‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 609 sur 670 · A MONSEIGNEUR FOUQUET · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR FOUQUET

MINISTRE d'État,

8UMXTI1IDA2IT DK8 FINATICIU. ET PSOCUlUI-OlilitAL AU PAILKMINT Dl PAIIti,

ExN LUI DÉDIANT LE POEME D'AUOMS

EN f638.

Monseigneur ,

Je n'ai pas assez de vanité pour espérer que ces fruits de ma solitude vous puissent plaire : les plus beaux vergers du Parnasse en produisent peu qui méritent de vous être ofTerts.Votrc esprit est doué de tant de lumières, et fait voir un goût si exquis et si délicat pour tous nos ouvrages, particulièrement pour le bel art de célébrer les hommes qui vous ressemblent avec le langage des dieux, que peu de personnes seroient capables de vous satisfaire. Je ne suis

• Ce sont seulement ceUcs qui w trouvent au-devant des reairflt (|ui ont dû être autrement dUtribués. Les autm épltres diHliratfjIrrs de La Fontaine sont en tâte de ses ditUrents ou- Traites , et où hd-niémc les a placiies.

> Cette épttre dédicatnire se trouve entôte du beau maniiM'rtt du poème il'.4dimis de La Fontaine, ^rit par le bmeui calUiraplie Jarry en I7W. Nou« avons bit im|>rinier ce iiuuiiscrit en janvier IIOS. i ciwiuante exemplaires, d'après une fopif exacte que uouii avons aaïuiM à la vente de M. Chardin en fcvrierflOI.

ŒUVRES DIVERSES

pas de œ petit nombre , et je me serois contenté, monseigneur, de vous révérer au fond de mon ame , si le zèle que j'ai pour vous eût pu souffrir des bornes si étroites et garder un silence respectueux. Certes voire mérite nous réduit tous à la nécessité d'un choix bien difficile ; il est malaisé de s'en taire , et Ton ne sauroit en parler assez dignement. Car, quand je dirai que l'état ne se peut passer de vos soins , et que les ministres de plus d'un règne n'ont point acquis une expérience si consommée que la vâtre ; quand je dirai que vous estimez nos veilles, et que c'est une marque à laquelle on a toujours reconnu les grands hommes ; quand je parlerai de votre générosité sans exemple , de la grandeur de tous vos sentiments , de cette modestie qui nous charme ; enfin quand j'avouerai que votre esprit est infiniment élevé, et qu'avec cela j'avouerai encore que votre ame l'est davantage que votre esprit, ce seront quelques traits de vous à la vérité, mais ce ne sera point ce grand nombre de rares qualités qui vous fait admirer de tout ce qu'il y a d'honnêtes gens dans la France. Et non seulement, monseigneur, vous attirez leur admiration, vous les contraignez même par une douce violence de vous aimer. On ne l'a que trop remarqué pendant cet extrême péril dont vous ne faites que de sortir : vous savez bien qu'ils vous regardent comme le héros destiné pour vaincre la dureté de notre siècle et le mépris de tous les beaux arts. Les muses, qui commençoient à se consoler de la mort d'Armand par l'estime que vous faites d'elles , en vous voyant malade , se voyoient sur le point de perdre encore une fois leurs amours; elles se condamnoient déjà a une solitude perpétuelle, et la gloire, avec tous ses charmes, alloit devenir une chose indifférente à ceux d'entre nous qui en ont toujours été les plus amoureux. Le ciel nous a garantis du malheur qui nous menaçoit : agréez , monseigneur , que je vous en témoigne ma joie en vous offrant mon dernier ouvrage. Ce sont les amours de Vénus et d'Adonis , c'est la fin malheureuse de ce beau chasseur, sur le tombeau duquel on a vu toutes les dames grecques pleurer, et que la divine mère d'Amour a regretté pendant tout le temps du paganisme, elle qui n'avoit pas accoutumé de

jeter des larmes pour la perte de ses asDMs. S la matière vous en semble assez beBe, et que je sois assez heureux pour obtenir qudqMs ■»• ments de votre loisir, ne jugez pas de niQi|Hr le mérite de mon ouvrage , mais par k respect avec lequel je suis.

MONSEIGNEUR

votre très humble et trii serviteur»

DE LA FOICTAINB.

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