‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 602 sur 670 · EN PROSE · texte numérisé non relu

EN PROSE

d('lail un nombi^' infini de vertus morales et polili(|ues? le lH)n ordre en tout, la sagesse, la fermeté , le zèle de la religion et de la justice , le secret et la prévoyance , l'art de ^-aincre, celui de savoir usim* de la victoire, et la modération qui suit cH.'s deux choses si rarement; enfin ce qui fait un |)arfait monarque? tout cela accompagné de majesté et des grâces de la personne : car ce point y entre comme les autres; c'est celui qui a le plus contribué à donner au monde ses premi(*rs maîtres. Notre prince ne fait rien qui ne soit onié de grâces, soit qu'il donne, soit qu'il refuse; car, outre qu'il ne rt>fuse (|ue <|uand il le doit , c'est d'une manière qui adoucit le chagrin de n'avoir pas obtenu ce qu'on lui demande. S'il m'est ))erniis de descendre jusqu'à moi, contre les pi'éceptes de la rhétorique qui veulent que l'oraison aille toujoui*s en croissant, un simple clin d'œil m*a renvoyé , je ne dirai pas satisfait , mais plus que comblé.

C'est ù vous, messieui*s, que je dois laisser faire un si digne éloge. On dimit que la Providence a resené pour le règne de Louis-le-Grand des hommes capables de célébrer les actions de ce prince : car, bien que tant de victoires l'assui^mt de l'immortalité , ne craignons point de le dire, les Muses ne sont |X)int inutiles à la I^'putation des héros. Quelle obligation Trajan n*a-t-il pas à Pline le jeune? Ix^s oraisons pour IJgarius et pour Marcellus ne font-elles pas enœre à prissent honneur à la clémence de Jules César ? pour ne rien dire d'Achille et d'Énée, qu'on n'a allégués que trop de fois comme redo-ables a Virgile et à Homère de tout ce bruit qu'ils font dans le monde depuis tant d'années.

Quand Louis-le-Gi'and seroit né dans un siècle rude et gi*ossier , il ne laisseroit pas d'être vrai qu'il auroit i-éduit l'hérésie aux derniei*s abois ; accru l'héritage de ses pères; replanté les bornes de notre ancienne domination ; réprinu* la maniedes duels si f unest(*sà ce rojaume, et dont la furent* a souvent rendu la paix pres- <pie aussi sanglante que la guerre: |>rotégé ses alliés, et tenu inviolablement sa [larole : ce que peu de ruisont accoutumé de faire. Cependant il seroit à craindre <|ue le temps, qui p<»ut tout sur les affaires humaines, ne diminuât au moins l'éclat de tant de men'eilles, s'iln'avoit \mi& la

OEUVRES DIVERSES

force de les étouffer : vos plumes savantes les garantiront de cette injure; la postérité, instruite par vos écrits , admirera , aussi bien que nous , un prince qui ne peut être assez admiré. Quand je considère toutes ces clioses , je suis excité de prendre la lyre pour les chanter ; mais la connoissance de ma foiblesse me retient. 11 ne seroit pas juste de déshonorer une si belle vie par des chansons grossières comme les miennes: je me contenterai, messieurs, de goûter la douceur des vôtres , s*il m'est impossible de les imiter : la seule chose dont je puis répondre, c*ést de ne manquer jamais pour vous ni de respect ni de gratitude.

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