AUX NYMPHES DE VAUX
Remplissez l'air de oris en vos grottes protmdes y Pleurez y nymphes de Vaax , faites croître vos onde» ; Et que rAnqaeail* enflé ravage les trésors Dont les regards de Flore ont embelli ses bords. On ne blâmera point vos larmes innocentes ; Vous pouvez donner coursàvos douleurs pressantes; Chacun attend de vous ce devoir généreux; Les Destins sont contents: Oronte est malheureux ^ Vous l'avez vu naguère au bord de vos fontaines , Qui, sans craindre du sort les feveurs incertaines , Plein d'éclat, plein de gloire, adoré des mortels, Recevoit des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels^. Hélas ! qu'il est déchu de ce bonheur suprême ! Que vous le trouveriez différent de lui-même ! Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits : Les soucis dévorants, les regrets, les. ennuis,
> Fonqaet , dans le moment de sa plus grande fortune , et » à ce iiu*il croyoit, de sa plus haute laveur, fkit arrôté à Nantes le 5 septembre 1061 , c'est-à-dire dix-neuf Jours après avoir donné à Louis XIV et à toute sa cour une fête splendide dans son superbe château de Vaux. Les rigueurs du roi à son égard firent craindre qu*on eût le dessein de le faire périr. La Fontaine s'adresse dans cette élégie aux nymphes de Vaux ; il leur confie ses douleurs sur le malheur de son ami, et il les supplie de fléchir le roi en faveur de celui qui a embelli leurs demeures avec tant de magnificence. Voyez ci-après une lettre inédite de La Fontaine sur cet événement On doit encore consulter, pour de plus grands éclaircissements , l'Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine , troisième édiUon , i 824 , in-S« . p. 74 à 92.
* L'Anqueuil est une petite rivière qui passe à Vaux. {Noie de La Fontaine.)
s Vil. Voltaire , dans sa lettre à M. de La Visclède (t. XLUI , p.518, édition de Aenouard), prétend que La Fontaine avoit mis.
La cabale est contente , Oronte est malbeureuz ;
mais que depuis il changea ce vers, pour ne pas trop irriter Colbert
4 La Fontaine rappelle ici la fête de Vaux . qui eut lieu le 17 août 1661 , et qu'il a décrite dans une lettre à de Afaucroii . (ju'on trouvera ci-après.
Hôtes infortunés de sa triste demeore ,
En des gouffres de maux le plongent à tootft
Voilà le précipice où l'ont enfin jeté Les attraits enchanteurs de la prospérité! Dans les palais des rois cette pliûnte est On n'y connolt que trop les jeux de la Fortone, Ses trompeuses faveurs, ses appas inconstants; IVfais on ne les connolt que quand U n'est plus Lorsque sur cette mer on vogue à pleines voiles^ Qu'on croit avoir pour soi les vents et les étoBei, n est bien malaisé de régler ses deârs ; Le plus sage s'endort sur la foi des zéi^yrs. Jamais un fevori ne borne sa carrière ; Il ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière; Et tout ce vain amour des grandeurs et dn faroit Ne le sauroit quitter qu'après l'avoûr dânitL Tant d'exemples fameux que l'histoire en raconte Ne suffîsoient-ils pas, sans la perte d'Oronte? Ah ! si ce fkux éclat n'eût point foit ses plaisirs, Si le séjour de Vaux eût borné ses désirs , Qu'il pouvoit doucement laisser coaler son âge! Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage, Cette foule de gens qui s'en vont chaque jour Saluer à longs flots le soleil de la coqr : Mais la faveur du Ciel vous donne en réoompenie Du repos, du loisir, de l'ombre, et du silence. Un tranquille sommeil, d'innocents entretiens; Et jamais à la cour on ne trouve ces biens.
Mais quittons ces pensers : Oronte nous appelle. Vous, dont il a rendu la demeure si belle. Nymphes, qui lui devez vos plus charmants apps, Si le long de vos bords Louis porte ses pas. Tâchez de Tadoucir, fléchissez son courage : n aime ses sujets, il est juste, il est sage; Du titre de clément rendez-le ambitieux; C'est par-là que les rois sont semblables aux dieux. Du magnanime Henri qu'il. contemple la vie; Dès qu'il put se venger, il en perdit l'envie. Ia«ipircz à Louis cette même douceur :
La plus belle victoire est de vaincre son cœur. Oronte est à présent un objet de clémence : S'il a cru les conseils d'une aveugle puissance. Il est assez puni par son sort rigoureux ; Et c'est être innocent que d'être malhenieux.
ÉLÉGIES