‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 619 sur 670 · SUITE DU HÉHE VOYAGE · texte numérisé non relu

SUITE DU HÉHE VOYAGE

K LhDoga, ce 19 leptembre I66S.

Co seroit une belle chose que de voyager, s'il ne se falloit point lever si matin. Las que nous étions M. de Chàlcauneuf et moi, lui, pour avoir fait tout le tour de Richelieu en grosses bottes, ce que je crois vous avoir mandé, n'ayant pas dû omettre une ciiconstancc si remarquable ; moi , pour m'étre amusé à vous (kirirc au lieu de dormir; notre promesse et la crainte de Inii'e aLlendre le voituricr nous oLIigèi^nt de sortir du lit devant que l'Aurore fût éveillée. Nous nous disposâmes à pi'endi'e congé de Richelieu sans le voir'. Il arriva malheu-

mi qiil veillait Jouer. • En 1663. dnii ans .iprès l'AïKxjuc du Tnya^ Jn La Foataine , le iliic de Richellfu liluaiutlniiro. prudiu ilu niallcl de la purlc de l'autlcoiir. ud Jeu dr cunrtR {Uiimc. t Cifl. dit Vlgtûcr. p. S. ud tics plua litaiii du royaumi^. ■

■ Km* ra|i|iurlening Ici la cuirle description qiie VU^ier. !>. 3, K foile di' Mlle tiUi^ du ua aiiriiM U ilate de la lettre de l.> Knntainc. • La firineii'idi: me est cuniposiin do liagUiidt );nx parjllona . qnntiiric de cloque cMé . tooili lortes cochtra , et d'iuic iiiëme qrniélrH: i i dui|uc buiit II y a uiu' place de quanote^U UAv» ni carré . arec dei giavilliHis duublea atii (jiiatre oolm. L*i^Hlnv eut dans La place la pliu proche du diAIeaii. Le palafa *t les Italien nuit ilam la m^uie place . »cc une lontalne iliini un ik^ coins, et nne autre luniaineitan» l'autre place. ■

Noua ajoutcniiu <{iie civile tUIo cal près de deux petites rili^m, l'Aïuable et lu Vlile m la veude i la première remplit les (modela ville, qiiin'éloitqu'un village avant lecanlinal ■k HldielUni. II l'a Intii^ en ln.T7, après avoir tait «rigcr la >ciliiieuriiMpilinidé|inulniieii ducluSiMirie, par lettres -patentes daroi.dnniH^eu 1031. On trouve un plan du œlle ville et Tiiiu vue du diAleau diins l'ouvraj^ Inlitul Tajin^rirpAin Cah ffir.FnuicolUrU.Ift'fî, hi-tnUo, p. 37. Lu descr1|itli>n iiul cjit ii?m cet ouvrstRC num ai>|irpnd ijue ce |>lan et celle vue sont rij|iir^ il'aprËs les pliiiis de la ville et iJu cMtcau qui avoieni (Mni ï l'arii «n qnalre leiiilles. ce inimeplan se trouve rMriit dans l'ouvrajie inttluli^ I':j JWfiret </•! (o f 'l'Diire , Lej de . <GK> . iu-tS, \i. 417. RidielIrH éliiil aulretnis luie viUe <lu illocisc de ■■ujllcrs.dii ressort (l'Anjou, delà Rfnërailliï de Toun , et du gouvfTtmnrDldeSiHiuiur. Ainsi a lieu appartcuuil i quatre |iravmces:pourleiipirlluel,au Polluu: |iour la Justice, t l'Anjou : |>our les Ainncrs. t la Tmiralnei pour le milllairc. an Sau-

reusement pour nous , et plus ment encore pour le sénéchal , dont nous fùnci contraints d'interrompre le sommeil, quels portes se trouvèrent fermées par soa ordn. \j! bruit couroit que quelques gentilsbomaa de la province avoient fait romplot de sum certains prisonniers soupçonoés de l'assaoBOi du marquis de Faure'. Mon ioipaijence (Mit naire me fit maudire cette rencon^tre. Je h louai même que sobrement la prudence dn» nechal. Pour me contenter, M. de Cbàteauntf lui parla, et lui dit que nous portions le paqid du roi : aussitôt il donna ordre qu'on n» ouvrit; si bien que nous eûmes du ten^iaè reste, et arrivâmes'ùCbàlellerault qu'os n» croyoit encore à moitié chemin.

Nous y trouvâmes votre oncle en dm d'ami. On lui avoit promis des chevaux pur achever son voyage; et il s'étoit résolu de laser Poitiers, comme le plus long, poumfc je n'eusse point uae curiosité tropgmdei voir cette ville. Je me contentai de b rtWi qu'il m'en fit, et son ami le pria de oepni [larlir qu'il n'en fût pressé par le valel-de-|M qui l'accompagRoit. Nous accordâmes à œta un jour seulemenL Ce n'est pas qu'il De it pendit de nous de lui en accorder dat aniip. M. de Chàteauneuf étant honni>le bommeN s'acquittant de telles commissions au gre dt ceux qu'il conduit aussi bien que de b ow: mais nous Jugeâmes qu'il valoit oiieui ut» ponctuel lement aux ordres du roi.

Tout ce qui se peut ima{;încr de francbitt. (l'honnêteté , de bonne chère , de politesse, fa employé pour nous régaler. La Vienne ftsi au pied de Châtellerault , et en ce canliui A porte (les carpes qui sont petites quand ris n'ont qu'une demi-aune. On nous en scrcitite plus belles avec des melons que le maître à logis méprisoit, et qui me semblèrent ntélents. £ntln cetle journée se passa avec ud phisir non médiocre ; car nous éttoos non sêét-

inurols. c'est aiijoonl'liul on chct-Ueude cantm dn d^lM» nii>ntd'lnilre-et-L(dre, etcm r compte trois muie haliilâlk ■ Le iiian|ulsde Faurv s'ai^lolt du Vlfieau. UMallbMk la iliicItesiC de tUclielli-ii ; son autre sœur eut towte aUtSmvlitcs. Il fut assas»ln£ dans son paj-i . comme U «Bail r» » russe rendre vblte à tin de ses «ni*. VoyeE Lenet . XAMin> l, n. p. ÏM. (A'off eummtnigttA d fiditemr par M. m-

LETTRES A MADAME DE LA FONTAINE

ment en |)ays de connoissancR , mais de parenté.

Je trouvai ù Ghâtcllerauit un Pidoux' dont noire liote avoit épousé la beile-sœur. Tous les Pidoux ont du nez, et abondamment *. On nous assura de plus qu'ils vivaient long-temps, et que la mort, (|ui est un accident si commun chez les autres liomines , |)assoit pour prodige parmi ceux de cette lignée;. Je serois merveilleusement curieux (|ue la chose fût véritable^. Quoi que c'en soit, mon f>arcnt de Chàtellerault demeure onze heures à cheval sans s'incommoder, bien qu'il [>asse quatre-vingts ans. Ce qu'il a de particulier, et que ses |)arents de Château-Thierry n'ont |)as, il aime la chasse et la paume , sait l'écriture , et compose des livres de controverse; au reste l'homme le plus gai que vous ayez vu , et qui songe le moins aux affaires, exci^pté celles de scm plaisir. Je crois qu*il s'est marié plus d'une fois; la femme qu'il a maintenant est bien faite, et a certainement do méiile. Je lui sais bon gré d'une chose, c'est qu'elle cajole son mari, et vit avec lui conmie si c'étoit son galant ; et je sais l)on gré d'une chose à son mari, c'est qu'il lui fait encore des enfants. II y a ainsi d'heureuses vieillesses, à qui les plaisirs, l'amour et les grâces tiennent compagnie jusqu'au bout : il n'y en a guère , mais il y (^n a, et celle-ci en est une. De vous dire quelle est la famille de ce parent , et quel nombre d'enfants il a , c'est ce

I On Mit que La Fotitiine ('toit, par m niéro. île la famille des PkkNix.

• NuCrr poète plaiwinto Ici sur M>n pn)prc nei . <pii ëtolt Uni hmfi, aiiL<4 ipi'oii peut le voir par ih>ii iM>rtrait ; et ced nous lirouvc que. suu» ce rapport . ii tenoit plun <ic sa mère qnc de ■onpïTe.

s Et elle i-tiiit véritaMe. Lea Pidoux Kirmoient, au tcnipn de La Funfaine , uui* dr« famlUn kM ph» illustres de la bour^^eoi^ du Pv>iti)ii. et li'ur n^|Mi|.itii«i de lun^Ml*' l'Iiiit bien élalilie. On tmuTi' un l'irrre Pidoux . trt'Miricr de France et maire de FOitii*iN ru liTr.l. qui fut uonuni* m.iin' |iour la NOCtHide luis en ICM, vl qui uioiinil le K inais Uian, h IM^ de qualre-vînstbIx mw : ruAiiili' nii Jimii Pidoux « qui fut avtcMrur civil et ni.ilre en ffilK. vt ipii niounit le 2K jauvlrr lf».lf). d^é de quatre-viii^un an«. Siiii tils, Pierre Pidoux, fut licuteuaiit • ^éiu^ral au tïvf^e royal do Chàtrllrrault. Jean Pidoux. di>rleur en nitmeeine. fut maire de Poitiern eu IfîSI. et uiounit eu IfSTii . A^ de wiisantedix-hiiii um. Le Pidou« ipie La Foulaiue tnHiva dansertte %ille étuit U' Iniiiiiùme uctni^i'iiaire de n-tte f.iudlle dont uou« aTOiit coiiiKHvtance , car il ne pouvttii ètreaiH'im de ceux que uinih Tmonn demenlifMuier: mai^il t^toit prr»baMement un pHichc parent : peut-être étolt-ce l'uncle du lieutenant de rui de Châtelkrai lit. Voyez Thibaudeau . 4br/g/ de l'Histoire tin Poitou , I. \l.p. 5G9el «00.401.

que je n'ai pas remarqué, mon humeur n étant nullement de m'arrêter à ce petit peuple.

Trop bien me fit-on voir une grande fille, que je considérai volontiers , et à qui la petile-vérole a laissé d(;s grâces et en a ôté. C'est dommage : on dit que jamais Hlle n'a eu de plus belles esp^M'anciïs que ctIIc-Iù.

Quelles imprécations Ne mc^rites-tu point , cruelle maladie , Qui ne peux voir qu'avec eutie Le sujet de uos passions !

Sans ton venin , cause de tant de larmes , Ma iKirenlc m'aunûl fait moitié plus d'bonneiir : Encore est-ce un grand bonheiu* Qu'elle ait eu tel nombre de charmes.

Tu n'as pas tout détruit , sa bouche en est témoin ,

Ses \oux , ses traits , et d'antres belles choses : Tu lui laissas des lis , si tu lui pris des roses ; Et comme elle est ma parente de loin , Ou peut penser qu'à le lui dire J'aurois pris un fort ^rand pbiisir :

J'en eus la volonté » mais non pas le loisir. Cet aveu lui pourra sufHre.

On nous assura qu'elle dansoit biAi n et je n'eus pas de peine à le croire: ce qui m'en plut davantage fut le ton de voix et les yeux; son humeur aussi me sembla douce. Du reste , ne m'en demandez rien de particulier : car , pour [Kirler franchement , je l'entrelins peu , et de choses indifférentes ; bien résolu , si nous eussions fait un plus long séjour a Chàlellerault, de la tourner de tant de côtés que j'aurois découvert ce qu'elle a dans Tame, %i si elle est capable d'une passion secrète. Je ne vous en saurois apprendre ai^tre chose, sinon qu'elle aime fort les romans : c'est à vous , qui les aimez fort aussi , de juger quelle conséquence on en peut tirer. Outre cette parente de Châtellerault, je dois avoir à Poitiers un cousin-germain, dont je n'ai point mémoire qu'on m'ait rien dit; je m'en souviens seulement [)arce(|u'il m'a plaidé autrefois'.

Poitiers est ce qu'on appelle proprement une villace, qui, tant en maisons que terres labourables , peut avoir deux ou ti'ois lieues de circuit : ville mal pav(^, pleine d'écoliers, abondante en prêtres et en moines*. Il y a en

' On a \ii dans la note précédente ipic la tl.!;c principale de la famille étoit k l*uiUi*r«.

> Il y avoil à Poitiers une univeruté . quatre abbayeii . des c^ pucins. des oarmclitn. des dames de la VMtation. etc.. et

eas

ŒUVRES DIVERSES

récompense nombre de belles, et Ton y fait Tamour aussi volontiers qu'en lieu de la terre ; c'est de la comtesse que je le sais*. J'eus quelque regret de n'y point passer; vous en pourriez aisément deviner la cause.

Ce n'est dî la Pierre-Levée • Ni le rocher Passe-Lourdin * ; Pour TOUS en dire ma pensée.

Je les ai laissés sans chagrin ; Et , quant à cet autre cousin , Mon ame en est fort consolée ; Mais je voudrois bien avoir vu La Landru.

Toutefois , ayant le cœur tendre , Je suis certain que Cupidon M'eût jamais manqué de me prendre , S'il m'eût tendu cet hameçon :

Et puis me voilà beau garçon.

Car au départ il se faut pendre.

Je serois fâché d'avoir vu La Landru.

Cependant je Faurois vue si nous eussions

quinze paroisses, pour une population que d'Expilly ne portoil \aak phu de neuf mille six cent quaU^vin;;t-dii-huit individus en 1768. Voyez le Dictionnaire géographique , historique ri politique des Gaules el de la France , in-folio , t. V, p. 7S0.

> La comtesse est cette Poitevine 4|ue La Fontaine avoit quittée à Port-de-Pilles pour faire son excursion à Richelieu , tandis qu'elle coutinuoit sa route jusqu'à Poitiers. Voyez ci -dessus, p. 608 et 616. dans la seconde et la (luatrièine lettres.

* La Pierre -Levée dont il est ici question, semblable à beaucoup d'autres monuments de ce genre (ju'on trouve en Francr et dans toute l' Europe, est une masse t'norme de forme oblongue et irrégiiJière , qui a environ vingt [>ied8 de long sur dixsept de large : elle est élevée sur cinq piliers de la hauteur d'environ trois pieds et demi; elle est bnite , ainsi que les piliers ou espèces de bonies ({ui la supportent : on la U*ouve à un ({uart de lieue à l'est de Poitiers , en sortant par la porte du Pont-Jouttert , à gauche du chemin qui conduit à Bourges, à cinq cents toises.environ du faubourg ou village de Saint-Saturnin.

3 On appelle i'rtSAf - /.«M rrf/n, à Poitiers, mie grosse roche qui forme un précipice sur les bords du Clain. Les eaux de cette rivière baignent la base de cette roche, dans latiuelie est une grotte où il est difficile d'arriver, el dont le retour est encore plus périlleux. Pendant les guerres civiles , les paysans . pour échapper aux vexations des militaires , se retiroîentdans cette grotte. Les écoliers nouvellement venus à l'université de Poitiers étoient contraints par leurs camarades de s'y rendre , et de passer i)Our cet effet le long du rocher qui la refenne, au risque de toiuber daiu» le Clain : de là le nom de Passe- I.nurdin qu'on a donné à ce rociicr. On dit aussi que c'étoit autref(»is la coutume pour les nouveaux mariés d'aller. ai)rcs leurs noces, visiter celle grotte, mais cpie cet usage a cessé depuis que deux jeunes époux avoient eu le malheur de tomber dans le Clain , et y avoient i)éri. C'est dans Rabelais , son auteur favori , que La Fontaine avoit sur-tout pris connoi$s;mc(? i de la yi*^)^-/^!'^^ et du rocher de Passe - Lourdîn. Xoyei ' Pantagruel, liv. II. ch. v. |

continue notre route ; j'en avois déjà trouTën moyen que je vous dirai.

Pour revenir à Ghâtellerault , vous saura qu'il est mi-parti de huguenots et de caihotques, et que nous n'eûmes aucun conuiKne avec les premiers. Le terme dont nom éûm convenus avec notre hôte étant écoulé, il fib prendre congé de lui. Ce ne fut pas sans qol renouvelât sa prière : nous lui donnâmes le pb de temps qu'il nous fut possible, et le mes de bonne grâce, c'est-à-dire en dq bien et tenant table long-temps , de sorte ne nous resta de l'heure que pour gagner Ctavignys misérable gîte, et où commencent b mauvais chemins et l'odeur des aulx , deaifire' priétés qui distinguent le Limousin des autni provinces du monde.

Notre seconde couchée fut Bellac. L'abori de ce lieu m'a semblé une chose singulière, « qui vaut la peine d'être décrite*. Quand, de huit ou dix personnes qui y ont passé sans docendre de cheval ou de carrosse, il n'yeai que trois ou quatre qui se soient rompu le m, on remercie Dieu'.

Ce sont morceaui de rochers EDtés les uns sur les antres , Et qai font dire aux cochera De terribles patenôtres.

Des plus sages à la fin

Ce chemin Epuise la patience.

Qui n'y fait que murmurer.

Sans jurer.

Gagne cent ans d'indulgence.

M. de Ghâteauneuf

L'aoroit cent fois maudit.

Si d'ahord je n'eusse dît :

Ne plaignons point notre peine ; Ce sentier rude et peu battu Doit être celui qui mène Au séjour de la verta.

> On trouve ce lieu dans le grand dicUonnaire d'ExpiDy. ■* les noms de Ctiavigny et de Chauvlgny; mais l'usage a Ûtp*valoir le dernier.

a Bellac est bâtie sur le {lenchant d'un coteau rapide qa^ mine le Vincou du côté du nord.

3 Cette route a ét»^ beaucoup améliorée par M. Tumil. «th direction en a été changée; mais eUc ne parott pM eocoitb0 bonne ; ce n'est qu'une route de troisième classe. Voyei US»- Ustique du département de la HauU' Vienne, parTfnfl^ OUivier, p. S25.

LETTRES A MADAME DE LA FONTAINE

(>tS)

Voti'e onde reprit qu*il falloit donc que nous nous fussions détournes : c Ce n'est pas, ajouta- < t-ii, qu*ii n'y ail d'honnêtes gens à Bellac aussi «bien qu'ailleurs; mais quelques rencontres « ont mis ses liabiiants en mauvaise odeur. » Là-dessus il nous conta qu'étant de la commission des grands-jours ', il Kt le procès à un lieutenant de robe courte de ce Ueu-lù, pour avoir obligé un gueux à prendre la place d*un criminel condamné à être pendu, moyennant vingt pistoles données à ce gueux et quelque assurance de grâce dont ou le leurra. Il se laissa conduire et guinder a la potence fort gaiement , comme un homme qui ne songeoit qu'à ses vingt pistoles , le prévôt lui disant toujours qu'il ne se mit point en peine, et que la grâce alloit arriver. A la fin le {lauvre diable s'aperçut de sa sottise ; mais il ne s'en aperçut qu'eu faisant le saut, temps mal propre à se repentir el à déclarer qui on est. Le tour est bon, comme vous voyez, et Bellac se peut vanter d'avoir eu un prévôt aussi hardi et aussi pendable qu'il y en ait.

Antant que l'abord de cette ville est fOicheux, autant elle est désagiéable ; ses rues vilaines , ses maisons mal accommodées et mal prises. Dispensez-moi, vous qui êtes propre, de vous en rien dire. On place en co pays-là la cuisine au second éta{;e. Qui a une fois vu ces cuisines n'a pas grande curiosité pour les sauces qu'on y apprête. Ce sont gens capables de faire un très méchant mets d'un très bon morceau. Quoique nous eussions choisi la meilleure hôtellerie, nous y bûmes du vin à teindre les nappes , et qu'on appelle communément la tromperie de Beliac*. Ce proverbe a cela de bon que Louis XIII en est l'auteur.

' LoK giierrofl civiles ayant inlcirompii le coun onlinairc d^ la justice i't nitraîiir iM'aiiCDiip «io dtHtordrrs. principalement ilan^ le Puilou, le n>ijii^ca «U'\oii- y foire tenir une cour «Ir fn'aiulH<>i'rfl • t't nnuiiiia «>n |fMiiini*conimi9wioadocoa*iriileni au |»arlriiii>nt de Paris et ilc iiiaitntfi (kt.t n'i|ucttN , prOaidi'i* |iai' M. St'f;iikT. On rrnoiivrU dirpiiin cette mesure. On tluit roiuarqiior «pie la H'-iir4'liaiis<«(-e de lk*llac tHoit n^fn*^ \ar le droit écrit; et \€s apiicllalions en étniont iiorti'c» au parlement de Paris. Vuycz 'iliil»aiidi'aii . Abrèijé de t'l/i.\toire du Poitou . iiv. VIH. cil. T, t. VI . p. lôO; et Kxiiilly, Grand Dictionnaire des titiulc* rt dr la France . t. 1 , p. .>38.

3 Le VI n «pruii rceueille d.int ic d<^(iartenieiit do la llaute- Vieniie e^t aiinlensoiis du iin'flifHTe ; il e^tt pliilt'it doiiv qii<r vert : nlai^ il est tro plat; on n'en e\|K>rle |M»int . et il mc ennvimnt'' sur lei« lieux avant l't^|Miipie tliN elialeun , attendu qu'il ne poiii MMiieiiir les ardcurn de la canicule.

Rien ne m'auroit plu sans la fille du logis, jeune personne et assez jolie. Je la cajolai sur sa coiffure : c'étoit une esfièce de cale' à oreilles, des plus mignonnes, et bordée d'un galon d'or laige de trois doigts. La pauvi^ lîlle, croyant bien faire, alla quérir aussitôt sa cale de cérémonie |)Ourme la montrer. Passé Chavigny, l'on ne parle quasi plus fran^ois; ce|)endant celte fiersonne m'entendit sans beaucoup de peine. Les fleurettes s'entendent |)ar tous pays, et ont cela de commoile (|u'elles jKirtent avec elles leur truchcman. Tout méchant qu'étoit notre gîte, je ne laissai pas d'y avoir ime nuit fort douce. Mon sommeil ne fut nullement bigarré de songes , ctmune il a coutume de l'être : si pourtant Morphée m'eût amené la fille de l'hôte, je pense bien (|ue je ne l'aurois pas renvoyée ; il ne le fit point, el je m'en passai.

M. Jannart se leva devant qu'il fût jour : mais sa diligence ne servit de rien , car, tous nos chevaux étant déferi-és , il fallut attendre ; et , f K)ur mes péchés , je revis les rues de Bellac encore une fois. Tandis que je faisois presser le maréchal, M. de Chàteauneuf, qui avoit entrej>ris de nous guider ce jour-là, s'informa tant des chemins , que cela ne servit pas peu à lui faire prendre les plus longs et les plus mauvais. De bonn(ï fortune notre traite n'étoit j)as grande : comme Limoges n'est éloigné de liellac ({lie d'une petite joui née , nous eûmes tout loisir de nous égarer ; de quoi nous nous a(:(|uittàmes très bien, et en gens qui ne connoissent ni la langue ni le i)ays.

.Dès (|ue nous fûmes arrivés, mon fidèle Achate (<|ui pourroit-ce être (|ue M. de Cliuteauneuf?) disposa les choses pour son retour, et choisit la voie du messager à cheval qui doit partir le lendemain. Je fus fà(J)é de ce qu'il nous quittoit sitôt ; e^r, en vérité , il est honnête liomme, et sait débiter ce qui se; passe à la cour de fort bonne grâce : puis il me semble qu'il ne fait pas mal son personnage dans cette relation. IX'sormais nous lâcherons dt^ nous en passer, avec d'autant moins de peine qu'il no reste à vous apprendre que ce qui concerne le lieu de notre retraite : cela mérite une lettr<' entière».

' Voyex ci-ilc>Mi.« . p. G07. note I.

> Cette lettre, si elle a été écrite , leiroavr iienlm-.

630 ŒUVRES DIVERSES

Ea attendant, si vous clesii*ez savoir comme je m'y trouve, je vous dirai : assez bien ; et votre onde s'v doit trouver encore mieux , vu les témoignages d'estime et de bienveillance que chacun lui rend , Fêvôque principalement : c'est un prélat qui -a toutes les belles qualités que vous sauriez vous imaginer '; splendide sur-tout, et qui tient la meilleure table du Limousin. 11 vit en grand seigneur, et l'est en effet. K'allcz pas vous figurer que le reste du diocèse soit malheureux et disgracié du Ciel , comme on se le figure dans nos provinces. Je vous donne les gens de Limoges pour aussi fins et aussi polis que peuple de France : les hommes ont de Tesprit en ce pays-là , et les femmes de h blancheur ; mais leurs coutumes , façons de vivre , oocupations , compliments sur-tout , ne me plaisent point. C'est dommage que*'** n'y ait été mariée : quant à mon égard »

Ge n'est pas un plaisant séjour :

J*y trouve aux mystères d'Amour Peo de savants , force profanes ; Peu de PhyUis , tieancoup de Jeannes '• Pw de muscat de Saint-Mcsmin ', Forae bomon peu salutaire; Beaoooop d'ail et peu de jasmin :

Jngei si c'est là mon aflUre.

LETTRES A DIVERS

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