‹ Œuvres complètes, avec notes et commentairesChapitre 11 sur 46 · Elle prit donc la liberté de faire entendre · texte numérisé non relu

Elle prit donc la liberté de faire entendre

et VU. Furgence , par' ses gestes plutôt que par ses paroles 9 la nécessité d'arracher les plats au jeune homme qui ai^t déterminé sa maîtresse à sortir de son lit pour venir à cette heure sur le rivage. -—■, Elle tes âta de sa .portée, et lui refusa un, morceau déplus, en disant. qu'il avait mangé de quoi rendre un cheval malade.

1 60. Ensuite^ ^^ comme il était nu , à l'çxception d'un caleçon à peine décent,* — elles se mirent Ji l'ouvrage , jetèrent au feu ses précédentes . guenilles, et à l'instant même lui donnèrent le costume d'un Turc ou d'un Grec, -î- sans pourtant trop le surcharger, et enr omettant le turban, \ les pantoufles ,' la dague et les pistolets. — Sauf quel- . ques points d'aigutlle , il se trouva parfaitement habillé avec uûe chemisé blanche et dé larges hautsde-chausses.

1 61 . Alors la belle Haidée crut devoir-mire usage de sa langue. Juan n'entendait Tien>\mais il parais- . sait si attentif que la jeune. Grecque, n'étant pas interrompue , ne songeait pas à s'arrêter , et mettait I toujours ail contraire plus- de. vivacité dans les pa- ' rôles qu'elle adressait ki^m protégé , à son ami. Enfin elle fit une pose pour reprendre haleine , et s'aperçut qu'ilme comprenait pas le romoï^ue. .

162. Elle eut recours aux signes et à ta pantomime ; elle sourit , elle fit parler ses yeux ; enfin elle

lut les lignes de son charmant visage (le seul livre |

qu'clk pût comprendre), et la. sympathie lui fit

trouver éloquente cette expressiou qui met l'ame à découvert et présente dans Un rapide regard Une réponse satisfaisante i' Un>eiil coup^d'œil lui disait un univers de paboles et de choses qu'elle ne manquait pas d'interpréter.'

163. Btentât , par le mouvement des doigts et des yeuX) et à l'aide des paroles qu'il répétsût après elle^ Haidée lui donna une première leçon dans sa langue. Mais il* étudiait moins les expressions que les yeux de son maître v<2t d& même que les fervens disciples d'Uranie contemplent plus souvent les astres que leur livrée Juan apprenait mieux son alpha->betd dans lés regards d'Haidée , qu'il ne l'eût fait àsuA aucune grammaire. • ' '

164.. Il .est doux d'être initié dans une langue étrangère par la bouche^ par les yeux d'une femme. -*^. J'entends quand tous deux sont jeunes ^ le disdr» pléet le maître, ainsi que du moins j'en ÏEii fait Tex-r périence. On sourit en répétant bien-, quand on se trompe on sourit encore, et alors un serrement de maiiï , peut-être même, un chaste baiser. — Le peu que je sais c'est ainsi que je l'ai appris.

1 65« C'est-à-dire quelques mots d'espagnol , de turc et de grée 5 d'italien pas un seul, n'ayant jpù jusqu'ici trouver quelqu'un qui voulût me l'enseigner '. Je ne me vante gu.ère déparier anglais, ayant surtout étudié cette langue dans les sermons de Bàr-

} Lord Byroa ne connaûsaît pas encore la belle comtesse Gniccioli.

row ' , de South ^ , dé TiHotson ^ et de Blair^ , que je relis encore eJbaqae semaine, el qui forment la liste de leurs plus ^loqnens discoureurs en prose et en dévotion. •«— Vos -poètes , jeies hais, et je n'en ai jamais lu un seul. ; '^

1 66. Quam aui ladies , je n'en dirai rien. J'ai feit mes adieux jta beau monde de la Grande-Bretagne , dans lequel j*ai bien eu (oomme certains chiens ma ewrée '), peut-^e comme d'autres hommes , ma pas^ sion ; *** mais de oela, comme du reste , je ne m'en souviens plus \ tous les sots anglais que Je pourrais toucher de ma rerge^ ennemis, amis, hommes^ fieœmes , ne s'offrent plus à moi que comme dé» réves du passé qui ne doivent pas ï*evenir.

167. Retournons à Don Juan. Il entendait des mots nouveaux et' les répétait ; mais il existe des senlimens universels comme le soleil , ef auxquels son coBor et celui d'une religieuse étaient également in*

^Baftow (liBAc), luncns fh^logien et mafli^maticîaii, raattre de Ilewton» hA çn i630y Wfnfxi ea 1677. TiUoUao a doiio^ vn^ éditioii <]e 8c« ovQYres ^({ologi^paes , morales ot poétiques, en trois ▼olumes, qu'on connaît seulement en Angleterre.

* Lçs tetnionit dn docteur Soti^ wtjffA reqaarqoaUét par une énergie qui let rapprod^c 4e ceux de notre Bourdalque**

' Tillol^on, archeTéque do Cantorbéry , Fun des prélats et des écrivains ascétiques qnî honorent le plus l'Angleterre. Ses sermons jouissent d'une grande r^patattoii aoiis le râppovt an. Myle el des pensées. Us ont été tmduits en fran^is- « ' -

^ Hugues Blair, si connu, même en Fiance, par ses sermons et son eours de littérature , né à Edimbourg , en 1718, mort en iSoo.

' Gfltfff parenllièM eflt.ime citation.

CHÂKt DEUXIÈME. 199

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capables de résister. 11 eut de l'aôkoiir cononne vous en Bvriez pour une jeune bienfaitrice, r- Elle en eut aussi, comme cela se voit fort souvent.

168. Et chaqui» jour,, au lever du soleil', h- trop tdt pour Juan qui aimait aéses à dormir, -*— elle venait dans la girotte , mais seujement pour voir son oiseau reposer dans son nid; elle écariait douoe^ mept les boucles de ses cheveux.^ et^ s^lis troubler son repos, elle^re^irait.déUcîeusçment sur.ses joues et sur sa bouche , comme 1q^ vent du midi sur un. lil de rosesV

169t Et'febaque mMin donoait au lei^t de Juaa plus de 'fraîcheur \ diaque jqur avao^sait %à conva-^ tescence. C'était p<^pr le mieu;s^, car la- santé donne un grand charme à t(i figur^^ humaio^^, et c'est Farliment du véritable amour \ la santé, reiaiveté £3at sur la flaimo^e des passions TefiR^t de. Vhnîla et de la poudre. M'.ouUîoos pas quelques bonnes recettes qu'on peut apprepdre de Cérès et do Bacchus , et sans lesqudles Vénus ne noi^s attaquerait pas Iqngteins. . . ' ♦

. 1 70. Tandis que nous Uvrws; notfe coeur à Vénus {sans le cour, Tamour, quoique tpujoMrs. agréable, perd cependant de son prix), jitest bon que Çér^ nous présente un plat de vermioeUe \ car les amans, étant de chair et de sang, ont besoin d'être soutenue '- pour Qacchus, il emplira de vip iiotre coupe, ou nous présentera quelque gelée succulente. L'amour compte enooDHè putni ses alif»eus les œufs ^t les. huîtres ,

maie j'ignore quel est au ciel celui qui se charge de les envoyer; r— c'est Neptune , Pan ou Jupiter peutêtre.

; 171 . Lortque Juan se réveillait , il trouvait toujours devant lui quelques bonnes choses ; un bain, un déjeuner et les plus beaux yeux qui* firent jamais palpiter un jeune cœur ; de plus cew^ ^é la suiyante , fort jolis'dans leur genre : mais j'ai déjà parlé de tout cela, — et les répétitions sont ennuyeuses. — Eh bien, Juan, après s'être baigné dans la mer, revenait toujours fidèlement au c^fé et à Haidée.

1 72 . L'une avait tant d'innocence , l'une et l'autre tant dejeunesse^ que le bain ne. les faisait pas rougir. Juan , aux yeux d'Haidée y était l'un de' ces êtres qu'elle voyait la nuit dans ses rêves depuis deux ans ; une certaine- cho^ destinée à être £iîmée,^.uji ôbj'et fait pour la rendre h'eureu.se et pôujc recevoir d'elle son bonheur; pour sentir la félicité il faut trouver à la pc^rtager^'et les plaisirs sont nés jumeaux.

173. Il y avait tant de charme à le regarder , tant d'extension de -vie à tout partager avec lui , à frémir sous son toucher^ à le voir eridorûii, à lé contempler à son réveil ! Vivre toujours avec lui, c'est à quoi elle n'osait penser ^ mais l'idée d'une séparation la faisait frissonner : car c'était son bien , un oç^n de trésors tombé entre ses mains par l'effet d'un naufrage; —son premier amour, hélas f et son dernier. • .

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