‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 496 sur 670 · E II. 4GI J · texte numérisé non relu

E II. 4GI J

(Uis lait comme l'auln.': son courroux et s< inuntranceK.e'éloit demeure les gens en piè« Noti-e héroine vint à bout de s»n entre^iri' par un grand bonheur. Elle emplit sa cnich^^ et s'en retourne triompliantc.

Vénus se douta que quelque |>uissnnce dirim 1 l'avoit assistée. De savoir laquelle, céloît \t point. Son Fils ne bougcoit du lit. Jupiter ni aucun des dieux n'auroît laissé Psyché dans cet i-sdava([e : les déesses seroient les df>miArps ù la secourir. Ne l'iraa(pno pas en <>tre quitte , lui dit Vénus : je te Terai dei« commandemmm 1 si diflîdles , que tu manqueras à quelqu'un ; 61. J pour diAtiment tu endureras la mon. Va n i|uei-ir de la laine de ces moulons qui paisse au-delà du fleuve; je m'en veux faire Iairé4 un habit. C'éloîent les moutons «lu soleil ; tous avuientdes comis, furieux au <lernier [toint, et qui poursuivoient les loujis. I^ur laine éloit d'une couleur de feu si vif qu'il éblouissoil la vue. Ils paissoient alors de l'autre cAté d'une rivière exirômemcnt large et profonde, quitraversoît le vallon à tnille pas ou ;)eu plus de ce châtrau.

I>e boime fortune pour notre belle, Juoâft j et Ci-i-(''S vini-ent voir Vénus dans le momeM (]u'e!ie veiu)it de donner cet ordre. Elles lui avuieni déjà rendu deux autres lisiles depuis la maladie de son (ils , et avoiimt aussi vu l'Amour. Cette dernière visite einptH:l>a Vénus de pi-endre gat'de â ce qui se jiasseroil , et donna uni! faciliu^ Il notre hé-oïne d'exé('Jit*>r ce commandemenl. Sans cela il auroil été impossible, n'y ayant ni pont, ni bateau, ni gondole sur la rr> J viùre.

Cette suivante qui éioil de l'intelligence dît à Psyché : Pîous avons ici des cygnes que les Amours ont dressi>sii nous servir de gondoles : j'en pi-endmi im ; nous traverserons la rivière par ce moyen. Il faut que je >x)us tienne compagnie , pour une raison que je vas vous dire : c'est que ces moutons sont gardés par deux jeunes enfanU sylvains qui i»mnK>neent déjà à courir api nyinplics. Je passerai la première, et ami les deux jeunes faunes, qui no manqueront p de tue poursuivre sans autra dessein que de It Ifttrer; car ils me runnuisstsnt , et savent que j'.ippartii5ns à Vénus : au \m aller j'en serai quitte pour deuxloiser-s; vous passerez cepeii-

LES AMOURS DE PSYCHÉ-

dant. Jusque-là voilà qui va bien , repartit Psyché; mais comment approcherai-je des moutons? me connoissent-ils aussi? savent-ils que j'appartiens à Vénus? Vous prendrez de leur laine parmi les ronces, répliqua cette suivante; ils y en laissent quand elle est mûre et qu'elle commence à tomber : tout ce canton-là en est plein. Ck)mme la chose avoit été concertée , elle réussit. Seulement , au lieu de deux baisers que Ton avoit dit » il en coûta quatre.

Pendant que notre bergère et sa compafpie exécutent leur entreprise , Vénus prie les deux déesses de sonder les sentiments de son fils. Il semble, à Tentendre, leur dit-elle, qu'il soit fort en colère contre Psyché ; cependant il ne laisse pas sous main de lui donner assistance : au moins y a-t-il lieu de le croire. Vous m*étes amies toutes deux, détournez-le de cet amour : représentez-lui le devoir d'un fils ; dites-lui qu'il se £ait tort. U s'ouvrira bien plutôt à vous qu'il neferoitàsa mère.

Junon et Cérès promirent de s*y employer. Elles allèrent voir le malade. II ne les satisfit point , et leur cacha le plus qu'il put sa pensée. Toutefois, autant qu'elles purent conjecturer, cette passion lui tenoit encore au cœur. Môme il se plaignit de ce qu'on prétendoit le gouverner ainsi qu'un enfant. Lui un enfant ! on ne considéroit donc pas qu*il terrassoit les Hercules, et qu'il n'avoit jamais eu d'autres toupies que leurs cœurs. Après cela, disoit-il, on me tiendra encore en tutèle! on croira me contenter de moulinets et de papillons, moi qui suis le dispensateur d*un bien près de qui la gloire et les richesses sont des poupées! C'est bien le moins que je puisse faire que de retenir ma part de cette félicité-là. Je ne me marierai pas, moi qui en marie tant d'autres!

Les déesses entrèrent en ses sentiments, et retournèrent dire à Vénus comme leur légation s'étoit passée. Nous vous conseillons en amies, ajoutèrent-elles, de laisser agir votre fils comme il lui plaira : il est désormais en âge de se conduire. Qu'il épouse Ilébé , repartit Vénus : qu'il choisisse parmi les Muses, parmi les Grâces, parmi les Heures; je le veux bien. Vous moquez-vous? dit Junon. Voudriez-vous donner à votre fils une de vos suivantes pour femme ? et encore Hébé qui nous sert à boire? Pour les

Muses , ce n'est pas le fait de rAmoiir qa* précieuse; elle le feroit enrager. La beamédei Heures est fort journalière : il ne s'en aooonmodéra pas non plus. Mais enfin, répliqua Vénus, toutes ces personnes sont des déesses, d Psyché est simple mortelle. N^est-ce pas la parti bien avantageux pour mon fils qœ la cah dette d'un roi de qui les états toumeroientdaH la basse-cour de ce château? Ne méprisez |Ni tant Psyché , dit Cérès : vous pourriez pis bkt que de la prendre pour votre bru. La beailj est rare parmi les dieux ; les richesses et 11 puissance ne le sont pas. J*ai bien voy^. comme vous savez; mais je n'ai point vntk personne si accomplie. Junon fut oontniiÉe d'avouer qu'elle avoit raison ; et toules den conseillèrent Cythérée de pourvcnr son fik Quel plaisir quand elle tiendroit entre les Im un petit Amour qui ressembleroit à son pèrel Vénus demeura piquée de ce proposJà : le ronge lui monta au fhont. Cela vous siércnt qu'à moi, reprit-elle brusquement. Je me regardée tout ce matin , mais il ne m'a fOÊà semblé que j'eusse encore l'air d'une Âak. Ces mots ne demeurèrent pas sans réponue; et les trois amies se séparèrent en se quereUanl.

Cérès et Junon étant montées sur leurs dan» Vénus alla faire des remontrances à s<hi fils; d le regardant avec un air dédaigneux :

11 vous sied bien , lui dit-elle , de vouloir voos marier, vous qui ne cherchez que le plaisir! Depuis quand vous est venue, dites-moi , une à sage pensée? Voyez , je vous prie , l'homme de bien et le personnage grave et retiré que voili! Sans mentir, je voudrois vous avoir vu père de famille pour un peu de temps : comment vous y prendriez-vous? Songez, songez à vous acquitter de votre emploi , et soyez le dieu des amants : la qualité d'époux ne vous convient pas. Vous êtes accablé d'affaires de tous côtés; l'empire d'Amour va en décadence ; tout languit ; ricD ne se conclut : et vous consumez le temps en des propositions inutiles de mariage ! il y a tantôt trois mois que vous êtes au lit, plus mahde de fantaisie que d'une brûlure. Celles , voos avez été blessé dans une occasion bien glorieuse pour vous ! Le bel honneur, lorsque l'on dira que votre femme aura été cause de cet accident ! Si c étoit une maîtresse , Je ne dis pas.

01 ! vous m'amènerez ici une mntronc' qui a n<>tif mois de l'année à toujours se plaine ! je la traineiai au i)al avec moi I Savcz-rous qu'il y a? ou retioneeï ik Psyché, ou je ne ux plus qui> vous passiez pour mon fils. Vous ►yez peut-être que je ne puis faiie un auli* Wnr. et que j'ai oublie la nianitre dont on les I : je veux bien r[ue vous sacliiex que j'en ni un quand il me plnii-a. Oui , j'en ferai un , s juli que vous mille fois, et lui renicUrai e les mains votre empire. Qu'on me donne M-ù-r heure cet arc el ces flèches, etlout l'ai- <ail dont je vous ai équipé; aussi bien vous l-il inutile dé^oiniais : je vous le rendrai quand

B serez sa(;e.

L'Amour se mit û pleurer; et prenant les 18 de sa mère, il les lui baisa. Cen'éuiiipas t parler oonmie il faut. Elle tit loui son isible pour l'obliger ù doRDer parole qu'il rcroit à Psyché: ce qu'il ne voulut jamais rc. Cylhéréc sortit en le menaçant.

I Pour achever le cbagi-in de celte déesse, Psyé arriva avec un paquet <)e laine aussi i>esant 'elle. Les choses s'étoienl {lassees de ce eûtétvec beaucoup de succès. Le cygne avoit mer- Heuseoieut bien foit son devoir, et les deux is le leur : de voir, de courir, et rien ilaktage; honnis qu'ils dansèrent quelques chan- 8 avec la suivante , lui dérobi-i'cnt quelques lers, lui donnèrent quelques bi-iris de thym le marjolaine , et peul-étre la coite vene ; le ■t avec la plus grande honnêteté du monde. tydié cependant faisoit sa luain. Pas un des Outons nes'évaria du troupeau pour venir à ^ '. Iss ronces !se liùssèrent ûtcr leurs belles icfi sans la piquer une seule fois. Psyché i-e- Ea la premiéi'e.

i son retour, Cythêi ée lui demanda comme ) avoit liait pour traverser la rivière. Psyché Wndit qu'il n'en avoit pas été besoin , et que il avoit envoyt! des flocons de laine de son ^. Je ne croyois pas, reprit Cylhérée, que la se fût si facile : je me suis trompée dans mes Hires , je le vois bien ; la nuit nous suggérera elque chose de meilleur.

L« fils de Vénus, qui ne songeoii k autre e qu'à tirer Psyclié de tous ces dangers , it qui n'atlendoit peut-être pour se raccommo- € «Ile que sa fpjérison et le retour de ses

forces , avoit reinandé premièrement le Zéphyre, et fait venir dans le voisinage une fee <pii faisoit parler les pierres. Rien ne lu! étoil impossible : elle se moquoit du destin . disposoitdes vents et des astres, et faisoit aller le monde à sa fantaisie.

Cythéréc ne savoit pas qu'elle fût venue. Quant au Zephyre , elle l'aperçut , et ne douta nullement que ce ne fiU lui qui eût assisté Psyché. Mais, s'éiant la nuit avisée d'un commandement qu'elle croyoit hors de toute possibilité, elle dit le lendemain à son fils : L'agent général de vus affaires n'est pas loin de ce cbilteau ; vous lui avez défendu de s'écai'ler : je vous défie tous tant que vous êtes. Vous serez habiles gens l'un et l'autre si vous empêcher que votre belle ne succombe au oommandemenl que je lui fei-ai aujourd'hui.

Ku disant ces mots, elle fit venir Psyclié, lui I oi-donoa de la suivre , et la mena dans la basse- i cour du château. Là , sous une es]>èce de halle, étoient entassés péle-niéle quatre différentes sortes de grains, lesquels on avoit donnés à la déi>sse pour la nourriture de ses pigeons. Ce I n'étoit pas proprement un tas , mais une montagne. Il occujxtit toute la largeur du magasin, et touchoit le taite. Cylhérée dit à Psyché : Je ne veus dorénavant nourrir mes pigeons que de mil ou de fitiment pur : c'est pourquoi sépare ces quatre sortes de grains ; fais-en quatre las aux quatre coins du monn-au . un tan de chaque espèce. Je m'en vais à Amaihontc pour quelques affaires de plaisir : je reviendrai sur le soir. Si it mon retour je ne trouve la lâche laite, et qu'il y ait seulement un grain de mêlé , je t'aliandonnerai aux ministres de ma vengeance. A ces mots elle monte sur son char, et laisse Psyché dcsespérée. En effet, ce oomuiandement étoil un travail , non {las d'Hercule , mais de démon.

Siti^t que l'Amour le sut, il en envoya avertir J la fée, qui , par ses suffumigations , par ses cei^ 1 clés, par ses paroles, contraignit tout ce qu'il ^ y avoit de fourmis au momie d'accourir à l'enlour du las, auiaoi celles qui babitoient aux extrémités <le la terre que celles du voisinage, | Il y eut telle fourmi qui lit ce jour-là quatre! mille lieues. C'étoit un plaiâr que d'en voir des 1 hontes et des caravanes arriver de tous les cdlés.H

Myi

LKS AMOURS DE PSYCFIÉ.

JI en vient des climats où commande l'Aurore ,

Do ceux que ceint Téthys, et TOcc^an encore;

L'Indien dégarnit toutes ses régions;

Le Garamantc cn?oie aussi ses légions;

II en part du couchant des nations entières;

Le Dord^i le midi n'ont plus de fourmilières;

Tl semble qu'on en ait épuisé l'univers;

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