INTRODUCTION XXXI
de cette même ode : et singulièrement démenti par la publication récente du Livret de folastries.
En tête du recueil figurait la Harangue de Mor le duc de Guise aus soudars de Mez, longue pièce héroïque, moitié descriptive, moitié oratoire. À part la victoire de Cerizoles, aucun des sujets traités par Ronsard dans ses Odes pindariques de 1550 ne méritait autant d’être chanté « à la thebaine mode » que ce siège de Metz, soutenu victorieusement par François de Guise contre Charles Quint. Pourtant Ronsard, au lieu de recourir àlatriadequ’il avait d’abord adoptée pour les chants épiniciens, ou même à la strophe de douze vers qui lui avait servi pour l'Hymne triumphal de 1551, leur préférait ici les alexandrins à rimes suivies, qu'il qualifiera bientôt « vers heroïques 2 » et pratiquera de plus en plus dans les sujets nobles et graves, les réhabilitant ainsi d’une façon définitive. C'était de sa part une heureuse innovation, car jusqu'alors il n’avait employé ce vers que mélangé à d’autres plus petits 3, ou seul dans quelques pièces légères, épigrammes et sonnets +; ou plutôt c'était un retour habile autant qu’opportun à Jean Lemaire (Temple de Minerve) et à Jean Marot (Voyage de Venise), et par delà les Rhétoriqueurs, aux poètes épiques du xire siècle. Mais il avait soin, pour bien marquer la différence avec ses prédécesseurs, comme il avait déjà fait pour les épigrammes du Livret de folastries, de prévenir son lecteur que la pièce était « traduite en partie de Tyrtée poëte grec ».
Huit pièces nouvelles terminaient le volume : deux sonnets, deux élégies, deux odes et deux épitaphes, toutes faciles à lire et à peu près exemptes de mythologie, sauf un passage sur les exploits d’Hercule dans l'Élégie à Muret. Les deux odes notamment sé faisaient remarquer par la simplicité du rythme et du style. Elles ne présentaient pas de divisions strophiques apparentes, mais un lyrisme formel réduit au minimum, de petits