‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 600 sur 670 · REMERCIEMENT PRONONCÉ A L'ACADÉMIE FRANÇOISE · texte numérisé non relu

REMERCIEMENT PRONONCÉ A L'ACADÉMIE FRANÇOISE

LE 2 MAI 16S4

PAR M. DE LA FONTAINE

LOBSQC'IL nr BIÇU A LA FLACE OB M. OOLBBBT,

HimsTBB rr sbcbétaibb o*btat'.

Messieurs •

Je vous supplie d'ajouter encore une {[race à œlle que vous m*avez faite : c*esl de oe point attendre de moi un remerciement proportionné à la {Pondeur de votre bienfait. Ce n*est pas que je n'en aie une extrême reconnoissance ; mais il y a de certaines choses que l'on sent mieux qu*on ne les exprime : et bien que chacun soit éloquent dans sa passion , il eti de la mienne comme de ces vases qui , étant trop pleins, ne permettent pas à la liqueur de sortir. Vous voyez , messieurs , par mon ingénuité , et par le peu d'art dont j*accompagne ce que je

> Pour les éclairctflMïmfntii relatifs Ji ce discourt . rofei l*/7i>< toire df la rie et des outrages de La FimUtine , troitième édition. IS24.in-9<».p. 354.

ŒUVRES DIVERSES

dis, que c'est le cœur qai vous remercie , et non pas l'esprit.

En effet, ma joie ne seroit pas raisonnable si elle pouvoit être plus modérée. Vous me re- . oevez en un corps où non seulement on apprend à arranger les paroles, on y apprend aussi les paroles mêmes, leur vrai usage, toute leur beauté et leur force. Vous déclarez le caractère I de chacune, étant, pour ainsi dire, nommés afin de régler les limites de la poésie et de la prose , aussi bien que ceux * de la conversation et des livres. Vous savez, messieurs, également bien la langue des dieux et celle des honunes. rélèverois au-dessus de toutes choses ces deux talents, sans un troisième qui les surpasse; c'est le langage de la piété, qui, tout excellent qutl est, ne laisse pas de vous être familier. Les deux autres langues ne devroient être que les servantes de celle-ci. Je devrois l'avoir apprise en vos compositions , oii elle éclate avec tant de majesté et de grâces. Vous me l'enseignerez beaucoup mieux lorsque vous joindrez la conversation aux préceptes.

Après tous CCS avantages, il ne se faut pas étonner si vous exercez une autorité souveraine dans la république des lettres. Quelques applaudissements que les plus heureuses productions de Tesprit aient remportés , on ne s'assure point de leur prix si votre approbation ne confirme celle du public. Vos jugements ne ressemblent pas a ceux du sénat de la vieille Rome; on en appeloit au peuple : en France le peuple ne juge point après vous ; il se soumet sans réplique a vos sentiments. Cette juridiction si respectée , c'est votre mérite qui l'a établie ; ce sont les ouvrages que vous donnez au public, et qui sont autant de parfaits modèles pour tous les genres d'écrire , pour tous les styles.

On ne sauroit mieux représenter le génie de la nation que par ce dieu qui savoit paroitre sous mille formes : l'esprit des François est un véritable Prêtée ; vous lui enseignez à pratiquer SOS enchantements , soit qu'il se présente sous

' Vab. Celles dans les éditions, mais à tort; l'édition orijçinalo |K)rtc ceux. La Fontaine fait le mot limites niaMMilin. Ou étoit . (le son teni|>s . divisé à cet égard. Dans le grand dictioiinaii'e de FurcUère, reni par Basnagc . 4701. in-folio , le mot limites est masculin ; mais l'Académie françoisc . Trévoux, cl Richclct. le font féminin. I^ mot /fmjfr, au singulier, s'emploie encore aujourd'hui au masculin en astronomie.

la figure d'un poëte ou sous celle d'n < soit qu'il ait pour but ou de plaire oa d ter, d'émouvtMr les cœurs et sur le th dans la tribune : enfin , quoi qu'il fitti peut mieux faire que de s'instruire du école. Je ne sais qu'un point qu'il nA core atteindre pariaitement; ce sont les ges d'un prince qui joint aux titres de lio et d'auguste celui de protecteur des scie des belles-lettres. Ce sujet, messieurs, dessus des paroles ; il faut que vous-méni l'avouiez. Vous avez beau enrichir la lu nouveaux trésors, je n'en trouve point qo du prix des actions de notre monarque.

gloii*e me sera-ce donc de partager 9m la protection particulière d'un roi que» lement les académies , mais les répuUiqi royaumes mêmes, demandent pour prc et pour maître !

Quand l'Académie françoise commi naître , il ne semblait pas que l'on ptx du lustre à celui que le cardinal de I lui donna. C'étoit un ministre redooU rois : il avoit doublement trioaiphé del et par la persuasion etpar la force; il; truit ses principaux fbndemeots , et s soit de renvarser ceux de cette grau ne se promettoit pas moins que l'a tout le monde, je veux dire, de la n d'Espagne. Quand il n auroit rcinpor ministère que la gloire d'un tel proj< roit encore beaucoup : il alla plus k ménager des associations et des ligu le colosse qu*il vouloit que Ton aba donna des atteintes qui rébi*anlèrcnt dessein dans la suite n'en fut que pli a exécuter ; car la jalousie et la crai tourner contre nous ces mêmes arn que nous avions entrepris avec l'aide < I)rinces, il a fallu que Louis-le-Grand 1' malgré eux.

Aprte la mort de votre premier pi vous lui fites succéder un cbancelier « c

' Picn^e Séguier. chancelier de France . né il Pa 4588, et mort à Saint-Germaiii-en-L.aye leSSJii prés do quati-c-vingt-quatre ans. U avoit une dei bihliothtiiuoH ({u'aucun particulier eAt encore pot le premier protecteur de l'Acadéuiic françuise , q lem|ks ses séances dans son hôtel. Voyez les Sotm dr IVn-aiilt, in-folio, 1697, p. 29; et l'HUMre de

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