‹ Œuvres complètes, avec des notesChapitre 653 sur 670 · A S. A. S. M« LE PRINCE DE CONTI · texte numérisé non relu

A S. A. S. M« LE PRINCE DE CONTI

Monseigneur,

JdDet 1689.

Dans le temps qa*(m alloit jug^ le prooès de mademoiselle de La Force', un de mes amis de province me pria de lui mander ce qui en acriveroit. Je crus que de lui écrire simplement le contenu de l'arrêt, et quelque chose de ce qu'auroient dit les avocats, ce seroit ne faire que ce qu'ont fait nn nombre infini de gens qui ont informé de cette affoire tout le public. Je jugeai donc à propos de la mettre en vers. Je commence par une espèce de lamentabile carmen, à la manière des anciens ; et » comme l'aventure est tragiK^omique, je me laisse bientôt entraîner à ma façon d'écrire ordinaire. Voici la chose telle qu'elle est. Si je l'avois écrite pour vôtre altesse , j'aurois essayé de lui donner une forme un peu diHerente.

Pleorei, cftoyens de Paphot, Jeux et Rit, et tous lean soppdtis La Force est enfin condamnée.- Sur le fttk de son hyménée On Tient de la tympaniier.

EUe n'a qa'à le disposer A ftdre nne amitié nourelle.

Qne le Ciel console la bdle f Et poisse-i-elle incessamment Se pourvoir d'époux ou d'amant.

Lequel il lui plaira d'élire f Elle a de l'esprit, c'est'tout dire; Mais a-t-elle eu du jugement De manquer l'accommodement?

Briou lui promettoit monnoie ^ Dos & dos la cour les renvoie , Après que la chose a long4emp8 Été tout d'un contraire sens.

' Françoi»-Loai8 , prince de Gonti.

* n s'agit ici du procès intenté contre mademolsdle de La Force , pour faire casser son mariage avec le fils du président Brion. Ce procès fut jugé définitivement , et sur appei , le 4 3 juillet 1689; et le jugement fut tel que La Fontaine le rapporte dans cette lettre. On doit consulter à ce snjet VffUtoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine , troisième édition , 4 824 , in-So* p. doa et 514. Charlotte-Rose Caumontde La Force, petite-fille de Jacques de La Force, maréchal de France, s'est rendue célèbre par ses romans historiques, et mourut à Paris en mars 4724, à l'âge de soixante-dix ans; d'autres disent soixante-quatorze ans.

^ Le président Briou avoit tait offrir à mademoiselle de La Force nne forte somme d'argent, si elle vouloit consentir à la rupture de son mariage : elle s'y refusa.

L'arrêt , entre antres pointa» oidonoe Qne tous deux paieront une amnAne:

Mflle firanoi la bdle» et Brioa Mille écus, sans qu'A manque un son.

D'intérêt, pom* l'état de flHe Violé dans telle famille , Un seul denier ne se paiera; Qd plus y mit , pins y perdra.

Plenrei, Amours, geos de Cythère :

Gdle que Vénus votre mère Gratifioit de maints beaux dons Va passer des jours oo pea longk La Force a sa cause peidue , Après s'être bien défendoe Par la bouche des avocats; Et, je crois, en tout antre caa.

Ces messieurs ont dit des merreillea Qu'elle a de ses propres oreilles Entendu très distinctemenl; Car die étoit au jugement.

Et qne diable alloit-eUe y Caire?

£toit-ce chose nécessaire?

Falloit41 là montrer son nei?

lliUe brocards se sont donnëa.

Bous et mauvais, de tonte eapèee»

Qndqnes nus emportant la pièce.

Un des Gicérons de ee temps Dit ibrce traits asseï plaisanU.

L'avoeairgénéral Id-même, Avec son sérieux exfa*éme , Allégna devant toàt Paris L'Écriture et les* cinq maria Qne gardoit Ui Samaritaine.

L'orateur de cour souveraine Fit là-dessus claquer son fouet.

Savant en amour comme en droit.

C'est un dieu de sa connoissanoe.

Hé! pourquoi la jurisprudence Banniroit-elle cet enfant Qui des Gâtons va triomphant?

Voit-on qu'il épargne personne?

11 soumet jusqu'en la couronne , J'entends la couronne des rois , Et non celle de saint François.

Pleurez, habitants d'Amathonte, La Force, non sans quelque hoote , A vu rompre les doux liens Qui lui promettoicnt de grands biens.

Èioux liens? ma foi non , beau sire.

Sur ce sujet c'est assez rire.

Je soutiens et dis hautement Que l'hymen est bon seulement Pour les gens de certaines classes.

Je le souffre en ceux du haut rang , Lorsque la noblesse du sang , L'esprit, la douceur, et les grâces , Sont joints au bien; et lit à part.

11 me faut plus à mon égard.

LETIKES A UIVEBS.

El quoi? de l'argenl saos afTaire;

Ne nie voir autre cliosc A faire.

Depuis le malin jusqu'au n)ir,

Que de wàjre en la

Feminc, de {Aat, m

Puur me tervir de coiiBdenle.

El, quand j'auro» luul â mon clioii .

J'y atiueeroit encur dcui fuii.

Je vous supplie, munseigneui', que cet ourrage.que je vous envoie seulenienl pour vous livertii-, demeure 4uh iir/illo coufi-isio/iU. Je vous m fais part comme je ferois à mon confesseur, tiïeD i]uc eut emploi De se donoe guèi'C à im prince du sang , de votre âge. Votre altesse ein-

îchera , s'il lui pbit, que cet éait ne passe en d'autres mains que les siennes: car mademoi- Klie de I^ Forée est fort affligée ; il y auroil de rinbumanité à rire d'une affaire qui la i^it >U.>urer si amèrement. Que si vous voulez que ies vers soient vus de personnes de voue cour, e vous supplie que ce soit de celles qui auront m peu de disciélion, et qui seront capables d'entrer sérieusement dans les déplaisirs d'uue fille de ce nom-lù.

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