SCÈNE II
PHÉDRIE, THAÏS, PARMENON.
TUAIS
Ah, Phédrie! Ehbons dieux! Quoi, vous voir en ce lieu! Vraiment vous avez tort : que n'entrez-vous?
PHÉDRIE.
Adico.
thaTs.
Adieu ! le mot est bon , et vaut que l'on en rie.
PHÉDRIE.
Quoi ! Thaïs ! à l'affront joindre la raillerie î C'est trop.
THAÏS
De quel affront entendez-vous parler?
PHÉDRIE.
Voyez , qu'il lui sied bien de le dissimuler !
THAÏS
Pour le moins dites-moi d'où vient votre colère !
PHÉDRIE.
Me gardiez-vous , ingrate , un refus pour salaire ? Après tant de bienfaits , après tant de travaux, M'exclnre , et recevoir je ne sais quels rivaux !
THAÏS
Je ne puis autrement , et j'étois empêchée. '
PHÉDRIE.
Encor si , comme moi , vous en étiez tooehée , Ou bien si , comme vous , je pouvois m'en moquer!
THAÏS
Vous êtes délicat , et facile à piqu^.
Écoutez mes raisons d'un esprit plus tranquille : Pour quelque autre dessein l'excuse étoit utile , Et vous l'approuverez vous-même assurément.
PARMENON.
Elle aura par amour renvoyé notre amant ,
Et par, haine sans doute admis l'autre en sa place.
THAÏS
Parmenon pourroit-il me Êiire assez de grâce Pour n'mterrompre point un discours commencé ?
PARMENON.
Oui , mais rien que de vrai ne vous sera passé.
THAÏS
Pour vous mieux débrouiller le iKPud de cette affoire. Je prendrai de plus haut le récit qu'il faut faire. Quoiqu'on ignore ici le nom de mes parents , Ils ont en divers lieux tenu les preihiers rangs : Samos fut leur patrie , et Rliodes leur demeure.
PARMENON. -
Tout cela peut passer, je n'en dis rien pour l'heure: Il faut voir à quel point vous voulez arriver.
THAÏS
Là , tandis que leurs soms étoient de m'élever. On leur fit un présent d'une fille inconnue Qui dans Rhodes étoit pour esclave tenue. Bien qu'elle fiit fort jeune, et n'eût lors que quinze ans. Elle nous dit son nom , celui de ses parents, Qu'on l'appeloit Pamphile, et qu'elle étoit d' A ttiqne; Que ses parents avoient encore un fils unique , Qu'il se nommoit Chromer, que c'étoit leur espoir : C'est tout ce que Ton put à cet âge en savoir.
LEUNUQUE, ACTE I, SCËNE II.
Ctiaciin jugeoit assez qu'elle étoit de naissance. Son entretien naïf et rempli d'innocence , î^Iille chaniies divers , sa beauté y sa douceur. Me la firent chérir à l'égal d'une sœur. Dès qu'elle fut chez nous, on eut soin de l'instruire. Pour moi , comme j'étois d'un âge à me conduire, A peine on eut appris qu'on me vouloit pourvoir, Qu'un jeune homme d'Attique, étant venu nous voir. Me recherche , m'obtient , m'amène en cette ville , Où , lorsque je croyois notre hymen plus tranquille, Il mounit ; et , laissant tout mon bien engagé , De mille soins fâcheux mon cœur se voit chargé. Ils accrurent le deuil de ce court hyménée; Et , comme on voit aux maux une suite enchaînée , Le sort, pour m'accabler de cent coups différents. Causa presque aussitôt la mort de mes parents : Un mal contagieux les eut privas de vie Avant que de ce mal je pusse être avertie. Leur bien , jusques alors assez mal ménagé , D'un oncle que j'avois ne fut point négligé; Avec nos créanciers il en fait le partage , Et sut de mon absence avoir cet avantage. Je l'appris sans dessein de l'aller contester : L'ordre que dans ces lieux je devois apporter ( Bien moins que le regret d'une mort si funeste ) Fit qujeu penlant les miens , j'abandonnai le reste. J'en observai le deuil qu'exigeoit mon devoir : Tout un an se passa sans qu'aucun pût me voir. Enfln , notre soldat vint m'offrir son service : Loin de me consoler, ce m'ctoit un supplice. Vous savez qu'on ne peut le souffrir sans ennui ; Je l'ai pourtant souffert, espérant quelque appui.
PARMB?ION.
Vous tirez de mon maître encor plus d'assistance.
THAlS.
Je l'avoue , et voudrois qu'une autre récompense Egalât les bienfaits dont il me sait combler.
PARMENON.
Hélas ! le pauvre amant conmience à se troubler.
PilÉDHIE.
Te tairas-tu ? Tliaîs , achevez , je vous prie.
thaïs.
Au bout de quelque temps Thrason fîit en Carie; Et vous savez qu'à peine il etoit délogé , Qu'on vous vit à ni'aimer aussitôt engagé. Vous me vîntes offrir et crédit et fortune : J'en estimai dès-lors la fkveur peu commune; Et vous n'ignorez pas combien , depuis ce jour, J'ai témoigné de zèle à gagner votre amour.
PlIÉDRIE.
Je crois que Parnieuon n'a garde de se taire.
PARMB^iON.
Kn pourriez- vous douter? Mais on tend ce mystère.^
PHÉDRIE.
Tu le sauras trop tôt pour ton cootenlement.
THAlS.
Ecoutez-moi , de grâce , encore un seul moment; Thrason notre soldat^ battu par la tempête , Au port des Rhodiens jette l'ancre et s'arrête , Va voir notre famille , y trouve encor le deuil , Mes parents depuis peu renfermés au cercueil , Mon oncle ayant mes biens , cette Glle adoptive Prête d'être vendue, et traitée en captive. Il l'achète aussitôt pour me la redonner. Puis fait voile en Carie, et, sans y séjourner, Revient en ce pays, où quelque parasite Lui dit qu'en son absence on me rendoit visite; Que , s'il avoit dessein de me (]oiuier ma .sœnr, Le présent méritoit quelque msigne faveur.
PHÉDRIB.
Ne vaudra-t-il pas mieux qu'on lui laisse Pamj^ile?
THAiS.
Je me résous à suivre un conseil plus utile. Vous savez qu'en ce lieu je n'ai point de parents; Qu'il me peut chaque jour naître cent différents; Et, bien que vous preniez contre tous ma défense , Souvent un contre tous peut manquer de puissance : Souffrez donc que je dierche un appui loin des miens. Je n'en saurois trouver qu'en la rendant aux siens. Je ne puis l'obtenu* sans quelque complaisance : Il fiiut donc vous priver deux jours de ma présence ; La peine en est légère, et, ce temps achevé. Le reste vous sera tout entier conservé. Gagne cela sur toi, de graoe, je t'en prie. Tu ne me réponds rien , dis-moi , mon cher Phédrie ?
PBÉDRIB.
Que pourrois-je répondre, ingrate, à ces propos? Voyez , voyez Thrason; je vous laisse en repos ; Faites-lui la faveur qu'un autre a méritée : C'est où tend cette histoire assez bien inventée. Une fille inconnue est prise en certains lieux; On nous en fait présent, elle charme nos yeux ; Thrason vient à m'aimer, vous me rendez visite ; Il me quitte, il apprend nos feux d'un parasite : Les miens perdent le jour,nion oncle prend mesbiens, Vend la fille à Thrason , je la veux rendre aux siens; Et cent autres raisons l'une à l'autre enchaînées; Puis enfin , de me voir privez- vous deux journées. C'étoit donc là le but où devoit aboutir La fable que cliez vous vous venez de bâtir? * Sans perdre tant de temps, sans prendre tant de peinei Que ne me disiez-vous : J'abue le capitaine ? N'opposez point vos feux à cet ardent désir. Vous aurez plus tôt fait d'endurer qu'à loisir Je contente l'anleur que pour lui j'ai conçue. Dites, si vous voulez, que la vôtre est déçue; Prenez-en pour témoins les hommes et les dieux :