LIVRE VI
rA
Tous forait do dessein y chacun selon sa guise :
L'éléphant devoit sur son dos
Porter l'attirail nécessaire ,
Et combattre à son ordinaire;
L'ours, s'apprêter pour les assauts; Le renard, ménager de secrètes pratiques; Et le singe, amuser l'ennemi par ses tours. Renvoyez , dit quelqu'un , les ânes , qui sont lourds , Et les lièvres, sigeU à des terreurs paniques. Point dn tout , dit le roi; je les veux employer : Notre troupe sans eux ne seroit pas. complète. L'âne effraiera les gens , nous servant de trompette ; Et le lièvre pourra nous servir de courrier.
Le romiarque prudent et sage De ses moindres sujets sait tirer quelque usage ,
Et connolt les divers talents.
0 n'est rien d'inutile aux personnes de sens.
FABLE XX
L'Ours et les deux Compagnons,
Deux compagnons, pressés d'argent ,
 leur voisin fourreur vendirent
La peau d'un ours encor vivant, Mais qu'ils tueroient bientôt ; du moins à ce qu'ils di- Cétoit le roi des ours au compte de ces cens ' . [rent. Le marchand à sa peau devoit faire fortune; Ele garantiroit des froids les plus cuisants ; On en pourroit fourrer plutôt deux robes qu'une. Dindenaut * prisoit rooms ses moutons qu'eux leur Lear, à leur compte, et non à celui de la bête, [ours: S'offrant de la livrer au plus lard dans deux jours , Ib conviennent de prix, et se mettent en quête. Trouvent l'ours qui s'avance et vient vers eux au trot. VoOà mes gens frappés comme d'un coup de foudre. Le marché ne tint pas; il fallut le résoudre : D'intérêts contre l'ours, on n'en dit pas un mot. L'on des deux compagnons grimpe au faite d'un ar-
L'autre, plus froid que n'est un marbre, [bre; SecoQche sur le nez, fait le mort, tient son vent,
* Tii. Dans les éditions de MM. Didot , et dans toutes les édit^ modernes que nom aToos consultées, on lit :
Cétoîl le roi de* ourt ; aa compte êm en fens, Lt aftrrliaod k M pcao deroil faire fortune.
Cette ponctuation nest point celle des quatre édiUons données P*r U Fontaine , auxquelles nous nous sommes conformés. L'é- 'tÎQQ publiée par la compagnie des libraires, en 1729 . ne s'en ^ point écartée, quoiqu'un commentateur de notre Caibuliste *nn le contraire. Montenault , dans ton édition de 1753, in- "^* n'a rien changé non plus à la ponctuation des éditions originales.
• Marchand de moutons , dam Rabelais . Pantagruel . 1. 1\ .
Ayant quelque part oui dire
Que l'ours s'acbame peu souvent Sur uii corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire. Seigneiu* ours, comme un sot, donna dans ce pan- II voit ce corps gisant, le croit privé de vie; [nean :
£t, de peur de supercherie, Le tourne, le retourne, approche son museau,
Flaire aux passages de l'haleine.
C'est, dit-il, un cadavre; dtons-nous, car il sent. A ces mots, l'ours s'en va dans la forêt prochaine. L'un de nos deux marchands de son arbre descend , Court à son compagnon , lui dit que c'est merveille Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal. Eh bien! ajouta-t-il, la peau de l'animal?
Mais que t'a-t-il dit à l'oreille?
Car il t'approchoit de bien près.
Te retournant avec sa serre. —
n m'a dit qu'il ne feut jamab Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre.
FABLE XXI
VAne têtu de la peau du Lion.
De la peau du lion l'âne s'étant vétii
Etoit craint par-tout à la roude;
Et , bien qu'animal sans vertu ' ,
Il faisoit trembler tout le monde.
Un petit bout d'oreille échappé par malheur
Découvrit la fourbe et l'erreur :
Martin * fit alors son office.
Ceux qui ne savoient pas la nise et la malice
S'étonnoient de voir que Martin
Chassât les lions au moulin.
Force gens font du bruit en France Par qui cet apologue est rendu f;Eunilier. Un équipage cavalier Fait les trois quarts de leur vaillance.