CHANT PREMIER
meilleur enoor par le bon aliment , loîent le malade en son train ordinaire, rétablissoity mais toujours lentement.
ire plus prompte étoit une merveille, daiit la lon^eur minoit nos facultés, il restoit des impuretés, mèdes alors de nouveau répétés , , rhubarbe, enfin mainte chose pareille » -tout la diète , achevoient le surplus » liassoient ces restes surperflus , .
oieot , resserroient , faisoienl im uoa? el homme : n nouvel homme ! un homme usé.
l'avec tant d'appi^èts cet œuvre se consomme , sor de la vie est bientôt épuisé '.
veux pour témoins de ces expériences !S peuples sans lois , sans arts, et sans sciences : mèdes fréquents n'abré&rent point leurs jours, l'en hâte le Ion;; et le paisible cours. ?st des Iroqnois la gent presque immortelle : après cent ans chez eux est encor belle, ent leurs enfants aux ruisseaux les plus froids, re au tronc d'un arbre , aveoqae son carquois , le la nouvelle et tendre créature; ns art apprêter un mets non acheté, trafiquent point des biens de la nature; vendons cher les dons qui nous ont peu coûté, où nous sommes vieux est leur adolescence, il faut mourir ; car sans ce commun sort ître ils se mettroient à Taliri de la mort ^ar le secours de l'ignorance.
10US , fils du savoir, ou , pour en parler mieux, k'es de ce don que nous ont fait les dieux , nous sommes prescrit une étude infinie, est long , et trop courts les termes de la vie. ni point négligé fait errer aisément.
;ndrai de plus haut tout cet enclialnemoit , re non encor par les Muses traitée, * qu'aucun mortel en ses vers n'a tentée : >ssein en est grand, le succès malaisé; n'y perds, au moins j'aurai beaucoup osé. portes sont au cœur; chacune a sa valvule •• ng, source de vie , est par l'une introduit ;
traitement des fièvres étoit tel que La Fontaine llndi- . avant le chevalier Talbol , qui fit à cet égard une révoen médecine, et qui défendit, comme choMi dange* , la diète , la saignée , et les purgatlons , pendant qu'on t non remède. ( Voyez I^s admirables qualités du a , seconde édition , 1094 , inH2 . p. 17 et 22. ) La preédition de ce livre {tamt en I6M.
tre poète décrit ici d'une manière très eiacte la circula- I sang découverte par le docteur Harvey , ce qui exclut tflne de la présence du gaz ou des esprits dans les vaisartëfielK. qu'il a exposée plus haut, et à laquelle plumédecins de ce temps éloéent encore attacbéi. {Notes lu docteur Breschet)
L'autre hiijpfiîère permet qu'il sorte et qu'il circule , Des veines sans cesser aux artères conduit. Quand le cœur l'a reçu , la chaleur naturelle En forme ces esprits qu'animaux on appelle. Ainsi qu'en un creuset il est raréfié.
Le plus pur, le plus vif, le mieux qualifié , En atomes extrait quitte la masse entière. S'exhale,' et sort enfin par le reste attiré. Ce reste rentre encore , est encore épuré ; Le chyle y joint toujours matière sur matière. Ces atomes , font tout , par les uns nous croissons ; Les autres , des objets touchés en cent façons, Vont porter ad cerveau les traits dont ils s'emprei-
Produisent la sensation. [gnent ,
Nulles prisons ne les contraignent :
Ils sont toujours en action.
Du cerveaa dans les nerfs ils entrent, les remuent; C'est l'état de la veille ; et réciproquement , Sitdt que moins nombreux en force ils diminuent. Les fils des nerfs lâchés font Tassoupissement. Le sang s'acquitte encor chez nous d'un autre office. En passant par le cœur il cause un battement ; C'est ce qu'on nomme pouls , sAr et fidèle indice
Des degrés du fiévreux tourment.
Autant de coups qu'il réitère , Autant et de pareils vont d'artère en artère Jusqu'aux extrémités porter ce sentiment. Notre santé n'a point de plus certaine marque
Qu'nn pouls égal et modéré; Le contraire fait voir que l'être est altéré ; Le foible et l'étouffé confine avec la Parque,
Et tout est alors déploré.
Que l'on ait perdu la parole, Ce truchement poiur nous dit assez notre mal , Assez il fait trembler pour le moment Citai :
Esculape en fait sa boussole.
Si toujours le pilote a l'œil sur son aimant, Toujours le médecin s'attadie au battement , C'est sa guide; ce point l'assure et le console
En cette mer d'obscurités Que son art dans nos corps trouve de tons côtés.
Ayant parlé du pouls , le frisson se présente. Un /roid avant-coureur s'en vient nous annoncer Que le chaud de la fièvre aux membres va passer. Le cœur le fbmentoit , c'est au cœur qu'il s'augmente. Et qu'enfin parvenant jusqu'à certain excès Il acquiert un degré qui forme les accès.
Si j'excellois en l'art où je m'appUque, Et que l'on pût tout réduire à nos sons, J'expliquerois par raison mécanique Le mouvement convnisif des frissons :
Mais le talent des doctes nourrissons
Sur ce sujet veat tune autre manière, n semble alors que la machine entière Soit le jouet d'un démon furieux.
Muse y aide-moi; viens sur cette matière Philosopher en langage des dieux.
Des portions d'humeur grossière,
Quelquefois compagnes du sang, Le suivent dans le cœur, sans pouvoir, en passant.
Se subtiliser de manière Qu'il naisse des esprits et^ même quantité
Que dans le cours de la santé.
Un sang plus pur s'échauffe avec plus de vitesse : L'autre reçoit plus tard la chaleur pour hôtesse; Le temps l'y sait aussi beaucoup mieux imprimer. Le bois vert, plein d'humeurs , est long à s'allumer : Quand il briile , l'ardeur en est plus véhémente. Ainsi ce sang chargé repassant par le coeur S'embrase d'autant plus que c'est avec lenteur, Et regagne au degré ce qa'il perd par l'attente '. Ce degré c'est la fièvre. A l'égard des retours
A certaine heure, en certains jours.
C'est un point inscrutable , à moms qu'on ne le fonde Sur les moments prescrits à cuire ou consumer L'alunent ou l'humeur qui s'en est pu former.
n n'est merveille qui confonde Notre raison aveugle en mille autres effets Gomme ces temps marqués où nos maux sont sujets. Yous qui cherchez dans tout une cause sensible,
Dites-nous comme il est possible Qu'un corps dans le désordre amène règlement
L'accès , ou le redoublement.
Pour moi , je n'oserois entrer dans ce dédale; Ainsi de ces retours je laisse l'intervalle : Je reviens au frisson, qui du défaut d'esprits
Tient sans doute son origine.
Les muscles moins tendus, comme étant moins rem-
Ne peuvent lors dans la machine [plis,
Tbrer leurs opposes de même ((u' autrefois. Ni ceux-ci succéder à de pareils emplois. Tout le peuple mutin, léger et téméraire, Des vaisseaux mal fermés en tumulte sortant ,
Cause chez nous dans cet instant
Un mouvemeut involontaire.
Le peu qui s'en produit sort du lieu non gonflé ; Comme on voit l'air sortir d'un ballon mal enflé. La valvule en la veine , au ballon la languette. Geôlière peu soigneuse à fermer la prison ,
■ C*cst la doctrine de François de Monginot, teUe qn'U l'cxpo«e dans son traité intitulé De la guérison des fièvre* par le quinquina , 1688 , in-12 , p. 52-44. Je citerai toujours cette dernière édiUon du traité de Monginot, parceque c'est la seule que Je possède; mais il en aroit paru trob éditions avant la publication du poème de La Fontaine , en 1682, et il fut traduit en latin cette année même. ( v. ci-dessus Tavertissemcnt.)
LE QUINQUINA
laisse enfin échapper la matière inquiète: Aussitôt les esprits agitent sans raiaoo , Deçà , delà , partout où le hasard les Notre corps qui frémit à leor moindre Le malade ressemble alors à ces Que des vents opposés et de contraires eanx Ont pour but du débris que leurs fureurs i Les ministres d'Eole et les flots les agitent; [i Mamt coup, maint tourbillon les pousse à Uw» Frêle et triste jouet de la vague et des vents. En tel et pire état le frisson vient réduire Ceux qu'un chaud véhément menace de déinnt Il n'est muscle ni membre en TassemMage ente Qui ne semble être prêt du naufrage dernier. De divers ennemis à Tenvi nous traversent, Malheureuse carrière où ces démons s*eimaL
Si le mal continue et que d'aucun repos La fièvre n'ait borné ses funestes complots, Dans les fébricitants il n'est rien qui ne pèche: Le palais se noircit, et la langue se sèche; On respire avec peine , et d'un fréquent effort : Tout s'altère ; et bientôt la raison prend Fcaor. Le médecin confus redouble les alarmes.
Une famille tout en larmes Consulte ses regards : il a beau déguiser. Aucun des assbtants ne s'y laisse abuser. Le malade lui-même a l'oeil sur leur visage. Tout ce qui l'environne est d'un triste piésige; Sa moitié, des enfants , l'un l'appui de ses joon, Un autre entre les bras de ses chastes amoon, Une fille pleurante, et déjà destinée Aux prochaines douceurs d'un heureux hyméoée. Alors , alors , il faut oublier ces plaisirs. L'ame en soi se ramène , encor que nos desîn Renoncent à regret à des restes de vie. Douce lumière , hélas ! me seras-tu ravie ? Ame , où t'envoles-tu sans espoir de retour? Le malade , arrivé près de son dernier jour. Rappelle ces moments où personne ne songe Aux remords trop tardifs où cet instant nous ptongt Sur ce qu'il a commis il tâche à repasser : En vain ; car le transport à ce foible penser Fait bientôt succéder les folles rêveries. Le délire , et souvent le poison des furies. On tente l'émétique alors infructueux , Puis l'art nous abandonne au remède des vsui.
Pandore , ((ue ta bolle en maux étoit féconde i Que tu sus tempérer les doucenrs de ce monde! A peine en sommes-nous devenus habitants. Qu'entourés d'ennemis dès les premiers instants. Il nous faut par des pleurs ouvrir notre carrière. On n'a pas le loisir de goûter la lumière.
CHANT SECOND
idô
iflles liniiiainii, combien po&sédez-voDR ||l pl^seDl si cher et m doux ?
ttlieK-en le temps dont Morphée est le maître; Btrauchex ces jours superflus jt notn ame ignorant son être mal pas encore , ou bien ne se sent plus : ■ tem|w (les soins, celui des malailies, lède fatal qui partage nos vies.
pc qaelqnerois Tait que dans nos matsotu nsHinj «ans «oleil trois retours de saisons. K mal a le pouvoir d'étendre I et plus encor son long et triste cours ; B de ces trois cercles de jours W â le souffrir, deux autres i l'attendre. ptst trop s'arrêter é des sujets de pleurs ; ^quelques moments dormir sur le Parnasse ; BB ciJlèbrerons averque plus de grâce Il qu'Apollon oppose à ces malheurs.
CHANT SECOND
L|^ce au ikimou' ipii conduit mes ouvrages, t offrir aux yeux de moiiu truies image»; Ij'al peint le mal , e\ j'ai lieu d'espéier Eprtant du remède il viendra ni'inspver. failli pluï celle liydre aux télés renaiscante» , ire exerce en vain ses fureurs impuissantes : ntempsBont venus, Louis r^gne; et les dieux nient  son siècle un bien si précieux; Itiècle ils gardoîent l'heureuse découverte pi gni loni lei joun cause sa Styi quelque perle, ■"•vous pas toujours triomphé de nos maux : rnons a sonvent envoyé des travaux, ■i letnpti sont venus : Loais règne; et U Parque Bite à trancher nos jours sous ce monarque, ■rite a gapii* les arbitres du sort ; plins avec lui sembltmt Atre tl'auioril. L liienlieureux temps; et que siius ses auspices Mrtious cliet les morts plus tard nos sacriHccs. njure le dieu qui m'inspire ces vers; ■ Got^urc aussi, père de l'univers.
|i, ilivinilds aux humnws bienfaisantes, ftérei les airs , qui régiKZ sur les plantes, 1 pour lui ]>laire, empécliei: les humains
cer leur tribut au roi des peuples vains.
__ le lè-deMSus nne nouvelle route ;
le bien des mortels ; que tout mortel m'Auate,
|l vtùr ce que croit VtvoU et ses su[ipAts : e long-tem)» leur erreur en r«|ios.
olntlclpruilmt «nincIrniieaccspUin, tt<i^tt
Le qiiina l'a détruite, im suit des lois nouvellei. Arrière les humeurs; qu'elles pèchent ou non , La lièiTe est un levain qui suiwiste «ans «Iles :
Ce lual si craint n'a pour raison Qu'un sang qui se dilate , et bout dans sa prison ■.
On s'est formé jadis une semblable itiée
Des eaux dont tous les aus !tlempbis est inondée.
Plus d'un naturaliste a cm Que les esprits nitreui d'un ferment prétendu Faisoieut croître le Nil , quand toute eau se renferme
Et u'ose ootre-passer le terme Que d'invisibles mains sur ses bords ont écrit. Celle-ci seule échappe , et dédaigne son lit : Les nymplies de ce fleuve errent dans les campagnes Sous les signes bhUanis, el pendant plusieurs juurs. D'où vient, dit un auteur, qu'il enflealors son cours? Le climat est sans pluie; on n'entend aux montagnes Bruire en ces lieux aucuns torrents :
En ces lieux nub ruisseaux courants N'augmentent le tribut dont s'arrosent les plaines. Si l'on croit cet auteur, certain bouillonnement Par le nitre causé fait ce débordement. C'est ainsi que le sang fermente dans nos veines. Qu'il y iMMit. qu'il s'y ment, dilaté par le cteur.
Les esprits alors en fureur Tadieiit par tous moyens d'ébranler la machine. On bissunne, on a chaud. J'ai déduit ces effets
Selon leur ordre et leur progrès.
Tiès qu'an certain acide eit notre corps domine •. Tout fermente, tout bout, les esprits, les liqueurs; Et la lièvre de là tire son origine
Sans autre vice des humeurs.
Que faisoient nos aïeux pour rendre plus tranquille Ce sang aintù bouillant ? ils sai^oieut, mais en vsin ;
L'eau qui reste en l'éolipyle Ne se refroidit pas quand il devient moins plein. L'aù^in soufflant fait voir que la liqueur enclose Augmente de chaleur, déchue en quantité : Le soafQe alors redouble, el cet air irrité Ne trouve du repos qu'en consumant sa cause. Du sentiment fiévreux on trandie ainsi le cours; Il cesse avec le sang , le sang avec nos jours.
Tout mal a son remède au snn de la nature. Nons n'avons qu'à cherclier : de là nous sont venu*
• cel allru'*, et cvlnl qid mU. oc «ol que It duciiine iIr IfTSnfoli MomgluDl . Dilic «I vm. ( \oja D> la guéfUim du p^tii pur te ^uMfuliui. )i.U.ST.)
■ Dana HonglDOt . M tu giàiriian dit fUrra pur It t«4Nfiilnii. p.SI. uaUt' • tjsqur Jfrlmud'iTincn'thcettniKal Ml Itiiia Khle couinir ik U |irinci|>atp ciuk ■> b btnr . etc.i ■ rt plu km, p. M > • A)uit«uppuMl M ituejfi *inwilii iliiT . qiMi c'M SB leiiln iddc qiil Bt û (irlnclpak ciuh <1c*
LE QUINQUINA
L'antimoine avec le mercure,
Trésors autrefois inconnus.
Le quin ' règne aujourd'hui : nos habiles s'en ser-
Quelques uns encore conservent , [vent.
Gomme un point de religion , L'intérêl de Técole et leur opinion \ Ceux-là même y viendront , et désormais ma veine Ne plaindra plus des maux dont Tart feit son domaine. Peu de gens, je l'avoue, ont part à ce discours : Ce peu c'est encor trop. Je reviens à l'usage D'une écorce fameuse , et qui va tous les jours Rappeler des mortels jusqu'au sombre rivage. Un arbre en est couvert, plein d'esprits odorants, Bas de tige, étendu , protecteur de l'ombrage : Apollon a doué de cent dons différents
Son bois, son fruit, et son feuillage.
Le premier sert à maint ouvrage; Il est onde d'aurore; on en pourroit orner Les maisons où le luxe a droit de dominer. Le fruit a pour pépins une graine onctueuse ,
D'ample volume et précieuse :
Elle a l'effet du baume, et fournit aux bumains, Sans le secours du temps , sans l'adresse des mains , ^
Un remède à mainte blessure.
Sa feuille est semblable en figure Aux trésors toujours verts ' que mettent snr leur front Les héros de la Thrace et ceux du double mont *.
Cet arbre ainsi formé se couvre d'une écorce Qu'au cinnamome on peut comparer en couleur '. Quant à ses qualités principes de sa force , C'est l'âpre , c'est l'amer, c'est aussi la chaleur. Celle-ci cuit les sucs de qualité louable , Dissipe ce qui nuit ou n'est point favorable;
Mais la principale vertu Par qui soit ce ferment dans nos corps combattu , C'est cet amer, cet âpre , ennemis de l'acide ^ ,
< Précédemment il y a le kin. Cette variation existe aussi dans l'édition originale.
> Voyez l'avertissement de l'éditeur en tête de ce poème.
> C'est-à-dire aux feuilles de laurier.
4 C'est-à^ire les guerriers et les poètes : Apollon et le dieu Uars étoient éj;alement couronnés de laurier.
s Ce n'est que depuis un petit nombre d'années que les botanistes ont bien fait connoitre les diverses espèces du genre des quinquinas; et, malgré leurs travaux, il existe encore une très grande incertitude pour déterminer les espèces auxquelles appartiennent les noms de ces plantes que l'on vend dans le commerce , et pour distinguer les meilleures. Voici les indications (|ue donnoient à ce sujet les gens de l'art du temps de La Fontaine : « 11 faut choisir les écorces noires par^ehors , et de < couleur de cannelle pardedans. Le moiîis bon a l'écorce ■ blanche par-dehors et jaunâtre par-dedans. Les petites écor- « ces , particulièrement celles de la racine , sont les plus excel- « lentes : on les reconnolt par de petites lignes dont elles sont « traversées, v ( Les admirables qualités du kinkina , 1694 , in-l2,p. 29.)
• « Son amertume combat et mortifie le levain des fièvres ,
Double frein qui, domptant sa fiirear honinde, Apaise les esprits de colère agités.
Non qu'enfin tontes âpretés Causent le même effet , ni toutes amertomes : La nature, toujours diverse en ses cootnmes. Ne fait point dans l'absinthe un miracle parai ; Il n'est dû qu'à ce bois, digne fils da Soieîl *.
De lui dépend tout l'effet du remède : Seul il commande aux ferments emiemis , Bien que souvent on lui donne pour aide La centaurée , en qui le ciel a mis Quelque âpreté , quelque force astringente, Non d'un tel prix , ni de l'autre approdonle. Mais quelquefois fébrifuge certain *.
C'est une fleur digne aussi qu'on la dumte; J'ai dit sa force , et voici son destin. ' Fille jadis , maintenant elle est plante.
Aide-moi , muse , à rappeler Ces fastes qu'aux humains tu daignas révâer. On dit, et je le crois, qu'une nymphe savante L'eut du sage Chiron, et qu'ils lui firent part
Les plus beaux secrets de leur art.
Si quelque fièvre ardente attaquoit ses oonpipB
Si courant parmi les campagnes Un levain trop bouillant en vouloit à leurs jaon, La belle A ses secrets avoit «lors recours. Il ne s'en trouva point qui pilt guérir son ame Du ferment obstiné de l'amoureuse flamme. Elle aimoit un berger qui causa son trépas. Il la vit expirer, et ne la plaignit pas. Les dieux pour le punir en marbre le changèmt L'ingrat devint statue ; elle fleur, et son sort Fut d'être bienfaisante encore après sa mort; Son talent et son nom toujours lui demeurèrent. Heureuse si quelque herbe eût su calmer ses fim Car de forcer un cœur il est bien moins possible: Hélas ! aucun secret ne peut rendre sensible, Nul simple n'adoucit un objet rigoureux; Il n'est bois , ni fleur, ni racine , Qui dans les tourments amoureux Puisse servir de médecine.
La base du remède étant ce divin bois , Outre la centaurée on y joint le genièvre ';
c l'amer et Tacide ne pouvant compatir ensemble. > Ifonf^i De la guërison des fièvres par le quinqiiina, p. 44 à 16.
' Monginot , De la guërison des fièvre* par te quhqm p. 56.
« On peut dire en quelque façon la même chon de la * « taurée que du quinquina; elle est araère , apéritive , etl « rement astringente. On a même vu pluùeon fois la sif « décoction de la centauriée guérir des fièvres assez opinilti Monginot, De la guérison des fièvres par le qùimfm p. 4S et 49.
3 « De quelque manière qu'on donne le quinquina, il
CHANT SECOND
Foîble secours , et seeoars toutefois.
De prescrire à chacun le mélange et le poids , Un plus savant l'a fait > : examinez la fièrre,
Regardez le tempérament; Doublez, s'il est besoin, l'usage de Técorce; Selon que le malade a plus ou moins de force *, Il demande un quina plus ou moins véhément. Laissez un peu de temps agir la maladie * , Cela feit , tranchez court ; quelquefois un moment
Est maître de toute une vie *.
Ce détail est écrit ; il en court un traité.
Je louerois l'auteur et l'ouvrage ' :
L'amitié le défend , et retient mon suffrage; Cest assez à l'auteur de l'avoir mérité. Je lui do» seulement rendre cette justice , Qu'en nous découvrant l'art il laisse rartifice ,
Le mystère *, et tous ces chemins Que suivent aujourd'hui la plupart des humains.
Nulle liqueur au qoina n'est contrant : L'onde insipide et la cervoise amère ' , Tout s'en imbibe ; il nous permet d'user D'une boisson en tisane apprêtée *.
Diverses gens l'ayant su déguiser, Leur intérêt en a fait un Protée.
Même on poorroit ne le pas inftiser, L'extrait suffit' : préferez l'autre voiOf
« toq^oort la principale diose à laquelle est due la guërisoii. > Mongiiiot, De la gu^riton des fièvres par le quinquina, p. 13.
'Le chevalier Talbot, soit pour désutoer le tecret deno retDède, toit pour en aoicnienter l'efficacité, mèloit an quinquina les fienrs de la peUte centaurée » et un sel extrait de cette plinte; il j méloit encore de la graine de genièvre, et beauroop d'autres médicaments dont on trouvera Ténuroération (tans l'ouvrage inttlulé Les admàrablee qualité* eu kinkina , p. 125 à 127; et dans Monginot, De la guérison des fiévru par le quinquina , p. 21.
* Monginot, De la guérison des fièvres par le quinquina , P.6S472.
s Ibid., p. SO.
4 ibid.f p. 77.
s François de Monginot , dont le Traité sur la guérison des fièvres par le quinquina avoit paru en 4679, l'année mémeque Louis XIV avoit acheté ce remède au chevalier Talbot, et qui eut im tel succès qu'un le réimikrimoit tous les aus.
• • On doit éire persuadé que les préparations les plus sim- < pies ne sont pas moins sûres que les autres , et que les mys- « tères sont plus utiles à ceux qui distribuent les remèdes «[u'A « ceux qui s'en servent > Monginot, Avertissement du Traité iur lu guéri*on des fièvres par le quinquima,
7 On peut aussi conqioser une bière avec le même remède; m elle aura les mêmes vertus que le vin. > Monginot, De la guérison des fièvres par le quinquina, p. 28.
s « Ou peut faire enfin l'inlùsion avec des tisanes communes, a Moqgiooi, p. 29 et 44; ei à la page 27 et 2f se trouve la compodUon de cette tisane.
f Monginot , p. 18 , De /a guérison des fièvres par le quin^ VniMi, donne la préparation de cet extrait
C'est la plus sâre • ; et Bacchus vous envoie De pleins vaisseaux d'un jus délicieux , Autre antidote, autre bienfait des cieux. Le moût sur-tout * , lorsque le bon Silène, Bouillant encor, le ptiise à tasse pleine. Sait au remède ajouter quelque prix ; Soit qu'étant plein de chaleur et d'esprits Il le sublime , et donne à sa nature D'autres degrés qu'une simple teinture ; Soit que le vin par ce chaud véhément S'imprègne alors beaucoup plus aisément, Ou que bouillant il rejette avec force Tout l'inutile et l'impur de Fécorce :
Ce jus eufin pour plus d'une raison Partagera les honneurs d'Apollon.
Nés l'un pour l'autre, ils joindront leur puissance : Entre Bacchus et le sacré vallon Toujours on vit une étroite alliance.
Mais, comme il faut au quina quelque choix , 1^ vin en veut aussi bien que ce bois : Le plus léger convient mieux au remède * ; Il porte au sang un baume précieux , C'est le nectar que verse Ganymède Dans le festin du monarque des dieux.
Ne nous engageons point dians un détail immense; Les longs travaux pour moi ne sont plus de saison; Il me sufGt ici de joindre à la raison
Les succès de l'expérience.
Je ne m'arrête point à chercher dans ces vers Qui des deux amena les arts dans l'univers; Nos besoins proprement en font leur apanage : Les arts sont les enfants de la nécessité; Elle aiguise le soin , qui , par elle excité, Met aussitôt tout en usage.
Et qui sait si dans maint ouvrage L'instinct des animaux , précepteurs des humains, N'a point d'abord guidé notre esprit et nos mains? Rendons grâce au hasard. Cent machines sur l'onde Promenoîent l'avarice en tous les coins du monde : L'or entouré d'écueils avoit des poursuivants ; Nos mains l'alloient chercher au sein de sa patrie : Le quina vint s'offrir à nous en même temps ,
* Cesl-à-dlre en buisson. Monginot. p. 106 de son Traité , dit t « Quand les accès sont longs et violents, la boiwn doit • être préférée aux bols. >
* * Cette même préparation sera encore meiUeure et moins « désagréable , si on la liait dans le temps des vendanges, mè- « lant les mêmes choses avec le vin lorsqu'il cuvera. ■ Monginot. De la'guérison des fièvres par le quinquina , p. 28.
sMonginot est le seul qui cooseilte cela , et qui recommande de prendre le remède dans le temps des vendanges. C'est tout le contraire dans les traités de ce temps que J'ai conaultés : du» tout on recommande de préparer le quinquina avec du bon vin de Bourgogne , et même du vin d'Bipagne. Cette der^ oMre méthode est celle que Ton suit encore ai^ourd'hui. ( Voyei Les admiraèles qualOA du kinisina . p. 124 à 197.)
Plus digne mille fois de notre idolâtrie. Cependant près d'un siècle ' ou Ta va sans honneurs. Depuis quelques étés qu'on brigue ses faveurs , Quel bruit n'a-t-il point fait ! de quoi fument nos tem- Que de l'encens promis an succès de ses dons ? [pies Sans me chaifw ici d'une foule d'exemples , Je me venx seulement attacher aux grands noms. ComlMen a-t-il sauvé de précieuses têtes! Nous lui devons Condé, prince dont les travaux, L'esprit , le profond sens , la valeur, les conquêtes, Serviroient de matière à former cent héros. Le quin fera long-temps durer ses destinées. Son fils , digne héritier d'un nom si glorieux, Eût aussi sans ce bois langui maintes journée.
J'ai pour garants deux demi-dieux :.
Arbitres de nos jours , prolongez les années De ce couple vaillant et né pour les hasards , De ces chers nourrissons de Minerve et de Mars.
Puisse mon ouvrage leur plaire !
Je toucherai du front les bords du firmament^. Et toi que le quma guérit si promptement ,
Colbert,je ne dois point te taire; Je laisse tes travaux, ta prudence, et le dioix D'un prince que le ciel prendra pour exemplaire Quand il voudra former de grands et sages rois. D'autres que moi diront ton zèle et ta conduite ; Monument étemel aux ministres suivants ; Ce sujet est trop vaste , et ma muse est réduite A dire les faveurs que tu fais aux savants. Un jour j'entreprendrai cette digne matière ; €ar pour fournir encore une telle carrière Il faut reprendre haleine : aussi bien aujourd'hui Dans nos chants les plus courts on trouve un long en- J'ajouterai sans plus que le quina dispense [nui. De ce régime exact dont on suivoit la loi : Sa chaleur contre nous agit faute d'emploi ; Non qu'il faille trop loin porter cette indulgence '. Si le quina servoit à nourrir nos défauts , Je tiendrois un tel bien pour le plus grand des maux.
LE QUINQUINA
Vivant de peu, sans loxe , évttoit les donleun : Nous n'avions pas m noas la source des malhan
Qui nous font aujourd'hui la guerre :
Le ciel n'exigeoit lors nuls tributs de la terre : L'homme ignoroit les dieux , qu'il n'apprend qo'a De nous les enseigner Pandore prit le soin : [bôoii. Sa boite se trouva de poisons trop remplie. Pour dispenser les biens et les maux de la vie, En deux tonneaux à part l'un et l'antre fut nû. Ceux de nous que Jupin regarde comme amis Puisent à leur naissance en ces tonnes latales Un mélnge des deux , par portions ^ales : Le reste des humams abonde dans les maux. Au seuil de son palais Jupin mit ces tonneaux. Ce ne fut ici-bas que plainte et que mnrmnre; On accusa des maux l'excessive mesore.
Fatigué de nos cris , le monarqoe des dieux Vint lui-même éclaircir la chose en ces bas lien. La Renommée en fit aussitôt le message. Pour lui représenter nos maux et noe langoeon,
On députa deux harangueurs , De tout le genre humain le couple le moins sage,
Avec un discours empoulé
Exagérant nos maladies :
Jupiter en fut ébranlé :
Us firent un portrait si hideux de nos vies, Qu'il inclina d'abord à réformer le toat. Momus alors présent reprit de bout en bout De nos deux envoyés les harangues frivoles : N'écoutez point, dit-il , ces diseurs de paroles; Qu'ils imputent leurs maux à leur dér^ement. Et non point aux auteurs de leur tempérament; Cette race pourroit avec quelque sagesse Se faire de nos biens à soi-même lai^esse. Jupiter crut Momus; il fronça les sourcils : Tout l'Olympe en trembla sur ses pôles assis. Il dit aux orateurs : Va , malheureuse engeance; C'est toi seule qui rends ce partage inégal ; En abusant du bien, tu fais qu'il devient mal. Et ce mal est accru par ton impatience.
Les muses m'ont appris que l'enfance du monde ^, Simple , sans passions , en désirs inféconde,
«Tout au plus près d'un demi-siècle , puisque les indigènes d'Amérique ne révélèrent aux Espagnols le secret de ce rc» mède qu'en 163S : il ne fiit apporté en Europe par les jésuites qu'en 1649.
» Suhlimi feriam sidéra vertice,
(HoKAT. , Od. /. I,od. 1.)
3 Le cbeTalicr Talbot permettoit bien , quand il admlnistroit son remède , une nourriture légère , et même du poulet et des perdrix ; mais il défendoit le laitage , les fruits crus , les yiandes salées et épicées, et les piUisseries. {Voyez Les admirables qualiUs du kinkina , page 4S.)
4 L'apologue qui sui^ a été inséré , d'après notre indicatkn , dans plusieurs éditions récentes des fables de notre poète.
Jupiter eut raison , nous nous plaignons à tort : La faute vient de nous aussi bien que du sort. Les dieux nous ont jadis deux vertus députées, La constance aux douleurs, et la sobriété : C'étoit rectifier cette inégalité.
Comment les avons-nous traitées?
Loin de loger en nos malsons Ces deux filles du ciel , ces sages conseillères , Nous fuyons leur commerce, elles n'habitent guère»
Qu'en des lieux que nous méprisons.
L'homme se porte en tout avecque violence ,
A l'exemple des animaux , Aveugle jusqu'au point de mettre entre les maux
CHANT SECOND
Les conseils de la tempérance.
Corrigez-Tons , humains ; que le fmit de mes vers Soit l'usage réglé des dons de la nature. ' Que si l'excès vous jette en ces ferments dlTers, Ne TOUS figurez pas que quelque humeur ' impure Se doive avec le sang épuiser dans nos corps.
> Yài. Flamme.
Cette rariante ne te troureque dans les édilloiis modemei. L'éditkm originale et ceUe de 1789 podent la leçon que nom aroDs adoptée.
Le quina s'offre à vous, usez de ses trésors. Eternisez mon nom : qu'un jour on puisse dire Le chantre de ce bois sut choisir ses sujets ;
Phébus y ami des grands projets, Lui prêta son savoir aussi hien qqe sa lyre. J'accepte cet augure à mes vers giofieux : Tout concourt à flatter là-dessus mon génie ; Je les ai mis au jour sous Louis, et les dieux N*oseroient s'opposer au vouloir dlJranie.
rm DU POËME DU QUINQUINA.