‹ Œuvres completes. avec introduction et commentaireChapitre 4 sur 359 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

nombre d’entre elles ne s’adressaient pas à Cassandre, délaissée dupoëteen 1555, — que la première partie des Amours de Marie, dans ces mêmes éditions, est un autre mélange de pièces parues en huit fois, de 1553 à 1569, et que, par suite, nombre d’entre elles ne s’adressaient pas à Marie, aimée de Ronsard seulement de 1555 à 1560, — que la section des Amours diverses, consti- Tuée dans l'édition de 1578, avec soixante-deux pièces (dont onze d’abord publiées de 1552 à 1555 parmi des sonnets consacrés à Cassandre), fut allégée en 1 584 de trente-cinq pièces, qui grossirent alors les Sonnets pour Helene, èt augmentée de cinq pièces précédemment adressées à Hélène, — que la section des Odes, dans ces mêmes éditions, est un quatrième mélange plus hétérogène encore, puisqu'elle se compose de pièces parues en dix-huit fois, et que l’ordre de leur apparition y est profondément bouleversé, — que les sections des Eclouues et Mascarades, des Elegies, des Hymnes, des Poëmes et des Epitaphes donnent lieu aux mêmes remarques, sans compter que l'édition de 1587, la première posthume, toujours reproduite jusqu’à celle de Blanchemain inclusivement, a subi derechef dans presque toutes ses parties des suppressions, des additions et des transpositions fort importantes. Il permettra enfin de reviser et de redresser, en toute connais sance de cause, les jugements portés sur Ronsard parles critiques du xvire et du xvirte siècle, et quelques-uns encore du xIxe, auxquels manquait le sens historique, aussi nécessaire à l’historien de la littérature qu'à celui de la politique pour juger en toute justice les œuvres des hommes.

J'entends bien l’objection qu’on peut faire, et jy réponds. Non, ce n’est pas trahir Ronsard que de révéler les premières formes de sa pensée et de la présenter au public autrement qu'il Peût voulu. C’est au contraire servir sa mémoire. Certes le poète, dans notre édition, n'apparaîtra pas toujours en beau ; mais l’essentie] est qu'il apparaisse en vrai. D'ailleurs, les premiers recueils seuls contiennent comme les balbutiéments de sa Muse. Très rapide-à ment, conseillé par ses amis, critiqué par ses adversaires, averti par les jugements de la cour et de la ville, attentif aux variations dii goût, de la langue et du vocabulaire, Ronsard corrige, aler-

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