‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 483 sur 670 · RE I · texte numérisé non relu

RE I

furent contraints de recourir à l'oi-acle. \<A la réponse qui leur fut faite , avec la glose q les prêtres y ajoulèrent :

L'Ëpout que lei deilins gardent 1 lolre SUe Eit un moiubv cruel qui dértiîre les cœun , (Jui trouble oiiiat élat.délruil luaink famille, ScDOUnildetoupin, >e baigne dam les pleun.

A rtiiiiTenenlierildi*clarc la guerre.

Courant de bout en IkuI un Oanibeou danc la malii : On le craint daoi lcicieut,on Iccrainliur Islerrr; Le Slfi n'a pn borner idd pouTuir muieralEi.

C'est an empoisonneur, c'eal un iuceiultalre , tjn tyran qui de Ters charge jeune» el vleui. Qu'on lui litre Psyctï ;qu'elle Ucbe à lui plaire -, l'el etl l'arrdl du Sort, de l'Amour el dea dicui .

Menci-la lar tu roc , an haut d'une tnoolagne , Eu do lieui où l'alleDd le tuonsire «m épuut ; Qn'uoe pompe riinïbra en eut lieui l'accompagne , Car elle doit inuurir pour ses mbuti el pourtour.

Je laisse à juger l'élonnement el l'affliclion que cette réponse causa. Livrer Psyché aux désirs d'un monstre! y avoit-il de la justice ii cehi? Aussi les parents de la belle doutèrent long-temps s'ils obéiroient. D'ailleurs, le lieu où il la falloil conduire n'avnit point été spécifié par l'uracle. De quel mont les dieux vouJoientils parler? Ét«it-il voisin de b Grèce ou de la Scyihie? Étoit-il sittié sous l'Oui-se , ou dans les climats brt!i la nts de l'Afrique? car on dit que dans celte teii'e il y a toutes sortes de monstres. Le moyen de se résoudre à laisser une beauté délicate sur un rocher, entre des montagnes et <les précipices, à la merci de tout ce qu'il y a de plus é|)0uvaniable dans la nature? Enfin, comment rencontrer cet endroit fatal? C'est ainsi que les bannes gens cherchoieni des raisons pour garder leur fille ; mais elle-même leur reitrésenta la nécessité de suivi-c l'oracle.

Je dois mourir, dit-elle ù son père , et il n'est pasjuste qu'une simple mortelle, comme je suis, enij-e en parallèle avec la mère do Cupidon : que gagnerieii-voiis à lui résister? Votre désobéissance nous attireruil une jR'ine encore plus grande. Quelle que puisse être mon aventure , j'aurai lieu de me consoler quand je ne vous serai plus un sujet de larmes. Défailes-vuus de celle Psyché sans qui voire vieillesse seroit licureEise : souffiez que le Ciel punisse une in-

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grate pour qui vous n'avez eu que trop de l^u<dresse, el qui vous récompense si mal des inquiétudes et des soins que son enfance vous a donnés.

Tandis que Psyché parioit à son père de cette sorte , le vieillard la regardoit en pleurant , et ne lui répondoit que par des soupirs : mais ce n*étoit rien en comparaison du desespoir oii éloit la mère. Quelquefois die couroit par les temples tout échevelée ; d'autres fois elle s'emportoit en blasphèmes contre Vénus ; puis , tenant sa fille embrassée, protestoit de mourir plutôt que de souffrir qu'on la lui ôtàt pour l'abandonner à un monstre. Il fellul pourtant obéir.

En ce temps-là les oracles étoient maîtres de toutes choses : on couroit au-do-ant de son malheur propre , de crainte qu*ils ne fussent trouvés menteurs ; tant la superstition avoit de pouvoir sur les premiers hommes! La difficulté n'étoit donc plus que de savoir sur quelle montagne il falloit conduire Psyché.

L'infortunée fille éclaircit encoi*e ce doute. Qu'on me mette, dit-elle, sur un chariot, sans cocher ni guide , et qu'on laisse aller les clievaux à leur fantaisie : le Sort les guidera infailliblement au lieu ordonné.

Je ne veux pas dire que cette belle, trouvant à tout des expédients , fût de Thumeur de beaucoup de filles , qui aiment mieux avoir un méchant mari que de n'en avoir point du tout. U y a de rap|)arence que le désespoir, plutôt qu'autre chose , lui faisoit chercher ces facilités.

Quoi que ce soit, on se résout à partir : on fait dresser un appai'eil de pompe funèbre, pour satisfaire à chaque point de Toracle. On part enfin ; el Psyché se met en chemin sous la conduite de ses parents. La voilà sur un char d'ébène, une urne auprès d'elle, la tête penchée sur sa mère, son père marchant à côté du char, et faisant autant de soupirs qu'il faisoit de pas : force gens à la suite, velus de deuil ; force ministres de funérailles; force saa*ificatcurs portant de longs vases et de longs cornets dont ils entonnoient des sons fort lugubres. Les peuples voisins, étonnés de la nouveauté d'un tel appareil, ne savoient que conjecturer. Ceux chez qui le convoi passoit raccom[>agnoient par honneur jusqu'aux limites de leur territoire, chanlanl des hynmes à la louange de Psyché

DE PSYCHÉ

leur jeune déesse , et jonchant de roses tout le chemin , bien que les maîtres des cérémbaiei leur ciiassent que c étoit offenser Venus : naii quoi ! les bonnes gens ne pouvoient retenir lev zèle.

Après une traiie de plusieurs jours, lonqBe l'on commençoit à douter de la vérité de rora> cle, on fut étonné qu*en côtoyant une monta^ fort élevée, les chevaux, bien qu'ils fussent fhii et nouveau i*epus , s'arrêtèrent court ; et, qwà qu'on pût faire , ils ne voulurent point paner outre. Ce fut là que se renouvelèrent les crii; car on jugea bien que c'étoit le mont qu'entesdoit l'oracle.

Psyché descendit du char; et, s*étant wm entre l'un et l'autre de ses parents, suivi de h troupe, elle |)assa par dedans un b(MS ana agréable, mais qui n'étoit pas de longue éUsh due. A peine eurent-ils fait quelque' mille pM, toujours en montant , qu'ils se trouvèrent entn des rochers habités par des dragons de Unte espèce. A ces hôtes près , le lieu se pouvoît bia dire une solitude , et la plus effroyable qu'on pût trouver : pas un seul arbre, pas un brin d'herbe, poinl d'autre couvert que ces rocSp dont quelques uns avoient des pointes qui avançoient en forme de voûte, et qui» ne toiinl presque à rien, faisoient appréliender à nos voyageurs qu'elles ne tombassent sur eux. D'autres se trouvoient creusés en beaucoup d'endroils par la chute des torrents ; ceux-ci servoient de retraite aux hydres , anjnial fort familier en celte contrée.

Chacun demeura si surpris d'horreur, que, sans la nécessité d'obéir au Sort, on s'en fût retourné tout court. Il fallut donc gagner le sommet, malgré qu'on en eût : plus on alloîtea avant, plus le chemin éloit escarpé. Enfin, après beaucoup de détours, on se trouva au pied d'un rocher d'énorme grandeur» lequel étoit au faite de la montagne , et où l'on jugeai qu'il falloil laisser l'infoitunée fiUe.

De représenter à quel point Taffliction se trouva montée, c'est ce qui surpasse mes forces :

L*éloqucoce clIe-méme , impuissante à le dire , Confesse que ceci n'est point de son empire; C'est an silence seul d'exprimer les adieux Des parents de la belle , au |>artir de ces lieux.

point ni lenr doatenr amirc .

dePa}cli^,ni let crtodcNi nitre, Ôuif dndinddei rnchen r«nioy(!ii daiu lei airi , Pirrol de bout en boni retentir tei ri^rU. tBe plaint de ion fang la cruelle aveulurc , '^plore le «ntcll , Im utre< , la nahire ; iÙtnt lUrbir par tei cri» les auiciin du deiUo : H loi bnl amcber sa QUe de H>n aein.

Aprt* nitllu iBoglula enfln un les sépare .* L« SotetI , lu de voir c£ spectacle bnrliare , ftedpil«M onanw; cl, pmant sons les eeax. T« porter la darl* cbei de» penpies nouteaui. L'horreur do ces d««erl« s'accroU par M)n absence : La Kuil Tient «ir un cbiir condiill par le Silence ; «mtDC aivr lui la crainte en l'uiihera. .

La pan qu'en eut Psyché ne fut pas des moindres. Représentez-vous une fille qu'on a laissée seule en (les déserls effroyables , et pendant la ■uit. Il n'y n [tolnt d<t lonle d'appai-i lions et ^esprits qui ne lui revienne dans la ménioiitf : ose-t-elle oinTir la bouche afin de se jndrc. En (vl état , et mourant presque d'apprëhenaiun. elle se sentit enl<>ver dans l'air. D'abord elle se tint pour perdue, et crut qu'un d^mon l'alloit emporter en des lîetn d'où jamais 00 ne la verroit retenir : cependant c'éloit le .Zéphyre qui incotilinent la tira de peine, et lui .4fit l'ordre qu'il avoit de l'enlever de la sorte, M (le la mener à cet époux dont parloil l'oracle, et au service duquel il éioit. Psyché W bissa flatter ù ce que lui dit le Zc'phyre: car c'est un dieu des plus agréables. Ce ministre, aussi fidèle que diligent, des volontés de son maître, la porta au haut du rucher. Après qu'il lui eut fait traverser les airs avec un " lir qu'elle auioit mieux {joiité dans un autre fnps, efle se trouva dans la cour d'un palais iperbe. Notre héroïne , qui commençoït à s'ac- Hitumer aux aventures eulraordinaircs, eut en l'assurance de conteraplei* ce palais A la Bflé des flambeaux qui l'environnoienl ; toutes $ fenéti-es en éloient bonlées. Le firmament , «î est la demeure des dieux , ne parut jamais si

éclairé.

Tandis que PsiThéconsîdéroitresmencilles, 18 troupe de nymphes la vint recevoir jusque irMlelù le perron; et, après une inclination profonde, la plus apparente lui fit une es- 'ce de com|)liment, à quoi la belle ne s'étuit tllement alteiidue. Elle s'en lira pourtant ost bien, La première chose fut tie s'entpiérir

4lu nom de celui à qui appartenoient i)es lieux, j si charmants : et il est à croire qu'elle demanda de le voir. On ne lui répondit lfi-dc«siis que confôisément : puis ces nymj)bes la ctMiduLsirent en un vestibule d'où l'on pouvoit découvrir, d'un «tté les wiurs, et de l'autre côté les jardins: Psyché le trouva proportionaéà la richesse (le t'édiÙce. De re vcsdbnle on la fit passer en (les salles que la magnificence dlc-méme avoit pris la peine d'orner, et dont la dernière encliél'issoit toujours sur la prét^édente. Enfin cetie hetle entra dans un cabinet , où on lui avoit pré- 1 pai-é un bain. Aussit&t ces nymphes se inireat J en devoir de la déshabiller et de la servir. Elle fil d'aliord quelque résisUnce, et puis leur abandonna toute sa personne. Au sortir du bain, on la revêtit d'habits nuptiaux : je laisse ù penser quels ils pouvoient être, et si l'on y avoit épargné les diamants et les pierreries; il est vrai que r'étoit ouvrage de fée, lequel d'ordinaire ne coûte rien. Ce ne fut pas une petite joie pour Psyché de se voir si bnw, et de se regarder dans les miroirs dont lo cabinet éloit ploin.

Cepcnilant on avoit mis le couvert dans la salle la plus prochaine. Il y fut servi de l'ambrosie en toutes les sortes. Quant au nectar, les Amours en furent les échansons. Psyché man(je3 peu. Après le repas, une musique de hiths et de voix se fit entendre à l'un des coins du plafond , sans qu'on vît ni chantres ni instruments; musique aussi douce et aussi charmante que si Orphée et Amphion en eussent été les conducteurs. Parmi les airs qui furent chantés, il y en eut un qui plut particulièrement à Psyché. Je vais vous en dire I('s paroles, que j'ai mises en notre langue au mieux que j'ai pu.

Tonl l'uiilren oh&t A r\ntiiiir r

Belle P»; ctM , (oomollei-lni vuln: ame.

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