Loii qui n'avait guère l'habitude de prodiguer
ses parole», et qui voulait procurer une surprise agréable à sa fille ( il surprenait en général les hommes avec Tépée ), -— n'avait envoyé personne pour avertir de son arrivée ; personne ne se remua donc : lon^-tems il s'arrêta pour bien convaincre ses yetix de ce qu'il voyait ; et réellement il était plutôt ' surpris qu'enchanté de trouver une si belle compagnie invitée.
38, Il ne savait pas (oh! que les hommes sont menteurs ) qu'un rapport (et surtout les Grecs ) avait garanti la certitude de sa mort ( comme si ces geùslà mouraient jamais ), et répandu pendant plusieurs semaines le deiiil dans sa maison. Mais depuis ce tems leurs paupières et même leurs lèvres s'étaient desséchées*, les roses étaient revenues sur les joues d'Haidée ; ses pleurs étaient remontés à leur source, et elle conduisait pour elle-même les affiiires de la maison. ' '' '
39, De là touis cies mets, ces danses, ce vin et ce violon qui faisaient de l'ile un séjour de plaisirs ; les valets étaient tous à boire ou les bras croisés , passetems qui les rend les plus heureuses gens du monde. L'hospitalité du père semblait sordide , comparée à l'usage que faisait Haidéc de ses trésors ; et l'on ne peut assez dire combien on approuvait sa noble con-^ duite , quand elle n'avait pas une heure qu'elle ne consacrât à l'amour.
40, Vous croyez peut-être qu'en tombant au milieu de ces divertissemens il ne pourra se contenir,
et^ à vrai dire^ il n'était pas obligé d'en être fort satisfait ] peut-être vous vous attendez à de promptes exécutions , qui apprendront miçuj^ à ses' gens leur devoir ; au fouet ^ à la question ou à la prison pour le moins 3 vous ne doutez pas qu'en faisant quelques exemples mémorables , il ne d4veloppe^ Içs inclinations royales d'un pirate !.
41 • Vous êtes dans l'erreur 5 — c'était l'homme le plus doux et Iç mieux élevé qui jamais eut coupé une gorge ou conduit un vaisseau. Il était si familier ^vec tous les usages du monde^ que jamais on n'aurait pu deviner sa véritable pensée. Il ne le cédait pas sous ce rapport à un courtisan \ et c'est à peine si une femme même eût pu cacher plus de fourberie sous ses jupes. Quel dommage qu'un tel homme eût tant de goût pour les courses d'aventures ! c'eût été une excellente accpiisition pour la bonne société.
42. Il s'avance près du premier groupe de convives, et, frappant sur l'épaule' de l'un d^ ceux-ci , il demande avec un sourire singulier qui , dans tous les cas , n'annonçait rien de bon , quelle était 1^ cause de cette fête ? Trop ivrq pour faire attention k ses paroles^ le Grec auquel il s'adressait versa du vin dans un verre ;
43. Et sans prendre la peine de toumei^ sa tête joyeuse, il tendit le rouge-bord par-dessus son épaule, et d'un ton de voix peu ferme : « Les paroles al- » tirent, je n'ai pas detemsà perdre. » Un second ajouta en laissant échapper un hoquet : c( Notre
» vieux maître est mort ; vou8 feriez mieux de vous » adresser à son héritière, notre maîtresse. — Notre » maîtresse, ajouta un troisième^ ah ! ah! notre mai- » tresse ! c'est-à-dire, notre maître, — pas le vieux, » mais le jeune. »
44. Ces drâles étant de nouveaux venus , ne connaissaient pas celui auquel ils parlaient. — Lambro changea de couleur, -^— un nuage couvrit un instant ses yeux, mais il fît un effort pour reprendre son premier air de sérénité , et cherchant même à rappeler son sourire, il pria l'un d'entre eux de lui dire le nom, la qualité du nouveau maître qui, suivant toutes les apparences , avait donné à Haidée le titre d'épouse.
45. « Je ne sais pas , répondit le garçon , qui f ou » ce qu'il est, ni d'où il vient , — et je ne m'en sou- )).cie pas beaucoup ; ce que je sais bien , c'est que » ce chapon rôti est délicieux , et que cet excellent i) vin n'a jamais été servi pour un meilleur dîner : » et si vous avez à demander quelque chose de plus, » adressez vos questions à mon voisin de ce côté 5 il » vous répondra sur tout, bien ou mal, car per- » sonne n aime plus à s'écouter parler ' . »
I Imitation àe Mor gante Maggiore, poème tr<^ peu conna en France ; Mispose allor' Margattef a dir tel tosto lo non credo piii al nero ch! ail' azzurro ; Ma riel cappone o lesso à vuogli arrosto , E credo aUama velta aitco nel burro !
Nella ceruigia e quando io n' ho nel mosto , £ moltopiU nel espro che il.mangurro :
46. Je disais que Lambro était un homme patieni^ et certes il montra dans cetjle occasion un respect des convenances digne dç l'homme le mieux élevé de la France y ce parangon des nations. Malgré les railleries lancées contre les siens méme^ il snt-dissioRhlêr et se« inquiétudes et les plaies de son aBur, et les insultes de cette valetaiHe gourmande— et acharnée sur son propre mouton.
47 • Maintenant , dans un homme aussi habitué à commander , -^ à fairealler et venir ses gens ^ -^ à voir ses désirs exéeutés en un tbiir de main , -*- soit que sa voix deiçandat une mort ou dés fers,/—* on (>eut s'étonner de trouver d'aussi bonnes manières j la chose ait cependant I»en réelle , quoique je ne sache comment l'expliquer; etdanjKtous les cas celui qui peut ainsi se commander, peut être aussi capable de :gouverfier — •- qu'un Guelfe ' .
48. Non qu'il ne montrât jamais de colère, ma^ c'est quand il n'était pas sérieusement irrité ; dans
Ma sopra tuUo nel buon vino hofede ^
E credo che sia salvo che gU crede, « Margaet répondit alors : a 'A dire de suite ce que j^en pense, je ne M crois ni noir ni bleu > liiais Inen au chapon bouilli , on , si tu Taimes » mieux , r6ti ; je crois aussi, par fois, au beurre, à la cerroi», au moqst » quand j'en ai , et bien plus dans les menaces que dans coups : mais , » ayant tout , j^ai foi dans le bon yin , et je pense que celui qui croit en » lui sera saqy^. »
(Ch. XVIII, st. eu.)
* Un Hanovrien. Les électeurs de Hanovre prétendent être descendus du fÎEuneux Guelfe qui donna son nom à Tune des deux grandes factions d'Italie , au treizième et au quatorzième siècle.
ce dernier ca8 il restait calme^ concentré^ lent et silencieux , il se repliait sur lui^^méme comme le boa ; jamais'il ne parlait et fi^ppait en même tems; s'il menaçait, c'est qu'il ne voulait pas de sang : mais son silence était bien plus redoutable , et son premier coup rendait ordinairement un second inutile.
49; Il ne poussa pas ses questions plus loin et continua d'avancer Ters la maison, mais par un chemin détourné. Ceux qu'il vint à rencontrer par hasard ne firent pas attention à lui y tant on s'attendait peu à le revoir. Si l'ainour paternel plaidait, en ce moment dans son cœur pour Haidée, c*est plus que je ne puis. dire ; en tous cas , pour un père arrivant quand on le croyait mort, ces fêtes devaient paraître un singulier genre de deuil. '
50. Si tous les morts ( Dieu nous en préserve ) revenaient maintenant à la vie , ou seulement quelques-uns , tel qu'un époux ou bien sa femme ( autant citer un exemple conjugal que tout autre ) , ne doutez pas, quelle qu'eût été la violence de leurs anciennes querelles, que cet incident imprévu n'en occasionât de plus vives encore , et que les pleurs répandus sur l'époux expirant ne coulassent avec plus d'abondance sur Vépoux ressuscité.
5.1 . Lambro entra dans la maison , mais non plus chez lui \ pensée vraiment — insupportable , et tout au plus comparable aux angoisses mentales du trépas : trouver la pierre de notre foyer transformée en pierre funéraire, voir éparses autour d'un âtre jadis
étificelwt, les pâles cendres de nos espérances^ c'est lin tourtaent profond qae ne concevra jamais un célibataire.
52. Il entra dans la maison , mais non plus chez lai y car, sans affections , il n'est pas de dbez soi. — Il sentit les amertuitbes de la solitude , en passant le seuil de sa porto sans être accueilli par un salut. C'était pourtant là que le tems lui avait filé des jours paisibles , que son cœur et ses yeux avaient suivi avec tant de délices les jeux inûocens d'une fille chérie ^ seul vertueux objet de ses senti mens ordinaires.
53^ C'était un homme d'un caractère singulier : doux dans ses habitudes^ quoique d'^ne humeur sauvage : modéré dans sa conduite , ennemi de tout excès dans les plaisirs et dans la nourriture , d'une perception facile , d'un courage à toute épreuve , en un mot capable de mener une vie plus honorable , sinon sans.réproche. Les malheurs de sa patrie et son désespoir de l'affranchir l'avaient déterminé à; faire des esclaves, au lieu de rester esclave lui-même.
54. L'amour du pouvoir et le rapide accroissement deses richesses ; la dureté , fruit d'une longue habitude ; la vie périlleuse dans laquelle il avait vieilli^ l'abus qu'on aivait fiiit de sa clémence^ les soupirs qu'il avait si souvent entendus ^ les mers implacables et les hommes grossiers qui lui. servaient de compagnons ordinaires, tout avait contribué à le rendre terrible pour ses ennemis, et du reste bon ami et mauvaise rencontre.
55. Mais un reste de rancien esprit de la Grèce répandait encore quelques rayons héroïques dan» son ame , comme jadis dans celle des conquérans de la toison d'or, au t£ftns de la Golcliide. li est vrai que sa passion pour la paix n'était pas trës-ardeate ;
— mais hélas ! sa patrie n'offrait aucun espoir d'il^ lustration , et c'était la rage de la voir asserrié qui l'avilit porté à haïr l'univers et à combattre toutes les nations.
56. L'inJQluence du climat avait aussi donné à son esprityune Certaine élégance ionienne dont squvent^ sans qu'il s'en doutât , il laissait deviner Tinfluence.
— Le meilleur goût avait présidé au^choix de sa ré** sidcnce ; il aimait la musique , ri admirait les scène» sublimes de la nature , et c'était en entendant un petit ruisseau tomber devant lui en nappes de cri^-tal , c'était en contemplant la beauté des fleurs^ qu'il charmait son esprit dans les heures de calme.
57 . Mais tout ce qu'il avait de tendresse reposait sur sa fille ; elle seule^ au milieu des scèdes: furieuses dont il avait été l'auteur 6u le spectateur^ avait conservé de l'empire sur son cœur. L'affection qu'il avait pour elle était pure , isolée et sans partage. Eo perdant ce sentiment, il eût perdu ce qui lui restait encore de tendresse pour l'humanité, et le nouveau Cyclope serait tombé dans le plus furieux aveugleme^.
58. La tigresse à laquelle on a ravi ses petits, épouvante, dans sa furie, le berger et le troupeau^ TCkséan, quand il soulève ses vagues irritées , brise souvent
CHANT TKOISIÈBIE. 235
le vaisseau que des rochers avoisinent ^ mais une fois leur rage épuisée , le tigre et l'Océan se calmeront avant le ressentiment silencieux , grave , austère et profond d'une ame vigoureuse^ et surtout quand c'est celle d'un père.
59. C'est une chose commune, et pourtant bien douloureuse , que l'ingratitude de nos enfans. — Eux qui devaient nous rappeler nos beaux jours, eux qui semblaient d'autres petits nous-mêmes, composés toutefois d'une matière plus fine , ils nous quittent tendrement dès que la vieillesse nous saisit, et que des nuages obscurcissent le soir de notre vie ; à la vérité ils nous laissent une compagnie excellente, — la goutte et la pierre.
60. Une belle famille est pourtant une jolie chose ( quand elle ne se présente pas après dîner ' ). Il èsjt agréable de voir une mère nourrir elle-même ses enfens (quand elle n'en est pas devenue plus mai* gre). Semblables à des chérubins placés aux angles d'un autel , ils se groupent autour du foyer ( et ce tableau est capable d'attendrir un pécheur). Une dame, environnée de ses filles et de ses nièces^ brille comme une guinée au milieu de pièces de sept schellings.
61 . Inaperçu , le vieux Lambro prit une porte secrète et entra dans sa maison, à la nuit tombante.
' On sait ^*en Angleterre Posage ordonne aux femmes et aux enfans de sortir de table avant les hommes, et de laisser ensemble ces derniers, pendant la première partie de la soirëe.
Cependant la dame et. son amant présidaient au festin, dans tout Téclat de leur beauté : une table incrustée d'ivoire était placée devant eux et entourée d^une foule de beaux enclaves. Les pierreries y l'or et l'argent formaient la matière de la vaisselle, les vaseci les lïioins précieux étaient de nacre et de corail.
62. Cent plats environ composaient le dîner : de l'agn^eau aux noix de pistaches , -* en un mot toute espèce de mets^ des soupes au safran, des friandises, des poissons les plus beaux qu'eussent jamais renfermés des filets \ le tout accommodé au-delà des vœux du plus délicat sibarite. : les boissons consis* taient en sorbets variés de raisin , d'orange et de jus de grenade exprimé à travers les pores de l'écorce , ce qui ajoute encore à leur saveur.
63. Ces rafnuchissemens étaient disposés autour de la salle^ dans leurs carafons de cristal : des fruits, des gâtefiux de datte terminèrent le repas ^ qui fut aussitôt remplacé par la fève du plus pur moka , servie dans de.petites coupes de la Chine ^ sous elles, et pour empêcher la main de se brûler, étaient des tasses en filigrane d'or \ dans le café on avait fait bouillir des clous de girofle^ de la canelle et du safran^ mais (à mon goût) cela lui enlevait de sa qualité.
64. Les tentures de la salle étaient une tapisserie forjnée de pans de velours diversement peints, et brochés en fleurs de soie damassée \ une bordure jaune les enveloppait , et celle du haut , richement travaillée^ déployait en lettres-lilas^ brodées délîca-
CHANT tROISIEME. 357
tement en bleu y de belles sentences persanes, tirées des poètes et des moralistes les plus estimés.
65. Ces inscriptions orientales, placées si'com* munément dans ces contrées sur les murs, sont une espèce de moniteurs chargés de rappeler à l'esprit , comme les crânes des banquets dç M^mphis, les mots qui déconcertèrent Balthasar dans son palais , et qui lui enlevèrent son royaume ' . Mais les sages auront beau prodiguer les trésors de leurs sentences, vous sentirez toujours qu'il est un moraliste plus sévère encore : c'est le plaisir.
66. Une beauté devenue étique à la fin de l'hiver ; un grand génie qui trouve la mort au fond d'un verre ; un roué transformé tout d'un coup en méthodistique ou éclectique — ( c'est le nom sous lequel ils aiment maintenant à dire des prières), mais surtout un alderman frappé d'apoplexie, sont des exemples qui réellement confondent Tesprit, et prouvent bien que les trop longues veilles, le vin et Tamour, ont des résultats aussi funestes que les excès de' table .
67. Haidée et Juan posaient leurs pieds sur un tapis de satin cramoisi, bordé d'un bleu pale. Leur
' « Balfhasar donnait à ses grands , an nombre de miÛe , un grand fes- » tin, et chacun buvait suivant son âge..,». Le roi, les seigneurs, les » £emmes et les concubines buvaient le vin, et louaient leurs dieux d^or , » d'argent , d'airain , de fer , de bois et de pierre.
;> Soudain apparurent des doigts écrivant contre le candâabre,
» SUT la surface du mur de la salle royale , et le roi regardait les mbuve- » mena de la main qui ëcrivait ; sa face changea , et ses pensëes la trou- »blèrent, etc. N
(DARiiL,ch. V.)
«opha occupait trois parties complètes de 1 appartement f -** et semblait de k dernière fraîcheur. Le velours des coussins — ( plutôt faits pour garnir un trône) était écarlate ; du milieu jaillissait un brillant soleil broché en or y doât les rayons tissus rappe«laient le vif éclat de ceux qui remplissent les deux, vers le milieu du jour.
68. Quant à là ^lebdeur , on en avait cooHé le soin au cristal , au marbre ^ à la porcelaine et à Targenterie \ sur fes carreaux étaient jetés des nattes indiennes et des tapis de Perse que le cœur eût tremblé de salir« Des gazelles y des chats y de^ nains et des noir^^ et telles autres gens habitués à gagner leur pain en qualité de ministres et favoris ( c'esi-àdire par dégradation ) étaient là réunis en foule comme à la cour ou à la foire.
69. On n'avait pas épargné les belles glaces et les tables^ la plupart en ébènê incrustées de nacre ou d'ivoire^ cdles-d en écaille de tortue^ et o^ies-là en bois précieux^ garnies d'or ou d'argent. — On avait poiïrVu à ce. que la plus grande partie d'entre elles' îài chargée de viandes /de sorbets glacés — et de vins — à la disposition de. toup ceux qui arri-. vaient d'heure en heure pour dîner.
70^ Entre tous lescostumeft, je choisis pour le peindre celui d'Haidée : elle portait deax jelîcks ' , — dont le premier était jaune-pâle \ l'azur , le violet
* Ou plutôt tchelek : c'est une ceinture de soie. (Voyei le Diction" noire turc de Sfieainsky.)
— -' I ..jiT ■- I .,1.1. , , , .11
et le blanc formaient la couleur de sa chemise , — et Ton suivait au travers de son léger tissu les mou«vemens de sou sein , tels que ceux d une faible vague^ son deuxième jelick| tout brillant d'or et de pourpre, était fermé avec des boutons de perle targea comme des pois \ une blanche gaze rayée do bouracan flottait autour de son beau corps, semblable à des flocons de nustges groupés autour de la lutie.
71 . Un large bracelet pressait chacun de ses bras charmans ; il n'avait pas d'attache , — l'or pot en étant assez flexible pour que la main le contournât sans peine , et que la forme du bras devint aussitôt ta sienne. C'était admirable, mais sa forme seule eût charmé les yeux , tant il semblait craindre de laisser échapper les contours qu'il pressait. Ainsi ,^ l'or le plus fin entourait la peau la plus blanche que métal précieux eût jaûiais entourée '.
72. Comme princesse dps domaines de son pçre , une semblable plaque d'or roulée au-dessus de son coude-pied annonçait son haut rafngj. Douze anneaux brillaient autour de ses doigts*, se^ cheveux raypnnans de pierreries ; les plis gracieux de «on Voile étaient comprimés au^essoûs de son sein par une ba[nde de perles d'une valeur presque inestimable , et la «oie orangée de son pantalon turc vetiait se terminer autour de la plus jolie cheville du monde.
* Ce costume est moresque ; les bracelets et Famiean y sont portés de la mamère indiqaée. Le bctenr s^aperoevra psAr la saitfi fpts la mèrod^Haiàée éUat de.fiex , sa fille snhmltles mode» de $u patrie.
? {JfotedeBfrm.)
73. Le8 ondes de ses longs et bruns cheveux tombaient jusqu'à ses pied$ , semblables au torrent des Alpes sur lequel vient glisser la lumière matinale du soleil \ — s'iU n'avaient pas ëté enfermés , ils auraient pu voiler entièrement sa personne \ on eut dit qu'ils s'indignaient de se sentir comprimés dans la courbe soyeuse d'un filets et dès qu'un zépkir venak offrir à Haidée son aile pour éventail^ ils tentaient de rompre leur transparente étreinte.
74. Elle répandait autour d'elle une atmosphère de vie , et ses yeux semblaient donner à l'air luimême plus de légèreté. Ils étaient sidoux ! si beaux ! ils justifiaient tout ce que nous pourrions jamais imaginer des cieux 5 purs comme ceux de Psyché , avant qu*elle n'eût perdu sa virgipité , — trop pi*rs même pour lés noeuds terrestres ïes plus purs. En la voyant, on ne pouvait croire qu'il y eût de l'idolâtrie à s'agenouiller devant elle.
75. Ses cils y noirs comme la nuit; étaient cependant teints , mais c'était vainement ; car les franges de ^es grands yeux noirs n'en conservaient pas moins leur beauté naturelle^ et mtême opposaient leur éclat primitif au jais artifiiciel qui les recouvrait. Ses ongles avaient été touchés avec l'henna ' ^ mais encore ici / les efforts de l'art étaient inutiles ^ il ne pouvait rien ajouter à leur nuance rosée.
' « Les fenuoes turqaes et grecq[ixes coayrent ordinairemièDt leurs yeux' » d^imc teinture noire qui , à ç[uelque distance , on bien aux lumières.^ » ajoute beaucoup à leur Triyacité. Je pense même cpie nos dames seraient
CHANT TAOISIEME. 241
^6. L'bénoa aurait eu en effet- une teinte merveilleuse, si elfe eût encore einbélli la belle- peau qu'elle avait touebée. Haidée n'en iaVatt aucun besom : jamais le jour ne lança sur.les montagnes des rayons d'une blancbeup plus céleste que la sienne^ Toeil en la contemplant ne pouvait se croire bien éveillé, il la prenait jSour une vision: — — peut-4fre r9b trompé-je, mais^bakspeare dît aussi : > '- *
. . . , . Eçt fQl^ moiî avis , , Qui ^prétend doter Pior oa reàancbir le iu '.
77 . Juan n' avait ; . sur tin cbâle noir et or , qu^uu vêtement blanc bôuràcad^,' encore si tratispareot que l'on apercevait, à travers le tissu ^ des pierreries scintillantes comme les petites étoiles de la' voie lactée. Son turban formait une foule de plis gracieux> et une; aigrette d'émeraude cbargée d'un nœ^dde cheveux , présent d'Haidée , surmontait un croissant radieux dont la lumière , toujours tremblante^ ne s'affîiiblissait jamais. >
7-8. En ce moment ils étaient divertis patrleur suite ; des nains, dés jeunes danseuses, des eunuqves noirs et un poète i ce qui complétait leur nouveau ttain
» enchanUfes de coimaitre ce secret ; mais , dans le jour, Tartifice est trop » visible. Elles colorent aussi en rose leurs ongles ; i^ais f aroue qne je » ne mis pas assez faite à cette mode pour là trouirer gracieuse. » * . ( Lettre de Ladjr Montague a la comtesse éfi Mare.)
* Lé roi Jean, acte iv , se a. *
* n faut l)ien se garder de confondre ce bouraçan aVec celui dont on fait un vulgaire usage en France. C'est un tissu assez semblable i celui de*
•chAles en bourfe de «oie ou de cacfaçmire.
de maiftOB. Ce dernier avait une grande réputation et il aimait k la justifier. Ses vers allaient rarement sans leur9 justes pieds ^ — quant aux sujets^ rarement restait-il atirdessous d'eux , car on le payait pour satinseï! ou applaudir ; et comme dit le psaume : « il demandait un gros intérêt, n
79. Contre la louable habitude des anciens jours, il vaûtàit le présent et décriât le passé. 11 a^t fini pardevenir une^pèce d'anti-jacobin oriental^ et il aimait mteux louer quede s'exposer à manquer de pudding. -^ Pendant quelques, années il avait compromis sa destinée'en mettant dans ses Xîfaants un certiiin air d'indépendkuice ^ mais à présent , il chantait le sultan et le pacha avec la véracité de Southèy et le talent poétique de Crashaw.
80. -C'était un homme qui avait été témoin de nombreux changemens^ et lui-même il avait varié avec la fidélité de raiguille; mais Tastre polaire au^ quel il obéissait n'étant pas Tune des étoiles fisses ^ -^ il avait pris l'habitude des .courbes et des lignes rétrogrades*; sa bassesse le me.ttait à Fabri des repré*sajlUes^et il était si fécond-'( à moins qu'on ne l'eut mal payé ) , il mentatt avec une telle expansion de Verve, — qu'il avait certes lés plus beaux droits à la pension de poëte lauréat.
81 • Mais il avait du génie ^ — Quand un renégat , vates irritabilis , en possède, il ne laisse guère pas^ ser dé pleine lune sans l'exercer ; il n'y a pas même * jusqu'aïut honnêtes gens qui n'aiment à capter l'at-
CHA]!ÎT TROISIEME. 245
tenlion publique : — naait; à mèo- sujet, -r^ VoyDfijf^, — de .qu(n s'agi«wt-'il ? Ah' ! -^ le ohaiit troisième , r— le charmant couple y -^léur» apaoïrrs , leur^^^tës, leur maison y \sssQt costume ^ en un' mot', le geat'e de vie qu'Us menaiefat dans leiur île/ "
82'w Leur poète y pauvre diaMe y lûâis dtt reèlê fort amuMinl en 'Compagnie ^ avait été jad^s le faVOii dé plus d-une, coterie; quand il était à «moitié ivref il haranguait ses auditeurs ^ et biêci qu ils ftfèsebt ra^ rement en état d'appréder ses pàroleè, alsî a^ tfiàii* quaient pas de lui aceorder^ .eu vomissam .'et eu mugissant^ ces applaudissemeus populàifeé ^Mt jamais k premiëre ne connaît la secoi^dé éause '.
83. Afiûs eu oe moment ,- hissée dans la haute so^ ciété 9 et Ayant recueilli de ses* voyages quelques brShes éparses'çà et Ui de pensées libérdes y il çal^ cttlait si« pour varier un peu> ilUQ pourrait pàs^dflins une lie isolée^ au milieu de sesiamis^ et sans avoir à oraiudre d'exciter à la sédition / abjtiri^i; pocïr te instant ses mensongéd prolongés , et coQclutie avec ta vérité un léger armistice y eu chantant comme il avait chanté dans son ardent^ jeunesse.
84. Il avait voyagé parmi les Ai'ahesy les Tui'cs et les Francs, et connaissait le pod^t d'honneur des nations diverses \ comme il'avalt fréquenté toutes les classes d'hommes y nulle occasion ne trouvait sa verve en défaut : -^. ce qui lui valut qudques présens et
* G^esi-à-dire , dont celui qui les excite ne connaît jamais celui qui les donne»
244 «DON JUAK.
quelques remerciemens. Il savait habiiemQnt varier ses flatteries ^ <c faire à Rome çoipçime les RoinaiDs ,» tel était sdn principe de conduite en Grèce.
85* Ainsi.^ d'ordinaire, quand on lui demandait une chanson ^ il rappelait aux difiétens peuples quelque chosQ de' leur p^ys; le God save theKing-, ou Iç Ça ifUy peu Ifii importait^ il ne s'pcËupait que de l'à-rpropos. Sa muse trouvait partout dès iQspirations, depuis le sirjet le p^tus sublime jusqu'aux plus prosaïques raisonnemens. Pindare avait bien chanté les chevaux de race , pourquoi lui aurait-on reproche de montrer *la même .flexibilité de talent ?
86!. Par exemple^ en France^ il eut écrit une chanson ; en Angleterre, un réeit de six chants in-4'' ^ en Espagne^ il eut fait une ballstde ou une romance sûr la dernière guerre 5 -r- autant en PorUig^l ; en Allemagne, il eât grimpé sur'ie -Pégase, du vieux Goëthe.^^^*^ ( Voye? ce qu^en dit de SiaéL ) En Italie, il eut imité les Tjrécentisti ' , et; en Grèce, il eût chanté quelque hymne dans le genre de cdle-ci : *
O des art» le {weiniier w^ù&r ^ Iles d^ Grèce, Ik» de Grèce.l Ob Sapho chanta soù iy^esse , . Oh oaqait le père du Jour !
Vjk été constant tous çolqifi :
Mais.Fhébns seol yons reste encore.
Au nom des pères glorieux Dont la mémoire les accuse y
5 Les poètes da treizième siècle.
Aux chants de lewr antique muse Vos fils restent silencieux :' Et quand Vuuiyers les admiré , Seuls , ils n^osent plus Içs retire !
Marathon domine les mer»
Et s'étend au bas des montagnes.
Hier, rêvant dans ce& campagnea,
J'oubliais nos cruels revers;
Car , foulant aux pieds tant de braves^
Je ne pouvais nous croire e&clayes.
Vf.
Un roi s'assit Cnr lies- rochers D'oii Ton aperçoit Salamine :
Là , méditAiit notre ruine-, n suivait ses flots de guerriers ; Il les comptait avant l'aurore »
Et le soir étaient-il9 encore ?
Oîi sonMls , oîi toi-même e»-tu , O ma déplorable patrie ?
Pour té rappeler à la vie mes accens n*ont pas de vertu.
Oh 1 poDrquoi.la lyre d*Alcée Dans mes mains ^st-elle tombée ?
Au moins, si j?ai perdu l'honneur l^t si je suis dans l'esclavage , ' Je.àens couvrir sur mon visage * Une généreuse rongeur; Au moins je pleure sur la Grèce Quand un lâche tyran Poppresse,