LE DUC DE BOURGOGNE
MONSEIGNEDE,
Je ne puis employer, pour mes fables , de protection qui me soit plus glorieuse que la vôtre. Ce goût exquis et ce jugement si solide que vous &iles paroitre dans tontes choses au-ddà d'un âge où à peine les antres princes sont- As touchés de ce quiles eoTironne avec le plus d'édat '; tout cela , joint au devoir de tous obéir et à la passion de vous plaire, m'a obligé de tous présenter un ourrage ^ dont l'original a été Tadmiration de tous les siècles aussi bien que oeHe de tous les sages. Vous m'avez même ordonné de continuer; et, si tous me permettei de le dire , il 7 a des sujets dont je toos suis redeTable , et où tous aTes jeté des grâces qui ont été admirées de tout le monde. Nous n'aTOns plus besoin de consulter ni Apollon ni les
France, de PhUibert Hégemont, d*Ktienae Perrot, de Gaillaume de Saint-Didier, de Jean Baudouin . de Jean Nostradamus. de Gilles Corrozet. de Pierre Millot , de Goiliaume Haudent, de Julien, qui chez les modernes avoient composé des fables, ou traduit celles d'Ésope avant La Fontaine.
«Après des campagnes brillantes, Louis XIV avoit dicté à Nimégue les conditions de la paix auxquelles l'Europe se soumit ; et ce ftat l'année d'après qui suivit la poblicaUon de ceUe quatrième partie des liibles de notre poète, c'est-à^ire en 16S0, que les étrangers eux-mêmes commencèrent à donner à Louis XIV le surnom de Giand.
> Louis, doc deBomigogne, petit-fils de Louis XIV, élève de Fénekn , naquit à VersaOles. le 6 aoAt 16S2. et mourut le IS février 1712. Il avoU douze ans lorsque La Fontaine, dont il goAlolt ks productions, et dont il lût le bienfiUteur. lui dédia ce dernier livre de ses IkMes. Voyez à ce sujet l'Histoire de la vie et des ouvrages de Jean de La Fontaine, S* édit., p. 335 et56S.
' Ged n'étoit point une exagération ni une flatterie : à onze ans le duc de Bourgogne avoit lu Tite-Uve tout entier en latin ; il avoit traduit les Cotnmentaires de César, et commencé une tradoctioa de Tadte.
4 On voit par ces mots que La Fontaine présenta an Jenne prince un exemplaire de ses fables.
FABLES-
Miues y ni aocanedes divinilés du Parnasse : elles se rencontrent toutes dans les présents que vous a fails la nature, et dans cette science de bien juger les ouvrages de l'esprit, ftquoi vous joignez déjà celle de connoitre toutes les règles qui y convienhent. Les fables d'Ésope sont une ample matière poiu* ces talents ; elles embrassent toutes sortes d'événements et de caractères. Ces mensonges sont proprement une manière d'histoire où on ne flatte personne. Ce ne sont pas choses de peu d'importance que ces sujets : les animaux sont les précepteurs des hommes dans mon ouvrage. Je ne m'étendrai pas davantage là-dessus : vous voyez mieux que moi le proflt qu'on en peut tirer. Si vous vous connoissez maintenant en orateurs et en poètes , vous vous connoitrcz encore mieux quelque jour en bons politiques et en bons généraux d'armée ; et vous vous tromperez aussi peu an choix des personnes qu'au mérite des actions. Je ne suis pas d'un ége à espérer d'en être témoin *. Il faut que je me contente de travailler sous vos ordres. L'envie de vous plaire me tiendra lieu d'une imagination que les ans ont afTolblie : quand vous souhaiterez quelque fable , je la trouverai dans ce funds-là. Je voudrais bien que vous y pussiez trouver des louanges dignes du monarque qd bit maintenant le destin do tant de peuples et de nations, et qui rend toutes les parties du monde attentives à ses conquêtes , à ses victoires , et à la paix qui semble se rapprocher, et dont il impose les conditions avec toute la modération que peuvent souhaiter nos ennemii. Je me le figure comme un conquérant qui veut mettre des bornes à sa gloire et à sa puissance , et do qui on pourroit dire, à meilleur titre iju'on ne l'a dit d'Alexandre, qu'il va tenir les états de l'univers, en obligeant les ministres de tant de princes de s'assembler pour terminer mie guerre qui ne peut être que ruineuse à leurs maîtres*. Ce sont des sujets au-dessus de nos paroles : je les laisse à de mell« leures plumes que la mienne ; et suis avec un profond respect,
MOKSUGNEIJI,
Votre très humble, Irùs obéissant, cl très fidëlc serviteur ,