LIVRE VI
Pendant qu'à la plamer l'autour est occupé , LuHudnie sous les rets demeure enveloppé : Oiseleur, laisse-moi , dit-il en son langage;
Je ne t'ai jamais fait de mal.
L'oiseleur repartit : Ce petit animal
Ten avoit-il fidt davantage?
FABLE XVI
Le Cheval et VAne,
Eu ce monde il se faut l'un l'autre secourir : Si ton voisin vient à mourir, C'est sur toi que le fardeau tombe.
In âne accompagnoit un cheval peu courtois, Celai-ci ne portant que son simple hamois , Et le pauvre baudet si chargé qu'il succombe, npria le cheval de l'aider quelque peu; .Aatrement il mourroit devant qu'être à la ville. U prière, dit-il, n'en est pas incivile : Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu. U clieval refusa, fit une pétarade; Tant qu'il vit sous le faix mourir son camarade, El recommt qu'il a voit tort.
Du baudet en cette aventure On lui fit porter la voiture.
Et la peau par-dessus encor.
F.VBLE XVn.
I^e Chieti qui lâche sa proie pour Vombre,
Ciiacun se trompe ici-bas :
On voit courir après l'ombre Tant de fous qu'on n'en sait pas,
iKxnoQciaUoa oa rortbofpraphe de certain» moU (Mur les aasu- JHlir à U rime. Les édi:eur8 de 4729 se sont avec raison conforttéi an texte de La Fontaine; niais tous les éditeurs modernes, ioommenoer par Montenault , s'en sont écartés. Cliamlort et ks Aires eommentateurs de La Fontaine , qui n'ont pas connu la édiliuns originales , ont accusé notre iK)ête d'avoir fait une rime fauie ou intaffisante. Il n'a pas eu ce tort ; mais il en a eu un plos grave , c'est d'avoir fait féminin le mot ongle , qui est uascnlin et qui l'étuit aussi de son temps , ainsd qu'on peut s'en coQTaincre en consultant la promit^ édition du Dictionnaire de l'Académie françoise. Alais notre poète est excuMhle; car ce dictionnaire n'avoit pas été publié lorsqnll écrivit sa fable. Ce ■oC vient é'ungv4a qui est féminin en latin ; et 5icot dans sou dictionnaire ne détermine pas de quel genre il est en fraurois . d ne donne d'exemple que du pluriel. Dans le patois lorrain mgie est du genre féminin. On dit eune ingle ou enne ingue , ce fM le savant Oberlin traduit par une ongle , bisant ainsi li? Ml Migif ttniiiiin sans s'apercevoir, comme notre po€le , qu'il ' eonmelloll me bote. Uest probable que La Fontaine aura été %1/bÊkK en erreur par l'usage de Cbdteau-Tbierry, sa vlUe natale ; ib patois diampcnois et lorrain devant avoir entre eux de grands ^norti, attendu la |»roxiniité de ces deu\ iirovinces. Voyez Okerik . E9*ai *uv le patois lorrain . 1775. in-f 2. p. 225.
La plupart du temps , le nombre.
Au ctiien dont parle Ésope il faut les renvoyer.
Ce chien voyant sa proie en l'eau représentée La quitta pour l'image, et pensa se noyer. La rinère devint tout d'un coup agitée; A toute peine il regagna les bords.
Et n'eut ni l'ombre ni le corps.
FABLE XVIII
Le Chariier embourbé.
Le Phaéton d'une voiture à foin Vil son char embourbé. Le pauvre hoimne étoit loin De tout humain secours : c'étoit à la campagne , Près d'un certain canton de la Basse-Bretagne,
Appelé Quimper-Gorentin.
On sait assez que le Destin Adresse là les gens quand il veut qu'on enrage *.
Dieu nous préserve du voyage !
Pour venir au chartier * embourbé dans ces lieux , Le voilà qui déteste et jure de son mieux ,
Pestant, en sa fureur extrême.
Tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux,
Conti-e son char, cx)ntre lui-même.
Il invoque à la fin le dieu dont les travaux
Sont si célèbres dans le monde :
Hercule, lui dit-il, aide-moi; si ton dos
A porté la madiine ronde ,
Ton bras fieut me tirer d'ici.
Sa prière étant faite , il entend dans la nue
Une voix qui lui parle aiiLsi :
Hercule veut qu'on se remue; Puis il aide les gens. Regarde d'où provient
L'achoppement ({ui te retient;
Ole d'autour de chaque roue Ce malheureux mortier, cette maudite boue
Qui jusqu'à l'essieu les enduit; Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit ; Comble-moi cette ornière. As-tu bit? Oui , dit l'homme. Or bien je vas t'aider, dit la voix ; prends ton fouet. Jel'ai pris.. .Qu'est ceci 'Pinoncliarnuurcheàsouhait l Hercule en soit loué ! Lors la voix : Tu vois coiruiie Tes chevaux aisément se sont tirés de là.
Aide-toi, le ciel t'aidera.
' \\ est probable f|uc du lempn de La Fontaine cette itartie de la Bretagne étoit célèbre par le mauvais état des chemins.
s On a dite tort que La Fontaine avoit écrit chartier au lipii de char relier, par licence |ioéti<iue. C'étoit l'iisa^ de son tem|)« de l'écrire de la première manière . et on ne le trouve pas ('•crit autrement dans le dictionnaire de Nioot, eu 1600. Le dictionnaire de l'Académio tranroise , en 1696 . dit qu'on peut 1 écrir»' (les deux manières indifTércmmenL AtOourdlwi on n'a plus It: choix , et l'on doit toqjours écrire de la dernière manière.
M'AI. Éditions modernes : {^u'etl-ce ci?
Le CAorlalon.
Le monde n'a jamûa msnqoé de durlMam :
Cette science de tout temps
Fut en professeurs très fertile.
Tantôt l'un en tlicâlre affrunle t'Acliéron,
Et l'autre -altielie l)ar la ville
Qu'il est un [wsse-Cicéroii.
17n (les derniers se vanloit d'être
En éloquence si graïul iiiniu-c
Qu'il rendruit disert un badaud ,
Un manant, un ruslre, un lourdaud; Oui, messieurs, iiu liiurUiiiul un animal, un âne: Que l'on m'iimt-UL' un âne un âne renforcé,
Je le rendrai maître passé,
Et veux qu'il |Mirte la soutane.
Le prince sut la cLom; il manda le rhéteur.
J'ai, dit-il, en mon écurie
Un fort liean roussin d'Arcadie;
J'en voudroÎB faire nn orateur Sire vous pouvw tout reprit d'abord notre honmie.
On lui donna certaine soniine.
Il devoii au bout de <llx ans
Mettre son Ane sur les bancs; Sinon il cuiueiituil d'Ëlre en place puUique Guindé la tiart an col élranglécourletnet,
Ayant au doe sa rbëiorique,
Et les oreilles (l'un baudel.
Quelqu'un des courtisurLs lui dit qu'à la potence 11 voulolt l'aller voir, et que, pour un pendu, Il auroit lx>nne p^ce el beaucoup de prestance : Sur-tout (ju'il w souvint de faire à l'assistance tin discours où son art fill au long étendu ; Un discours pathétique, et dont le formulaire
Servît à cerlaiiis Cicêrons
Tolgairement nommés larrons.
L'autre Tefrh : Avant l'affaire,
Le rai, l'âne, ou nxH, nous mourrons.
Il avoil raison. C'est folie De compter sur dix ans de vie.
Soyons bien buvants, bien mangeants, Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans.
FABLE XX
La Diteorde.