‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 515 sur 670 · ET DE VÉNUS · texte numérisé non relu

ET DE VÉNUS

Gelaste montre à Acanthe une ta[Msserie où sont représentées les amours de Mars et de Vénus f et lui parle ainsi :

Vous devez avoir lu qn'antrefois le dieu Mars, Blessé par Cupîdon d'une flèche dorée , Après avoir dompté les plus fermes remparts,

Mit le camp devant Gythérée.

Le siège ne fut pas de fort longue durée :

A peine Mars se présenta,

Que la belle parlementa.

Dans les formes pourtant il entreprit TafTaire,

Par tous moyens tâcha de plaire , De son ajustement prit d'aboM un grand soin.

Considérez-le en ce coin ,

Qui quitte sa mine fière; Il se feît attacher son plus riche hamois :

Quand ce seroit pour des jours de tournois, On ne le verroit pas vêtu d'autre manière. L'éclat de ses habits feit honte à l'œU du jour; Sans cela , fit-on mordre aux géants la poussière, Il est bien malaisé de rien faire en amour.

En peu de temps Mars emporta la dame.

n la gagna peut-être en lui contant sa flamme : Peut-être conta-t-il ses sièges , ses combats , Parla de contrescarpe , et cent autres merveilles

Que les femmes n'entendent pas, Et dont pourtant les mots sont doux à leurs oreilles. Voyez combien Vénus , en ces lieux écartés, Aux yeux de ce guerrier étale de beautés!

Quels longs baisers! la gloire a bien des charmes. Mais Mars en la servant ignore ces douceurs. Son hamois est sur l'herbe : Amour pour toutes ar- Veut des soupirs 'et des larmes ; [mes

C'est ce qui triomphe des cœurs.

Phébus pour la déesse avoit même dessein , Et, charmé de l'espoir d'une telle conquête, Gouvoit plus de feux dans son sein Qu'on n'en voyoit à l'entour de sa tête. C'étoit un dieu pourvu de cent charmes divers. n étoit beau ; mais il faisoit des vers, Avoit un peu trop de doctrine ,

< Voyez ci-dessus la note qiii est à la page 508.

£t, qui pis est, savoit la médecine.

Or soyez sûr qu'en amours , Entre l'homme d'épée et l'homme de scieiioe, Les dames au premier indhieront toujoors , Et toi^ours le plumet aura la préférence. Ce fut donc le gqerrier qu'on aima mieux cfaoisr.

Phébus, outré de déplaisir,

Apprit à Vulcan ce mystère ; Et dans le fond d'un bois voisin de son s^oor Lui fit voir avec Mars la reine de Cythère , Qui n'avoient en ces lieux pour'témoîn que l'Anoar.

La peine de Vulcan se voit rqirésentée,

Et l'on ne diroit pas que les traits en sont feints:

J\ demeure immobile , et son ame agitée

Roule mille pensers qu'en ses yeux on voit peinU;

Son marteau lui tombe des mains; n a martel en tête , et ne sait que résoudre ,

Frappé comme d'un coup de fondre.

Le voici, dans cet autre endroit.

Qui querelle et qui bat sa femme.

Voyez-vous ce galant qui les montre du do^ ? Au palais de Vénus il s'en alloit tout droit, Espérant y trouver le sujet qui l'enflanune.

La dame d'un logis, quand elle fait l'amour, Met le tapis chez elle à toutes les coquettes. Dieu sait si les galants lui font aussi la cour !

Ce ne sont que jeux et fleurettes,

Plaisants devis et chansonnettes : Mille bons mots, sans compter les bons tours. Font que sans s'ennuyer chacun passe les jours. Celle que vous voyez apportoit une lyre ,

Ne songeant qu'à se réjouir ; Mais Vénus pour le coup ne la sauroit ouïr; Elle est trop empêchée , et chacun se retire.

Le vacarme que fait Vulcan A mis l'alarme au camp.

Mais, avec tout ce bruit, que gagne le pauvre homme ' Quand les cœurs ont goûlé les délices d'Amour,

Us hroient plutôt jusqu'à Rome

Que de s'en passer un seul jour.

Sur un lit de repos voyez Mars et sa dame : Quand Fhymen les joindroit de son nœud le plus Ibrt . Que l'un fiU le mari , que l'autre fût la femme. On ne pourroit entre eux voir un plus bel accord. Considérez plus bas les trois Grâces pleurantes; La maîtresse a failli, l'on punit les suivantes; Vulcan veut tout chasser. Mais quels dragons veil-

Pourroient contre tant d'assaillants [ lants

Garder une toison si chère?

Il accuse sur-tout l'enfant qui fait aimer ; Et, se prenant au fils des péchés de la mère. Menace Cupidon de le faire enfermer.

SONGE DE VAUX

Ce n'est pas tout: plein d'on dépit extrême , Le voilà qui se plaint au monarque des dienx , Et de ce qu'il devroit se cacher à soi-même Importune sans cesse et la terre et les oieox. L'adultère Jupin, d'un ris malicieux , Lai dit que ce malheur est pure fantaisie. Et que de s'en trouhler les esprits sont hien fiNis. Plaise au Gel que jamais je n'entre en jalousie ! Car c'est le plusgrand mal, et le nrains plaint de tous.

Que bit Yulcan? car, pour se voir vengé, Enoor faut-il qu'il fasse quelque chose : Un rets d'acier par ses mains est forgé; . Ce fut Momus qui, je pense , en fut cause. Avec ce rets le galant lui propose D'envelopper nos amants bien et beau.

L'enclume sonne, et maint coup de marteau , Dont maint chaînon l'un à l'autre s'assemble, Pr^Kure aux dieux un q>ectacle nouveau De deux amants qui reposent ensemble.

Les noires Sœurs apprêtèrent le lit ; Et nos amants trouvant l'heure opportune , Sous le réseau pris en flagrant délit , De s'échapper n'eurent puissance aucune.

Vulcan fait lors éclater sa rancune :

Tout en clopant le vieillard édopé

Semond les dieux , jusqu'au plus occupé, Grands et petits , et toute la séquelle. Demandez-moi qui ftit bien attrapé :

Ce fut, je crois, le galant et la belle.

Cet ouvrage est demeuré ûnpaHait pour de secrètes raisons; et, par malheur, ce qui y manque est Fendroit le plus important : je veux dire les réflexions que firent les dieux, même les déesses, sur une si plaisante aventure. Quand j'aurai repris Tidée et le caractère de cette pièce, je Fachèverai. Cependant, comme le dessein de ce recueil ' a été feit à plusieurs reprises, je me suis souvenu d'une ballade * qui pourra encore trouver sa place parmi ces contes, puisqu'elle en contient un en quelque façon. Je Tabandonne donc , aind que le reste , au jugement du public. Si Ton trouve qu'elle soit hors de son lieu , et qu'il y ait du manquement en cela, je prie le lecteur de l'excuser , avec les autres fautes que j'aurai faites.

> Goulet et IfouteUei en ven. 1665, in-12.

* Cette ballade a été insérée en loa lieu dans les Œuvres di-

FIN bV SONGE DIS VAUX.

OEUVRES DIVERSES

ÉLÉGIES

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