XII INTRODUCTION
de sa Wie de Ronsard en 1586 et 1587. Il n’en a parlé que dans sa troisième et dernière rédaction en 1597, après la mort de Dorat, de Baïf et des autres témoins de la fête qui en avait été loccasion, de ce fameux banquet d’Arcueil où la Brigade offrit à Jodelle un bouc enguirlandé pour le succès de sa tragédie de Cléopätre, « à la mode ancienne », en février 1553. Il est possible que Binet les ait attribués de bonne foi à Bertrand Berger, se fondant sur deux pièces de Du Bellay, « une ode pastorale » publiée en 1552, où celui-ci loue sérieusement Berger d’avoir « osté le frein à ses vers, les faisant galoper d’un libre train », et une autre publiée en 1558 où il lui dit en propres termes: « Premier tu feis des Dithyrambes »'. Mais il est plus probable encore qu’il a péché par excès de zèle, voulant déchar= ger la mémoire de son maître de l'accusation de paganisme que lui avaient imputée les protestants à propos de cette « pompe » renouvelée des Grecs ; car enfin, attentif comme il était à tirer parti des moindres textes, pourquoi n’a-t-il pas tenu compte de ceux qui ruinaient sa déclaration ?
Non seulement les textes rappelés ci-dessus ne lui offraient que des présomptions en faveur de l'attribution à Berger, mais la deuxième pièce ne laissait aucun doute sur son ignorance des lettres antiques, et quand Du Bellay le louait avec une pointe d’ironie d’être poète sans avoir jamais lu aucune poésie « soit de ce temps, soit de jadis », il était loin de penser aux Difhyrambes du Livret de folastries, qui sont un monument d’érudition livresques Par contre le même Du Bellay les attribue clairement à Ronsard! ainsi que le reste du recueil, dans ce distique des Poëmata :
Seu Bacchi numeros, seu rustica carmina pangis, Gratia Ronsardi semper in ore sedet,
qu'il a traduit lui-même ainsi :
Bref, tout ce que tu fais. a toujours bonne grâce, Soit que des vers sans loy tu accordes les sons, Ou soit que tu t’esgaye’ en rustiques chansons.
1. V. l'édition de Du Bellay, par H. Chamard, tomes IV, p. 186 M p. 121 et encore les Xenia du même poète (1560).