‹ Œuvres completes. avec introduction et commentaire (volume 2)Chapitre 56 sur 203 · A LA POMPE DU BOUC DE JODELLE POËTE TRAGIQ · texte numérisé non relu

A LA POMPE DU BOUC DE JODELLE POËTE TRAGIQ

Tout ravy d’esprit je forcene5,

Une nouvelle fureur me mene

EpirioNs.— Livret de folastries, 1553. — Retranchés des Œuvres dès 1560 (ayant servi à composer l’Hymne de Bacchus en 1554). — Réimprimés au Livret de folastries de 1584 (contrefaçon de 1553) et dans les Œuvres (section des Gayetez) en 1604, 1609, 1617, 1623, 1630.

1. Sous les apparences d’un jeu d’écolier, cette pièce en vers libres reconstitue un de ces dithyrambes que les Grecs récitaient aux fêtes urbaines du printemps et de l'automne en l'honneur de Bacchus (Anthestéries et Grandes Dionysies). Nous savons que les plus grands poètes lyriques grecs avaient traité ce genre, Pindare, Simonide de Céos et Bacchylide ; mais aucun specimen n'en est parvenu jusqu’à nous, et les documents que nous ont laissés sur lui les anciens sont assez rares. — Cette composition a bien pour auteur notre poète, et non pas Bertrand Berger, comme on l’a cru jusqu’en 1910 sur la foi de Claude Binet, biographe de Ronsard. Si l’on songe à l’érudition livresque déployée par Ronsard ici et ailleurs (par ex. dans les Bacchanales, tome ID) ; si l’on remarque d'autre part que Du Bellay dans ses Jeux rustiques (1558) a loué Berger d’être poëte sans avoir lu « aucune poésie »

Soit de ce temps, soit de jadis, on ne sera plus tenté d'attribuer les Dithyrambes à Berger; mais, après les rapprochements que j’indique ci-après et les autres preuves que j'ai données, la paternité de Ronsard apparaitra évidente. Pour la discussion, v. mon Ronsard poëte lyrique, p.99 et suiv. et pièce justific. I ; cidessus l’Introduction.

2. C’est à Arcueil qu’eutlieu cette « pompe » ou procession (sens du grec Four), avant un banquet offert à Jodelle pour fêter le succès de sa tragédie de Cléopâtre, en février 1553, « aux jours licencieux de Caresme prenant ». Cette date est la vraie, et non-pas 1552 comme on l’a cru longtemps (v. mon Ronsard poële lyrique, p. 190, note 2). Ronsard etses amis n’allèrent pas jusqu’à sacrifier le bouc à la mode des anciens Grecs, comme l’en accusèrent plus tard ses adversaires huguenots ; ils se contentèrent de l’enguirlander de lierre, de le promener dans le bourg et la salle du banquet et de l’offrir à Jodelle pour prix de sa victoire. Cf. Ronsard, Responce aux injures et calomnies (1563), dans l’éd. Blanche= main, t. VII, p. 110-111, ou P. Laumonier (Lemerre), t. V,p. 410-411; Ant. de Baïf, Œuvres, éd. Marty-Laveaux, t. II, p. 210, dédicace de ses Dithyrambes; mon édition critique dela Wie de Ronsard, pp. 24 et154.

3- C.-à-d. : Transporté d’enthousiasme je suis hors de monsens (for-

Son Asne musard, & le guide D’une des mains sans licol ne sans bride :

Et de l’autre, à ses oreilles, Pend deux bouteilles, Et puis il dit qu’on rie, Et qu’on crie, Jach ïach Evoé, Evoé ïach ïach :.

Hoh, je me trouble sous sa chanson, Une horrible frisson Court par mes veines, quand j'oy brére Ce vieil Pere 2, Qui nourrit, apres que Semele 5 Sentit la flamme cruelle, Le bon Bacchus Diphyen 4 Dedans l’antre Nyssien, Du laict des Tigresses :

Les Nymfes, & les Déesses

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