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KABLES.
Pauvre ignorant! et* que prélends-tu ftitre? Tu te prends à plus dur que toi, Petit serpent à tête folle : Plutôt que d'emporter de moi Seulement le quart d'une obole , Tu te romprois toutes les dents.
Je ne crains que celles du temps.
Ceci s'adresse à tous, esprits du dernier ordre, Qui , n'étant bons à rien , cherchez sur tout à mordre.
Vous vous tourmentez vainement.
Croyez-vous que vos dénis impriment leurs outrages
Sur tant de beaux ouvrages?
ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.
FABLE XVD.
Le Lièvre et la Perdrix,
Il ne se faut jamais moquer des misérables : Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux ?
Le sage Ésope dans ses fables
Nous en donne un exemple ou deux.
Celui qu'en ces vers je propose,
Et les siens, ce sont même chose.
Le lièvre et la perdrix, concitoyens d'un champ, Vivoient dans un état, ce semble, assez tranquille.
Quand une meute s'approchant Oblige le premier à chercher un asile : Il s'enfuit dans son fort, met les diiens en défaut,
Sans même en excepter Brifaut*.
Enfin il se trahit lui-même Par les esprits sortants de son corps échauffé. Mirant, sur leur odeur ayant philosophé, Conclut que c'est son liè^TC , et d'une ardeur extrême Il le pousse ; et Rustaut > , qui n'a jamais menti ,
Dit que le lièvre est reparti. Le pauvre malheureux vient mourir à son gîte.
La perdrix le raille, et lui dit :
Tu te vantois d'être si vite !
Qu'as-tu fait de tes pieds? Au moment qu'elle rit, Son tour vient ; on la trouve. Elle croit que ses ailes 1^ sauront garantir à toute extrémité^
Mais la pauvrette avoit compté
Sans l'autour aux serres cruelles.
* Ehl dans leséditionf modernes.
» Bon surnom de chien . paiaqn'il signifie le glouton. Nous STons encore le verbe briffer, qui veut dire manger arec voracité.
s y Al. n y a Tayaut dans les deux premières éditions. Depuis. I<a Fontaine a snbsUtué Ruêtaut, qui sisnifle campagnard , nwtiqne. Le mot ruâtaut nn se prrnoit pa« loqjonn m mauTaiM» part. Voyei Nicot . p. 576.
FABLE XVIIL V Aigle et le Hibou.
L'aigle et le chat-huant leurs querelles cessèrent.
Et firent tant qu'ils s'embrassèrent.
L'un jura foi de roi, l'aulre foi de hibou, Qu'ils ne se goberoient leurs petits peu ni proa *. Connoissez-vous les miens? dit l'oiseau de Minore. Non, dit l'aigle. Tant pis, reprit le triste oiseau :
Je crains en ce cas pour leur peau ;
C'est hasard si je les conserve.
Comme vous êtes roi , vous ne considérez Qui ni quoi : rois et dieux mettent, quoi qu'on lear
Tout en même catégorie. [die ,
Adieu mes nourrissons, si vous les rencontrez. Peignez-les-moi , dit l'aigle , ou bien me les montrez ;
Je n'y toucherai de ma vie.
Le hibou repartit : Mes petits sont mignons , Beaux , bien faits , et jolis sur tous leurs compagnons : Vous les reconuoitrez sans peine à cette marque. N'allez pas l'oublier; retenez-la si bien
Que cliez moi la maudite Parque
N'entre point par votre moyen.
II avint qu'au hibou Dieu donna géniture ; De façon qu'un l)eau soir qu'il étoit en pâture.
Notre aigle aperçut, d'aventure,
Dans les coins d'une roche dure ,
Ou dans les trous d'une masure
(Je ne sais pas lequel des deux) ,
De petits monstres fort hideux.
Rechignes, un air triste, une voix de Mégère. Ces enfants ne sont pas, dit l'aigle, à notre ami. Croquons-les. Le galant n'en fit |>as à demi : Ses repas ne sont point repas à la légère. Le hibou , de retour, ne trouve que les pieds De ses chers nourrissons, hélas! pour toute chote. Il se plaint; et les dieux sont par lui suppliés De puidr le brigand qui de son deuil est cause. Quelqu'un lui dit alors : N'en accuse que toi.
Ou plutôt la commune loi
Qui veut qu'on trouve son semblable
Beau, bien fait, et sur tous aimable.
Tu fis de tes enfants à l'aigle ce portrait :
En avoient-ils le moindre trait ?
FABLE XIX
Le Lion s*en allant en guerre.
\je. lion dans sa tête avoit une entreprise : Il tint conseil de guerre, envoya ses prévôts; Fit avertir les animaux.
I • Ni iNWicrMqi.