‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 5 sur 670 · NOTIOE SUR LA VIE · texte numérisé non relu

NOTIOE SUR LA VIE

L'absence de la ducliesso de Bouillou, luicvaliiiée pai' ses aveolurcs galantes, ei d'auli-es aftaires d'une nature grave , et la mort de la ducbesse d'Orléans, avaient privé à la fois La Fontaine de ses deux protectrices ; ce <|ui étoit d'autant plus fâcheux pour lui , que son insouciance pour ses aFFaires avoit considéiableuic-nt ifHluitsa fortune, et que cependant il lui falloît pourvoir à l'éducation de son fil», alors à^é de quatorze ans.

Madame de 1^ Sablière tira 1^ Fontaine di cette position embarrassante. A sa priêi'e, de Harlay, premier président au parlement Paris , qui goùloit singulièrement les ouvrages de notre poêle, se cbargea de son fils; et madame de La Sablière retira cliez elle le fabuliste , qui y i-esta tant qu'elle vécut ; et, tant qu'elle vécut, elle pourvut à tous ses besoins, sans qu'il eût la peine d'y songer. Les seigneurs les plus aimables et les plus spiiiluels de la cour, les étrangers illustres, les gens de lettres, tes artistes, se réunissoient chez madame de La Sablière, Elle h' étoit rendue célèbre non seulement en France, mais dansloule l'Europe, par ses proQfrès dans la philosophie et les sciences, par son esprit et les grâces de sa personne. Son inari, homme léger, aimable, faisoit des vei's agréables, éioit Fort adonné aux plaisii-s, très inconstant dans ses goûts , el , comme presque tous ceux qui alors , avec de tels penchants , cloieut possesseurs d'une grande fortune, il entretenoit des maltresses. Du reste, il ne se moiitroit nullenient jaloux de sa femme , qui , de son dite , ne se croyoit pas astreinte û lui garder une fidélité dont il sembloil Faire peu de cas. 1^ liaison de madame de La Sablière avec le marquis de L^a Fare étoit pubhque; mais die dnroit depuis si long^iemps, qu'elle avoit presque dcHiné une réputation de vertu aux deux amanls. Tout-à-eoup les assiduités de La Fare auprès de madame de La Sablîèi'e devinrent plus i-ares, et l'on sut bieniAi qu'ayant pris goût à la société licencieuse qui se rasscmbloil chez la Champmeslë, il y passoit toutes ses soirées , et qu'il n'avoit pu résister aux séductions de celte actrice, qui pourtant n'éloil gas belle.

Madame de La Sablière, sacrifiée au goût du ji;u et de la débauche , blessée dans son orgueil el dans les seulîmeais Ivs plus vifs et les plub

chers de son cœui', sans bruit, sans ëdat, se jeta aussitôt dans les bi'as de la religion , mais avec une résolution , une ferveui-, un abandon, qui lui acquirejit l'estime et excitèrent l'ïidmiration de toute la partie sérieuse et sévère de la société de cette époque. Peu après , son mari mourut, et n'ayant plus rien qui la retint dans le monde, elle se relii-a aux Incurables, pour y soigner les malades et se consaci-er entièrement aux bonnes œuvi'cs.

Plus de société, plus de conversations, plus de j)laisirs , plus d'épancheiuenls de cwur, dans cet hûlel de madame de La Sablière oii La Fontaine restoit isolé. Tout ce qui faisoit le charme de sa vie avoit disparu d'autour de lui , avec sa bienfaitrice.

Pendant i|u'il se Irouvoil dans cette situation pénible , Colbert mourut : il étoit de l'Académie françoisc. Les amis de La Fontaine, et un en comptoit un grand nombre, voulurent lui faire obtenir la place que le mluislre laissoit vacante à l'Académie. La Fontaine , qui, dans l'isotemenl où il se irouvoit, vit dans ce projet un moyen de se réunir fréquemment avec des hommes «[u'il chérissoit, de causer de vers et de littérature , adojiia ce projet avec un empressement dont on ne l'auroit pas cru capable.

La réussite n'en étoit pas facile. I^uis XIV étoit pour son concurrent, et ce concuri'enl ctoil Boileau.

Les clioses éloienl bien changées pour La Fontaine depuis le temjis de sa jeunesse. Louis XIV, marié en secret à la veuve de Scai-ron, n'avoit plus de maîtresse. Molière n'étoit plus, les ballets et les fëtes splendides avoieut cessé. Tous les courtisans de l'âge du roi s'étoîent réformés à son exemple. I^ cour éttnt devenue sérieuse et dévote. Mais cependant une nouvelle génération , qui aussi eu faisoit partie , s'abandonnoil sans contrainte à ce goût effi-éné pour les plaisirs, dont l'exemple du monarque avcût fait une sorte de mode daus la nation. Ceux qui, d'un Age plus mâr ou d'un caractèi-e plussériemi, vouloienl conserver leur indépendance sans participer au scandale de celte jeunesse inconsidérée , eucourageoient son indocililê, et applaudissoîent à son audace.

I^ Fontaine éioit fort répandu dans cette

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