‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 485 sur 670 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

L'on tor l'aotre placés , aèrent imqD'aox deoi Ce pompeai édifice où tout charme les yeoi. Pour terrir d'ornement è lei diven étages» L'architecte y posa les ▼!? antes images De ces obiets di? ins , Oéopitre, Phrynés , Par qui sont les héros en hriomphe menés. Ces fameuses beautés dont la Grèce se Tante» CeDes que le Parnasse en ses Cibles noos chante , On de qni nos romans font de si beau portraits, A l'enri sur le marbre étaloient leors attraits. L'eochanterette Armide , héroïne dn Tasse , A c6té d'Angélique avoit trouté sa place. On y Toyoit sur-tout Hélène au cœur léger. Qui causa tant de maux pour un prince berger. Psyché dans le milieu voit aussi sa statue. De ces reines des comrs pour reine reconnue : La belle è cet aspect s'applaudit en secret. Et n'en peut détacher ses beaux yeux qu'à regret Mais on lui montre encor d'autres marques de gloire : Là ses traits sont de marbre , ailleurs ils sont dtroire. L^ disciples d'Arachne, è l'enTi des pinceaux. En ont aussi formé de différents tableaux. Dans l'un on voit les Ris di?ertir cette belle; Dans rentre , les Amours dansent è l'enlour d'elle : Et, sur cette autre toOe , Euphrosine et ses sœurs Ornent ses blonds chereux de guirlandes de fleurs. Enfin , soit aux couleurs, ou bien dans la sculpture. Psyché dans mille endroits rencontre sa figure ; Sans parler des miroirs et du cristal des eaux, Qne ses traits imprimés font paroltre plus beaux.

Les endroits oit la belle s*arréta le plus, ce furent les galeries. Là les raretés, les tableaux, les bustes , non de la main des Apelles et des Phidias, mais de la main même des fées, qui ont été les maîtresses de ces grands hommes, oomposoient un amas d'objets qui éblouissoit la vue, et qui ne laissoit pas de lui plaire, de la diarmer, de lui causer des ravissements, des extases; en sorte que Psyché, passant d*une extrémité en une autre, demeura long-temps immobile, et parut la plus belle statue de ces

Des galeries elle repasse encore dans les chambres, afin d*en considérer les richesses, les précieux meubles, les tapisseries de toutes les sortes , et d'autres ouvrages conduits par la fille de Jupiter. Sur^tout on voyoit une grande variété dans ces choses , et dans l'ordonnance de chaque chambre : colonnes de porph)Te aux alcôves ( ne vous étonnez pas de ce mot d*alcôve : cest une invention moderne , je vous Tavone , mais ne pouvoit-elle pas être dès-lors en Tesprit des fées? et ne seroit-ce point de quelque description de ce pabis que

les Espagnols , les Arabes , si vous voulez , l'auraient prise * ? ) ; les chapiteaux de ces colonnes étoient d'airain de Corinthe pour la plupart. Ajoutez à cela les balustres d'or. Quant aux lits , ou c'étoit broderie de perles, ou c'étoit nn travail si beau , que l'étoffe n'en devoit pas être considérée. Je n'oublierai pas, comme on peut penser, les cabinets et les tables de pierreries, vases singuliers et par leur matière , et par l'artifice de leur gravure; enfin de quoi surpasser en prix l'univers entier. Si j'entreprenois de décrire seulement la quatrième partie de ces merveilles, je me rendrois sans doute importun; car à la fin on s'ennuie de tout, et des belles choses comme du reste.

Je me contenterai donc de parier d'une tapis* série relevée d'or, laquelle on fit remarquer principalement à Psyché, non tant pour l'ouvrage, quoiqu'il fût rare , que pour le sujet. La tenture étoit composée de six pièces.

Dans la première on Toyoit un cbaos , Masse confuse, et de qui l'assemblage Faisolt lutter contre l'orgueil des flots Des tourbillons d'une flamme volage.

Non loin de là , dans un même monceau. L'air gémissoit sous le poids de la terre : Ainsi le feu, l'air, la terre , afeo l'eau , Entretenoient une cruelle guerre.

Que fut l'Amour? Tolant de bout en bout , Ce jeune enliint , sans beaucoup de mystère , En badinant tous débrouille le tout, MiOe fois mieux qu'un sage n'eût su tàirt.

Dans la seconde, un cydope amoureux , Pour plaire aux yeux d'une nymphe jolie ,

> La FonUine se trompe : les Espagnob et les Arabes n'afolent pas Iwaoio de reoourir aux fées pour ImaKiuer les alo^ves. Les aocieiis les coonoiaoient : oo eo pratiquoit' preiqne toi^loars dans les chambres à coucher de ï'iUhemaculum, on appartement d'hiver. Le nom d'une alcAve étoit zolheca ; on lô constmisoit en bois de citron , et on les omoit de bronze et d'éoailles de tortues. On a Irouvé des alodvcs antiques à la villa Adriani et à la Tllla Pompeii. ( Voyex PUn. Jun. , Ub. Il, epist Xf ii.— Plin., HUUnaU Ub. XVI , cap. xxiii.— Féliblen de» Avanx. /es ploas €t le* detcripUmu de deux de* plus belles maison* de mnmpaçne de Pline le cofuui , 1680. in-12, Paris, |». 21 et 112. Le palais de Seaurus , 1819. in^, p. 76.) Ce qni a trompé La Fontaine , c'est que l'usage des alodves co France parolt être peu ancien. J'ai lu dans les mémoires manuscrits iniilnlés les Hisioritttes , que la célèbre nudame de Rambouillet Itat la première qui construisit dans son bétel une alcAve à Paris. J'ignore Jusqu'à quel point ce tait est exact. Cet usage nous est veun d'Eipagne. Le mot alc&te vient du mot e^Mgnol alcoba , luimême dérivé dn mot arabe ai'Cobba , qui signilie un dAme . ou toute constrocilcii en lome de ▼oôte.

LES AMOURS DE PSYCHÉ

SedëmtloU la birbe et Im cbereiix; Ce qn'il n'avoit encor bit de n Tic.

En te moquant la nymphe s'enfuyoit :

Amour l'atteint ; et l'on Toyoit la belle. Qui, dans un bois , le cyclope prioit Qu'il l'excusât d'aioir été rebelle.

Dans la troisième , Gupidon paroissoit assis sur un char tiré par des tig^res. Derrière ce ■ char un petit Amour mcnoit en laisse quatre grands dieux, Jupiter, Hercule, Bfars etPlu«ton ; tandis que d'autres enfants les chassoient , el les iaisoient marcher à leur fantaisie. La quatrième et la cinquième représentoient en d'autres manières la puissance de Gupidon. Et dans la sixième ce dieu, quoiqu'il cAt sujet d'être fier des dépouilles de l'univers , s'inclinoit devant une personne de taille parfaitement belle, et qui témoi{]p[ioit à son air une très grande jeunesse. C'est tout ce qu'on en pouvoit juger, car on ne lui voyoit point le visage; et elle avoit alors la tête tournée , comme si elle eût voulu se débarrasser d'un nombre infini d'Amours qui l'environnoient. L'ouvrier avoit peint le dieu dans un grand n^spect, tandis que les Jeux et les Ris , qu'il avoit amenés à sa suite , se moquoient de lui en cachette, et se iaisoient signe du doigt que leur maître étoit attrapé. L^ bordures de cette tapisserie étoient toutes pleines d'enfonts qui se jouoicnt avec des massues, des foudres et dos tridents ; et l'on voyoit en beaucoup d'endroits pendre pour trophées ibrce bracelets et autres ornements de femmes.

Parmi cette diversité d'objets, rien ne plut tant à la belle que de rencontrer par-tout son portrait, ou bien sa statue, ou quelque autre ouvrage de cette nature. Il sembloit que ce palais fût un temple, et Psyché la déesse à qui il étoit consacré. Mais de peur que le même objet se présentant si souvent à elle ne lui de>1nt ennuyeux, les fées l'avoient diversifié, comme vous savez que leur imagination est féconde. Dans une chambre elle étoit représentée en amazone; dans une autre , en nymphe, en bergère, en chasseresse , en grecque, en persane, en mille façons différentes et si agréables, que cette belle eut la curiosité de les éprouver, un jour l'une, un autre jour l'autre, plus par divertissement et par jeu que pour en tirer aucun avantage, sa beauté se soutenant assez d'elle-

même. Cela se passoit toujours aTec beanoonp de satisfaction de sa part , force louanges de h part des nymphes, un plaisir extrême de II part du monstre, c'est^-dire de son époux, qui avoit mille moyens de la contempler um qu'il se montrât. Psyché se fit donc impén» trice , simple bergère , ce qu'il lui pluL Ce ■ fut pas sans que les nymphes lui diasem qn'dk étoit belle en toutes sortes d'habits» et a» qu'elle-même se le dît aussi. Ah ! si mon ffliri me voyoit parée de la sorte! s'écrioit-elle nat vent étant seule. En ce moment*là son mari h voyoit peut-être de quelque endroit d*oii i m pouvoit être vu ; et, outre le plaisir de b m, il avoit celui d'apprendre ses plus secrètes pensées , et de lui entendre faire un souhait àa Th mour avoit pour le moins autant de part que h bonne opinion de soi-même. Enfin il ne se pani presque point de jour que Psyché ne chaDgek d'ajustement. Changer d'ajustement tous la jours! s'écria Acanthe; je ne voudroispoitf d'autre paradis pour nos dames. On avoM qu'il avoit raison » et il n'y en eut pas un dans la compagm'e qui ne souhaitât un pareil bonheur à quelque femme de sa connoissaDoe. Cette réflexion étant faite, Polyphile reprit ainsi :

Notre héroïne passa presque tout oe premier jour à voir le logis : sur le soir elle s'alla promener dans les cours et dans les jardins , d'oè elle considéra quel(|ue temps les diverses fam de l'édifice, sa majesté, ses enrichissements, et ses grâces, la proportion, le bel ordre, et II correspondance de ses parties. Je vous en fie» rois la description si j'étois plus savant dans l'architecture que je ne suis. A ce défaut, vods aurez recours au palais d'Apollidon , ou bien à celui d'Armide; ce m'est tout un. Quant aux jardins , voyez ceux de Falerine ; ils vous pourronft donner quelque idée des lieux que f ai i décrire.

Assemblez , sans aller si loin ,

Vaux % Liancourt * , et leurs naïades.

' Vaux-le- VkxHnte. sitné à dix lieues de Paris , prte de Udtm, rt sur les bonb de la Seine , demeure célèbre du surlnteBdat Fuuquet , qui y dépensa dix-huit millioiiB. Voyez d-apr^ le Songe de VauT.

* Le château de Liancourt étoit remarqnible par ses belsi eaux et les IwIIor cascades de ses Jardins ; il est situé pi^ dr clonuont en BcauToisIs , dans luie contrée délicleiisr . snr b

Y ]»<enaiil , en cjm do lieaol» , ItucI* iTEcquc m uotcadts.

Cdahil.detouilescôléi, P\»trt FD cet licui enchanléi Fnrrc jcb atlronUat U ini« , I)m cantui A perM de nie ;

Butxl#i-te*d'nrtngera, de nijrtei, deistmiiu, 4Jui «oieDl auui gMiuta c|ui! tes aAUt» mnl nniru i

Entauti-en d(« pi^iilnitrea ;

rUnlei-en dn tnr«ls fnlitres;

nri fortli (Ml rlutite en (oui lempi

l'iiilomèle, huDDciir dei bocan»,

lie gui le rtgiie, en ni» onitingM,

Nall cl mrarl itrc le printeuips i

Jli^lct-j le* tona Cdalinta De idiit ce qne In bou ooi d'agn^bli» chanlrei. CtaMTade CM lorAUle» sinislrëaolaesni)

Que tel ileun bordenl leim ruiBcaui;

Qne l'Amour haiiilc leun onlivi.

N'y UUw-i entrer lonlefoi»

Ancane bdlcue de ce« boit

Qu'aiec un paisible u^b^re,

F.l ]aniali at ce on lat] ro.

Point de lell ainanli dant cet lleui -.

PiTché l'en licndruil oflcotée :

Ne Ira otfret point i lei feu ,

El uMriui encore a sa peniAe.

Qu'«D ce canlon dtftioicux

Flore cl Pumane, a i|ul iiiieni micui ,

Favenl oionlrcde leurs richeam;

El que oc cniiple de di'emi

V imouiteUe les préienli Qualfv toii BU mnjna laoi 1« an*.

Que luul ) uaiisc laiu cullure; Tuujnuri fralibeur, luiijnun irrdurc, Tonjoun l'baleine et \fs «jupln D'one brigade de t^pliyn.

P»ycbé ne se pronienoli au comiucncemeni [M dans les jariliDS , n'osant se fier aux bois , lien qu'on l'assurât qu'elle n'y rencontreroit |ue des dryades et pas un seul faune. Avec le eitip$ die devint plus liardic.

Un jour que ta beauté d'un ruisseau l'avoil attirée, elle se laissa conduire inseosiblemciit replis de l'onde. Api-ès bien des tours , die parvint -à sa source. C etoil une grotte assex spacieuse , oii, dans un bassin taillé parles mains de la nature, couloit le lon{; d'un

Lonque La Pontalnt ^crlvoll u PiTrhi^ .

[ill paâit dîna la nialwn de La Rucbcfoiitl«brt, JelXDUTpiiibrrKVn.

Uaé du due àt La RodictuuttaU. «t CbarloUe du rtevb . bAriaCre de LluKourt M dr La la-GuyoD.

Irouvoitla câdirenuiMode plilmcc du car lielicu. fkal Ici Judlm. dang le go&l lUUui

t'RË I. 417

I rocher une eau argenlêe, et qui, par son bruit, I invitoit ù un doux sommeil. Psyché ne se jiiii I tenir d'entrer dans la grulte. Comme elle en visiloit lesrunins, ladarté, quialloit toujours en diminuant, lui faillit euKn tout-Â-coup. II y avoit ceriainemenl de quoi avoir |ieur ; uiais elle n'en eut pas le loisir. Une voix qui lui était familière l'assura d'abord : c'éloît celle de son époux. U s'approcha d'elle, la fil asseoir sur un siê^ couvert de mou»«e , se mit il ses pieds; et, après lui avoir baise b main, il lui dit, en soupirant : Faut-il quejodoiveà la beauté d'ua \ ruisseau une si agréable rencontre? Pourquoi ; n'est-ce pas à l'amour? Ah! Psyché! Psychél J je vois bien que cette passion et vos jeunes a n'ont encore guère de commerce ensemble. ' vous aimiez, vous chercheriez le^lence etlaH solitude avec plus de soin que lous ne les évitez mainieuant. Vous chercherieï les antres sauvages, et auriez bienlAt appiis que de tous les lieux où on sacrifie au dieu des amanis, ceux qui lui plaisent le plus ce sont ceux où on p<'ut lui sacrifier en sei'rel : mais vous n'aimez jtoint.

Que voulet-vous que j'aime? répondit Psyché. Un mari, dit-il, que vous vous figurerez i ' votre mode , et à qui vous donnerez telle soi'te de beauté qu'il vous plaii-a.

Oui : mais, reparut la belle, je ne me rencontrerai peut-être pas avec la naïui-e; or il y a bien de la fantaisie en cela. J'ai oui dire que nonseuIemMit chaque natiou avuit songeât, mai» chaque personne aussi. Une Amazone se proposeroit un mari dont les grâces feroient trembler, un mari resscmbbnl j Mars : moi je m'en proposerai an semblable à l'A- niour. Une personne mélancolique ne manque roit pas de donner à ce mari un air sérieux ij moi, qui suis ^ie, je lui en donnei'ai un e joué. En6n je croirai vous faire plaisir e attribuant une beauté délicate, et peut-être vousferai-je tort.

Quoi que c'en soit, dit le mari, vous n'avc pas attendu jusi]u'ù présent à vous forger a image de votre époux : je >-ous prie de me diit quelle elle est.

Vous avez dans mon esprit, poursuivit la belle , une mine aussi douce que trompeuse ; tous les traits fins: l'aril riant el fort éveillé ;

LES AMOURS DE PSYCHÉ

dcFeinbonpointet de la jeunesse, on ne saurait se tramper à ces deux points-là : mais je ne sais si vous êtes Éthiopien ou Grec; et quand je me suis fait une idée de vous, la plus belle qu'il m'est possible , votre qualité de monstre vient tout gâter. C'est pourquoi le plus court et le meilleur, selon mon avis , c'est de permettre que je vous voie.

Son mari lui serra la main , et lui dit avec beaucoup de doucxîur : C'est une chose qui ne se peut , pour des raisons que je ne saurois même vous dire. Je ne saurois donc vous aimer, reprit-elle assez brusquement. Elle en eut regret, d'autant plus qu'elle avoit dit cela contre sa pensée : mais quoi ! la faute étoit faite. En vain elle voulut la réparer par quelques caresses : son mari avoit le cœur si serré , qu'il fut un temps assez long sans pouvoir parier. Il rompit à la fin son silence par un soupir, que Psyché n'eut pas plus tôt entendu qu'elle y répondit , bien qu'avec qudque soite de défiance. Les paroles de l'oracle lui revenoient en l'esprit. Le moyen de les accoixler avec cette douceur passionnée que son époux lui faisoit paroître. Celui qui empoisonnoit , qui brûloit, qui faisoit ses jeux des tortures, soupirer pour un »mple mot ! Gela sembloit tout-à-feit étrange à notre héroïne; et, à dire vrai, tant de tendresse en un monstre étoit une chose assez nouvelle. Des soupirs il en vint aux pleurs , et des pleurs aux plaintes. Tout cela plut extrêmement à la belle : mais comme il disoit des choses trop pitoyables*, elle ne put souffrir qu'il continuât, et lui mit premièrement la main sur la bouche, puis la bouche même; et par un baiser, bien mieux qu'elle n'auroit fait avec toutes les paroles du monde, elle l'assura que, tout invisible et tout monstre qu'il vouloit être, elle ne laissoit pas de l'aimer. Ainsi se passa l'aventure de la grotte. Il leur eu arriva beaucoup de pareilles.

Notre héroïne ne perdit pas la mémoire de ce que lui avoit dit son époux. Ses rêveries la menoient souvent jusqu'aux lieux les plus écartés de ce beau séjour, et faisoient si bien que la nuit la surprenoit devant qu'elle pût gagner

' Qui cxcitoi4>nt une pitié ou uuc compassion trop forte. Aujourd'hui ou n'euiploic plu» en ce sens le mot pitoyable , et il se pi«nd prcMpic toujours en mauTaisc part.

le logis. Aussitôt son mari la vcnoit trouver sur un char environné de ténèbres; et plaçant à côté de lui notre jeune épouse, ilssepromenoient au bruit des fontaines. Je laisse à penser si les protestations, les serments , les entrelie» pleins de passion, se renouvcloient, et de fab â autres aussi les baisers; non point de mari i femme, il n'y a rien de plus insipide , ma» de maîtresse à amant, et , pour ainsi dire, de geoi qui n'en seroient encore qu'à l'espérance.

Quelque chose manquoit pourtant a la satisr faction de Psyché. Vous voyez bien que j*€itends parler de la fantaisie de son. mari, c'csh à-dire de celte opiniâtreté à demeurer invisibie. Toute la postérité s'en est étonnée. Pourquoi une résolution si extravagante? Il se peut trouver des personnes laides qui afifectent de se montrer*; la rencontre n'en est pas rare : m» que ceux qui sont beaux se cachent, c'est m prodige dans la nature; et peut-être n'y avohil que cela de monstrueux en la personne de notre époux. Après en avoir cherché la raison, voici ce que j'ai trouvé dans un manuscrit qui est venu depuis peu à ma connoissancc.

Nos amants s'entretenoient à leur ordinaire, et la jeune épouse, qui ne songeoil qa'anx moyens de voir son mari, ne perdoil pas une seule occasion de lui en parler. De discours en autre ils vinrent aux merveilles de ce séjour. Après que la belle eut fait une longue énumération des plaisirs qu'elle y reneontroit, disoitelle, de tous côtés , il se trou\'a qu'à son compte le principal point y manquoit. Son mari ne voydt que trop où elle avoit dessein d*en venir; mais, comme entre amants les contestations sont quelquefois bonnes à plus d'une chose , il voulut qu'elle s'expliquât, et lui demanda ce que ce pouvoitêtre que ce point d'une si grande importance, vu qu'il avoit donné ordre aux fiées que rien ne manquât. Je n'ai que faire des fées pour cela , repartit la belle : voulez-vous me rcmlre tout-à-fait heureuse? je vous en enseignerai un

moyen bien court : il ne faut Mais je vous

l'ai déjà dit tant de fois inutilement, que jen oserois plus vous le dire.

Non , non , reprit le mari , n'appréhendei pas de m'être importune : je veux bien que vous me traitiez conime on fait les dieux ; ils prennent plaisir à se iaire demander cent fois une

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