‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 348 sur 670 · BRISÉIS, LYDIE · texte numérisé non relu

BRISÉIS, LYDIE

LYDIE

Noos VOUS revoyons donc , heureuse Briséis ! L'injuste Agamemnon, pour venger son pays , Vous rendant au héros à qui vous sûtes plaire , Croit que vous fléchû-ez d'un seul mot sa colère.

BRiséis.

Moi, le vouloir fléchir! Lydie, y pensez-vous? Moi, troubler le repos qu'il doit à son courroux!

' La Fontaine n'a compote qae deux actes de cette tragédie û' Achille : il est probable gu'il les envoya à son ami de Maucroix, qui l'engagea à ne point continuer; et il déféra si bien aux sages conseils de cet ami , que pertomie de son temps , ni même long-temps après sa mort . ne s'étoit douté qu'il s'étoit aussi essayé dans le genre tragique, jusqu'à ce que d'Olivet, éditeur de quelques unes des œuvres de François de Maucroix . eut déposé en 1740 des manuscrits de cet auteur, parmi lesquels se trouvoient les deux actes û'Jchilte de La Fontaine . écrits en entier de sa main , et contenant quelques notes qui annonçoient de quelle manière il se proposoit de terminer cette tragédie. Les auteurs de la petite Eibliothéque des Uvédtres ont kl premiers, en 17S5, publié sur le manuscrit ces deux actes inédits de notre fabuliste ; et c'est d'après l'édition qu'ils eu ont doonée qu'on les a réimprimés dans toutes les éditions de La Fontaine. Nous avons coilationné avec un grand soin le manuacrit autographe de ces deux actes, qui est à la Bibliolbè^iue du Roi : ce qui nous a donné les moyens de rectifier les négligences des premiers éditeurs, et de rétablir des vers entiers qu'ils avoiont omis.

Il a quitté par-là l'intérêt des Atrides,

Par-là laissé de Mars les fureurs honuddes;

Et lorsque seul en paix il voit même les dieia

En mortels attaquer et défendre ces lieux.

J'irai de leurs débats le rendre la victime!

Il servira les Grecs qui souffrent qa'oQ ropprine!

Non , Lydie ; épargnons des jeun si prédeiix.

Agamemnon m'a fait enlever à ses yeux :

Qui du camp s'en est plaint? On s'est ta: œ ttknee,

Si Briséis est crue, aura sa récompense.

LYDIE

Achnie le jura dès votre enlèvement.

BUfiéis.

C'est à moi d'avoir soin qu'il tienne son semmL Le sort ne m'aura point contre lui poor eompHee; Contentons-nous qu'Ajax, Pbœnix, avce UlfKy Députés par les Grecs, iiûplorent son aeooon: Nous-mêmes n'allons pas précipiter ses joorB. Vous savez quel destin l'attend sur ces rivages.

LYDIE

Je ne m'arrête point à tous ces vains présages; On les rendra menteurs par quelque pr<Hnpt départ Les Grecs sont-ils point las d'assiéger ce rempart? Quand se proposent-ils de revoir leur pati|^?

BRISÉIS

Je ne sais , et ces soins n'ont occupé ma vie Que pour le prince seul qui fait mon souvenir. Des soucis de l'état c'est trop s'entretenir : Ne songeons qa*à nos vœux. Que fait , que dit AcbiDs? Lorsque j'étois absente, a-t-il été tranquille? Vous parloit-il de moi? que vous en a-t-il dit? Me puis-je flatter d'être encore en son esprit? Et Patrocle? sans doute il est toujours fidèle ? Je vous trouve, du moins, toujours charmante et

LYDIE. [belle.

Que ce soit mon mérite, ou la faveur des deux, Patrocle jusqu'ici me voit des mêmes yeux. L'hymen seroit déjà garant de sa constance ; Mais, comme Achille doit y joindre sa présence, A son retour en Grèce il veut qu'il soit remis. Admirez qu'en amants changeant nos ennemis. L'un et l'autre a changé son esclave en maîtresse.

ACHILLE, ACTE I, SCÈNE IlL

Vous et moi nous étions le botin de It G*^. Le partage étant fait, l*an et l'antre Taio(Beor S'en vint mettre à nos pieds sa fortune et son cœur : Achille vous aima; Patrocle aima Lydie.

BRiséis.

J'ai sujet en un point de vous porter envie : Vous possédez entier le cœur de votre amant ; Achille est occupé de son ressentiment ; Sa gloire et sa grandeur tont encor mes rivales. Tant que nous le verrons sur ces rives fotales , Je craindrai pour ses jours. Vous voyez qu'au danger, En me rendant à lui , l'on veut le rengager. Que les enfants des dieux vendent cher aux mortelles L'honDear de quelques soins , bien soo?ent peu fidèles ! Souvent il vaudroit mieux qu'un ocenr de moindre De nos frêles beautés se rencontrât épris; [prix On le possèderoit entier et sans alarmes : Au lieu que je crains tout; tantôt le sort des armes, Tantôt mon peu d'attraits, tantôt l'ambition; Et l'on n'est point d'un roi toute la passion.

LYDIE

Vous l'êtes de celui qui joint, par sa naissance, Au sang qu'il tient des dieux la suprême puissance. S'il se venge, et s'il veut exercer son courroux. Le seul motif en est l'amour qu'il a pour vous : De votre enlèvement il poursuit la vengeance. Il eût dissimulé peut-être une autre offense ; Mais, ne vous ayant plus, aussitôt il fit voir Qu'en vous seule il faisoit consister son devoir; Qu'il vous sacrifioit l'intérêt de la Grèce; Qu'enfin la gloire étoit moins que vous sa maîtresse.

BRiséis.

Je l'avoue , et je crains peut-être sans sujet; Mais qui pourroit avoir un cœur moins inquiet ?

LTDiB. [même,

Vous, si vous vous savez connoltre un peu vous- Vos vcBSi; sont soutenus d'un mérite suprême : Si vous savez donner à ces biens tout leur prix , Votre amant vous devra , quoique fils de Thétis. Nous descendons de rois : notre sang nous rend di- De l'hymen des héros même les plus insignes. [ gnes Je n'ai point oublié ce sang : imitez-moi ; Croyez qu'un demi-dieu vous pébt garder sa foi : U me l'a confirmé cent fois en votre absence.

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