LIVRE I, ODE VIII
Au temple de ta grandeur : :
Lequel ains que son espée
Au sang haineus fust trempée, [14 r°] De sa langue douce & mole
-xo Il desaigrit son souci,
Et du miel de sa parole Oignit sa chere ame ainsi 2.
Une ame lache & couarde Au peril ne se hazarde,
ee Et d’où vient cela que ceus
Qui pour mourir ici vivent, L’honneste danger ne suivent À la vertu paresseus ?
Miserable qui sé laisse
20 Engloutir à la vieillesse 3, Heureus deus & trois fois l’homme Qui dedaigne les dangers,
6. jo grandeur sans ponct. (éd. suiv. corr.) 9-12: 53... S'amenuisoit le souci... S’oignit | 55-87 Du miel de sa langue molle Se desaigrit le souci, Et de sa douce parolle Flatta sa chere
Françoisde Vivonne, seigneur de la Chastaigneraie (cf. Michelet, Hist. de France, éd. Lemerre, t. XI, ch. 1 et 1). — Voir Ronsard p. lyr., p. 59.
Guy de Chabot était cousin, au 8° degré, de Joachim du Bellay (cf. Beauchet-Filleau, Dict. des familles du Poitou, t. Il, p. 179-186). En outre, par son mariage avec Louise de Pisseleu, sœur de la duchesse d’Etampes, il était beau-frère de Charles de Pisseleu, autre ami de Ronsard (voir ci= après Odes, I, xvx; III, 1 et xvimr).
1: Ce début est transposé decelui de la S° Olympique: Camarine devient la France, et Psaumis Guy de Chabot. 5
2: C: à d: ainsi qu'il suit. L’antistrophe est dite par Chabot.
3: Imité de la 1° Olymp., 80-84. Cf. Ronsard p. yr, P+ 31retsuiv.
EPODE
Une nue d’erreur pleine Qui monte en nous, voluntiers Voilant la raison nous meine Esgarés des beaus sentiers : :
Nous fians (sos que nous sommes) Aus vens incertains des hommes Qui souflent pour nous tromper En cent sortes & manieres,
Et aus faveurs journalieres TS Que le fer peut bien couper 2.
Les envieus & l'envie
Espient tousjours la vie
De l’homme, à qui le bon heur, Et la victoire honnorable
Par sa face venerable
Ont fait couler un honneur 3.
La loi de nature tourne,
Rien de ferme ne sejourne,