DE JEAN DE I-A FONTAINE
classe dtMa société, qui avoit aussi un parti ( r Académie. Tu renne cbértssoit notre poète, le grand Condé le combloit de ses bonlés, H étoit accueilli avec faveur par celte princesse de Gonii , la plus belle des filles de Louis XIV , pai- son tnari et son beau-frère , les d«ux princes de Conli. Vendôme, et son frère le ^rand-prieur , non seulement aimoient La Fontaine, mais le ponsionnoient. H étoit admis dans leur société intime et dans leurs joyeux banciuets. C'est pour cette société , et à son instigation, qu'il composa ses derniers contes, malheureusement plus licencieux que les premiers : ils ne pui-enl, comme ceux-ci , paroilre »vfc privilège du roi. La Champmosié les débtloit en secret, et il est probable, ainsi que le dit Pureiière, que La Fontaine lui en abandonnent le pi-otit, et payoit ainsi ses laveurs.
Ce recitdl de contes étoit une arme redoutable entre les mains de ceux qui vouloient fermer à La Fontaine les portes de l'Académie. Le président Kuse , secrétaire intime du roi, et très avant dans sa faveur, jeta ce livre sur la table le jour de l'élection , et demanda , avec colère , si l'Académie oseroil proposer à l'ap- {H^bation du roi l'auteui' d'un livre Rétri par ne sentence de police. Celle manière violente ■e réussit point. Des voix s'élevèrent pour défendre La Fontaine, et il fut élu. Ce 6it \à peut-être le premier acte d'indépendance de l'Académie fran^wise. Le roi reçut très mal ses déput(!S, et n'approuva pas. Mais l'Académie ne rétracta point son cliuix. La Fontaine lit une jolie ballade |)our supplier le roi de consentir à sa nomination , et ÎI lit agir madame de Tbian- 0es, qui , malgi'é la reii-aitc de sa sœur, avoit conservé tout son a'édit à la cour. Une nouvelle <|4âc« vint ù vaquer à l'Académie. Boileau , ainsi qiieleroilcdesiroit, yfutnommé.ctl^uisXlV iloniui alors , en même temps, son approbation i Télection de La Fontaine el à celle du Boileau , el l'auteur des contes et celui des satii-es forent cntin, tous deux et en même temps, académiciens.
Dans l'épitre à madame de La Sablière, que La Fontaine lut dans la séance publique le jour ,dc sa réception, il fit en beaux vers une sorte id'amendc honorable île sa vie passée, et il iiiasiresta l'intention de suivre los ctmseils de s<m
amie et de sa bienfaitrice ; mais il craignoit d ne [Kiuvoîr y parvenir, ei disoit :
Ke poial errer Esl chose an-desnis de mes forces. ... Tel que fui mon priDlen))K. jr cmiu) quul'on nuTOie Leaplusrhers do mes jours nDwaiits désirs en proie.
En effet, il continua son même genredevÎQ^ et Ht encore des contes; mais cependant sa ' plume fut plus réservée, et ses nouvelles productions n'en eurent que pius de charme.
Tout senibloit conspirer contre la résolution qu'il avoit voulu prendre. Sa verte vieillesse si trouvait assié{^ par tous les genres de sédiKH ] tîons. Un jeune conseiller au parlement de Pft^ J ris , nommé llervart , et sa femme , aimable e^ J jolie, l'avoient pris en amitié, et tous deux a^f plaisoient à l'attirer cliez eux et à leur campagne. Là ils passoient la belle saisou en compagnie avec plusieurs jeunes femmes, leui^s parentes , el avec Vcrgier, le plus heureux des imiiateui-s de La Fontaine. Cette société si gaie, si séduisante, de Bois-le-Vicomte et de rtiAtel J'llervart,éveilloitrimaginaiion de notre poëte, et prolongeoit en lui , au-delù du terme ordinan l'euient piescrit par la nature , le règne des illii^ M sions el des désirs.
Toutefois , Jes exemples et les exhortations <Ie madame de La Sablière , el <le Racine et de Maucroix ses meilleurs amis, autrefois compagnons des écarts de sa jeunesse, et désormais livrés il la plus austère piété, faisoient impression sur lui , et , aidés des bientaits de l'âge , ils auroient plus tût triomphé de ses déplorables habi tudeii , sans une influence qui vint encore en prolonger le cours.
Une certaine madame Uliich lisoil avec délice les Contes de La Fontaine, et éprouvoit le plus vif regret qu'il eûl renoncé il en composer, l-'emme d'un maître d'hùtel du comte d'Auvergne , frèi-e du duc de Bouillon , chez lequel La Fontaine alloit souvent dîner, elle avoit eu occasion de voir ce poi-te el de te connoilre. Elle pi'it la résolution d'eiiiployer tous les moyei qui éloîenl en son pouvoir, pour obtenir do U de nouveaux écrits dans le genre de ceux <; avoient tanlcharmé son nnagination licencieux Déjà sur le l'etour de l'âge , puisqu'elle avoit ui lille de quinze ans , die étoit cepen<bnt enrc fiaichcr t'i b implaisante compagne <[
duchesse de Praslin, dont elle servoît les intrigues , et qui la proléf^eoit contre un loari jaloux el quinieux, beaucoup plus âgé qu'elle, elle avoitsu, pour ceux qui aimoient le jeu, la bonne cbëce , et les plaisirs sans contrainte , rendre sa maison une des plus agi-eables de Paris : il ne lui fut pas difficile d'y auii-er La Fontaine. Le bon sens du bon homme résista d'abord aux séductions d'un attachement si dispi-oporlionnë ; mais , pour vaincre sa résistance , madame Ulrich n'eut qu'à le vouloir; et comme elle lui accorda tout, il ne sut rien lui refuser. Cest pour lui complaire qu'il composa le joli conte du (Ji proifuo, qu'elle publia après la mort de notre poëie, avec une portion de la cori'espondaDce qu'elle avoil eue avec lui, oii se trouvent dévoilés les moyens qu'elle employa pour enchainer le vieillard. Dans l'avant-pi'opos de ces OEuvres pomkwne» de La Foniaine, madame Ulrich a pris avec chaleur la défense de celui qu'eLe appelle emphatiquement son ami ; et elle soutient que le contraste que La Bruyère a voulu établir entre sa personne et ses écrits, n'existoit pas. Elle affirme qu'il n'étoît distrait , lourd , rêveur cl silencieux , que dans les sociétés où il s'ennuyoit, ou avec ceux qu'il ne connoissoit pas; mais qu'à table, dans le téte-à-téte, et partout où il se plaisoit, c'étoil l'homme le plus enjoué Cl le plus aimable. L'attachement vrai el désintéressé que tant de femmes spirituelles de ce temps eurent pour La Fontaine , le désir qu'elles éprouvoient de jouir de sa société, démontrent l'exactitude du portrait que madame Ulrich enatracé. De tous les délautsque les femmes supportent le moins dans un homme, c'est d'eue nul ou ennuyeux.
Tandis que madame Ulrich obtenoit de notre poète qu'il caressât encore, par instants , la Muse badinequiavoit fait la réputation (le sa jeunesse, une inlluence d'une nature bien différente le portoit à s'adonner de nouveau avec ardeur aux productions morales auxquelles il devoit la gloire de son âge mûr. Cette influence étoit celle d'un enfant de dix ans ; mais cet enfant «toit le petil-hls de Louis XIV, l'espoir de la France ; et il étoit guidé par un homme qui unissoit en lui le génie et la vertu. Fénelon admiroit ee fabuliste' à qui il a été donné, dit-il, de reitdre la négligence m^me de l'art préitirableà son
jioli le plus brillant ; • et Fénelon ne se contenta pas d'une admiration stérile pour le poêle qui en étoit l'objet ; il Ht verseï- sur lui les bienfaits du jeuue prince son élève. La Foniaine, en qui le sentiment de la reconnoissance étoit encore plus efficace que les suggestions de la volupté , écrivit , pour l'instruaion du duc de Itourgogne, des fables égales en beauté ù celles qu'il avolt composées, et il ajouta un douzième et deraier livre aux onze que contenoienl les recueils déjà publics.
Lorsque son dernier recueil de Fables vit le jour, noti-e poète donnoit au monde un exemple qui devoit ôti'e encore plus cher que ses écrits, au pieux précepteur du duc de Bourgogne.
Une maladie avoit conduit 1^ Fontaùie aux portes du tombeau. Il guérit ; mais depuis cette époque toutes ses pensées se tournèrent vers la religion : il se confessa, communia, et eut de longs et fré(|uents entretiens avec le savant théologien Pouget. Une grande afBiclion vint i cure ajouter dans La Fontaine à l'effet de ces conférences , madame de La Sablière mourut. Notre poëlc quitta aussildl cet bùiel où il avoit liabile si long-temps avec elle. Dans la rue , il rencontra lier\'art qui, venant d'apprendre ta nouvelle de cette mort, lui dit : • Je venois vous prier de venir demeurer chez moi. — J'y aliois, » ré|)ondit La Fontaine.
La Foniaine, depuis sa conversion, s'éloit interdit tout ouvrage profane; mais il éçrivoit alors à de Maucroix : ■ Je mourrois d'ennui si je ne composois plus. • Et il ^t part â son ami du projet qu'il a conçu de traduire les hymnes sacrées en vers. Il se flaitoit de vivre encore assez long-temps pour terminer celte œuvre. Sa piété, aussi ardente qu'elle étoit sincère, le portoit à s'assujettir à des privations que personne ne lui avoit prescrites, â des rigueurs auxquelles on se seroit opposé si on les avoîl counues. 11 portoit sur lui un cilice, cea'i'on sut qu'après sa mort. Il avoit une gidnue confiance dans l'efficacité de la prière, et, dans sa paraphrase du Diesirœ, il dit, en s'adressant à Dieu :
Le liiToa le priant hil pooulé de loi ,
Ls priirrc el Tamoiir ont un eboniie aupH^me.
Pour se distraire, il alloit très assidùmenl aux