LIVRE X
J'ai le don de penser; et je ttm <|iie je pense. Or, To» Mtei , Ira 9 de certaine scieuce ,
Que, qoand k béie penseroît,
La bitte ne réâécfairoit
Sor l'objet ni snr sa pensée.
DeMarles va plus loin , et soutient nettement
Qu'elle ne pense nullemoit.
Vous n'êtes point embarrassée De le croire; ni moi. Cependant, quand aux bois '
Le bruit des cors, celui des voix, PTa donné nul relâche à la fuyante proie,
Qu'en vain elle a mis ses effiorts
A confondre et brouiller la voie, L'nimal chargé d'ans, vieux cerf, et de dix cors, Ed suppose un plus jeune, et Toblige, par force, A présenter aux chiens une nouvelle amorce. Qk de raisonnemenis pour conserver ses jours ! Le retour sur ses pas , les malices, les tours.
Et le change , et cent stratagèmes Dignes des plus grands chefii, dignes d'un meilleur
On le déchke après sa mort : [sort!
Ce sont Ions ses honneurs suprêmes.
Quand la perdrix
Voit ses petits Ea danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle Qai ne peut fuir enoor parles airs le trépas, EDe fiûtla blessée, et va trahuuit de l'aile. Attirant le chasseur et le chien sur ses pas, DAnome le danger, sauve ainsi sa famille ; Et poil» , quand le cliasseur croit que son chien la pille , EUe hii (Ut adieu, prend sa volée, et rit DeThomme qui, confus, des yenx eu vain la suit.
Non loin du nord il est un monde
On l'on sait que les habitants
Vivent, ainsi qu'aux premiers temps <.
Dans une ignorance profonde :
k parie des humains; car, quant aux animaux ,
Os y construisent de:* travaux Qâ ées torrents grossis arrêtent le ravage. Et Int communiquer l'un et l'autre rivage. L'édifice résiste et dure en son entier : Après un lit de bois est un lit de mortier. Chaque castor agit : commune en est la tâche ; Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche ; XaÎDt maître d'cravre y court, et tient haut le bâton.
La république de Platon
Ne seroîl rien que l'apprentie
De cette famille amphibie, llinvent en hiver élever leurs maisons,
* TMi toi éditeon modeniet oot mit sans aocmie nàmm ImmIom M< m stngiiUer, an lieu daploriel. que contlenmt In Mttkm donnén pir La Fontaine et l'édilioa de 17».
Passent les étangs sur des ponts,
Fruit de leor art , savant ouvrage;
Et nos pareils ont beau le voir,
Jusqu'à présent tout leur savoir
Est de passer l'onde à la nage* Que ces castors ne soient qu'un corps vide d'esprit. Jamais on ne pourra m'obliger à le croire : Mais voici beaucoup plus ; écoutez ce récit ,
Que je tiens d'un roi plein de gloire. Le défenseur du nord vous sera mon garant : Je vais citer un prince aimé de la Victohre ; Son nom seul est un mur à l'empire ottoman : C'est le roi poionois '. Jamais un roi ne ment.
Il dit donc que , sur sa frontière, Des animaux entre eux ont guerre de tout temps : Le sang, qui se transmet des pères aux enfanta ,
En renouvelle la matière.
Ces animaux, dit-il, sont germains du renard.
Jamais la guerre avec tant d'art
Ne s'est faite parmi les liommes ,
Non pas même au siècle où nous sommes. Corps-de-garde avancé, vedettes, espions, Emimscades, partis, et mille inventions D'une pernicieuse et maudite science, Fille du Styx, et mère des héros.
Exercent de ces animaux
Le bon sens et l'expérience.
Pour chanter leurs combats , l' Adiéron nous devroit
Rendre Homère. Ah! s'il le rendoit.
Et qu'il rendit aussi le rival d'Epicure % Que diroit ce dernier sur ces exemples-ci? Ce que j'ai déjà dit : qu'aux bêtes hr nature Peut par les seuls ressorts opérer tout ceci ;
Que la mémoire est corporelle; El que, pour en venir aux exemples divers
Que j'ai mis en jour dans ces vers ,
L'animal n'a b^in que d'elle.
L'objet, lorsqu'il revient , va dans son magasin
Chercher, par le même chemin ,
L'image auparavant tracée.
Qui sur les mêmes pas revient pareillement,
Sans le secours de la pensée.
Causer un même événement.
Nous agissons tout autrement :
La volonté nous détermine , Non Tobjet, ni l'instinct. Je parle, je chemine:
Je sens en moi certain agent ;
Tout obéit dans ma machine
A ce principe intelligent.
' Sobieski , Tainquenr des Turcs à Cboczim en 1673 : il passe (ludqoe temps à Paris • et recherdia la société de madame de La Sablière . chez laquelle La Fontaine eut de fréquentes ocraxitms de s'entretenir arec Ini.
* Doscarte».
FABLES
Il est dislincl du corps, se conçoit nettement,
Se conçoit mienx que le corps mâme :
De tous nos mouvements c'est l'arbitre suprême.
Mais comment le corps l'entend-il?
C'est là le point. Je vois l'outil Obéir à la main : mais la main, qui la gtn'de? Eh ! qui g;uide les cieux et leur course rapide ? Quelque ange est attaché peut-être à ces grands corps. Un esprit vit en nous, et meut tous nos ressorts; L'impression se foit : le moyen, je l'ignore; On ne l'apprend qu'au sein de la Divinité ; Et, s'il £3iut en parler avec sincérité ,
Descartes l'ignoroit encore.
Nous et lui là-dessus nous sommes tous égaux : Ce que je sais. Iris, c'est qu'en ces animaux
Dont je viens de citer ^exemple, Cet esprit n'agit pas : l'homme seul est son temple. Aussi faut-il donner à l'animal un point
Que la plante après tout n'a point :
Cependant la plante respire.
Mais que répondra-t-on à ce que je vais dire?
Deux rats cherchoient leur vie ; ils trouvèrent un œuf.
Le dîné sufQsoit à gens de cette espèce :
Il n'étoit pas besoin qu'ils trouvassent un bœuf.
Pleins d'appétit et d'allégresse , Ils alloient de leur œuf manger cliacun sa part, Quand un quidam parut : c'étoit maître renard;
Rencontre incommode et fâcheuse :
Car comment sauver l'œuf? Le bien empaqueter; Puis des pieds de devant ensemble le porter.
Ou le rouler, on le traîner :
C'étoit chose impossible autant que hasardeuse.
Nécessité l'ingénieuse
Leur fournit une invention.
Conmie ils pouvoient gagner leur habitation , L'écomifleur ' étant à demi-quart de lieue , L'un se mit sur le dos, prit l'œuf entre ses bras; Puis, malgré quelques heurts' et quelques mauvais
L'autre le traîna par la queue. [ pas ,
Qu'on m'aille soutenir, après un tel récit ,
Que les bêtes n'ont point d'esprit !
Pour moi , si j'en étois le maître , Je leur en donnerois aussi bien qu'aux enfants. Ceux-ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes ans? Quelqu'un peut donc penser ne se pouvant connoltre.
Par un exemple tout égal,
J'attribuerois à l'animal.
Non pomt une raison selon notre manière, Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort : Je subtiliserois un morceau de matière,
■ Celai qui cherche à vivre aux dépens d'autrui. ■' Quelqiies chocu.
Que l'on ne pourroit plus concevoir sans effort, Quintessence d'atome , extrait de la lumière » Je ne sais quoi plus vif et plus mobile enoor Que le feu; car enfin, si le bois foit la flamme, La flamme , en s'épurant, peut-elle paa de Famé Nous donner quelque idée? et sort-U pas de For Des entrailles du plomb? Je rendrois mon ouvrage Capable de sentir, juger, rien davantage,
Et juger imparfeitement ; Sans qu'un singe jamais fit le moindre aigmoent.
A l'égard de nous autres hommes, Je ferois notre lot infiniment plus fort;
Nous aurions un double trésor :
L'un, cette ame pareille en toustantquenoassonnitt,
Sages , fous , enfants , idiots , Hôtes de l'univers sous le nom d'animanx; L'autre, encore une autre ame, entre noos et kaan^n
Commune en un certain degré;
Et ce trésor à part créé Suivroit parmi les airs les célestes phalanges , Entreroit dans un point sans en être pressé, Ne finiroit jamais, quoique ayant commencé:
Choses réelles, quoique étranges.
Tant que l'enfance dnreroit, Cette fille du ciel en nous ne paroltroit
Qu'une tendre et foible lumière:
L'organe étant plus fort , la raison peroeroit
Les ténèbres de la matière.
Qui toujours envelopperoit
L'autre ame imparfaite et grossière'.
FABLE IL
VHomme et la Couleuvre.
Un homme vit une couleuvre:
Ah ! méchante, dit-il, je m'en vais fiiire une œuvre
Agréable à tout l'univers !
A ces mots l'animal pervers
(C'est le serpent que je veux dire.
Et non l'homme : on pourroit aisément s'y tromps]^ A ces mots le serpent , se laissant attraper. Est pris, mis en un sac; et ce qui fut le pire , On résolut sa mort, tCH-ïï coupable ou non. Afin de le payer toutefois de raison ,
L'autre lui fit cette harangue :
Symbole des ingrats ! être bon aux méchants, C'est être sot; meurs donc : ta colère et tes dents Ne me nuiront jamais. Le serpent, en sa langue,
< Ce qui précède est un composé des idées d'Empédode et de Platon, que La Fontaine mêle ensemble pour tâcher de s'expliquer à luinnème le système de Descartes sur l'ame des bêles . contre lequel son bon sens naturel lui suggérait des dilBciillét insohibloi*