"! chainn J^rscnl »•*« ilM («nilanli ^ae l'Mi nwlMit ai ceinlurc , Mlcm rexpUcitlon i|u'ai Haaae li UkAlMMirt if Mcbelcl rn IfISI)

• L*ICB^qu*U dut pour Jim Ir jMtiinic miitifti. ou l< jm pauBU de U penilmce . ou k premier vcnct ilc ce puunir

Dispensez-moi ; le sexe féminin Ne doit avoir en ma cellule enirce.

Jamais de mot sainl-|>Ëre ne naîtra, La veuve dit , toute dcVonforttte ; Jamais de vous! el pounjuoi ne fera?

Elle ne put en tirer autre chose.

En s'en allant la flllelte disoil :

Hélas ! maman , nos pCcliés en sont cause.

La nnit revient, et l'une el l'autre t'toit Ao.[Kemier sonnne, alors que rh)-pocrile Et son cornet font bruire lit maison.

Il leur cria loujours do même ion .- Retournez voir Luce le saint ermite ; Je l'ai cliangé; retournez dès demain.

Les voilà donc derechef en chemin.

Pour ne tirer plus en long cette histoire, n les reçut. La mère s'en alla , Seule s'entend; la fille demeura.

Tout doucement il vous l'apprivoisa; Lui prit d'altord son joli bras d'ivoirej Puis s'approclia, puis en vint au baiser, Puis anx beautés que l'on cache A la vue. Puis le galant vous la mil toute nue, Comme s'il eflt voulu la baptiser.

O papelards, qu'on se trompe à vos mines' Tant lui donna dn retour de matines.

Que maux de ctrur vinrent premièrement . Et maux de cwur chassés Dieu sait comment. En fm finale, une certaine enflure l.a contraignit d'alon^^ sa ceinture , Mais en cacliclle, et sans en avertir Le forjîc-pape, encore moins la mère; Elle craignoit qu'on ne la fit partir:

Le jeu d'amour commencoit à lui plaire. Vous me direz : D'où lui vint lanl d'esprit ? D'où ? de ce jeu ; c'est l'arbre de science. Sept mois eutiers la (>alande atlendii; Elle aliéna son peu d'expérience.

Dés que la mère eut indice certain I>e sa grnssrsse, elle lui fit soudain Trousser b«F;a||;e . el remercia l'hdle.

Lui de sa part reiKlit grâce au Seigneur, Qui MHilagecût MU pauvre serviteur.

0 Puis, au ilt^rt, il leur dit que sans faule , Moyetutani Dieu , l'enfant \iri)dniit è bien. Garda pourtant, liante, de faire rien Qui puisse nuire â votre g^iture.

Ayeï grand soin de cette crcature} Cir loul bouheur vons en arrivrra :

\'oii.'i régnerez , serez la signorn ; Fereï monter aux grandeurs ton» Iw autres ,

CMNTKS ET NOlVtLLE>.

fn:>'»^ :•*» ann. « craniis «râneurs les \ -< '*r<;4iq^ <Jm». earduam to« perem : r^^'i»^ . 'Zjtexia . Unt pour Tm» que pour cm >> nrA.iaqTyrrfat en anniiie manière. y»yn pJizs que l'ean qui mile en la tmisn. \j^T ayant bit «Ytie préilirtioD .

Il Wtir d^inna «a biiMtlktft4i.

1^ «Imoin . iJi? retiior rhf7 «a ihctp, S'njtretefiiiit jour et mit <ia ^int-pèrp . Fi>fHroil UiQt . Inî fan«-ict de« bfçnm« : A a detnenranl pfeooit Iimk Ica matiiH \jà rrjnpie «f «raft: attendait en !««« ' r> <}nî riendroit «fane tefle srwMisse.

Mal« re qui Tint 4éf mi^it les diiteani . Fit avritifT les mitrfs . les ehapesinx . Et k> erandeurt de lAole la famille :

\jè sizmrra mit aa monde one fille.

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