XXIV. - A M. GIRIN
DÉCISION GRAMMATICALE SCR CETTE QUESTION : D0ITK>1I DIBI SANS ESPBIT OD SANS DE L'BSPIUT > ?
Sans Esparr c'est la phrase, et non sans de l'esprit:
Je tiens ce dernier condamnable ; Et l'auteur du rondeau l'avoit trop bien écrit Pour soutenir un point ai fort insoutenable. Il afToiblit par-là ses cii^q vers les plus beaux : Le sens , la chute , et tout m'y parolt admirable. Il finit par un mot constant et véritable : G'est que l'esprit fait tout. Nul de nos jouvenceaux Ne doit sans celui-là fréquenter chez les belles ,
Ni se présenter aux ruelles.
Or celui-là s'entend parfois en deux façons. L'un dira, c'est l'esprit; c'est l'argent, dira l'autre. Pour moi , mon avis est que tous les deux sont bons.
Un siècle fait comme le nôtre Veut de l'argent , et veut qu'on le donne à propos. Tout est fin diamant aux mains dun habile homme : Tout devient happelourde entre les mains des sots. Bref, avec de l'esprit on va jusques à Rome.
' Jamais.
• L'abbé de Chauliea , chargé de taire toucher à La Fontaine la peiukm que lui faisoit M. de Vendôme.
9 M. Girin, contrôleur des finances à Grenoble, euToya un rondeau à M. de La Fontaine , pour savoir de lui si l'avant-dernierters, quiétolt,
San* dm l*a»prit , e'mt peu de chote Qne d'il re basa,
se devoit mettre avec ou sans article. Il le fit Juge d'une gageure considérable que l'on ayoit dite à Grenoble sur cela. M. de La Fontaine lui fit réponse, et écrivit les vers suivants an bas de sa lettre, {ffote de l'édition des Œuvres ffoslhumes.)
5t SANS DE l'esprit éloil bOD 9
Voici l'unique occasion
Où je pourrois lui trooTer place.
Sans de l'esprit, dirois-je , on ne peut tûn
Mais par malheur, quoi que l'on finse,
Sans de l'esprit ne se dit pas.
L'idiome gascon soufFriroit cette phrase. Sans esprit parolt foihle aux gens da Daof
Sans de l'esprit a plus d'emphase ,
Mais tout Paris l'a oondamné '.
Cependant tout Paris n'est pas toute la Frai Votre province veut peaUèlre une éloqaeM
Où l'on s'exprime en appuyant.
L'auteur en vos cantons peut soutenir la ch Et près des tribunaux que la Garonne arra
Se sauver par ce fiiux-fuyant.
Je ne me donne point ici pour un oracle; Et sans chercher si loin , Grenoble en posrtd
Il sait notre langue à mîraele ; Son esprit est en tout au-dessus dn eommii C'est votre cardinal * que j'entends : ses hi Dédaignent , il est vrai , de semblables mat Je ne votis tiens pas gens à lui lire eed; Sans de l'esprit je crois que l'on te poonr Ballades et rondeaux , ce n'est point son al A l'égard du salut , unique nécessaire ,
II n'est point de difficulté Qui ne doive occuper en pareille occurreoe
Non seulement son éminenoe y
Mais- même encor sa sainteté.
* Pourtant Boileau nous apprend, dans une de fc Brossette (t IV, lettre xai , p. 3091), que cette qoesl temps après (en 1701), étoit encore Indivise. Il dit. < de l'académie de Lyon i < Je toIs bien qu'U s'a^^itdai
< férenccs d'autre chose que de satoir sll but dire
< U'émement d'esprit, ou // a extrétnemeiU de l'et sujet de cette locution , Tabbé Tallemant , un des | coopérateurs du dictionnaire, a fait cette remarqn « certain qu'on dit // a extrêmement d'esprit , et n c extrêmement de l*esprit. L'Académie néanmoins « partagée. L'usage et l'oreille feront toiûoiin doute c coup de façons de parler. » (Remarques et dêcisio cadémie, par L. T., 1698.) L'usage ai]4oard'hui n'es teux, et a confirmé la décision de L.a Fontaine.
* Le cardinal Le Camus , homme de beaoooup d*c lequel La Fontaine étoit fort lié. Etienne Le Cn en 1632 : d'alx)rd aumônier du roi , il Técot à la < mable débauché; mais il se convertit, fut nommé Grenoble en 1671 . et mena dans son diocèse la vie di apôtres. 11 reçut le chapeau de cardinal en ISSS, ci Grenoble le 12 septembre 1706, après aToir lafasé ta aux pauvres. Voyez des détails sur ce qui le oaœ l'Histoire de ta vie et des ouwages de J, de lA troisième édition, 1824, p. 410.