LIVRE V
if)
FABLE XL
La Fmiune et le jeune Enfant.
Sur le bord cTnii pails très profond
Domioît , étendn de son long ,
Un enfant alors dans ses classes .
Tout est anx écoliers couchette et matelas.
Un honnête homme , en pareil cas ,
Anroit lait un saut de vingt brasses.
Près de là tout heureusement La Fnlnne passa y l'éveilla doucement , Loi duant : Mon mignon , je vous sauve la vie ; Soyez une autre fois plus sage , je vous prie. Si vous fussiez tombé , Ton s'en fût pris à moi ;
Cependant c'étoit votre foute.
Je vous demande , en bonne foi ,
Si cette imprudence si haute Provient de mon caprice. Elle part à ces mots.
Pour moi , j'approuve son propos.
n n'arrive rien dans le monde
Qu'il ne faille qu'elle en réponde :
Nous la feisons de tous écots; E&e est prise à garant de toutes aventures. Eit-on sot , étonrdi , prend-on mal ses mesures; On pense en être quitte en accusant son sort :
Bief, la Fortune a toujours tort.
FABLE XIL
Les Médecins,
Le médecin Tant-pis alloit voir un malade
Qoe visitoit aussi son confrère Tant-mieux.
Ce dernier espéroît , quoique son camarade
Somlnt que le gisant iroit voir ses aïeux.
Tous deux s'étant trouvés différents pour la cure ,
I^QT malade paya le tribut à nature ,
Après qu'en ses conseils Tant-pis eut été cru.
Ihtriomphoient encor sur cette maladie.
L'on disoit : Il est mort ; je l'avois bien prévu.
S*ii m'eût cm y disoit l'autre , il serait plein de vie.
FABLE Xin.
La Pouîe aux ceufs d'or.
L'^arice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux , pour le témoigner, Q(K celui dont la poule , à ce que dit la fable ,
Pondoit tous les jours un œuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avoit un trésor ; " la tna , l'ouvrit , et la trouva semblable
A celles dont les œufis ne lui rapportoient rien , S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chidies !
Pendant ces derniers temps , combien en a-t-on vus Qui du soir au matin sont pauvres devenus
Pour vouloir trop tôt être riches !
FABLE XIV
VAne portant des Reliques.
Un baudet diargé de reliques S'imagina qu'on l'adoroit :
Dans ce penser il se carroit.
Recevant comme siens l'encens et les cantiques. Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit :
Maître bandet, ôtez-vous de l'esprit
Une vanité si folle.
Ce n'est pas vous, c'est l'idole
A qui cet honneur se rend ,
Et que la gloire en est due.
D'un magistrat ignorant C'est la rol)e qu'on salue.
FABLE XV
Le Cerf et la Vigne.
Un cerf, à la faveur d'une vigne fort haute , Et telle qu'on en voit en de certains climats, S*étant mis à couvert et sauvé du trépas , [ faute ; T.es veneurs , pour ce coup , croyoient leurs diiens en Ils les rappellent donc. Le cerf, hors de danger. Broute sa bienfaitrice : ingratitude extrême ! On l'entend; on retourne , on le fait déloger :
Il vient mourir en ce lieu même.
J'ai mérité, dit-il, ce juste châtiment : Profitez-en, ingrats. Il tombe en ce moment. La mente en fait curée : il lui fut inutile De pleurer aux veneurs à sa mort arrivés.
Vraie image de ceux qui profanent l'asile Qui les a conservés.
FABLE XVI
Le Serpent et la Lime.
On conte qu'un serpent , voisin d'un horioger (C'éloit pour l'horloger un mauvais voisinage) , Entra dans sa boutique , et , cherchant à manger,
N'y rencontra pour tout potage Qu'une lime d'acier qu'il se mit à ronger. Cette lime lui dit , sans se mettre en colère :