Et maintenant c'en éfaît fait. — Sur le rivage
> n y a ki une image poétique qaé naas n'avons pas oaé i«ndre :
Bom -when the suri Showers triple Ught^and scorches ewen the kiss Ofhis gazelle-eyed daughters»
« Née où le soleil fait pleayoir une triple Inmière , et rend brûlant le » baiser de ses filles anx yenx de gazelle, w
* M. A. P. n'a pas traduit cette strophe. VL ne faut pas oublier, en lisant le Irait ^ila termine et la ^.atorziëme strophe du troisième chant, que Tannée i8i6 fut celle dans laquelle Lord Castlereagh proposa et fit adoptée le plus de taxes.
déaert ils venaient d'engager leur cœur ; les astres» flambeaux de leur hymen» versaient un nouveau charme sur leur beauté i l'Océan était leur garant ^ et la grotte leur couche nuptiale : unis et sanctifiés par leurs propres sentimens, la solitude leur tenais lieu de prêtre : ils furent unis» et ils étaient heureux, car chacun- d'eux regardait naïvement l'autre comme un ange , et la terre comme un p^iiadis.
205. Amour! 6 toi dont le grand César fut le courtisan, Titus le vainqueur» Antoine l'esclaVe» Horace et Catulle les professeurs , Ovide le dîrec^ teur, et Sapho , Is^ sage Bbiê-Stocking , (de laquelle puisse le tombeau engloutir tous ceux qui restent indifférens ! — lé rocher de Leucade domine toujours les vagues). — Amour , tu es Traimeut lé di«i dii mal, car après tout nous ne pouvons fen appeler le démon.
206. C'est toi qui rends si précaire le chaste éta^ du mariage» et qui insultes chaque jour le front dés plus grands hommes. César, Pompée» Afehomet et Béllsaire ont fatigué la plumé héroïque de l'histoire : leur destinée ^ leurs actions ont été tout^-£adt di£Eé*rentes , et jamais ne reviendront des siècles aussi féconds en merveilles^ cependant ces quatre grands hommes ont eu trois qualités communes , ils on^^ tous él^ héros , couquérans et coclus.
207 . Tu £ais les philosophes ^ tu as formé le treu^ peau matérialiste d'Épicure et d' Aristippe, qui tenti^ de nous pousser dans une direction immorale avec
des théories réellement assez praticables. Ah ! s'ils voulaient nous préserver du diable^ comme il sers^t agréable de répéter cette maxime (qui n'est pas tort nouvelle ) : « Bois, mange et fais Tamour, que t'importe le reste ? » Ainsi parlait le sage roi Sardana-r
208. Mais Juan! avait-il donc oublié Julia ? devait-il silàt l'oublier? Je ne sais que répondre, la qùéistioti en elle-même n'est pas facile à résoudre. Mais sans doute , c'est la lune qui dans ce cas fait tout sans notre j^articipation ; et toutes les fois qu'on éprouve de nouvelles palpitations, c'est elle qui les excite. En effet > comment diable se ferait^il que les formes fraîches eussent tant d'empire sur nous, pauvres humaines créatui^es ?
209. Je hais l'inconstance ; — > je repousse , je déteste, j'abhorre, condamne et renie le corps pétri de Vif-argent^ui ne peut conserver en lui le souvenir permanent d'aucune impression. L'amour, l'amour constant a toujours été mon hâte f mais pourtant la dernière nuit, dans un bal masqué, je vis une jolie petite créature, fraîchement arrivée de Mil^n> devant laquelle, comme un vilain , j'éprouvai quelques désirs.
r 21 0. Mais bientôt la Philosophie vint à mon aide : « Songe, m'insinua-t-elle , aux liens sacrés qui t'en- » gagent. — Volontiers, répohdis-je, ma chère Phi- )» losophie. Mais regarde. ses dents !0 ciel! Et ses » yeux ! Je veux savoir ce qu'elle est , femme , fille ,
» OU ni Tune ni l'autre ^ c'est une curio»itéw — Ai>- » réte .! » s'écria k Philosophie y avec le plus, hd air grec (elle était cependant déguisée, en Venir tienne ').
211 . <c Arrête h » et je me suis aritâtév — ^Mki8:l*evenons. Ce que les hommes appellent inconstance n'est autre chose qu'une admiration méritée pour l'objet charmant des -heureuses, prédilections^ de. la nature ^ et comme nous sommes tentés, souvent d'a«.
> Cette parenthèse indique, aatez^ ^e , sot» le nom de la Philosophie , le ppète met ici en scène la belle comtesse Guiccioli , sa maîtresse'^ avec laquelle il Técut pendant les deraièi^s amiëes de- son séjour en Ihâie ^ e^ tandisi qu!il'€omppsait et retoudiait i>oi» Juan, M. A. P. a.sappTime ce dernier vers. Voici comme un témoin oculaire a trace le portrait de la Goicciôliy en i8ai :
M L» ccHulesse a' vingt-trois ans,, quoiqu'elle n*ait pas Tair d*ea aToir » plus de.dix-^ept ou dix-huit. Bienjdifier«nt& de la plupart des Italiennes, » sa complexion est de la plus délicate beauté ; ses yeux longs , grands et » languissans , sont bordés' par les plus longues paupières du tiiondë , et » ses.cbevéux, à peine retenus sur. sa. téCe, tombent sur ses-.éj^ules^en » larges bondes du noir le plus poli^ Sa figure a pput-étre un peu trop » d'embonpoint pour sa hauteur, mais son buste est parfait. Ses formes » atteignenfpresque la régularité grecque, et elle a la bouche et les dents » les plus belles qa?on pmsse imaginer, n est impossible de-yoir la Guip- » cioli sans Tadmirer, de Ventendre sans étreraTii Son an«^ilité se dé- » ploie dans les moindres accens de sa voix , et celle-ci , jointe aux avan . M tages de la mélodie italienne , donne un ch'arme particiîlier à tout ce » qu'elle dit. La grâce et Félégance semblent inhérentes à sa nature. .El^e » adore Lord Byron , et pourtant l'exil et la pauvreté de son yicux père » affectent sensiblement ses traits , et répandent sur son visage une teinte » demélancoUe qui ajoute eneore à l'intérêt qu'inspire cette femme ehâi?- )i mante. Sa conversation est agréable, sans être savante; elle connaît » les meilleurs auteurs italiens et français , mais souvent elle craint de » montrer ce qu'elle sait, *sans doute parce qu'elle connaît TaYcrsion de » Lord Cyron pour les &/ue. )>' - .^
214 l>ON JUAN.
dorer une belle statue dan» sa niche f ainn , quand nous accordons la même sorte d'idolâtrie à quelque objet réel , ce n'est encore qu'un hommage rendu au heiUi idéal.
21 2. Ce n'eât que la perception de la beauté , le dëveloppement noble de nos facultés, un mouvement platonique, universel , admirable, tombé des étoiles, filtré du haut des cieux , sans lequel la vie ne serait pas supportable : en un mot , c'est l'usage de nos propres yeux, et, de plus, celui d'un petit sens ou deux , qui témoignent assez que notre chair est pétrie d'une brûlante poussière.
213. C'est pourtant un sentiment pénible et involontaire; car, si nous pouvions toujours trouver 4ans une seule femme les grâces séduisantes qui nous enchantèrent quand elle se présenta la première fois à nous, comme une autre Eve, nous aurions certainement moins de tourmens et plus de schellings (puisqu'il faut vaincre leurs rigueurs, ou bien souffrir). D'ailleurs, si l'on pouvait toujours aimer une seule dame , quelles délices pour le cœur, en même tems que pour le foie,
214. Le cœur est, comme le firmament, une partie des cieux; mais aussi, comme le firmament, il change nuit et jour : il peut être surchargé d^oragea et d'éclairs, et ne présenter que l'image de la destruction et de rhorreur ; mais quand il a bien été déchiré, rongé, brisé, sa tourmente expire en gouttes d'eau; car les larmes qui s'échappent des yeux ne
soDt autre chose qae le sang du cœur, el voilà ce qui forme le climat anglais àfi nos années.
215, Quant au foie^t^ ç^est le lazaret de la bile, mais il s'acquitte rarement de ses fonctions ; }a, première passion y séjourne si long-tems , que toutes les autres se concentrent et s*y réunissent comme un nœud de vipères sur un fumier. Rage^ terreur ^ haine, jalousie , vengeance et remords^ ^us les maux jaillissent de cet abtnie^ semblables aux ti'emblemen§ de terre produits pa^ le feu occulte appelé central.
21 6. En attendant^ et sans avoir hssoin de mieux approfondir cette anatomie , je viens d'achever , comme auparavant, deux cents et quelques lances. Tel «st le nombre que je fixe à chacun de, mes douze xm vingt-quatre chfmts. Je laissé donc tomber ma plume, je m'incline, et j'abamlontie à Haidée et à Don Juan le soin de défendre leur cause auprès de tous ceux qui daigneront me lire.
2,6 l>ON JUA'lf.
Cljcmt l.rtfbùme*
,1 . ;lMu8e , salut ! e< cc^ra. — - Nous avons laissé Juan rendormi ^xu^ un . sein charmant et heureux , veillé par de§ yeun qui jsEmais n'avaient pleuré , adoré par une jeune fille trop enivrée de bonheur pour sentir le poison <iui gUssatt dans spn ame. Ce-^ pendant , vu ennemi de ^on repos avait souillé le cours de ses innocentes aimées , et devait bientôt transforiner en larm^is.ie plus pur sang de son cœur. 2« Amour! hélas l pourquoi dans ce monde est^il si fatal d'être aimé ? pourquoi entourer ,les berceaux que tu formes, de branches de cyprès ^ et choisir un soupir pour ton meilleur interprète ? Comme ceux qui recherchent les parfums arrachent souvent une fleur et la placent sur leur sein , — la placent pour y mourir , — ainsi nous portons dans notre cœur le fragile objet de notre amour*, mais c'est pour l'y voir bientât périr.
3. La première fois^ une femme n'aime que son amant *, ensuite elle n'aime plus que l'amour : c'est un vêtement qu'elle ne peut plus quitter » et qui prête à peu près aussi facilement qu'un gant large. Quiconque voudra l'éprouver en demeurera con-
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vaincu. D'abord, un homme $eul touchera son cœur ^ mais bientôt « redoutant moins Tembarras des additionAy on verra l'homme, au nombre pluriel, devenir Tobjet de ses préférences.
4. Je ne sais si la faute en est aux hommes ou bien à elles ; mais une chose du moins est certaine : c'est qu'une femme, formée (si toutefois elle ne se jette pas dans la dévotion pour la vie ) a besoin d'être courtisée après «m intervalle exigé par la déceâce. Ce n'est pas que, dans sa première afiaire d'amour , elle n'eût entièrement engagé son cœur^ bien^que même alors aucunes prétendent être restées libres ; mâia pour celles qui ont aimé, soyez sûr qu'elles aimeront encore. ' .
5. Il e^ triste , et c'est une- cruelle preuve de h fragilité., de la folie, de la scélératesse humaine^ que l'anloùr et le mariage^ tous deux venus de même lieu,' soient pourtant si rarement d'accord. Le mariage, eèt né de l'amour , comme le vinaigre du, vin ^ — c'est un breuvage estimable ^ mais acide et t*ebutai\t:; rf-^ la tems en a transformé le parfilm céleste en. une saveUr cpBoimu^ne et singulièrement plaie; . . ir v6. Il existe quelque diose d'ant^tliique entre la condiiiie -présente des amans et. celle qui dèvrak là suivre : ils. sont la dupe d'un certain jargon dé flàt* teciey jusqu'au moment ou la vérité tardive leur apparaît* '—-.Mais alors que reste*t-il^ sinon le déses«pioir ? Aussitôt les mêmes choses changent de nom : par exemple , — l'aâJKant faisait de sa âamme un.de
96» titres de gloire ; le mari la regardera comme une feibleMC ridicole.
> 1 é Les hommes finissent .par rougir 4'étF6 si fortement épris. Il en est aussi ( iuais. l'exemple en est rare ) dont l'amour s'affiiiblit^ et que la force abandonae. Oane peut toujours admirer la même cbose^ et pourtant il est bien entendu « de convention expresse )> que les deux époux seront unis jusqu'au décès de l'un d'entre eux. Désolante pensée! perdre l'épouse. qui embellissaitnos jours , et faire en;.outre pour tous nos gens la dépense, d'un deuil ! t 8.. Au fait, il y a dans les détails domestiques quelque chose qui Corme l'antithèse parfaite de l'amour. Les romans peignent sous toutes: lcu£s formes le tems des soupirs de leurs perstonnages , mais. ils offrent en buste le mariage qui les termine. Nul ne s'attendrirait au récit des soucis matrimoniatix , et il n'y a rien de bien audacieux dans, les demandes cronjugales. Croyez--vous que Pétrarque eût fait des sonnets toute sa vie , si Lauré avait été sa femme?
9. Toutes les tragédies finissent par une mort> et toutes 'les. ccunédies par un > mariage '^ les autseurs ^ dans l'un et Tautre cas, abandonneiit le surplus à là foi des spectateurs , dans la crainte que leurs des* criptions ne donaen$.une feuase idée, ou ne resta» «ni'-dessous de ces deux mondes nouveaux ; et quuid tl& ont mis l'un et l'autre héros entre les mains d'un prêtre, ils se gardent bien d'ajouter un mot relatif à la mort ou à la dame. .f
10. Les deux seuls auleuré qui aient jamais , si je ^ m^en souviens bien^ chanté le ciel, l'enCsr ou le mariagfâ^ «ont Dante *et Milton. Tous deux virent dans « le mariage leur tendresse déçue ^ soit par leur faute, soit par Tefifet de quelque diffiêrence de temperas ment ( pour troubler ùae Union il faut si peu de chose ! ) : mais vous pensez bien que la Béatrice de Dante et TÈve de MUton n'étaient nullement des^ sinées d'après leurs femmes.
ll^t Quelques personnes disent que. Dante a dé* signe sous le nom de Béatrice la théologie , et non pas une maîtresse. — ^Pour moi , tout en demandant Tàpprôbation des autres , il me semble ^e c'est. là une rêverie de commentateur , qui a b^bin-: d'être prouvée par. des faits irrécusables^ et je crois que les abstractions les plus extatiques de Dante ne ten^ . dent à autre chose qu'à personnifier les mathématiques ■•
1 â. Hiaidéé et Juan n'étaient pas mariés > mw aussi le péché les regarde , non pas moi ; et .ims auriez , chaste lecteur , inauvaise gvaoe à m'en blâmer, si réellement vous ne sonhailiez pas qu'ils le fussent. Si vous les voulez mariés^^ je voué conseilla de fermer le livre consacré à ce eouple égasé ^ avant que les conséquences de leur foute ne deviennent
> Ce qui paraît le pliu prol>able, pour parier senieusement, c'est qae Dante, après avoir aâmé long-teiiis Bioe ou Béatrice Portinori , w aetni -d^un nom dont le souvenir loi était cher , pour peindre , dans ses cfaantS) l'amour divin et la sagesse.
plus graves. Il ne faut jamais lire Thistoire d'un attachement illicîrie.
c 13. Toutefois^ ils étaient heureux — heureux dans Ja jouissance criminelle de leurs innocent dé^ sirs ; mais bientôt, devenue plus imprudente à chaque nouvelle visite ^ Haidée oublia que son père était inattre de File. Quand nous avons ce que noiuf souhaitions^ nous le quittons avec peine, surtout dans les premiers tems ; elle revenait donc sotivent près de Juan , sans perdre une seule minute , tandis que son bon écuriieur de père était en course.
14. Bien qu'il s'adressât également à tous les pavillons 9 ne vous scandalisez pas de sa manière de trouver des fonds; changez son nom en celui de premier ministre^ elle ne sera plus qu'une sorte d'imposition. Mais plus modeste^ notre homme élevait moins haut ses espérances ; il suivait à travers les mers une plus estimable vocation^ et y rem- {disaait à peu près la charge de commissaire de manne. ■>:'■■
:I5. Le bon vieux gentilhomme * avait été reîeim par les veii|s , les vagues et quelques ppises impor^ tantes.^ et, dans resjpoir d'augmenter son butin^ il était r^sCe en pleine mser, malgré les rafalea cpii
* GerUlemar^ a tout-à-fait la signification de notre mot gentilhomme ; I comme les Anglais prennent tous ce titre ^ lés Français craignent de le traduire littéralement : il rtjpond au qiUrU^ des Romains. Ici, je n'ai trouYis.qufi ce. mot-là (fsà pûtindiçpier la l^gèr^ ironie qui était dans Tin^ tcntion du poète.
momllaient et endommageaient ses captures. Il avait mi« 866 prisonniers à. la clmine ; il les aVait étiquetés comme les chapitres d'un livre; et garnis de colliers et de manckétles ^ ils valaient à ses yeux, Tun âaiis Fautre , de dix à cent dollars.
16.. Il disposa de quelques-uns d'entre eux sur le cap Matapan , en faveur dé ses amis les Maynottes ' . Il en vendit d^utres à ses correspondans de Tunis , à r«xc^tion d'un seul qu'il laissa eouclié à bord sans penser à le vendre (attendu sa vieillesse ). Le reste, — sauf çà et la quelque riche personnage qu'il mit àlbnd de cale pour demander plus tard sa rançon ^--*fut laissé sous là même chaîne; étant, à ^ régat-d des gens d'une classe brdinarre, porteur d'une large commission pour le dey de Tiripoli.
17. Les marchandises furent également, séparées et distribuées pour différéns marchés du Levant, à l'exception de certains articles 'd'une utilité classique pour les femmes , comme des toil^ , des dentelles , dés pinces^ des cùre-dents, et une théière^ venus dé France ; dés guitares et des castagnettes d'Alicante , tous objets mis à l'écart par rcxcellent père qui' venait de les voler pour sa filte. ' 18. Une guenon , un mâtin de Hollande y un magot, d'eux perrôqirets, une chatte de Perse et ses petits, avaient attiré son choix au milieu d'une foulç -
' Le cap MatapaB est Fancien promontoire de Tcnare, à Textremitc de la presqu''ile da Pëloponèse. Les Magnotles, ou Maynottes , ont remplacé les Laçons,
d'aiiimaux ; il prit aussi un cbiec terrier qui jadis avait appartenu à un Anglais ^ mais celui-ci , étant mopt sur la côte dlthaque, les paysans avaient pris soin de la .pitance de la pauvre bête. Afin de les as^ sùrer contre les 0ots qui ballottaient le bâtiment, il enferma le tout dans une énorme clige d'osier.
1 9. Ayant ainsi mis ordre à ses afibires maritime»^ et son. vaisseau ayant besoin de quelques répara*tioDSy il envoya çà et là quelques simples croisières^ et dirigea sa. course, vers les lieux ou sa charmante fiUe continuait à. remplir tous les .devoirs de l'hos-* pitalité^ Mais comme Tabord rude et garni derescifs de la oâte sur laquelle elle se tenait était dangereux
à plusieurs milles de distance ^ il avait placé $on # havre sur le c6ié opposé de Tile.
20. II. gagna sans délai le rivage, n'ayant rencontré aucun lieu d'octrdis ni de quarantaine où^l fut obligé d'indiquer 'les lieux qu'il avait parcourus et le temB qu'il y avait employé. Il fit le lendemain démanteler son vaisseau , avec ordre à ses gens de le radouber aussitôt. On se> hâta donc de jeter & toutes mains ^ sur la rive, les marchandises, les^ ballots, les munitions et les' caisses d'argent.
2i . Quand il eut atteint le sommet d'une montagne d'où l'on apercevait les blanches muraille^ d^ sa maifton, il s'arrêta. — Combien d'étranges émotions remplissent Famé de ceux qui se sont laissés aller à voyager ! Combien de doutes inquiétans sur . le bon ou mauvais état dé leur intérieur ! — Quels
tran^orta d- amour chez ks uns^ quels mouvemeus de crainte chez les autres ! tous les sentimens que lef années avaient fait évanouir vi^inent alors en £biile sur nos cœurs reprendre leur ancienne place*
22. Mais c^est surtout aux pères et aux maris que rapproche de la maison /après une longue tra^versée ^r terre bu sur mer, doit naturellement présenter des sujets d'inquiétudes. -— Une £amiHe de dames n'est pas une petite affîiire ( personne plus que moi n'estime ou n'admire le beau sexe ^ mais il liait la flatterie , et je ne remploierai pas.) *. quelquefois, les filles^ en l'absence du père, descendent avec le som<^ melier à la cave, tandis que les épouses montent de leur coteau grenier. ,
23. Le plus honnête gentilhomme du monda peut fort bien n'avoir pas à^on retour le bonheur d'Ulysse ; toutes les matrones isolées ne regrettent pas leurs maris, toutes n'ont pas la méine' répugnance ipour les baisers des prétendans : le pis , c'est quand iji re^trouve une belle urne consacrée à sa mémoire; deux ou trois jouvencelles, enians d'un ami qui retient sa femme et sa fortune, et Argus ^ son chien lui-même, qui vient lui mordre — les jambes. ; ^i
24. S'il est encore célibataire , il retrouvera sa belle fiancée devenue pendant son absence l'épause de quelque riche avare -, mais alors rien de mieux» L'heureux couple ne sera pas toujours d'accord , et la dame, devenant plus sage, pourra lui permettre ^ sous le titre de cavalier siï'vente, de reprendre se»
fonotions galantes ;. peat-étre aiaiera-t*-il mieux méprièer celle qui Faura trahi ; et^ pour que 'son chagrin ne soit pas. perdu , il écrira des odes sur l'in-* constance xle la femme. ^
25. Ainsi donc y vous qui avez déjà quelque chaste liaison de cette espèce, — j'entends une honnête intimité avec une femme mariée y «-^ la seule qui soit susceptible de durée , •— la plus solide.de toutes les connexions, le véritable hymen en un mot ( l'autre ne pouvant servir que d'écran ), — ^n^allez pas pour cela faire de trop longues courses, j'ai conan desabsens que l'on trompait quatre fois {>ar jour. /
26. Lambro, nôtre solliciteur maritime, qui devinait mieux ce qu'on faisait sur l'Océan que ce qu'on pouvait faire sur terre , ressentait un vif plaisir à la vue de la fumée de' ses foyers. Mais il ne savait pas pourquoi il n'était pas triste, ou pourquoi il éprouvait toute autre émotion ] il ne cobnâissait pas la métaphysique : il aimait son enfant, il en aurait pleuré la perte; mais il ne follait pas lui en demander la cause , plus qu'à un philosophe.
27. Il voyait ses blanches murailles que le soleil rendait éclatantesv, et la verdure ombragée des ar-^ bres de son jardin ; il entendait le doux bourdonnement, de son petit ruisseau , et les aboièmens éloignés de son chien de garde. A travers lès ombres d'un bois frais et touffu, il apercevait des figures en mouvement, des armes étincelantes (tout le monde est en armes dans l'Orient ) , et diverses nuances de
costumes ^ légers et brillans comme des ailes de papillon.
26. Comme il approchait davantage^ et qu il s'étoDÀait de ces signes inaccoutumés d'allégresse ^ il entendit^ —^ non pas , hélas! la musique des sphères > mais les sons profanes et terrestres d'un violon ; ces accords lui firent douter de la fidélité de ses oreilles , ils confondaient toutes ses conjectures -, puis il distingua une flûte, un tambour , et bientât après les éclats de rire les moins orientaux. ^
29. Il avança plus près encore , et comiâe il' descendait la pente à la hâte , il remarqua à travers les bmnches agitées , et parmi d'autres indices de fête, une troupe de ses gens qui dansaient sur le gazon , et qui, semblables à des derviches, tournaient sur euxmêmes comme sur un pivot. Ils exécutaient la Pyrrique , cette danse guerrière , objet de la préférence des. Levantins.
30. Plus loin, en groupe, des jeunes filles grecques, dont la première et la plus grande laissait flotter un long voik blanc , se tenaient toutes ensemble comme un collier de pel*les ; les mains entrelacées , elles dansaient en laissant flotter sur un blanc cou de longues et noires boucles de cheveux — (dont la moindre. eût rendu fous dix poètes). Celle, qui les conduisait chantait, et la virginale et attentive réunion lui répondait en chœur des pieds et de la voix.
31. Là, réunies à l'écart, et les jambes croisées autour de leurs plats , quelques autres sociétés com-
Googlç
mençaient à dinér ; la vue était délectée par des pir lau8 ■ et des mets de toute espèce , des flacons de vios de Samos et de Chio ^ des sorbets tetius au frais dans des vases pbreux, Au-*dessus d'eux se montraient sur leurs tiges tes fruits de dessert *, les oranges parfu* méeset Les succulentes grenades , balancées au-dessus de leurs fronts , n'attendaient que le plus léger toucher pour descendre sur leurs genoox»
32. Ici, une bande d'enfans se pressait autour d'un bélier blanc comme la neige , et couronnait de ûfinn ses vénérables cornes ) paisible comme l'agneau qui vient de naître , le patriarche du troupeati courbe obligeamment sa tête grave et apprivoisée. Tantôt il accepte les palmes qu'on lui présente à manger, tan->tôt il baisse en jouant son front comme pour frapper ceux qui Tentoureuty puis aussitôt il recule comme dompté par leurs faibles mains.
33. Un profil d'une pureté classique, des vêtemens pleins d'éclat , de grands yeux noirs ^ des joues d'une fraîcheur angélique et rosées comme des gre^ nades . eh tr'ouvertes, des cheveux longs, des gestes enchanteurs , des yeux parlans , et cette innocence, apanage heureux de l'enfance , tel était le tableau exact que formaient ces petits Grecs : à cette vue le philosophe ne pouvait s'empêcher de soupirer, ^i pensant qu'un jour ils deviendraient des hommes.
' Le pilau est un plat àe riz que les orientaux mangent avec leurs mets : il remplace à jpcv. pr^ , chç? eQi:, n<AsB pi^n.
34. Plus loin , un bouffon d'une taille de nain racontait devant un cercle paisible de vieux fumeurs maintes histoires sur les trésors secrets trouvés dans un vallon écarté ^ les merveilleuses reparties des jongleurs arabes; les charmes nécessaires pour taire Vov pur, et guérir les morsures venimeuses *, les rochers enchantés qui s'ouvrent quand on les touche ; et enfin ( mais cela était bien réel ) les dames ma-* giciennes qui , d'un seul coup , changent leurs époux enbétes.
35. U ne manquait aucun des plaisirs innocens qui peuvent flatter l'imagination ou les sens. Le chant y la danse, le vin^ la musique , les histoires persanes, tout offrait d^agré^bles et inoffensifs passe-tems : mais Lambro ne put sans déplaisir voir ces choses ^ il songeait aux dépenses qu'on avait faites pendant son absence, et prévoyait le comble de tous les malheurs, l'inutilité de ses dispositions testamentaires.
36. Hélas! qu'est-ce que^'bomme! à quels périls sont encore exposés les plus heureux mortels, m^e après leur dîner ! —^ Un jour d'or ppur un siècle de fer , voilà tout ce que le mieux partagé des réprou-* vés peut espérer dans cette vie ; le plaisir ( du moins quand il chante ) est une sirène qui séduit les jeunes imprudens , pour ensuite les écorcher tout vivans. £n accueillant Lambro au milieu d'etix , les conviveé s'exposaient au sort de la flamme que vient toucher une couverture mouillée.