AU LECTEUR
aucuntitre de reputation, lequel ne t'est laché que pour
145 aller découvrir ton jugement, afin de t’envoier aprés un meilleur combatant, au moins si tu ne te faches dequoi
je me travaille faire entendre aus étrangers que nostre langue (ainsi que nous les surpassons en prouesses, en foi, & religion) de bien loin devanceroit la leur, si ces
\ 150 RETE Sciamaches : d’ au jourdhui vouloient prendre les | armes pour la defendre, & victorieusement la pousser dans les païs étrangers 2. Mais que doit-on esperer d’eus ? lesquels étants parvenus plus par opinion, peut estre,
que par raison, ne font trouver bon aus princes sinon ce
lass qu'il leur plaist: & ne pouvants souffrir que la clarté > = brusle leur ignorance, en medisant des labeurs d’autrui deçoivent le naturel jugement des hommes abusés par leurs mines. Tel fut jadis Bacchylide à l’entour d'Hieron Roi de Sicile tant notté par les vers de Pindare 3 : & tel
160 encores fut le sçavant envieus Challimaq impatient
147. PR 1617-23, Bl travaille à faire entendre (texte fautif) 155. 5o qu'ils leur plaist
cn NV
1. Pour ce mot, cf. R. H. L. 1907, p. 134. L. Foulet pense que Ronsard a pris ce mot à Rabelais, qui avait publié en 1549 la Sciomachie. | Mais il le doit plutôt à Budé qui avait parlé des « sciamachi » et de la | «sciamachia » dans ses Annof. in Pandectarum libros (R. Estienne, 1535;
S. Gryphe,1546, p. 351). Prenant pour point de départ la traduction de
> ocxauxyta par Aulu-Gelle, wbratilis pugna, il en donne deux interprétations : c'était un simulacre de combat, soit qu'il eût lieu confre une ombre, soit qu'il eût lieu à l'ombre et fût, comme on dirait aujourd’hui, une lutte en chambre (cf. l'expression wmbratilis oratio). Ronsard semble
. avoir donné au mot « sciamaches » un sens qui correspond 4 la deuxième interprétation ; pour lui, ce sont des gens qui, comme Mellin de Saint-
Gelais, s’escriment seulement « sub tecto », au lieu de combattre au
grand jour, « in sole et pulvere ». (Communication de L' Delaruelle.)
2. Pour l'idée, cf. Peletier, dédicace de la traduction de lAr£ poëtique d’Horace (1544), et Du Bellay, Defence et Tilustration (1549), IH, xxx.
3. Cf. Pindare, Pyfh, 1, 92; 11, $2 et suiv:, où on a cru longtemps voir une allusion soit à Bacchylide soit à Simonide.
Ronsard, I. 4
peut voir par toutes les comedies de Plaute, où totalement tu le voiras outé, ne se servant point d’un charactere étranger dans les noms adoptés, comme Amphitruon pour Amphitryon. Et si tu me dis qu’anciennement ils prononçoient la lettre y comme aujourdhui nous faisons sonner nostre U latin, il faut donques que tu le prononces encores ainsi, disant Cubele, pour Cybele. Mais je te veil dire d'avantage, que l’y n’a pas été tant affecté des Latins (ainsi qu’assurent nos docteurs) pour le retenir comme enseigne en tous les vocables des Grecs tournés par eus en leur langue, mais ils l’ont ordinerement transformé, ores en U comme uÿs mus, ores en À xÿwv canis, ores en © ÿürvos somnus, tournant l'esprit aspre notté sur d en S, comme étoit presque leur vieille coutume, avant que l'aspiration H fut trouvée. Je t'ai bien voulu admonnester de ceci, pour te montrer que tant s’en faut qu’il faille écrire nos mots François par ly, que nous le pouvons bien oter suivant ce que j'ai dit hors du nom naturel, pourveu qu'il soit usité en nostre langue : & si les Latins le retiennent en quelques lieus, c'est plus pour montrer l’origine de leur quantité, que pour besoin qu’ils en aient. S’il avient que nos modernes sçavants se vueillent travailler d’inventer des dactyles, & spondées en nos vers vulgaires, lors à l’imitation des Latins nous le pourrons retenir dans les noms venus des Grecs, pour montrer la méme quantité de leur origine. Et si tu le vois encores en ce mot yeus seulement, saiche que pour les raisons dessus mentionnées, obeïissant à mes amis, je lai laissé maugré moi, pour remedier à l'erreur
36-37. 50 anciëment il prononçoient lalettre y | PR r6r7anciennement la lettre y (omission de ils prononçoient) | 1623, Bl anciennement la lettre y se prononcçoit ({exle fautif)
43 et 54. so mais il l’ont... qu’il en aient
AN
Le ciel qui ses lampes darde Sur ce tout qu'il apperçoit,
Rien de si grand ne regarde Qui moindre des Rois ne soit. [2 r] La terre sous eus se plie,
La mer fiere s’humilie
Au tonnerre de leur vois.
Il n’i a rien qu'ils n’ateignent,
Et bref tous les hommes creignent
L’horrible foudre des Rois t.
EPODE
Mais du nostre le grand heur Les autres d’autant surpasse, Que d’un rocher la grandeur Les flancs de la rive basse.
Puisse-il par tout l'univers