MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI
Pleurez-Tous aux lieux oà tous êtes ' ? La douleur vous suit-elle au fond de leurs retraites ?
Ne pouvez- vous lui résister?
Dois-je enfin, rompant le silence,
Ou la combattre , ou la flatter.
Pour adoucir sa violence ?
Le dieu de l'Oise est sur se» bords,
Qui prend part à votre souffrance; Il voudroit les orner par de nouveaux trésors,
Pour honorer votre présence.
Si j'avoîs assez d'éloquence , Je dirois qu'aujourd'hui tout y doit rire aux yeux. Je ne le diroLs pas : rien ne rit sous les cieux
Depuis le moment odieux Qui vous ravit un frère aimé d'amour extrême*.
Ce moment , pour en parler mieux ,
Vous ravit dès-lors à vous-même.
> François-Loiils de Conti, après la mort d'Armand de Conti. son frère atné, qu'il chérissoit tendrement, s'étoit retiré à son château de L'Ue-Adam , sur les bords de l'Oise , où il se tron- Toit exilé par la volonté du roi . qui avoit saisi sa correspondance tandis qu'il étoit à l'armée. Voyez à ce si^et l'Histoire de ta vie et des ouvrages de Jean de La Fontaine, troisième édition, 1824, p. 39S.
* Armand de Bourbon-Conti , né en 1661 , mort le 9 novembre 16S5, à Fontainebleau , de la peUte-vérole , qu'il avoit gagnée en soignant sa fenmie , atteinte de la même maladie.
Conti dés l'abord nous fit voir Une ame aussi grande que belle.
Le Ciel y mit tout son savoir.
Pois vous forma sur ce modèle.
Digne du même encens que les dieux ont là- Yous attiriez des cœurs Tuniversel hoomuigi L'un et Fautre servoit d'exemplaire et d'ioM Vous aviez tous deux ce qo'il font Poiur être un parfait assemblage, i Je n'y trouvois qu'un seul déftiat , C'étoit d'avoir trop de courage.
Par cet excès on peut pécher :
Conti méprisa trop la vie.
A travers le péril pourquoi toujours cherdM Les noms dont après lui sa mémoire est sui< Ces noms y qu'alors aucun n'envie, M'ont rien là-bas de consolant :
Achille en est un témoignage.
Il eut un désir violent De faire honneur à son lignage ; Il souhaita d'avoir un temple et des aulets : Homère en ses vers immortels Le lui bâtit. Sa propre gloire Y dure aussi dans la mémoire Des habitants de l'univers.
Cependant Achille, aux enfers.
Prise moins l'honneur de ce temple Qne la cabane d'im berger.
Proûtez-en : c'est un exemple Qui mérite bien d'y songer.
Songez-y donc, seigneur; examinez la chos D'autant plus qu'on ne peut y faillir qu'une L'Achéron ne rend rien. Si nos pleurs étoieu
Qu'il révoquât ses tristes lois , Nous reverrions Conti; mais ni le sang des
Ni la grandeur , ni la vaillance , Ne font changer du Sort la fatale ordonnaa Qui rend sourd à nos cris le noir tyran des Ne vous flez point aux accords D'un autre Orphée : a-l-il lui-même Rien gagné sur la Parque blême ?
Il obtint en vain ses amours.
Tous deux avoient du Styx repassé les cont< H vit redescendre Eurydice.
11 protesta de l'injustice ; Il implora l'Olympe, et neuf jours et neuf] Importuna de ses ennuis Les échos des rivages sombres.
Quand j'irois , comme lui , redemander ani Les Contis , princes belliqueux , On me diroit que le Cocyte Ne considère aucun mérite :
Je ne reviendrois non plus qu'eux»
ÉPITRES
SBS
El
Je ne vous dis ici que ce qu*a dit Voiture'. L'ami de Méoéuas , Horace * , dans ses son» L*avoit dit devant lui ; devant ' eux la nature
L'avoit fait dire en cent fiiçons.
Les neuf Sceurs et leurs nourrissons
Depuis long-temps , en leurs chansons , Képèleot que l'on voit recommencer Tannée,
El que jamais la destinée Ne permit aui humains le retour en ces lieux. CoRser>'ez donc , seigneur, des jours si précieux ;
Que le temps sèche au moins vos larmes : Celui que vous pleurez, loin d'y trouver des cbar-
£n goûte un honlieur moins parfait. [mes, Je crains que les raisons ne soient de peu d'efSet
Dans la douleur qui vous possède ; Mais le temps n'aura-t-il pour vous seul nul remède?