‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 64 sur 670 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

iiipçoimant à bon droit le compère , il va vite li dire : Apprêtez-vous; car il me reste encor idqoes deniers : je veux les jokidre à l'autre masse, s compère aussitôt va remettre en sa place

L'argent volé ; prétendant bien Mit reprendre à-la-fois , sans qu'il y manquât rien.

Mais , pour ce coup , l'autre fut sage : retint tout chez lui, résolu de jouir.

Plus n'entasser, plus n'enfouir; t le pauvre voleur, ne trouvant plus sou gage.

Pensa tomber de sa hauteur.

n'est pas malaisé de tromper un trompeur.

FABLE VI

Le Loup et les Bergers.

Un loup rempli d'humanité

(S'il en est de tels dans le monde)

Fit un jour sur sa cruauté, (Quoiqu'il ne l'exerçât que par nécessité ,

Une réflexion profonde, le mis ha! , dit-il ; et de qui ? de chacun.

Le loup est l'ennemi commun :

Qiieiii , chasseors , villageois , s'assemblent pour sa perte ; Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris : Cest par-là que de loups l'Angleterre est déserte ' ,

On y mit notre tête à prix.

n n'est hobereau qui ne fasse

Contre nous tels bans * publier ;

Il n'est marmot osant crier Qœ dn loup aussitôt sa mère ne menace ^

Le tout pour un âne rogneux, ^oor 00 oioaton pourri , pour quelque diien bargnem ,

Dont j'aurai passé mon envie.

£h bien ! ne mangeons plus de chose ayant eu vie : PaissoDS l'herbe , broutons , mourons de faim plutôt.

Est-ce une chose si cruelle ?

Vaot-il mieux s'attirer la haine universelle ? Disant ces mots, il vit des bergers, pour leur rôt.

Mangeants un agneau cuit en broche.

Oh! oh ! dit-il, je me reproche Uiang de cette gent : voilà ses gardieas

S'en repaissants^ eux et leurs chiens;

'Usnd, roi d'Angleterre, qui régnoItTerB le milieu du ^iiitee siècle , fit faire tous les ans de grandes chasses pour la teuction des loups . et conrertit le tribut en argent, que son l*Uéoesseur Atbelstan a?oit imposé aui souverains de la prin- 4pMé de Galles, en un tribut annuel de trois cents tètes de k^ Par ces moyens Gdgard détruisit les loups dans toute t*isglelerre. Voyez Hume s ffist, ofEngland, cb. ii . 1. 1. 127.

* Mandement lait à cris publics pour ordonner ou défendre ^Klfae chose.

'AOnsioa à la bble xvi du livre IV. inUtuIée le Loup, la 9in,eif Enfant,

IVai. j^sii repaiuani, dans toutes les éditions modernes.

Et moi, kmp, j'en ferai scmpole !

Non, par tous les dieux! non; je serois ridicule:

Thibaut l'agnelet' passera,

Sans qu'à la broche je le mette; Et non seulement lui , mais la mère qu'il tette.

Et le père qui l'engendra !

Ce loup «voit raison. Est-il dit qu'on nous voie

Faire festin de toute proie , Manger les ammaux ; et nous les réduirons Aux mets de l'âge d'or autant que nous pourrons !

Us n'auront ni croc ni marmite I

Bergers, bei^rs ! le loup n'a tort

Que quand il n'est pas le plus fini :

Voulez-vous qu'il vive en ermite ?

FABLE Vn.

V Araignée et l'Hirondelle,

O Jupiter, qui sus de ton cerveau , Par un secret d'accouchement noirveau* , Tirer Pallas , jadis mon ennemie.

Entends ma plainte une fois en ta vie ^' Progné * me vient enlever les morceaux ^ Caracolant , frisant l'air et les eaux , Elle me prend mes mouches à ma porte : Miennes je puis les dire; et mon réseau En seroit plein sans ce maudit oiseau : Je l'ai tissu de matière assez forte.

Ainsi, d'un discours insoloit.

Se plaignoit l'araignée autrefois tapissière, Et qui lors étant filandière

Prétendoit enlacer tout insecte volant.

La sœur de Philomèle, attentive à sa proie.

Malgré le bestion* happoit mouches dans l'air.

Hais cette leçon n'est autorisée par aucune des éditions originales.

* C'est-à-dire le petit agneau qu'on nomme Thibaut. La réunion de ces deui mots Thibaut'Mgnetet forme le nom dn berger dans l'ancienne farce de maistre Pierre Patbelin , p. 16 de ledit, de CousteUer. 1725. in-12.

> Jupiter, incommodé d'un violent mal de tète, implora le secours de Yulcain , qui , d'un coup de hache , fit sortir de son cerveau la déesse de la Sagesse tout armée.

3 0vid.. Ilv.VI.

4 L'hirondelle , qui , dans la mythologie , provenolt de Progné . sœur de Philomèle.

s Ce mot n'appartient pas . comme on l'a dit . à notre vieux langage; il est dérivé de l'Italien i mais an lieu d'être, comme dans cette langue , un augmentatif , notre poète en fait un diminutif. // bestUme signifie en italien une bète grosse on grande. Dans la première édition du dictionnaire de l'Académie françoise, on trouve cependant le mot bettions, mais au pluriel setikment ; il est dit que ce mot signifie particulièrement des bètes sauvages, et qu'il ne s'emploie guère qu'en parlant tien tapisseries qui représentent ces sortes de bètes , taffitstnes de beslions. Ce mot . ai^ourd'hui même . an pinriel , rst hor» d'u-

FABLES

Pour se» petits, pour elle, impitoyable joie, Que ses enfanU gloutons, d'un bec toujours ouvert , D'un ton demi-formé , bégayante couvée , Demandoient par des cris encor mal entendus.

La pauvre aragne ' n'ayant plus Que la tête et les pieds , artisans superflus ,

Se vit elle-même enlevée :

L'hirondelle , en passant, emporta toile, et tout ,

Et l'animal pendant au bout.

Jupin pour chaque état mit deux tables au monde : L'adroit, le vigilant , et le fort , sont assis

A la première; et les petits

Mangent leur reste à la seconde.

FABLE Vni.

La Perdrix et les Coqs.

Parmi de certains coqs, incivils, peu galants,

Toujours en noise, et turbulents.

Une perdrix étoit nourrie.

Son sexe , et l'hospitalité , De la part de ces coqs , peuple à l'amour porté , Lui faisoient espérer beaucoup d'honnêteté : Ils feroient les honneurs de la ménagerie. Ce peuple, cependant , fort souvent en furie. Pour la dame étrangère ayant peu de respec* , Loi donnoit fort souvent d'horribles coups de bec.

D'abord elle en fut affligée; Blak ,. sitôt qu'elle eut vu cette troupe enragée S'entre-battre elle-même et se percer les flancs , Elle se consola. Ce sont leurs moeurs, dit-elle; Ne les accusons point, plaignons plutôt ces gens :

Jupiter sur un seul modèle

N'a pas formé tous les esprits ; Il est des naturels de coqs et de perdrix. S'il dépendoit de moi , je passerois ma vie

En plus honnête compagnie.

Le maître de ces lieux en ordonne autrement;

Il nous prend avec des tonnelles.

Nous loge avec des coqs , et nous coupe les ailes : C'est de l'homme qu'il faut se plaindre seulement.

sage : le mol propre . pour signiBcr un petit animal , une peUte bêle, est bestiole, quia remplacé besteletU, qu'on Irouve encore dans le dictionnaire de Nicol, p. 77, édil. 1606. in-

foUo.

« Vieux mol, pour araignée, qu'on Irouve encore employé

dans Goquillard el dans Ronsard.

1 Vàr. Respect, dans toutes les éditions modernes; mais dans les éditions originales, cl même dans celle de 1729. le t se trouve retranché; el on écrit respec pour la rime, el par licence poétique. H y a d'autres exemples du même retranchement pour le même mot dans les poêles de ce temps.

FABLE IX

Le Chien àqviona coupé les oreilles,

Qu'ai-je fait , pour me voir ainsi

Mutilé par mon propre maître ?

Le bd état où me voici !

Devant les autres chiens oserai-je parottre ' ? O rois des animaux, ou plutôt leurs tyrans,

Qui vous feroit choses pareilles !

Ainsi crioit Mouflar», jeune dogue; et les gens, Peu touchés de ses cris douloureux et perçants, Yenoient de lui couper sans pitié les oreilles. Mouflar y croyoit perdre. Il vit avec le temps Qu'il y gagnoit beaucoup; car, étant de nature A piller ses pareils, mainte mésaventure

L'auroit fait retourner chez lui Avec cette partie en cent lieux altérée : Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée.

Le moins qu'on peut laisser depriseaux dents d'aatnii, C'estle mieux.Quand on n'a qu'un endroit à défendif ,

On le munit , de peur d'esclandre.

Témoin maître Mouflar armé d'un gorgerin Du reste ayant d'oreille autant que sur ma main,

Un loup n'eût su par où le prendre.

FABLE X

Le Berger et le Rot.

Deux démons à leur gré partagent notre vie, Et de son patrimome ont chassé la raison ; . Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifie : Si vous me demandez leur état et leur nom, J'appelle l'un. Amour, et l'autre, Ambition. Cette dernière étend le plus loin son empire;

Car même elle entre dans l'amour.

Je le ferois bien voh*; mais mon but est de dire Comme un roi fit venir un berger à sa cour. Le conte est du bon temps, non du siècle où nous

Ce roi vit un troupeau qui couvroit tous les champs, Bien broutant , en bon corps , rapportant tous les ans , Grâce aux soms du berger, de très notables sommes. Le berger plut au roi par ces soins diligents.

* Yab. ÉdiU 1079 et 1729 : Parètre. La Fontaine a écrit alnai pour la rime et par licence poétique. Voyez U foble xir àm livre Vin , qui présenle un exemple semblable.

s Corps à grosse télé, du mol mufle. Ce nom est enoore prunlé de Rabelais, l. II, ch. xii.

3 D'un collier de fer à mailles. ■ Gorgerin, dit Nloot « son diclionnaire , est la pièce que l'homme de guerre met an- < tour de sa gorge : ce qu'on dit en bit de haubert oa^mailt^ « gorgerin, on l'appelle hansse^col en fait de hune de fer. »

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