Ainsi s'écoulait un moiS; et la belle Haidée
rendait chaque jour visite à son protégé. Elle usa dAaoït de sages précautions, que personne ne llàvait découvert dans là groûe qu'il habitait. A la fin , les bâtimens du përe mitent à la voile> non pas dans Tintention d'enlever quelque nouvelle lo, mais bien troiB Yàisseaux marchands , allant de Raguse à Scio. i 75. Ainsi y Haidée se trouvait libre ^ car ^ «Me n'avait pas de mère , et son père étant en voyage^ la laissait jouir de la liberté d'une. femme. mariée ou de telle femme qui peut san» obstacle aimer qui lui plaît. N'ayant pas même l'embarras d'un frère^ elle' était la plus lilfre de^toutes' celles qui jamais jetèrent les yeux sur une glace. J*entends-ici parler dèà pays chrétiens^ oii les femmes du.moins. sont rarement mises «n surveillance.
.1 76.- Elle prolongea ses visites et ses entretiens ( ils étaient parvenus à s'entendre ), et il. en savait même assez^our proposer une pi^'mena4e. — Il^avait peu marchedepuisle jour où^ tel qu'une! jeune fiteur arradiée dé sa tige> il avait été jeté.sûr lâ^baie^^ mouillé et évanouL ; — Ib se promenèrenf dansi'a<près-midi^ tandis que :1e soleil disparaissait, et que la lune s'élançait à l'extrémité . opposée * v . • «...,, . 1 11. C'était une cote aride et rompue qui /d'un calé, offrait des montagncisescarpéds^ etde Fautre, un rivage couvert de sable et gardé comme par une •armée, par des rochers^ et des basriondpi; on apercevait çà et là quelques langues de terre dont Tas-* pect était moins redoutable pour les xnalheureux
Goog!e
saa DON JiiAiy.
battus des tempêtes^ Rarement cessaient de mugir les flots agités y si ce A*e8t dans la- mortelle tongiAir des jours d'été, quand l'inSmense Océan. devient aussi limpide quelles eaux d'un lac. ^ '
i 7â.' La légère écume répandue sur la plage fie différait guèra do la crème de vojtre Champagne ^ quand elle déborde une pétillante rasade, Rosée du cœur^ source des piquantes saillies! Goiàbien il existe peu de çboses préférables au bon Viil ! Laissons prêcher tant quon voudra /et eela^ parce que nous nous soucions peu des sermons , — tnats vivent le v]n;êt les femmes ^ les plaisirs et la gahé ! à demaiin les avis et le soda*waler.
179. i- L'homme, étant un animal rai^nnable, doit s^appUquer à boire ; car les plus beaux momeiis de 'la vie sont ceux de Tivresse. La gloire-, le-htisi;! , Tâmour etTor^ tels sont leé fondemens des espe* rancesde tous les' homme» et de toû$ les peuples ^ saiM leur sève, Tarbre étrange de la vie , souvent si fécond, serait au èo&triaire aride et stérile. Mais revenons. -?-«• Buvez à voire 'aise, et quand vous vous réveillerez avec ifn hialde tâte, vous verrez ce qu'il faudra faire.
180. Vous sonnerez votre valet, vous lui direz d'apporter €ur4e-çhamp un peu- de hock ^ et de sôda*wat^r, etvous sentirez un plaisii* digne de Xoivxès le grand BQi. Ni le délicieux sorbet rafraîchi
* Hochj cjjièce de vin <]i^ Allemagne.
CHANT DEUXIÈME. 2d:>
4ans la glace ^ ni le premier jet d^un vin de deseeit ; ni le bourgogne aveo son Coloris vermeil, hq pourraient valoir aprëtt tin long voyage, de Tefinui , de l'amour, ou une batsiille^ ckî velre de liock et de soda-vrater. ^
\%i . La céte , — je tirois que c'était là côte que J6 dédrivafa , — oui , c'était bien elle ^ — était alors aussi calme que les deux; les sables -^ semblaient dormir, les vagues apurées étaient déroulées ; tout enfin était arrelé^ sauf le cri de Toiseaû de mer, les élans du daupbih^ et' lé bruit de quelques flots légers qui, retenus par un roc ou; un rëscïf, se rejetaieât sur le rivage qu'ils mouillaient à peine.
182. Ils se promenaient donc maintenant à lëôr aise, attendu, comme je Tai déjà dit, que le père était eu course , et quMls n'avaient ni mère , ni ftère,' ni d!putre çurveillanté que Zôé. Celle-ci,* tout en se tenant avec exa.clifude, dès la pointe du jour, auprès dé sa maîtresse , oi*oyaît qp,e tout son dèvéir se bornait à là servir, è lui présenter de Teau tiède, à treééer sa lôtigué eb^jvelure, et à demander de tems en tems les robes qu'Haidée ne portait plus.
1B3. G'éteif rhéure de la fcaîchSeùr ^ quand le globe rotlgi du soleil se perd derrière les montagnee azurée» qu'on prendrait alorîi' pour Jes' bornes de la terre. La nature siléncieuïae , obscure et tranquille, formait Tin cercle retenu 'd'un cdté par le lointain amphithéâtre des montagnes, et de l'autre par Titomensité calme et froide del'Ooéan \ le ciel était teint
en rose, et de son sein , comme nn ceil édnodant , jaillissait une seolé étoile.
1 84. C'est donc alors qu'ils se protnenaient les mains l'nne dans l'antire, au milien des .briUans caillou et des co<{oillage8 dont le saUe était parsemé. Ils pénétrèrent dans les vieux et sauin^es eufonce— mens creusés par les .tempêtes , et qui semblaient dessinés en salles profondes , avec des Voûtes et des cellules de spatz. Puis ils revinrent se reposer, et, les bras entrelacés , ils se laissèrent aller au charme profond qu'inspire le crépuscule.
. 185. Us contemplaient* le ciel dont les Boitantes couleurs rosées semblaient former un vaste et. brillant océan; ils abaissaient leurs yeux sur kt mer limpide qui r^roduisait dans son gouffre le* large disque de ta lune. Us écoutaient inurmurerles vagues et. bruire les vents; puis ils- virent que leurs ^eux noirs se renvoyaient mutuellement une lumière *bru** lante ; — .alors leurs lèvres se rapprochèrent,. et se collèrent' en un baiser. r' . . - -
186. tin long, long baiser, baiser de j^U^esse^ d'amour et de beauté, qpi semblait coAcenti^ tous les rayons de letir existence 'dans un fofer allumé dans < les. cieux; baiser tel qiie cônx des premières années, lorsque^le cœur-, J'ame et les ^ens^s'ébroA* lent de concert ^ que le s^g est une lave , le pouls un feu , et chaque 'baiser un*.crète<-cœttr. — ;Quwt à la. vivacité .des baisers, il &ut, je pen$e^ llestî-! mer d'après lew longuepr.
187. Par longueur, j'entende là durée ^ les leurg durèrent Dieu sait combien ! -r-Ils ne les.comptërent jamais y et sHk l'avaient essayé, ils n'eussent pas donné à la somme de leurs sensations l'étendue d'une seconde. Ils n'avaient pas dit un mot^ miûs ils »'étaient sentis entraînés comme si leur ame et leurs lèvres se fussent mutuellement, appelées : une .fois riiinies; elles se pressèrent comme font les a^eilles*^ — rleur.cŒur. étant la fletir dont ilsr aspiraient le mkl. : 188.. Us étaient seuls, mais ncHipas conjme.ceux qui j irenfermés dantf leur cbambre y croient jouir de la solitude. L'Océan silencieiUE, la voûte éloilée, les nuances 4^ <^i*épuscule qui se perdaient peu à peu , les sables immobiles y et les grotte» j^umides formées autour d'eux, leur inspiraient le désir de se piresser davantage , comme s'ils eussent été les seuls êtres vivans sous le& cleux , et comme si leur vie n!€fût jamais dû 's'évanouir.'."
• 189. ♦Us ne redoutaient d^autres Oreilles , d'autres yeux que c^ux du rivage désert \ la nuit ne leur inspirait pas de terreur, ils étaient.tout dans l'univers l'un pour l'autre/» Leurs pbrases étaient formées de
' On demandera peut-être au poète ce ^i pouvait ici donner à ses deux anians Fid^e dWe vie' étemelle? Justement Pimmobilité de toute la nature , ^i semblait attester son éternité*, et par: conséquent celle de Tuniveys, ceUe de leur ame , ceHe de leur corps lui-même.
' ^ Sojec-vout l'un à l'autre un monde toujours beau , Toujours divers , toujours nouveau :
Tenes-Tous Ueu de tout, comptes pour rien le reste. J'ai quelquefois aimé.
(LAFçSfAlNE.)
mois rompus ^ et cepeodaol il» pensaièm^ un même langage ; «-^ touâes lea brûlantes ejqpreseioos que la passion- inspire trouvaient dans ua soupir le meilleur interprète d'un premier amour ^ --^ oet oracle delà aaiuKa , <*^ le seul bien qu Ère, après sa cbule^* ait conservé à seç filles»
1 90. Haidée ne parla pas de scrupules , elle ne demanda pas d^ senoens^ elle n'en donna pas» Ja^ mais eHe n^ovàitoul parler de gage et de promesses à. exig^, d'un époni^ et des dangers auxquels* une jeune amsinte est exposée : elle ûi tout ce que lui insfgirak sa naïve innocence ^ et se jeta comme un tendre oîseaii dans le sein de son.jeunp ami« Comme elle n'ayait jamais rêvé d'idfidélité, elle n'eut pas ridée de prononcer le mot de constance; ^
i 91 . Elle aimait et elle était aimée y elle adorait et elle était idolâtrée. D'après les lois de la nature leurs âmes , en passant l'une dans rautrc ^ eussent péri dans ce moment d'ivresse si les âmes pouvaient jamais périr, -r^ Mais peu k peu ils reprirent leurs sens , pour les. réperdre et les abîm'er encore : le cœur d^Haidée, palpitant sur le sein de Juan^ semblait ne pouvoir battre séparé de celui de son amant.
492. Hélas I ils étaient si jeunes , si beaux , si aimables^ si solitaires ! Puis c'était l'be^re où le cœar est le plus'émuj^ et, ne conservant pas assez d'empire $ur lui-même , commet des actions que rétemité ne fait pas oublier, mais dont elle récompense les f nstans avec la pluie inextinguible des flammes de l'enfçr ;
CHAWT DEUXIEME. 207
— car 4el sem le eon de tous ceux qui font à leurs semblable^ quelque peine ou quelque plaiftir»
193* Juan, Haidéèt faélas! ilê s'aimaient tônt, ils étaient si .aimables ! Jamais jusqu'alors, à Texiîeptton de \io.s premiers parens , un tel couple n'atait couru le risque d'être damne pour toujours, M$is Haidée^ pieuse adtant qn^ belle , avait certainement ou! par^ 1er dij fleuve Slygien ^ de l'enfer ^ du purgatoire, — et jdans Tipstant de la crise die eût dû s'en souvenir.
.1 94^ Us se regardent , et un rayon de lune éclaire Veipressive vivacité dé leur» yeux* fiaidée pressé la tété de son amant dansr l'un de te» bras cbar Acians , tandiaquecelui-<*i passe autour d'elle le sien qui dis^ parait à demi dans les cheveux que^ sa main caresse. Elle est sur jiea^enoQX ^ fàle s'enivre de son haleine^ et lui de la sienne jusqu'aux momens où l'on n'entend plus que des soupirs entrecoupés. On- les prendrait pour un groupe antique, demi-nu , gracieux , pur , en Un mot entièrement grec.
195i Quand ces momens d'émotion et d'embrasement jforent passés / et que Jtian se laissa tomber les yeux fermés dans ses bras, elle ne s'endormit pas^ mais, elle appuya tendrémjsnt la tête de son . amant sur les ti^ésors de son sein : tantôt elle lève at| ciel se» y«ux humide^ , tamât elle les reporte ôur se» pâles ^oues qu'elle réchaufie de son souffle , et son cœur palpite en pensant à ce qu'elle a accordé et ai ce qu'elle accorde, encore/