‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 143 sur 670 · LIVRE ni · texte numérisé non relu

LIVRE ni

li»

Chacun le dit, et diacon s'en tint \à :

Car de prêter à moins que sar bon gage.

Point de nouvelle : on oublia les dons ,

Et le mérite , et les belles raisons

De FédériCy et sa première vie.

Le protestant * de madame Clitie

N'eut du crédit qu'autant qu'il eut du fonds.

Tant qu'il dura , le bal , la conié<lie

Ne manqua point à cet heureux objet;

T>e maints tournois elle fut le sujet ;

Faisant gagner marcliands de toutes guises ,

Faiseurs d'habits , et faiseurs de devisc's ,

Musiciens , gens du sacré vallon :

Fédéric eut à sa table Apollon.

Feiiune n'étoit ni fille dans Florence

Qui n'employât , pour dél)aucher le co'ur

Du cavalier, l'une un mot suborneur.

L'autre un coup d'cril, l'autre quelque autre

Mais tout cela ne faisoit que blanchir, [avance :

Il aimoit mieux Clitie inexorable

Qu'il n'auroit fait Hélène favorable.

Conclusion , qu'il ne la put fléchir.

Or, en ce train de dépense effroyable . Il envoya les marquisats au diable Premièrement; puis en vhit aux comtés, Titres par lui plus qu^aucuns regrettés, Et dont alors on faisoit plus de compte. Delà les monts jliacun veut être comte , Ici marquis', baron peut-être ailleurs.

Je ne sais pas lesquels sont les meilleurs ; Mais je sais bien qu'avecque la patente De ces beaux noms on s'en aille au marché , L'on reviendra conune on étoit allé :

lYenez le titre, et laissez-moi la rente. C^litie avoit aussi beaucHup de bien ; Son mari même étoit grand terrien.

Ainsi jamais la belle ne prit rien, Argent ni dons , mais souffrit la dépeiLse Et les cadeaux , sans croire pour cela Etre obligée à nulle récompense.

S'il nfen souvient , j'ai dit qu'il ne resta Au pauvre amant rien qu'une métairie, Cliétive encore, «t pauvrement bâtie.

Là Fédéric alla se confiner.

Honteux qu'on vit sa nusère en Florence ; Honteux encor de n'avoir su gagner, Ni par amour, ni par niagnilicence.

Ni par six ans de devoirs et de soins , Une beauté qu'il n'en aimoit pas moins. Il s'en prenoit à son peu de mérite , Non à CHtie; elle n'ouït jamais,

' CHoi qui faiaolt cootinucllemcnt den protesUtions d'amour.

Ni pour froideurs, ni pour autres sujets, Plainte de lui , ni grande ni petite.

Notre amoureux subsista comme il pot Dans sa retraite, où le pauvre homme n'eut Pour le servir qu'une vieille édentée; Cuisine froide et fort peu fréquentée; A l'écurie , un cheval assez bon , Mais non pas fin; sur la perche, un faucon Dont à l'entour de cette métairie Défunt marquis s'en alloit, sans valets. Sacrifiant à sa mélancolie Mainte perdrix, qui, las! ne pouvoit mais' Des cruautés de madame Clitie.

Aiasi vivoit le malheureux amant ; Sage s'il efit, en perdant sa fortune. Perdu l'amour qui l'alloit consumant :

Mais de ses feux la mémoire importune Le talomioit ; toujours un double emiui Alloit en croupe à la chasse avec lai.

•i Mort vint saisir le mari de CHtie.

Comme ils n'avoient qu'on El pour tim enfants, Fils n'ayant pas pour un poueer-de vie , Et que l'époux , dont les biens étoient grands, Avoit toujours considéré sa fenune , Par testament il déchire la dame Son héritière, arrivant le décès De l'enfençon % qui peu de temps après Devint malade. On sait que d'ordinaire A ses enfants mère ne sait que faire Pour leur montrer l'amour qu'elle a pour eux ; Zèle souvent aux enfants dangereux.

Celle-ci , tendre et fort {wissionnée.

Autour du sien est toute la journée.

Lui demandant ce qu'il veut , ce qu'il a ; S'il mangeroit volontiers de cela ; Si ce jouet, enfin si cette chose Est à son gré. Quoi que l'on lui propose , Il le refuse , et pour toute raison Il dit qu'il veut seulement le faucon De Fédéric ; pleure , et mène une vit» A foire geas de bon oa'iir détester.

Ce qu'un enfant a dans la fantaisie Incontinent il faut l'exécuter.

Si l'on ne veut l'ouïr toujours crier.

Or il est Iwn de savoir que Clitie A cinq cents pas de cette métairie Avoit du bien , possédoil un château :

AiiLsi IVnfant avoit pu de l'oiseau Ouïr parler. On en disoit meneilles :

• >'y iMMiToit rien. Mai* signifie ici plus, daTantagr. i-t ■ \ iviit dr mogii.

* Pu petit mfant.

CONTES ET NOUVELLES

On en comptoit des choses nonpareilles ; Que devant lai jamais une perdrix Ne se saavoit , et qu'il en avoit pris Tant ce matin, tant cette après-^Unée.

Son maître n'eût donné pour un trésor Un tel faucon. Qui fut bien empêchée?

Ce fut Clitie. Aller ôter encor A Fédéric l'unique et seule chose Qui lui restoit ! et supposé qu'elle ose Lui demander ce qu'il a pour tout bien, Auprès de lui méritoit-elle rien ?

Elle l'avoit payé d'ingratitude; Point de Ikveurs ; toujours hautaine et rude En son endroit. De quel front s'en aller Après cela le voir et lui parler, Ayant été cause de sa ruine ?

D'autre côté l'enfent s'en va mourir, Refuse tout, tient tout pour médecine; Afin qu'il mange il fout l'entretenir De ce faucon; U se tourmente , il crie : S'il n'a l'oiseau, c'est bit que de sa vie.

Ces raisons-ci l'emportèrent enfin.

Chez Fédéric la dame un beau matin S'en va sans suite et sans nul équipage. Fédéric prend pour un ange des cieux Celle qui vient d'apparoltre à ses yeux ; Mais cependant il a honte, il enrage De n'avoir pas chez soi pour lui donner Tant seulement un malheureux diher.

Le pauvre état où sa dame le treuve ' Le rend confus. Il dit donc à la veuve : Quoi ! venir voir le plus humble de ceux Que vos beautés ont rendus amoureux , Un villageois , un hère, un misérable ! C'est trop d'honneur ; votre bonté m'accable. Assurément vous alliez autre part.

A ce propos notre veuve repart : Non, non, seigneur; c'est pour vous la visite; Je viens manger avec vous ce matin.

Je n'ai, dit-il, cuisinier ni marmite:

Que vous donner? N'avez-vous pas du pain? Reprit la dame. Incontinent lui-même U va chercher quelque œuf au poulailler. Quelque morceau de lard en son grenier. Le pauvre amant , en ce besoin extrême , Voit son faucon, sans raisonner le prend, Lui tord le cou, le plume, le fricasse, Et l'assaisonne, et court de place en place. Tandis la vieUle a soin du demeurant; Fouille au bahut; choisit pour cette fête Ce qu'ils avoient de linge plus hoimête ;

* Le trouvf .

Met le couvert; va cueillir au jardin

Du serpolet, un peu de romarm.

Cinq ou six fleurs , dont la table est jonchée.

Pour abréger, on sert la fricassée.

I^ dame en mange, et feint d'y prendre goât.

Le repas fait, cette femme résout

De hasarder l'incivile requête ,

Et parle ainsi : Je suis folle, seigneur.

De m'en venir vous arracher le cœur ,

Encore un coup , il ne m'est guère honnête

De demander à mon défunt amant

L'oiseau qui fait son seul contentement :

Doit-il pour moi s'en priver un moment?

Mafe excusez une mère affligée :

Mon fils se meurt; il veut votre faucon.

Mon procédé ne mérite un tel don;

La raison veut que je sois refusée :

Je ne vous ai jamais accordé rien.

Votre repos , votre honneur, votre bien ,

S'en sont allés aux plaisirs de Clitie.

Vous m'aimiez plus que votre propre vie :

A cet amour j'ai très mal répondu;

Et je m*en viens , pour comble d'injustice ,

Vous demander.... et quoi ? c'est temps perdu

Votre faucon. Mais non : plutôt périsse

1/enfant , la mère , avec le demeurant ,

Que de vous faire un déplaisir si grand !

Souffrez sans plus que cette triste mère ,

Aimant d'amour la chose la plus chère

Que jamais femme au monde puisse avoir,

Un fils unique, une unique espérance.

S'en vienne au moins s'acquitter du devoir

De la nature, et pour toute allégeance

En votre sein déchai^ sa douleur.

Vous savez bien par votre expérience

Que c'est d'aimer ; vous le savez , seigneur.

Ainsi je crois trouver chez vous excuse.

Hélas! reprit Tamant infortuné.

L'oiseau n'est plus; vous en avez dîné. L'oiseau n'est plus ! dit la veuve confuse. Non , reprit-il : pliit au Ciel vous avoir Servi mon cœur , et qu'il eût pris la place De ce faucon ! Mais le sort me fait voir Qu'il ne sera jamais en mon pouvoir De mériter de vous aucune grâce.

En mon pailler rien ne m'étoit resté : Depuis deux jours la bête ' a tout mangé. J'ai vu l'oiseau ; je l'ai tué sans peine : Rien coiite-t-il quand on reçoit sa reine? Ce que je puis pour vous est de chercher

* C'est-à-dire le loup , le renard . le putois . le fnrel . et les trcs bétcs sauvages qui s'introduisent dans les baases-ooun détniisent la volaille.

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