LE PHRYGIEN
Noos n'ayons rien d'assuré touchant la naissance d'Ilemire et d'Ésope : à peine même sait-on ce qui leur est arriTé de plus remarquable. C'est de quoi il y a lieu de s'étonner, TU que l'histoire no rejette pas des choses moins agréables et moins nécessaires que celles-là. Tant de destmcteuTB de nations , tant de princes sans mérite , ont trouvé des gens qui nous ont appris jusqu'aux moindres particularités de leur yie ; et nous ignorons les plus importanles de celles d'Ésope et d'Homère, c'est-à-dire des deux personnages qui ont le mieux mérité des siècles sui- Tants. Car Homère n'est pas seulement le père des dieux , c'est aussi celui des bons poètes. Quant à Ésope , il me semble qu'on le devoit mettre au nombre des sages dont la Grèce s'est tant vantée , lui qui enscignoit la véritable sagesse , et qui l'enseignoit avec hicn plus d'art que ceux qui en donnent des définitions et des règles. On a véritablement recueilli les vies de ces deux grands hommes ; mais la plupart des savants les tiennent toutes deux fabuleuses , particuliërement celle que Planude a écrite. Pour moi , je n'ai pas voulu m'engager dans cette critique. Conune Planude vivoit dans un siècle où la mémoire des choses arrivées à Esope ne dcvoit pas être encore éteinte , j'ai cm qu'il aavoit par tradition ce qu'il a kiissé *. Dans cette croyaooe, je l'ai suivi sans retrancher de ce qu'il a ditd'É*
< U existoit. lorsque La Fontaine publia fon recueil, une fxcfDente rie d'Ésope : c'éloit celle de Meziriac ; mais elle étoit pea connue , et Bayle eut de son temps de la peine à se la proainr. 11. de Sallengre l'a réimprimée dans ses Mémoires de littérature, 1715 , iu-t», 1. 1 . p. 90. La Vie d'Ésope, attribuée peutêtre husseoient k Planude , étoit au contraire devenue , en quelque sorte, pofmlaireavant La Fontaine, et on en avoik inséré des traductions au-devant de tous les recueils de bblcs publiés soit co vers . soit en prose. Je la trouve en tête do recueil des fables d'Ésope en prose, de Jean Baudoin, 1649, in-S»; et dons une traduction plus ancienne encore , imprimée àTroyes, intitulée lit Fable* d* Ésope et la Vie d'Ésope rhrigien , traduites de nouveau en français seloula vérité grecque , in-12; et enfin iau l'édition des fiibles de Corrozet. donnée par maître Antoine In Moulin , Rouen , 1578 ou 1587. Il est donc évident ({ue notre poiHe • en mettant cette Vie d'Ésope par Planude en tête de son recieil de fables , n'a fait que céder à un usage en quek|ue sorte oonsicré depuis long-temps. Au resie , La Motte excuse La Fontaine <'nne manière bien ingénieuse. < La vie d'Ésope, dit-il, pwe pnir fabuleuse ; mais en tout cas c'est une bonne fable , et qui pdA à merveille la position de tous les Dibulistes à l'égard de leur» kcteurs. Nous sommes des esclaves q«i voulons les ins* traire sanstes Ucher; ils sont des maîtres intelligents qui nous savcnl gré d? nos ménagements, et qui reçoivent volontiers la vérité, paroeciie nous leiu* laissons l'honneur de la deviner en partie.»
• La science chronologique du bon La Fontaine est ici en dé- Cmtt car entre Bsvpe et Planude il y a un intervalle de plus de difrliuit siècles.
sop^ que ce qui m'a semblé trop puéril , ou qui s'écartoit en (|oelquc façon de la bienséance.
Ksopc ' étoit Phrygien , d'un bourg appelé Amorhim *. n naquit vers la cinquante-septième olympiade ^, quelque deux cents ans après la fondation de Rome. On ne sauroit dire s'il eut sujet de remercier la nature, ou bien de se plaindre d'elle; car, en le douant d'un très bel esprit , elle le fit naître difforme et laid de visage, ayant à peine figure d'homme <, jusqu'à lui refuser presque entièrement l'usage de la parole. Avec ces défauts , quand il n'auroit pas été de condition h être esclave , il ne ponvoit manquer de le devenir. Au reste , son ame se maintint toujours libre et indépendante de la fortune.
Le premier maître qu'il eut l'envoya aux champs labourer la terre , soit qu'il le jugeât incapable de toute autre chose , soit pour s'ôter de devant les yeux un objet si désagréable. Or il arriva que ce maitre ^ étant allé voir sa maison des champs , un paysan lui donna des figues : il les trouva belles , et les fit serrer fort soigneusement , donnant ordre h son sommelier, nonuué Agathopus , de les lui apporter au sortir du bain. Le hasard voulut qu'Ésope
< U y a eu dans l'antiquité plusieurs personnages qui ont porté le nom d'Ésope. C'est sans motif pr(i)ablc que d'après une ancieiflie Inscription quelques savants ont cru qu'Ésope le fabuliste étoit statuaire. Voyez Lanzi , Saggio di lingua etrusca , tom. I , p. «05.
> Le scoliaste d'Aristophane {in f'csp. ) fait naître Ésope à Uesembric en Thrace; Suidas (au mot ktautKoç) dit que quelques uns assuroient qu'il étoit de Samos ; d'autres prélendoieut qu'il étoit originaire de Sardes en Lydie : l'opinion la plus commune cependant est qu'il étoit Phrygien ; mais les uns , tels quo Constantin Porphyrogénète . placent le lieu de sa naissance à Âmorium, tandis que-d'autres le mettent kCotiaium, qui est également une ville de Phrygie.
3 U falloit dire qu'il florissoil vers la cinquante-deuxième olympiade , ou vers l'an 572 avant Jésus-Christ ; car on ignore l'époque de la naissance d'Ésope, et cette époque nepourroit s'accorder avec ce qui est dit de ses entretiens avec Crésus. Voyez Baylc . Dictionnaire, p. Ilf2.
4 Aucun auteur ancien avant Planude ne fait mention de cette diflbrmité d'Ésope, Le savant Visconti, dans son Jconologie f;reeqtie (t. I , p. 49 , pi. xii ) , a cherché à appuyer cette tradi- Uon par des preuves (jui ne paroissent pas décisives. La figure antique qu'il a publiée comme étant le portialt d'Ésope, et qui se trouvoit à Rome daas la villa Albani, représente , suivant nous , un monstre , ou jeu de nature , mais n'es* point le portrait du fabuliste grec. On ne peut conclure qu'Ésope fût difforme, de ce que Lucien donne à ce fabuliste . dans un de ses écrits, le rôle d'un plaisant . ou d'un bouffon d'ÉpIcurc. Cependant le sophiste Uimerius (Orat. XIII, 5, p. S»2, édit. 1790), qui est plus ancien que Planude, affirme qu'Ésope étoit laid; et PIularquc , dans le Banquet des sept Sages, aoiiB assure qu'il étoit bègue. Dans ce dialogue, Solon lui dît : < Tu es habile à enlent dre les corbeaux et les geais ; mais tu n'entends pas bien ta < propre voix. > Ce sont peut-être ces désavantages naturels, qu'on a ena)re exagérés, qui ont donné naissance aux traditions qui représentent Éso|>e liossii. difTonne. et semblable à un Thersite. Bentley, Meziriac, La Croze. et Jablonsky, ont aussi combattu les assertions de Planude à ce sujet .
5 Le scoliaste d'Ari^itophane ( in Vesp. ) donne pour premier maître à Ésope Xantus , philosophe lydien ; ensuite Jadmon , citoyen de Samos, qui l'affranchit. Aphton prétend qu'il servit aussi à A thunes un nommé Démarque, uiruommé Charaslas, frère de la célèbre Sapho.
LA VIE D'ÉSOPE
eût affaire dans le logu. Ausbilùt qu'il y fut entré, Agathopus 80 servit de l'occasion , et mangea les figues a?ec quelques uns do ses camarades : puis ils rejetèrent cette friponnerie sur Ésope, ne croyant pas qu'il se pût jamais justifier, tant il étoit bègue et paroissuit idiut ! Les cliâliments dont les anciens usoientenrcrs leurs e.vclavcsétoient fort cruels , et cette faute très punissable. Le paurrc Esope se jeta aux pieds de son maître ; et , se faisant entendre du mieux qu'il put , il témoigna qu'il demandoit pour toute grâce qu'on sursit de quelques moments sa punition. Cette grâce lui ayant été accordée , il alla quérir de l'eau tiède , la but en présence de son seigneur, se mit les doigts dans la bouche , et ce qui s'ensuit , sans rendre autre chose que cette eau seule. Après s'être ainsi justifié, il fit signe qu'on obligeât les autres d'en faire autant. Chacun demeura surprit : on D'auroitpas cm qu'une telle invention pût partir d'Esope. Agathopus et ses camarades ne parurent point étonnés. Ils burent de l'eau comme le Phrygien a?oit fait, et 80 mirent les doigts dans la bouche; mais ils se gardèrent bien de les enfoncer trop avant. L'eau ne laissa pas d'agir, et de mettre en évidence les figues toutes crues et encore toutes ?ermeillcs. Par ce moyen Ésope se garantit : ses accusateurs furent punis doublement , pour leur gourmandise et pour leur méchanceté. Le lendemain , après que leur maitro fut parti , et le PIir\ gieu à son travail'ordinaire, queUpics voyageurs égarés (aucuns disent que c'étoieot des prêtres de Diane ) le prièrent , au nom de Jupiter hospitalier, qu'il leur enseignât le chemin quiconduisoit à la ville. Ésope les obligea premièrement de so reposer à l'ombre ; puis , leur ayant présenté une légère collation , il voulut être leur guide , et ne les quitta qu'après qu'il les eut remis dans leur chemin. Les lionnes geas levèrent les mains au ciel , et prièrent Jupiter de ne pas laisser cette action charitable saas récompense. A peina Ésope les eut quittés , que le chaud et la lassitude le contraignirent de s'endormir. Pendant son sommeil , il s'imagina que la Fortune étoit debout devant lui , qui luidéllolt la langue , et par même moyen lui faisoit présent de cet art dont on peut dire qu'il est l'auteur. Réjoui de cette aTentore, il se réveilla en sursaut ; et en s'éveillant : Qu'est oed? dit-il : ma voix est devenue libre; je prononce bien im râteau, une charrue, tout ce que je veux. Cette merveille fut cause qu'il changea de maître. Car, comme un certain Zénas, qui étoit là en qualité d'économe et qui avoit l'œil sur les esclaves , en avoit battu un outrageusement pour une faute qui ne le méritoit pas , Ésope ne put s'empêcher do le reprendre, elle menaça que ses mauvais traitements seroient sus. Zéuas, pour le prévenir et pour se Tonger de lui , alla dire au maitre qu'il étoit arrivé un prodige dans sa maison; que le Phrygien avoit recouvré la parole, mais que le mécliant ne s'en servoit qu'à blasphémer et à médire de leur seigneur. Le maitre le crut, et passa bien plus avant ; car il lui donna Ésope , avec liberté d'en faire ce qu'il voudroit. Zénas de retour aux champs, un marchand l'alla trouver, et lui demanda si pour de l'argent il le vouloit accommoder de quelque bêle de somme, ^on pas cela, dit Zénas ; je n'en ai pas le pouvoir : mais je te vendrai , si tu veux , un de nos esclaves. Là-dessus , ayant fait venir Ésope , le marchand dit : Est-ce afin de te moquer que tu me propotes l'achat de ce pcnon-
nage? On le prendroit pour une outre. Dès que le marchand eut ainsi parlé, il prit ccmgé d'eux , partie murmorant , partie riant de ce bel objet. Ésope le rappela , et loi dit : Achète-moi hardiment ; je ne te serai pas inutile. Si tu as des enfants qui crient et qui soient méchants , mt mine les fera taire : on les nienaccra de moi comme de k bête. Cette raillerie plut au marchand. 11 acheta notre Phrygien trois oboles, et dit en riant : Les dieux soient loués! je n'ai pas fait grande acquisition, à la vérité; aussi n'ai-jc pas déboursé grand argent.
Entre autres denrées, ce marchand trafiquoit d'esclaves : si bien qu'allant à Éphèse pour se défaire de ceux qu'il avoit , ce que chacun d'eux devoit porter pour la commodité du voyage fut départi selon leur emploi et selon leurs forces. Ésope pria que l'on eût égard à sa taille ; qu'il étoit nouveau-venu , ot devoit être ti*aité doucement. Tu ne porteras rien , si tu veux , lui repartirent ses camarades. Ésope se piqua d'honneur, et voulut avoir sa charge comme les autres. On le laissa donc choisir. U prit le panier au pain : c'étoit le fardeau le plus pesant. Chacun crut qu'il Ta voit fait par bêtise : mais dès la dinéele panier fut entamé, et le Phrygien déchargé d'autant ; ainsi le soir, et de (néme le lendemain : de façon qu'au bout de deux jours il marchoit à vide. Le bon sens et le raisonnement du personnage furent admirés.
Quant au marchand , il so défit de tous ses esclaves, à la réserve d'un grammairien , d'un chantre , et d'Ésope , lesquels il alla exposer en vente à Samos. Avant que de les mener sur la place , il fit habiller les deux premiers le plus proprement qu'il put , comme chacun farde sa marchandise: Ésope, au contraire, ne fut vêtu que d'un sac, et placé entre ses deux compagnons , afin de leur donner lustre. Quelques acheteurs se présentèrent , entre autres un philosophe appelé Xantus. U demanda au grammairien et au chantre ce qu'ils savoieiit faire. Tout . reprirent-ils. Cela fit rire le Phrygien : on peut s'imaginer de quel air. Planude rapporte qu'il s'en fallut peu qu'on ne prii la fuite , tant il fit une effroyable grimace. I.e marchand fit son chantre mille oboles, son grammairien trois mille; et, en cas que l'on achetât l'un des deux, il devoit donner Ésope par-dessus le marché. La cherté du grammanrien et du chantre dégoûta Xantus. Mais , pour ne pas retourner chez soi sans avoir fait quelque emplette, ses disciples lui conseiUèrent d'acheter ce petit bout d'homme qui avoit ri de si bonne grâce : on en feroit un épouvantait ; il divertiroit les f^ens par sa mine. Xantus so laissa persuader, et fit prix d'Ésope à soixante oboles. Il lui demanda , devant que de l'acheter, à quoi H lui seroit propre, comme il l'ivoit demandé à ses camarades. Ésope répondit : A rien, puisque les deux autres avoient tout retenu pour eux.Les commis de la douane remirent généreusement à Xjnlus le sou pour livre, et lui en donnèrent quittance sacs rien payer.
Xantus avoit une femme de goût assez délicat, et à qui toutes sortes de gens ne plaisoient pas : si bien que de lui aller présenter sérieusement son nouvel escl!ave , il n'y avoit pas d'apparence, à moins qu'il ne la loulût mettre en colère et se faire moquer de lui. Il jugea plus à propos d'en faire un sujet de plaisanterie, ot aXa dire au logis qu'O venoit d'acheter un jeune esclave le plus beau du
LA VIE DÉSOPE.
cl le mieux foit. Sur celto nou\cUo , les filles qui oieal sa femme se pciuèrcat battre à qui Tauroit pour serrileur ; mais elles furent bien étonnées quand le penoonai^e parut. L'une se uiit la main devant les yeux ; rmlre s'enruit ; l'autre fit un cri. La maltresse du logis dit que c'éloit pour la chasser qu'on lui auienoit un tel monstre ; qu'il y avoit l4)ng-lenips que le philosophe se lassoit d'elle. JJc parole en {larole , le difTérend s'(k;liaurrajiisqncs à tel point que la femme demanda sou bien , et voulut se retirer chez ses parents. Xantus fit tant par sa patience, et Esope par sou esprit, que les choses s'accommodèrent. On ne parla plus de s'en aller; et peut-être que l'accoutumance eCDiça à la fin une partie de la laideur du uouvel escJave.
Je laisserai beaucoup de petites choses où il fit paroltrc la vivacité de son esprit; car, quoiqu'on puisse juger par-là de son caractère, elles sout de trop peu de conséquence poor en infonner la postérité. Voici seulement un échantillon de son bon sens et de l'ignorance de son maitrc. Celai-ci alla chei on jardinier se choisir lui-même une salade; les herbes cueillies , le jardinier le pria de lui satisraire l'esprit sur une difficulté qui regardoit la philosophie aussi bien que le jardinage : c'est que les herbes qu'il plantoit et qu'il ciilUvoit avec un grand soin ue proflloient point , tout an contraire de celles que la terre produisoit d'elle-même uns culture ni amendement. Xantus rapporla le tout à la Providence , comme on a coutume de faire quand on est eonrt. Ésope se mit à rire; et, ayant tbé son maître à part, il lui conseilla de dire à ce jardinier qu'il lui avoit fait une n^nse ainsi générale , {uirccque la question n'ctoit pas digne de lui : il le laissoit donc aVec son garçon, qoi assurément le satisferoit. Xantus s'étant allé promener d'un autre côté du jardin , Ésope compara la terre k une fcmme qui , ayant des enfants d'un premier mari , en épouseruit un second qui auroil aussi des enfants d'une autre liemme : sa nouvelle épouse ne manqueroit pas de concevoir de l'aversion pour ceux-ci, et leur ùleroit la nourriture afin que les siens en profllasscnl. 11 en étoit ainsi de la terre, qui n'adoptoit qu'avec peine les productions du travail et de la culture , et qui réscrvoit toute sa tendresse et tousses bienfaits pour les siennes seules : elle étoit maritre des unes , et mère fiassionnée des autres. Le jardinier parut si content de ccUte raison , qu'il ofirit ù Ésope tout ce qui étoit dans son janlin.
11 arriva quelque temps après un grand dilTiirend entre le philosophe et sa femme. Le philosophe , étant de festin , mit h part quelques friandises, et dit à Ésope : Va porter ceci h ma iNmne amie. Ésope l'alla donner h une petite thienne qui étoit les délices de son maître. Xantus , de relojr, ne manqua fias de demander des nouvelles de son prcftent, et si on l'uvoit trouvé bon. Sa femme ne comprenoitrien a ce langage; on fit venir ïJ»ope pour l'édaircir. Xantvs , qui ne clierchoit (|u'un prétexte pour le laire bat- Ire , li£ demanda s'il ne lui avoit pas dit expressément : Va-t'en ^irter de ma part ces friandises à ma Ininne amie. Ésope répondit là-il«»ssus que la bonne amie n'étoit pas la femme, qui, jmur la moindre parole, menaçoitde faire on divorce; c'étoit la chienne, qui endnniit tout, et qui reienoit faire caresses après qu'on l'avoit battue. Le philosophe demeu'a court ; mais sa femme entra daiw une telle colère qii'ene se retira d'avi*c lui. Il n'y eut parent ni
ami par qui Xantus ne lui fit parier, sans que les raisons ni les prières y gagnassent rien. Ésope s'avisa d'un stratagème. 11 acheta force gibier, comme pour une noce considérable , et fit tant qu'il fut rencontré par un des domestiques de sa maltresse. Celui-ci lui demanda pourquoi tant d'apprêts. Ésope lui dit que son maître , ne pouvant obliger sa femme de revenir, en alloit épouser une autre. Aussitôt que la dame sut cette nouvelle, eUe retourna chez son mari , par esprit de contradiction ou par jalousie. Ce ne fut pas sans la garder l>onne à Ésope , qui tous les jours faisoit de nouvelles pièces à son maître , et tous les jours se sauvoit du châtiment par quelque trait de subtilité. 11 u'étoit pas possible au phQosophe de le confondre.
Un certain jour de marché , Xantus , qui avoit dessein de régaler quelques uns de ses amis, lui commanda d'acheter ce qu'il y auroitde meilleur, et rien autre chose. Je t'apprendrai , dit en soi-même le Phrygien, ù spécifier co que tu souhaites , sans t'en remettre à la discrétion d'un esclave. 11 n'acheta donc que des langues, lesquetlas il fit accommoder à toutes les sauces : l'entrée , le second , l'entremets , tout ne fut (|ue langues. Les conTiés louèrent d'abord le choix de ce mets ; à la fin ils s'en dégoûtèrent. Ne t'ai-je pas commandé, dit Xantus , d'acheter ce qu'il y auroit de meiUeur? Eh! (pi'y a-t-il de meilleur que la langue? reprit Ésope. C'est le lien delà vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison : par elle on Milt les villes et on les police; on instniit, on persuade , on règne dans les assemblées , on s'acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les dieux. Eh bien ! dit Xantus (qui prétendoit l'attraper), achète- moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi ; et je veux diversifier.
Le lendemain F.so|)e ne fit encore senir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : c'est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des di> Lsions et des guerres. Si on dit qu'elle est l'organe de la \érité, c'est aussi celui de l'erreur, et, qui pis est , de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de mécliantes choses. Si d'un côté elle loue les dieux , de l'autre elle profère des blasphèmes contre leur puissance. Quelqu'un de la compagnie dit à Xantus que véritablement ce valet lui étoit fort nécessaire; car il savoit le mieux du monde exercer la patience d'un philosophe. De quoi vous mettez-vous en peine? reprit É!sope. Kh ! trouve-moi , dit Xantus, un homme qui ne se uiette eu ptnne de rien.
Esope alla le lendemain sur la place ; et, Toyant un paysan qui regardoit l<mles choses HMtc la froideur et l'indifférence d'une statue, il amena ce paysan au logis. Voilà, dit-il h Xantus, l'homme sans souci que vous demandez. Xantus conmiauda à sa fenune de faire chauffer de l'eau , de la mettre dans un bassin j puis de laver elle-méuMt les pieds de son nouvel hôte. Le paysan la laissa faire, quoi- (pi'il sût fort bien qu'il ne méritoit |ïas cet honneur; mais il disoit en lui-même : C'est |Hnit-être la coutume d'eu user ainsi. On le fit asseoir au haut iNiut; il prit sa place sans céremonie. Pendant le re|>as, Xantus ne fit autre chose que bldmer sou cuisinier; rien nv lui plaisoit : ce qui étoit doux , il le trouvoit trop salé; et ce qui étoit trop salé, il le trouvoit dtmi. L'homme sans souci le laissoit dire, et
LA VIE D'ÉSOPE
mangeoit de toutes ses <}ents. Au dessert , on mit sur la \Me un f^âtcMu que la femme du pliilosoptie aToit fait : Xanlus le trouTa mauvais, quoiqu'il fût très bon. Voilà, dit-il, la pâtisserie la plus mOcbante que j'aie jamais mandée; il faut brûler l'ouTrière, car elle ne fera de sa \ie rien qui Taille : qu'on apporte des fagota. Attendez, dit le paysan; je m'en vais quérir ma femme: on ne fera <|u'un bùdier pour toutes les deux. Ce dernier trait désarçonna le philosophe, et lui ôta l'espérance de jamais attraper le Vbr)'gien.
Or, ce n'éloit pas seulement avec son maitre qu'£so|)e IrouToit occasion de rire et de dire de bons mots. Xantus Tavoit envové en certain endroit : il rencontra en chemin le magistrat, qui lui demanda où il alloit. Soit qu'tlsopo fût distrait , ou pour une autre raison , il répondit qu'il n'en savoit rien. Le magistrat, tenant h mépris et irrévérence cette réponse, le fit mener en prison. Comme les huissiers le conduisoient : >'e vo) cz-vous pas, dit-il, que j'ai très bien n*pondu? Savois-je qu'on me fieroit aller où je vas? Le magistrat le fit relâcher, et trouva Xantus heureux d'avoir un esclave si plein d'esprit.
Xantus, de sa part, voyoit par-lA de quelle imiiortance il lui éloit de ne point arTrancliir Ésope, et combien la IXMsession d'un tel esclave lui faisoit d'honneur. Même un jour, fiiisant la débauche avec ses disciples, Esope, qui les Kcrvoit, vit que les fumées leur échauffoient déjà la cervelle, aussi bien au maître (]u'aux écoliers. La débauche de vin , leur dit-il, a tn>is déférés : le premier, de volupté; le second , d'ivrognerie ; le troisième, de fureur. On se moqua de son observation , et on continua de vider les pots. Xantus s'en donna jusciu'ft perdre la raison, et à se vanter qu'il boiniit la mer. Cela fit rire la compagnie. Xantns soutint ce qu'il avoit dit, gagea sa maison ([u'il boiroit la mer tout entière; et, pour assurance de la gageure, il déposa Tanneau qu'il avoit au doigt.
Le jour suivant, qne les vapeurs de Bacchus furent diisiftées, Xantus fut extrêmement suqiris de ne plus retrouver son anneau , lequel il tenoit fort cher. Esope lui dit qu'il étoit perdu, et que sa maison l'éttiit aussi par la gageure qu'il avoit faite. Voilà le philosophe bien alarmé : il pria Ésope de lui enseigner une défaite. Ésope s'avisa de celle-ci.
Quand le jour que l'on avoit pris pour rexéculion de la gageure fut arrivé, tout le |)euple de Samos accourut au rivage de la mer ponr être témoin de la honte du philosophe. Gdui de ses disciples qui av4)it gagé contre lui Iriomphoit déjà. Xantus dit à l'assemblée : Messieurs , j'ai gagé véritablement (|ue je ImiroLs toute la mer, mais non pas les fleuves qui entrent dedans ; c'est pouniuoi , que celui qui a gagé contre mot détourne leurs cours , et puis je ferai oe que je me suis vanté de faire. Chacun admira l'ei- IH'dient que Xanlus avoit trouvé pour sortir à son honneur d'un si mauvais pas. Le disciple confessa qu'il étoit vaincu, et demanda pardon à son maitre. Xantus fut reconduit jusqu'en son logis avec acclamations.
Pour récompense, É>iope lui demanda la liberté. Xantus la lui refusa, et dit que le temfts de l'atTrancbir n'étoit pas encore venn ; si toutefois \cs dieux l'ordouooient ainsi , il y couscntoit : partant, qu'il prit ganle au premier présage qu'il auroit étant soi'ti du logis ; s'il étoit tieureux , et
(jue , iNir exemple . deux corneilles se présent awcnt à ■ vue, la liberté lui serait donnée ; s'il n'en voyoit qu'nnc, qu'il ne se lassât point d'être esclave. Ésope scnrtit aussitôt. Son maitre étoit logé à l'écart, et apparemment ven no lieu couvert de grands arbres. A peine notre Phrygien fut hors, qu'il aperçut deux corneilles qui s'abattirent sur le plus liant. Il en alla avertir son maître, qui voidut voir lui-même s'il disoit vrai. Tandis que Xantus venoit, l'une des corneilles s'envola. Me tramperas-tn toujours? dit-il à Ésope : qu'on lui donne les étrivières. L'ordre fut exécuté. Pendant le supplice du pauvre Ésope, on vint inviter Xantus à un repas: il promit qu'il s'y trouverait. Ilélas! s'écria Ésope, les présages sont bien menteurs ! moi , qui ai vu deux corneilles, je suis battu; mon maitre, qui n'en a vu qu'une, est prié de noce. Ce mot plut telleracnt h Xantus, qu'il commanda qu'on cessât de fouetter Esope; mais, quant à la liberté, il ne pouvoit se résoudre à la Inl donner, encore qu'il la lui promit en diverses occasions. Un jour ils se promenoient tous deux parmi de vieux monumens, considérant avec beaucoup de plaisir les inscriptions qu'on y avoit mises. Xantns en aperçut une qu'il ne put entendre, quoiqu'il demeurât long-temps à en chercher l'explication. Elle étoit ramposée des premières lettres de certains mots. Le philosophe avoua ingénument que cela passoit son esprit. Si je vous fais trouver un trésor par le moyen de ces lettres, lui dit Ésope, quelle récompense aurai-je? Xantus lui promit la liberté et la moitié du trésor. Elles signifient, poursuivit Esope, qu'à quatre pas de cette colonne nous en rencontrerons un. En effet, ils le trouveront après avoir creusé quelque peu dans terre. Le philosophe fut sommé de tenir parole ; mais il reculoit toujours. Les dieux me gardent de t'afTranchir, dit-il à Ésope, que tu ne m'aies donné avant cela l'intelligence de ces lettres! ce me sera un autro trésor plus précieux que celui lec|uel nous avons trouvé. On les a ici gravées , poursuivit Esope, comme étant les premières lettres de ces mots ; kxôccii /^iuxzx , etc. ; c'est-à-diro : « SI vous reculez quatro pas, et que vous crousiez , vous trouverai an trésor. » Puisque tu es si subtil , repartit Xantus, j'auroiB tort de me défaire de toi : n'espéra donc pas que je t'affranchisse. Et moi , répliqua Esope, je vous dénoncerai au roi Denys; car c'est à lui que le tn^sor appartient , et CCS mêmes lettres commencent d'autres mots qui le signifient. Le philosophe intimidé dit an Phrygien qu'il prit sa part de l'argent , et qu'il n'en dit mot ; de quoi Esope déclara ne lui avoir aucune obligation , ces lettn*s ayant été choisies de telle maniera qu'elles enfennoient un triple sens, et signifioient encore : c En vous en allant, vous partageraz le trésor que vous aurez raneontré. » Dès qu'ils furent ' de ratour, Xantus commanda qu'on enfennit le Phngien . et que l'on lui mit les fi'rs aux pieds, de oainte qu'il n'allât publier cette aventure. Hélas! s'écria Ésope, est-ce ainsi que les philosophes s'ac(iuiltent de leurs promesses? Mais faites ce que vous voudraz, il faudra que vous m'afl'ninchissiez malgré vous.
Sa prédiction se trouva vraie. 11 arriva un prodige qui mit fort en peine les Samicns. i;n aigle enleva l'anneau
» Vab. Qu'il fut,i\afm les (mitions modorips de Ditlotcl ik» UarlKiu ; niais toutes les éditions originales ixirlcnt le pluriel
LA VIE DESOPU.
polrilc (cVbiil appuivinnicnt i|iic1<|iic tcrsu <|iic l'on sp- «i ddilH^niliiins dn ciin»eil ), el le ni lorolutr aa ■du d'un rarlaic. Le pliilosoplie fui coiuullË la-dcsnu, et CMnoieflant pliilosofAo, alFonunctflnntmiilaipreniit'n àaht n>(iulilii|uc. Il di^mandadu lempi', et «ul recourt ft ■onflcwcle untlnnire : c'éloll Étopo. Cdui-ci lui Mniellla de le produire en public , parccqiw , s'il rvoconlnrit liien, IMmnnenrcnMroit toujunre A loa mallrc; lioan,)! n'y aaruil que l'etclnie de hUm^. Xanliu approuva la chute, ri te Dl mouler t la Iributw aux hamni^ies. Dès qn'oa te tll, chariin ir'i.'ctaU de rire : personne ne g'imaelna ijall pàl rien partir de ralsounsble d'un liominc fait de celle manière. Ésope leur dil qu'il ne falloil pas eoniidéiw la fcntMdu Ta«c, mal* la liqueur qui y étoil enferma, 1^1 Samieniiui cri^renl qu'il dll donc lara crainle ce qu'il jngetritdeeepiiMliea. Éfôpea'eu eicnsa sur ce qu'il n'i>uajSeMreu La FiirEune, dinoll-il, avoll raii und^lutdc gMre SDCre le maître el l'cucUte;!!! l'etclatc dimit mal . il •enilhatlUiill dboil mieiiiquclcniaftre, ilsenrilballii ^ Mcore. AuMJiAt oii prma Xiiuliu de l'ilTranrlilr. Le pbi- C n^ialB loiiB-lcniju. A la Dn le preiAI de lille le ■ de te [aire de ton office, el en vertn'du potiFOtr qa'UM atoil comme uagislral; dcra(ODqiielephl1<Knpb(i AU litUgé de donner les maios. Cela fait , Esope dil quclc9 Saiiriem eioienl mcuaces de iiervllude par ce prodiRc ; et ipni l'aijtle enlcianl leur nrcau ne signilluil autru cbuse qn'iinroi pninant qui louluil les assujellir'.
I^ de lmi|iB aprts , Cnïtns , rai de* Lidicna , fil àt-
III de SainiH qu'ils euneni A te rendra lea
. MbuUim ; fiiioa , qu'il les y rorreroit par les unca- La
b ftofarl Moiiuil d'atii qu'on lui olu^ll. Eeope leur dil que
■ lBr«ftuii<!prHi>iito1l deui l'Iiemlnn aui bomaicsH'un, de
), ntdeetepineniau cnmiueDCemGDl,mabdBnila
t» trftt serMble: l'aulre, d'ecclaïa^ie, dont Icseoinm^
bdloieut pIiMnite«,maiata«uiIelaboriciue.C(l|oil
1er imei inielligibtemi^nl aiu Samieni de di^Femlrc
vllhcrW. Il* renvoi'èreul l'anibasiadenrdeCrësuBaie«
cadeMlbbflion.
GMmasPOiileni^lal de ImalIaqDcr. L'amliasiadenrlui BqM, Uni qu'il! anifrientEHipr aieceui, il aaruil peiiui
* • rdrfuire a n ri>lonti>i, tu la conlimiee qu'ila noient n«mK (In p«r»onnaH<'. CnJsQsle leur envoya deman-
« la imimnto de leur laisser In lîberU l'ili le lui ii- L l.n princiiiaui de la xillc Irouièreiil cei mndi- VWtanlaBeiuni. et ne cnreal pas que leur rqMM leur -luT iiuand il* l'aidiHennent lui di*pcRa d'É- ^ I« l>hr>u>«'n leur Ht ctianger de senliuienl en leur il qne , lis loup* cl Irt brHiia ajiinl fnlt un trailtJ h paii , eellus-ci duniifmiit leurs chiem pour olagex. Qi^qd dic* n'eureiil plut de delen&cun, lo Iwipt les
• Tôt, Il demanda Umpi. dans les prcmicns A]itiDa»;el Edlel^ani M aiiiiiiléi^parti^ AIiUiinniodmies.>oui«aiD
Irdr la iViropiTvian dn K91. mhu ladalc de Wt. lit i>rld(riit iiue e'cil Ici ime catTMKlM qui nuniuc ment daiu U Ungiie. t-'uURc l'opiHvalt diija , ven h r RbAidlMCirlIeniPiMecIn.lUauiitiruaiuuilvUrltcleiIu'Iliii-
Ui» In iliiin iiiti/iciqDe rbinnde, nu l'iutcur de cdle i|url<[ii d Kit , bii blrc k Fjinpo.ll n'ai pat bll mmlkia \ da tOTWi^ d» flnili'iE i Ck)rialli<i, ou. wlun Pluliniuc. Il Miita u banqncl iki h-jiI signa.
élraniilJ^rcnl avec moins de peine qu'ili i apologue fil son elTcl : lei Samîinn prirent une délihé lion loule eoniraire h celle qu'ils aruienl prise. Êsupc loututliiulefoii aller ters Cn^iui. el dil ipi'il lesservîroil plua uliloiiient étajil prfei du roi, que s'il demouroll ft
Qnand Crémt Te Til, H s'dionna qn'unc «i eb^liin crMlure lui eûl été un ai grand otisloele. Quoi l roitit celui qui rail qu'on s'oppose A me* TOlonlri! s'MriB-l-11. Ëanpc w pmslcnuiA sn pieds. Un homme prenoil des sanlcnilles, dii-il ; nne ciuale lui lomba aussi aoua la main. Il l'on alloil la luer comnie il svoii faii les sauterelles. Que tous ■i-je FatlIiUt-dte Accllionimc:joncroiigop<rialFasUM; jcaevoni procure ancwidtimmafte; toi» ne Iroaterci en moi que la ioii,dunljaiM)ersrurliniioccinti]eiil. Ilraoi) roi, je nasemUet cette cigale: je n'ai que la faix, el De m'en suis point serti poorTousofTenser. Cn^sua, louiAé d'admiralion cl de pilié, nnn sentemcnl lui pardonna, il laissa en repos les Stlllicas i ta considCralion '.
Kn ce lenipsJA le Plir^giec composa se* M) quelles il laissa au roi de L}dlc, cl fol cutoyé |lar I lesSamicDi, qui^iJccrnïrenl A Ésope de grands houneiA*. U tut prit aussi «nie de Toyager et d'aller par le monde, dcdiversci'dtoiesaTceceuiqueron appcloil EnBu il se mit en grand crédit prt» de Lyci^rus >, roi de Baliytone. Les rois d'alors s'coTOyoieol Ira uns mit aulrcs dea probitmca a tondre > «r toutes Mirtcs de niNlitrcs, A condition de se payer une csptce de triliul ou d'amende, selon qu'ils r^pondroient bien Ou niataut queslioni proposées; en quoi L]c«rus,asist0 d'Éwpc. avilit Inujoun l'avantage, el se retulolt illnilre parmi les autres, soil A résoudre, soit A proposer.
Cependant noire Phrygien se maria; et, ne pouianl avoir d'enlanls, il adopta un}euue homme d'eilraction noble, appelé F.iiuus. Celui-ci le paja d'ingTstilude, el Tiri tj militant qned'nsersiintllertelildeHnblenftiilrur. Cela A&l tcnuâla connolsinncc d'Ésope, il le chassa. L'autre, ■lin de s'en venger, conlreGt des hillrcs par lesquelles il
'C'ait lacDurdeiki^niquc, •rlanlltrodotecl rtmaïque, Ênposc lia a*et Mim- Aleilt k Con^ïm {apud Mhtn- . IL Ul] aïoil EompiM une comAHa lnliliili<e X'jo^.dinalsi|iiell« il jr atell une sc^ne entre Ésope et Solen. rlutan)iic.duii b vie de Koton . Ripportc que cesaRC ayant dll dn iMUs I Cr<!. MB qui ralIrnn'Trril i ■ jEsupiH, cdui qui a composé dei TatilEi . Fitinl pow tara en ta •iltc de Sant» . oli II uToit été nuoilï par tcruy. qnl lui hisoïl faiw lionne cIiMt. (ni nurry da leoir qtni broy cAl latl un li mauiaïi occikII t Aolon, si lui dll par msnlïrc d'uliiiiHmlrniCDt ; • (Mil Solon. nu II lie Ciidl iwiiildn I tiHil iiipnKliFr des princes, ou il leur tiiitl oiniptulip ri ■ iRri^rr, . ■ Uslsau onnlniru, r#|>u»<lit * ' • Iwiulf'i'D nliproclicr. ou ItlrurCiutliIlTclavtill^.' ili Plutari/He, Indutlespar Ainyol. 1. 1. p. SSI del'M lif*.
■ IMHlaUsIadelatBlesroiidp Daliitone. i Mul nonitot LycfVui , cl c'eil une dn prenvea ( nuls une de* inulni dMsiiea anivaui ndoi) qn'oo a dnanén 'lup epite «le d K»pc «loil une Ncticin. voyciUoziriac, dans la m^moirtt dt liUéralurt. 1. 1 . (>. m. ln-«<>, ITIO.
>C>s|.a.dire* réioadre, SotUArt se tmim oicore daiu Nieol ( ïAi rtor de la langur /'rmif oj.r , IGOG , in Tvlio . p. «OJ ) , qui dte ces phriHs : iDiifdrr Hti' ï"" U"» i fw'ai'/s B|7ali ( M qiir lovldit ncre M^
el'Mh.tMi.
LA VIE D'ÉSOPE
sembloil qu'Ésope eût intelligeace avec les rois qui étoieat émules de Lyoérus. Lycérus, persuadé par le cadiet et par la signature de ces lettres, commanda à uu de ses officiers nommé Ilermippus que, saus chcrclicr de plus ^ndes preuves, il fit mourir promptemeut le traître Ésope. Cet Ilermippus, étant ami du Phrygien , lui sauva la vie; et, à l'insu de tout le monde, le nourrit long-temps dans un sépulcre, jusqu'à ce que Necténabo. roi d'Ég) pte, sur le bruft de la mort d'Ésope, crut à l'avenir rendre Lycéros son tributaire. 11 osa le provoquer, et le défia de lui envoyer des architectes qui sw«ent bâtir une tour en l'air, et, par même moyen, un homme prêt à répondre à toutes sortes de questions. Lycérus ayant lu les lettres et les ayant communiquées aux plus habiles de son état, chacun d'eux demeura court ; ce qui fit que le roi regretta Ésope, quand Ilermippus lui dit qu'il n'étoit pas mort, et le fit venir. Le Pbi7gien fut très bien reçu, se justifia, et pardonna à Ennns. Quant à la lettre du roi d'Egypte, il n'en fit que rire, et manda qu'il enverroit au printemps les architectes et le répondant h toutes sortes de questions. Lycérus remit Esope en possession de tous ses biens , et lui fit livrer Ennusponr en faire ce qu'il voudroit. Ésope le reçutcomme son enfant ; et, pour toute punition, lui recommanda d'honorer les dieux et son prince; se rendre terrible à ses ennemis,faciie et commode aux autres, bien traiter sa femme, sans pourtant lui confier son secret ; parler peu , et chasser de chez soi les babillards ; ne se point laisser abattre au malheur; avoir soin du lendemain, car il vaut mieuj^ enrichir ses ennemis par sa mort que d'être importun à ses amis pendant son vivant; sur-tout n'être point envieux du bonheur ni de la vertu d'autnii, d'autant que c'est se faire du mal à soi-même. Ennus, touché de ces avertissements et de la bonté d'Esope, comme d'un trait qui lui auroitpénéhré le cœur, mourut peu de temps après.
Pour revenir au défi de Necténabo, Ésope choisit des aiglons, et les fit instruire (chose difficile à croire); il les fit, dis-je, instruire à porter en l'air chacun un panier, dans lequel étoit un jeune enfant. Le printemps venu , il s'en alla en Egypte avec tout cet équipage ; non sans tenir en grande admiration et en attente de son dessein les peuples chex qui il passoit. Necténalx), qui, sur île bruit de sa mort , avoit envoyé l'énigme, fut extrêmement surpris de son arrivée. Tl ne s'y attendoit pas, et ne se fût jamais engagé dans un tel défi contre Lycérus, s'il eût cru Ésope vivant. 11 lui demanda s'il avoit amené les architectes et le répondant. Ésope dit que le répondant étoit lui-même, et qu'il fcroit voir les architectes quand il seroit sur le lieu. On sortit en pleine campagne, où les aigles enlevèrent les paniers avec les petits enfants, qui crioient qu'on leur donnât du mortier, des pierres, et du bois. Vous voyez , dit Ésope à Necténabo, je vous ai trouvé les ouvriers; fournissez-leur des matériaux. INecténabo avoua que Lycénis étoit^Ie vainqueur. 11 proposa toutefois ceci à Ésope : J'ai des cavales en Egypte qui conçoivent au hennissenr >nt ' des chevaux qui sont devers Babylone.
' Vai . Dans toutes Icn éditions données par La Fontaine, on trouve hannistemcnt , conformément à la prononciation de ce mot, mais non pas conformément à la maniôre de l'écrire en usage de son temps , qui étoit et fut toujours la même qu'aujourd'hui.
Qu'avez-vous à répondre là-dessus ? Le Phrygien remit a réponse au lendemain, et, retourné qu'il fut au logis. Il commanda à des enfants de prendre un chat, et de le mener fouettant par les rues. Les Égyptiens, qui adorent cet animal , se trouvèrent extrêmement scandalisés do traitement que l'on lui faisoit. Ils l'arrachèrent des mains des enfants, et allèrent se plaindre au roi. On fit Tenir en sa présence le Phrygien. Ne savez-vous pas, lui dit le roi, que cet animal est un de nos dieux? Pourquoi donc le faites-vous traiter de la sorte? C'est pour l'offense qu'il a commise envers Lycérus, reprit Ésope; car, la nuit dernière, il lui a étranglé un coq extrêmement courageux , et qui chantoit à toutes les heures. Vous êtes un menteur, repartit le roi : comment seroit-il possible que ce chat eût fait en si peu de temps un si long voyage? Et comment est-il possible, reprit Ésope, que vos juments entendent de si loin nos chevaux hennir S et conçoiTeatponr les entendre?
Ensuite de cela , le roi fit venir d'Uéliopolts certains personnages d'esprit subUl , et savants en questions éoigmatiques. U leur fit un grand régal , où le Phrygien làt invité. Pendant le repas , ils proposèrent à Ésope divenes choses, ceUe-ci entre autres : 11 y a un grand temple qui est appuyé sur une colonne entourée de douze viUes ; cbacona desquelles a trente arcs-boutauts , et autour de ces aroiboutants se promènent , l'une après l'autre , deux femmes, l'une blanche , l'autre noû-e. Il faut renvoyer, dit Esope, cette question aux petits enfants de notre pays. Le temple est le monde ; la colonne , l'an ; les villes , ce sont les mois; et les arcs-boutants , les jours , autonr desquels se promènent alternativement le jour et la nuit.
Le lendemain, Necténabo assembla tousses amis. Sooffrirez-vons , leur dit-il , qu'une moitié d'homme , qu'un aTorton , soit la cause que Lycérus remporte le prix , et que j'aie la confusion pour mon partage? Un d'eux s'avisa de demandera Ésope qu'il leur iït des questions de choses dont ils n'eussent jamais entendu parler. Ésope écrivit une cédule par laquelle Necténabo confcssoit devoir deux mille talents à Lycérus. La cédule fut mise entre les mains de Necténabo toute cachetée. Avant qu'on l'ouvrit, les amis du prince soutinrent que la chose contenue dans cet écrit étoit de leur connoissance. Quand on l'eut ouverte , Necténabo s'écria : Voilà la plus grande fausseté du monde ; je vous en prends à témoins tous tant que vous êtes. U est vrai , repartirent- ils , que nous n'en avons jamais entendu parler. J'ai donc satisfait à votre demande , reprit Esope. Necténabo le renvoya comblé de présents , tant pour loi que pour son maître.
Le séjour qu'il fit en Egypte est peut-être cause que quelques uns ont écrit qu'il Âil esclave avec Rhodopé ; ceUe- Ûl qui, des libéralités de ses amants, fit élever une des trois pyramides qui subsistent encore, et qu'on voit avec admiration : c'est la plus petite, mais celle qui est hàtie avec le plus d'art*.
' Vas. Honnir, dans les éditions données par La FontahiP. Voyez la note précédente.
• Hérodote ( II . f 54 ) nie que RhodoiH* ait fait construire cette pyramide ; mais il confirme le fait de 8(»n CHClavagc avec Ésope. Voici comment s'exprime cet historien : < Rhodopé étoit origi> t naire de Thrace, esclave diamon, fils d'ilopbestopolis, d(*
LA VIE DÉSOPE.
Etope, ù soa retour dans Babylonc , fut reçu de Lycém arec de grandes déniODstrations de joie et de bienTeillance : ce roi lui Gt ériger une statue. L'envie de voir et d'apprendre le fit reoooccr à tous ces honneurs. Il quitta la cour de Lycénis , où il avoit tous les avantages qu'on peat soahaiter, et prit congé de ce prince pour voir la Grèce encore une fois. Lycériis ne le laissa point partir aan embrassenients et sans larmes , et sans le faire promettre sur les autels qu'il reviendroit achever ses jours auprès de lui.
Entre les vflles où il s'arrêta , Itolphes fut une des principales. Les Delphiens l'écoutèreut fort volontiers; mais ils ne lai rendirent point d'honneurs. Esope, piqué de ce mépris , les compara aux bâtons qui flottent sur l'onde : on slmagine de loin que c'est quelque chose de cousidérable; de près , on trouve que ce n'est rien. La comparaison lui eoâte cher. Les Delphiens en conçurent une telle haine et nu al fiolent désir de vengeance (outre qu'ils craignoient d'être décriés par loi), qu'ils résolurent de l'ôter du monde. Pour y parvenir, ils cachèrent parmi ses bardes on de leurs vases sacrés , prétendant que par ce moyen ils eooTaiiicniient Ésope de vol et de sacrilège, et qu'ils le condimneroient à la morL
Goaune il fut sorti de Delphes , et qu'il eut pris le che- ■do de la Pbodde, les Delphiens accoururent comme gens qui étoient en peine. Ils l'accusèrent d'avoir dérol)é lev fase ; Esope le nia avec des serments : on chercha dans son équipage , et il fut trouvé '. Tout ce qu'Esope put dire n'empécba point qu'on ne le trailàt comme na criminel inlame. Il fot ramené à Delphes , chargé de fers , mis dans des cachots , puis condamné à être précipité. Rien ne loi servit de se défendre avec ses armes ordinaires , et de raconter des apologues : les Delphiens s'en moquèrent.
La grenouille, leur dit-il, avoii invité le rat ù venir la voir. Afin de lui faire traverser l'onde , elle l'allacha à sou pied. Dès qu'il fut sur l'eau , elle voulut le tirer au fond, dans le deuein de le noyer, et d'en faire ensuite un repas. Le malheoreux rat résista quelque peu de temps. Pendant qu'il se déballoit sm: l'eau , un oisean de proie l'aperçut , fondit sur Id; et l'ayant enlevé avec la grenouille, qui ne se put déficher, il se reput de l'un et de l'autre. C'est ainsi , Delphiens abominables, qu'un plus puissant que nous me mgfin : je périrai ; mais vous périrez aussi.
Comme on le conduisoit au supplice, il trouva moyen àt s'échapper, et entra dans une petite chapelle dédiée à Apollon. Les Delphiens l'an amcbèrent. Vous violez cet
« rOe de Samos , compagne d'esdavage d'Ésope le fabuliste ; car « Ésope fut aussi esclave d'Iamon. On eu a des preuves; et une « un principales c'est que les Delphiens ayant fait demander
• plasienrs fois . par un héraut , suivant les ordres de l'oracle , si « quelqu'un vouloit venger la mort d'Ésope , il ne se présenta
• qu'ua petit-fils dlaïuon , qui portoit le même nom que son < deul. ■ Traduct. de Larcher, seconde édition , t. Il , p. ifO.
' Vtscoati remarque que plusieurs faits racontés par Planudc sont oonfinnés par les anciens. Ainsi , dit ce savant antiquaire, Taneodote d'un vase sacré caché par les habitants de Delphes dans ks malles du fabuliste auroit pu parottre volée dans les livres saûnts. ei transportée par Planude dans la vie d'Ésope. Cependant nous retrouvons ce même fait dans les fragments d*Béraclkle. auteur contemporain de Platon. {De Politiit, Clin.)
asile, leur dit-il , parcequc ce n'est qu'une petite chapelle; mais un jour viendra que votre méchanceté ne trouvera point de retraite sûre , non pas même dans les temples. 11 vous arrivera la même chose qu'à l'aigle , laquelle, nonobstant les prières de l'escarlMit , enleva un lièvre qui s'étoit réfugié chez Ini : la génération de l'ai^^le en fut punie jusque dans le giron de Jupiter. Les Delphiens , peu touchés de tous ces exemples , le précipitèrent *•
Peu de temps après sa mort, une peste très violente exerça sur eux ses ravages. Ils demandèrent h l'orade par quels moyens ils pourroient apaiser le courroux des dieux. L'oi'acle leur répondit qu'il n'y en avoit point d'autre que d'expier leur forfait , et satisfaire aux mânes d'Ésope. Aussitôt une pyramide fut élevée. Les dieux ne témoignèrent pas seuls combien ce crime leur déplaisoit : les hommes vengèrent aussi la mort de leur sage. La Grèce envoya des commissaires pour en informer, et en flt une punition rigoureuse*.
FABLES