‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 505 sur 670 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Je ne voulois chanter qae les héros d'Esope ; Ponr eux seuls en mes vers j'inroquois CÎdlîope; Même j'allois cesser, et regardois le port. La raison me disoit que mes mams étoient lasses : Mais on ordre est venu plus puissant et plus fort Que la raison; cet ordre accompagné de graœs» Ne laissant rien de liiire au cœur ni dans Tesprit, M'a foit passer le but que je ra'étoîs prescrit. Vous vous reconnoîssez â ces. traits, Uranie ' : Cest pour vous obéir, et non point par mon choix y Qu'à des sujets profonds j'occupe mon génie, Disciple de Lucrèce une seconde fois*.

Favorisez cet enivre; empêchez qu'on oe die Que mes vers sous le poids languiront abattus : Protégez les enfants d'une muse hardie ; Inspirez-moi ; je veux qu'ici l'on étudie

> La duchene de DooilloD.

> Ce vers lait allusion au discoars adressé à madame de I^ sabUtxe (table {iremièrc, Uvre X) , où La Fontaine a traité de l'ame des bêtes.

LE QUINQUINA

D'un présent d'Apollon la force et les vérins.

Après que les humains , œuvre de Promélhée, Furent participants du feu qu'au sein des dieux Il déroba pour nous d'une audace effrontée , Jupiter assembla les habitants des cieux. Cette énonce, dit-il, est donc notre rivale! Punissons des humains Tinfîdèle artisan : Tâchons par tout moyen d'altérer son présent. Sa main du feu divin leur fut trop libérale : Désormais nos égaux , et tout fîers de nos biens , Ils ne fréquenteront vos temples ni les miens. Envoyons-leur de maux une troupe fatale , Une source de vœux , un fonds pour nos autels. Tout rOlympe applaudit : aussitôt les mortels Virent courir sur eux avecque violence Pestes, fièvres, poisons répandus 'dans les airs. Pandore ouvrit sa boite ; et miUe maux divers S'en vinrent an secours de notre intempérance. Un des dieux fut touché du malheur des hnmains : C'est celui qui pour nous sans cesse ouvre les mains ; Cest Phébns Apollon. De lui vient la lumière, La chaleur qui descend au sein ' de notre mère, Les simples , leur emploi , la musique, les vers, Et l'or, si c'est un bien que l'or pour l'univers. Ce dieu , dis-je , touché de l'humaine misère, Produisit un remède au plus grand de nos maux : C'est l'écorce du kin% seconde panacée.

Loin des peuples connus Apollon l'a placée. Entre elle et nous s'étend tout l'empire des flots ^ Peut-être il a voulu la vendre à nos travaux ; Peut-être il la devoit donner pour récompense Aux hôtes d'un climat où règne l'innocence. O toi (|ui produisis ce trésor sans pareil , Cet arbre ainsi que l'or digne fils du soleil , Prince du double mont, commande aux neuf pucelles Que leur chœur pour m'aider députe deux d'entre el- J'ai besoin aujourd'hui de deux talents divers : [les, L'un est l'art de ton fils ^ ; et l'autre , les beaux vers.

Le mal le plus commun , et quelqu'un même assure

* Tar. Du sein.

* La Fontaine à écrit kin et qtdn. On écriyoit alors kinkina ou quinquina indifféremment.

3 La Fontaine indique mie contrée lointaine , mais n'en di^idgne aucune en particulier, parcctnie de son tem(M on étoit encore incertain sur le i)ays d'où l'on tiroit le quinquina. Les uns soutenoient qu'il vcnoit de la Ctiine. et que c'étoit par cette raison qu'on le nommoit china ou kina ; ils le désignoient en latin par les mots de cortex chinensis , écorce de la Chine ; d'autres , mieux instruits , assuroient que c'étoit une production du Pérou, et le nommoient cortex perttviensis , écorce du Pérou. (Voyez de Blegny, Remède anglois pour la guérison des fièvres , 1682, iu-t2, p. t8.) Le premier quinquina parof t avoir été tiré de la montagne de Loxa , prés de Quito . dans le^Pérou.

4 Esculape , fils d'Apollon , et dieu de la médecine.

Que seul on le peut dire un mal , à bien parier, C'est la fièvre, autrefois espérance trop sâre A Cloton , quand ses mains se lassoient de filer. Nous en avions en vain l'origine cherchée. On prédisoit son cours , on savoit son progrès,

On détermmoit ses effets;

Mais la cause en étoit cachée.

La fièvre, disoit-on , a son siège aox hnmeors. Il se fait un foyer qui pousse ses vapeurs

Jusqu'au cœur, qui les distribue Dans le sang dont la masse en est bientôt imhue. Ces amas enflammés, pernicieux trésors.

Sur l'aile des esprits aux familles errantes,

S'en vont infecter tout le corps,

Source de fièvres différentes.

Si l'humeur bilieuse a causé ces transports ,

Le sang, véhicule fluide

Des esprits ainsi corrompus y Par des accès de tierce à peine ûiterrompus, Va d'artère en artère attaquer le solide '• Toutes nos actions souffrent un changement Le test et le cerveau piqués violemment Joignent à la douleur les songes, les chimères, L'appétit de parler, effets trop ordinaires.

Que si le venin dominant

Se puise en la mélancolie, Pai deux jours de repos, puis le mal survenant

Jette un long ennui sur ma vie.

Ainsi parle l'école et tous ses sectateurs *. Leurs malades debout après force lenteurs

Donnoient cours à cette doctrine :

I^ nature, ou la médecine.

Ou l'union des deux , sur le mal agissoit.

Qu'importe qui l'on guérissoit.

On n'exterminoit pas la fièvre , on la laissoiL Le bon tempérament , le séné , la saignée ; Celle-ci , disoient-ils , ôlant le sang impur. Et non comme aujourd'hui des mortels dédaignée; Celui-là , purgatif innocent et très sûr (Ils l'ont toujours cru tel), et le plus nécessaire,

J'entends le bon tempérament ,

' Tout ceci appartient à la doctrine médicale de Galico, çà attribuoit toutes les fièvres à une dégénérescence des hamean produites par une aiïection particulière du pneuma , ou ga qui circule dans les vaisseaux. Gaiien avoit hif-mémc empnnilé ces idées à la philosophie du médecin Érasûtrate. Elles éfoient encore en vigueur du temps de La Fontaine , qui ne comn»* soit ni les écrits de Gaiien , ni la doctriiie d'ÉriAUnltt. {Extrait des notes manuscrites du docteur Breschet, lor ce poème.)

> Le poète frappe ici tour-à-tour sur la foUe et le ridicule de récolc , et sur le jargon des Galiéiiistes. Ce tableau est d'une grande vérité , et l'on trouve encore dans la pratique soit des médecins, soit des bonnes femmes, qui font ce qulDdiqne notre auteur. {Extrait des notes manuscrites du doetemr Brcschet.)

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