‹ Œuvres complètes, avec notes et commentairesChapitre 2 sur 46 · PREFACE DES EDITEURS · texte numérisé non relu

PREFACE DES EDITEURS

haute des pyramides , daas la ferme espérance qu'elle conserverait le souvenir de sa vie et qu'elle déroberait k tous les yeux son cadavre; mais un inconnu en fouillant brisa le couvercle de son tombeau. Fondez maintenant vous ou moi quelque espérance sur un sépulcre, quand il ne reste pas de Ghéops un grain de poussière.

What is the end of famé ? 'tis Lut to fill

A celtain portion of uncerUSn paper :

Some liken it to climbing up a Iiill

Whote soromitf like «Il ItilU; is lost in rapour ; For tliia men write , speak , preach , and heroes kill ,

And bards bum what they eall their « mtdniglit taper, » To bave , wbeu the original is dust ,

A name , a vrretcked picturë , and worse bust.

Wbat are ibe liopes of man ? Old Egypt's king

Gbeops erected tbe first pyrimid And largAst , ' tbinking .it was just tbe thing

To keep^is memory vrbole , and mummy hid , But somebody or otber rummaging ,

Burglariously broke bis cofBn's lid :

Let not a monument gire you or me bopes

Since Qot a pincb of dost remaina^f Cbeops.

Doit Juak , G. I.

Il est certains hommes qui jouissent du dangereux privilège de pouvoir tenir leur imagination presque toujours distraite des intérêts de la vie privée ^ et qui , dévorés de passions > trouvent partout de nouveaux alimens à Tactivité naturelle de leur ame. Qénies indépendans, ils ne savent pas transiger avec les nécessités de Fctat social ; toute espèce d'entrave ou dlnjustice les révolte. Surtout , ils sont tourmentés du désir de pénétrer les profonds mystères de la nature humaine; et^ ne pouvant se contenter des joies de l'ambition^ de la richesse ou de lamourpropre^ ils demandent à l'univers entier des jouissances plus solides^ ou des croyances métaphysiques plus satisfaisantes. Mais^ comme si la voix de la raison se joignait à celle de toutes les religions positives , pour nous interdire la recherche des vérités d'un ordre élevé, il est rare qu'ils ne retirent pas de leurs sublimes contemplations de plus grands doutes et de plus vives inquiétudes.

De tels hommes seraient bien à plaindre s'ils

n'avaient aucun moyen de soulager leur cœur de toutes les pensées qui l'oppressent : mais le talent de peindre avec vérité leurs sentimens est^ pour ainsi dire , la conséquence de leur caractère ; et si leur passage sur la terre est ordinairement douloiM*eux , du moins naissent-ils pour recueillir l'admiration et faire les délices de leurs semblables.

Si jamais quelqu'un avait reçu en partagé le génie poétique , c'était sans doute l'auteur de Childe Harold et de Don Juan. Non-seulemént Byron était né poète, il vécut encore en poète : jamais il ne contempla l'univers qu'à travers le radieux prisme de la poésie ; et tandis que les esprits les plus heureusement nés laissent souvent flétrir dans les intérêts mesquins de la société leurs {ilus fraîches inspirations , Lord Byron alla jusqu'à sacrifier à s«i vocation (et qui maintenant oserait le lui reprocher?) tous les liens de famille et de patrie. Ainsi y la vie la plus orageuse et la plus indépendante alimentant sans cesse le feu divin qui l'embrasait, il en résulta que, pour donner à la poésie le plus sublime essor, il n'eut besoin que de recueillir les sensations que tout ce qui l'environnait semblait, comme à l'envi, lui offrir .^

Il faut remonter au-delà des Normands pour arriver à la source de l'illustpation des Byron. Déjà puissante dans le XIP siècle, cette famille

VIE DE BYROxN.

est originaire de la province du Périgord ". En France^ ses branches diverses s'éteignirent vers le milieu da XIIP 6iècle dans la personne d'une fille qui ; en épousant un Gontaut, transporta dans cette dernière maison rhéritage et le surnom des Byron. Mais une autre branche avait suivi la fortune de Ouillaume-le-Bàtard , et, dès les premiers tems de la conquête , on la trouve en possession de yaâtes domaines dans le duché de Lancasjtre et dans les comtés d'York ^ de JNottingham et de Derby : on les voit sur les champs de bataille de Créci, de Poitiers, de Bosvrorth ; et > à l'époque des guerres civiles^ on les compte parmi les |>lus ardens défenseurs de la cause royale. Notre poète aimait à rappeler la gloire de ses premiers ancêtres' ; son res*pect pour leur mémoire est même consigné dans les premières stances des Heures de loisirs ^«

L'élévation des Byron a la pairie date de i66ii. William, cinquième Lord Byron , ayant, en 1 765 , a la suite d'une querelle , tué M. Cbaworth , l'un de ses proches parens , fut enfermé à la Tour de Londres , et peu de tems après déclare, dans la chambre haute , coupable d'hô-

ï Une GÎrGonsiai^e giagolière, c'est xpie l«ft ancêtres maternels de Byron «ont également ori^naires du Périgord : et , bîemnas, c'est que les ruines du château de Gouvdon ou Gordon subsistent encore aujourd'hui près de celles du château de Byron.

' Il a-vait % peine quinze ans quand elles furent composées.'

micide ; mais ayant réclamé son privilège de pair^ le jugement n'intervint pas« Il était si loin * ^ rougir d'avoir tué ce M« Ghav^orth, spadassin de profession , qu'il porta toujours une sorte de €uke à répée dont il s'était servi pour le frapper. C'était y au reste ^ un de ces honunes singuliers plus communs en Angleterre que dans aucun autre pays. Il consuma les longues années de sa vieillesse dans le château de Newstead, ancienne abbaye de chanoines réguliers de saint Augustin^ devenue, depuis Henri VIII, la principale résidence des Byron ; et c'est là qu'ayant {»iâ en horreur tous les hommes (particulièrement tous les membres de sa famille ) , son oc- <>upation favorite était d'apprivoiser plusieurs ^FÎllots : il était' parvenu à les habituer à recevoir ses caresses ou ses châtimens ; quand leur familiarité devenait excessive , il \m fouettait avec des brins de paille réunis. William mourut en 1798 , sans laisser ou ressentir, en quittant la vie y le moindre regret.

Il n'avait pas d'enians, et son frère, le célèbre commodore Byroii , malheureux dans sa famille comme dans ses voyages, n'avait laissé qu'un fils , dont les intrigues galantes avaient été le scandale des trois royaumes. John Byron épousa d'abord lady Garmarthen , quand la publicité de ses coupables liaisons avec cette dame eut amené un divorce entre elle et son premier

VIE DE BTRON.

mari. Après sa mort ■ , il avait aimé , enlevé et épousé miss Catherine Gordon y riehe héritière du duché d'Âberdeen^ et descendue en j ligne droite du roi d'Ecosse, Jacques II. Mais en quelques' années il eut dévoré le patrimoine de sa nouvelle femme : obligé de quitter l'Angleterre^ il était mort k Valençiennes en lyQi» n'ayant plus conservé, depuis sa fuite, les moindres rapports avec sa femme et le fils unique qu'il avait eu d'elle.

Ce dernier était noti*e poète. Georges Byron Gordon naquit le 22 janvier 178a, à Londres suivant les uns, à Marlodge , près d'Aherdeen , suivant les autres , et enfin à Douvres suivant M. Dallas. C'est aux Anglais qu'il appartient de rechercher le lieu qui peut réellement .se glorifier d'avoir vu naître Lord Byron. Nous remarquerons seulement qu'on ne doit pas s'étonner de lire dans les écrivains de l'antiquité que plusieiu*s villes se soient disputé l'honneur d'avoir été la patrie d'Homère , puisque la même incertitude enveloppé, à nos yeux, le berceau du plus illustre barde contemporain.

Ce qu*il y a de certain, et ce qu'il est plus important de mentionner , c'est que les premières années du jeune Gordon se passèrent

> Elle mourat en mettant au nvonde miss Maria Bji'on , qui ^oiua , par la suite , sir H. Lcigh.

dans une campagne située a quelques* milles d'Aberdeen. Demeuré la seule consolation de sa mère^ il en devint bientôt l'idole; et^ grâce à de nombreux signes d'une constitution délicate^ madame Gordon , au lieu de lui faire apprendre à lire^ le laissa jusqu'à neuf ans gravir à son gré^ du matin au soir, les monts neigeux^ hérissés et pittoresques , qui font de l'Ecosse le pays le plus inspirateur de l'Europe, Bien qu'il eût un léger défaut de conformation dans l'un de ses pieds ^ c'était le plus infatigable, le plus agile de tous les enfans de son âge ; et sa mère , en le voyant chaque soir revenir les habits en lambeaux et les membres déchirés , ne pouvait s'empêcher, comme la mère de Duguesclin et de Henri IV , de se plaindre au ciel de lui avoir donné un si méchant et si remuant enfant. « Ah I mon fils , s'écriait-elle dans sa douleur, vous serez bien un jour un vrai Byron ! »

Ainsi , comme Walter Scott et Campbell , Lord Byron fit ses premières études (celles peut-être qui ont sur le reste de la vie la plus inefiaçable influence) au milieu des montagnards de rÉcosse. Chaque jour sa jeune imagination ruminait des chants mélancoliques , de vieux et héroïques récits, et de^ superstitions pleines de poésie. On respire d'ailleurs, mr les montagnes, je ne sais quel air de liberté, dont il serait également impossible d'expliquer

la raison^ ou de contester Tinfluence. Dahs la suite ^ Byron se rappela toujours> avec délices ^ les ùiontagnes de rÉcosse ; il est peu de ses poèmes dans lesquels il ne se soit plu à chanter quelque montagne^ et les plus belles stances des Heures de loisir sont adressées aux rochers de Loch-^na-^Garr.

Quand la santé de Gordon , ainsi fortifi^ée par une première éducation généreuse, eut cessé d'inspirer des alarmes à sa mère, on lui fit suivre les leçons des pédagogues d'Âberdeen. Il se fit alora plus remarquer par son caractère indomptable que par une profonde aptitude aux exercices classiques.

En 1798 , quand , par la mort du vieux Lord Byron , ses droits à la pairie eurent été définitivement reconnus , le censeur de l'école d'Aberdeen avait eJSacé de la liste des collégiens son ancien nom de Georgius Byron Gordon pour y substituer celui de Dominas de Byron. Georges av^it alors dix ans , et précisément la veille , il avait reçu ( non sans résistance ) le fouet, à l'occasion de la faute d'un autre écolier. L'un de ses amis, étonné, «et peut-être jaloux de ce nouveau titre, lui en demanda la raison. « Elle ne vient pas de moi , répondit fièrement Byron j le hasard a voulu que je fusse fouetté hier pour ce qu'un autre avait fait, il me donne aujourd'hui le titre de Lord pour ce qu'un autre a cessé de

faire. Je n'ai rien dont je puisse le, remercier ; je ne liii' avais rien demandé» »

Quelque tems après ^ le comte de Carlisle, époux dlsabellc; sœur du défunt Lord Byron ^ et désigné, en cet4;e qualité, pour servir de tuteur à son jeune neveu, Tappela à Londres au* près de lui , afin de le mettre en état , disait^l , de recevoir une éducation vraiment libérale et digne de son rang. A douze ans, Byron fut envoyé à Harrovr , pension située à dix milles de Londres , qIi sont , en. général , élevés les enfans de la haute société anglaise. Dans cette pension, son esprit reçut de nouveaux développemens ; tour k tour on le vit se livrer aux plus violens exercices , à la gaité la plus franche, à la plus pitefonde tristesse : quelquefois ardent à Tétude , ordinairement distrait de tous les travaux universitaires ; lisant Ossian et négligeant les clas* jsiques; dédaignant de faire les moindres eiSbrts pour obtenir les palmes de collège; toujours fier, dédaigneux et inquiet; objet de la haine de la plupart de ses maîtres, et, comme a Aberdeen, de ladmiration de ses condisciples.

Un jour, à sa voix, les élèves de Harrow se révoltèrent. Dans leur rage, ils voulaient mettre le feu à leurs salles d'étude : Byron les apaisa comme il les avait d'abord enflammés,, avec quelques mots. Montrant les noms de leurs pères écrits sur les murailles ,. il leur demanda

s'ils auraient bien le courage d'effacer ces chérs vestiges. Tous les enfans se turent^ et le moitvement fut arrêté.

Chaque année il allait passer le tems des vacances dans le château àe^Newstead^Abbeyy de^venu mille fois plus célèbre pour avoir été la résidence d'un poète que pour avoir vu les exploits des meilleurs chevaliers du moyen âge. On peut en lire la magnifique description dans le quinzième chaiat de Don Juan. — C'est alors qu'il vit Maria Chaworth ^ et que^ pour la première fois y il devint amoureux. Les deux familles de Chaworth et de Byron étaient alliées ; mais, depuis la mort de l'un des oncles de Maria, tué; comme nous l'avons dit, par le dernier Lord Byron, elles avaient ces^é de se voir. En dépit de tous les calculs de famille , le jeune Byron trouva moyen de déclarer son naissant amour à la belle Maria. Celle-ci , plus âgée que lui de quelques années, n'attacha pas d'abord un grand prix à^Ia passion d'un enfant de quinze ans; elle le désola : elle fit pis encore, elle le trompa. Long-tems son adroite coquetterie , sans renoncer à de plus vulgaires conquêtes, eût voulu s'attacher Lord Byron; mais enfin, cessant de dissimuler , elle disparut un jour avec l'un des plus ridicules dandys des trois royaumes. Byron la regretta comme jadis Gallus avait regretté Lycoris, et les larmes qu'il répan-

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dit révélèrent Tardonte sensibilité de scm ame ; ntais cette pnemiëre passion eut sur toute sa vie la plus heureuse influence. C'est à miss Gha* MTorth qu'il n*hésita pas d'attribuer son génie poétique, et du moins elle lin donna, la première , le désir de bégayer des vers. Depuis ce tems le nom de Maria eut toujours sur son imagination un pouvoir presque magique.

De Harrow il fut envoyé à Cambridge pour y finir ses études. On a beaucoup parlé' d'un jeune ours qu'il y avait choisi pour son ami et son compagnon de chambre; Byron eut, toute sa vie , une grande tendresse pour les animaux : en Italie, il traînait après lui plusieurs singes , un boule«dogue , un mâtin anglais, deux chats, trois paons et quelques poules, tl n^est donc pas surprenant qu^^il essayât , à Cambridge , d'apprivoiser un ours, tâche difficile, et par cela même attrayante pour lui. A ceux de ses condisciples qui , jaloux peut-être de l'intérêt presque exclusif qu'il portait à ce grossier animal, lui demandèrent ce qu'il prétendait en faire. Lord Byron avait répondu : « Un docteur de l'université de Cambridge. » Ce mot fit fortune , et plus tard on y trouva la preuve de son caractère misanthrope : on n'aurait ^û y voir qu'une saillie de gaîté satirique. Quand il quitta Cambridge , il y laissa son ours , de l'éducation duquel il désespérait sans doute.

VIE DE BYRON. il

A dix-neuf ans ^ 11 disait adieu au collège ^ sans avoir été revêtu d'un seul degré universitaire; mais il s'était déjà créé des titres plus honorables. Les souvenirs religieux des montagnes écossaises et des hauts faits d'armes de ses ancêtres , les regrets et les traiisports d'un premier amour^ Ôssian et les poètes classiques ; telles furent les premières inspirations de Byron. Les Heures d oisiveté, Kvrées à l'impression six mois après sa sortie de Cambridge^ firent d'abord une vive sensation. Un jeune homme, possesseur d'un beau nom et d'une grande fortune > déjà maître de ses actions^ et qui cependant dévouait les plus beaux jours de sa vie au culte des muses; bien plus , dans le volume qu'ilv publiait , des vers charmans ^ dés idées nobles et grandes^ des preuves nombreuses de sensibilité , de délicatesse et de goût , voilà ce qui d'abord excita une véritable admiration : mais le premier des oracles périodiques de l'opinion , la Meifue d'Edimbourg^ avait encore gardé le silence ; elle le rompit en 1808. Jamais satire plus accablante n'avait peut-être rempli les colonnes d'une gazette ; celles dont l'auteur des Martyrs était l'objet en France, justement à la même époque, sont des modèles d'urbanité quand on les compare à ce fameux article. Bientôt ( tant il est facile aux critiques de frapper de ridicule les poésies graves! ) le public parut rou-

gir d'avoir admiré ce que la Grand' mère dÈ^ jdin^boarg savait dénigré. Les Heures â oisiveté devinrent le ^ujet de toutes les plaisanteries de bon ton; on alla jusqu'à refuser a Fauteur la moindre étincelle d'imagination y et le comte die Gai*lisle ée joignit même à la foule des aveugles dépréeiateurs du beau génie de son jeune parent.

Cependant Byron attendait^ à Newstead , l'instant'de sa majorité y en s'abandonnant à toutes les violentes passions de son âge. Lui-même nous apprend que chaque jour de nouvelles et séduisantes maîtresses se disputaient son cœur^ et qu'une foule d'amis ^ attirés auprès de son inexpérience par l'appât des voluptés, ou d'autres motifs moins excusables, ne cessaient de faire retentir les échos de la vieille abbaye d'accens de joie oubliés depuis long-tems.

Mais y tout en s'abandonnant avec une espèce de fureur aux plaisirs des sens, Byron n'était pas leur esclave. Il semblait, dans ces jours de délire, vouloir analyser chaque sensation voluptueuse, afin d'apprécier lui-même la nature du bonheur qu'il était possible d'en attendre : il en eut dpnc bientôt reconnu tout le vide. Les tendres coquetteries de ses indignes maîtresses n'effleuraient plus son coeur ; ses anciens amis, impatiens du fier et mâle génie d'un homme auquel ils se comparaient jadis , devinrent moins

nombreux de jour en jour. Enfin , après Texpérience d'une année ^ Tétre qu'il chérissait le plus était un grand chien de Terre-Neuve, avec lequel il se baignait>ordinairement. Souvent, pour éprouver son intelligente sollicitude , il disparaissait quelque tems sous les flots, et le cliien , à la grande joie de son maître , ne manquait pas de se précipiter à sa recherche et de le ramener sur le rivage. Byron fit graver, en 1808 , une inscription sur la pierre qui recouvrait ses os ; elle finit par ces mots : « Ce monu- » ment indique la demeure d'un ami ; je n'en » ai encore connu qu'un seul, et c'est ici qu'il » repose. »

On raconte aussi que , dans le même tems , Byron fit arranger et monter en coupe un crâne d'une énorme capacité; il appartenait à l'un des moines qui jadis avaient habité Ne wstead. Dans les jours de réceptions bachiques , le crâne faisait le tour de la table, et, comme aux festins d'Anacréon et d'Horace, chacun des convives, ne trouvant plus qu'un aiguillon cd'enjouement dans ces souvenirs de la mort, se livrait à l'ênvi aux plus folles saillies. Byron fit même, sur cette coupe , des vers qui rappellent la grâce philosophique du chantre du Falerne et de Lydie«

Mais l'article^ de la Re^ue d Edimbourg vint bien autrement aiguillonner sa muse , et le généreux désir de se venger lui fit oublier la pro-

messe qu'il avait faite ^ en publiant les Heures ctoUwetéy de ne plus rien livrer à ilmpression. Toute la république littéraire avait méccMinu son génie ! tous les prétendus oracles du goût y les Southey, les Scott ^ les Wordsworth, les Jeffery^ avaient affecta de ne voir en lui qu'un méprisable rival : il saura les désabuser. Des ce jour, il renonce aux éloges ,' anx flatteries d'indignes Aristarques; il dédaigne l'approbation de cette Angleterre , qui ne rappelle à son cœur que ses propres égaremrens ou les injustices des autres y et quand il aura dignement relevé le gant qu'on lui a jeté , il ira, loin de sa patrie , chercher des inspirations plus grandes encore. Les Bardes anglais et les Reifiseurs écossais firent toute la sensation que LordByron en avait espérée ; les journaux, épouvantés, n'osèrent même rentrer en lice contre un si rudejcûteur. Le lendemain de la publication de cette satire, le poète , ayant atteint sa majorité, vint prendre sa place dans la chambre des pairs. A peine eutil prononcé , à hauie. voix , le serment d'usage devant la balle de laine qui sert de siég« au chancelier, que celui-ci (Lord Eldon) vint à lui, et, d^un, air riant, lui tendit cordialement la main ; mais Byron ne répondit à cel^ avances qu'en s'inclinant légèrement et en posant l'extrémité de deux doigts dans la large main du chancelier : puis il chercha dea yeux les bancs

de ropposition, et alla nonchalamment s Y étendre. Comme il sortait quelques minutes après, l'un de ses amis lui demanda pourquoi il avait si mal répondu aux avances de Lot*d Eld'on. « Si je lui avais serré la main ^ répondit-il y il m'aurait cru de son parti; je ne veux rien 'avoir à démêler ni avec lui ni avec l'autre côté de la chambre : j'ai pris mon siégé ^ et maintenant je vais voyager en pays étranger. » - •

Il s'éloigna de l'Angleterre au mois de juin 1809 9 après avoir mis quelque ordre dans ses affaires, acquitté complètement ses nombreuses dettes y fait un testament y appelé sa mère à Nevf stead et l'avoir embrassée. Un ancien ami de collège y John Gam Hobhouse, déjà connu par plusieurs ouvrages de poésie et de politique, mais devenu, depuis, plus célèbre par le courage et la franchise de son opposition parlemenl;^ire , offrit à Lord Byron de l'accompagner dans ses voyages, et, sans en avoir précisément arrêté le plan , le§ deux amis mirent k la voile, de- Falmouth, le ^ juillet 1809. Leur suite consistait en deux domestiques, dont l'un (Fie tcher) avait instamment sollicité la faveur d'abandonner sa femme pour suivre la fortune de Lord Byron. C'était un personnage qui rappelait assez bien le Sgànarelle du Don Juan de Molière; présomptueux, craintif et superstitieux à l'excès ; aimant tendrement son maître.

et redoutant toute espèce de fatigues ou de dan-gers.

Nos deux poètes débarquèrent à Lisbonne ^ visitèrent avec empressement Cintra, endroit, dit Lord Byron , le plus délicieux de l'Europe , et le château de Mafra, orgueil du Portugal. Peu satisfaits du patriotisme et du caractère des- Portugais , ils ^'empressèrent d'arriver a SéviUe. C'est laïque Byron dépouilla ses premières impressions sauvages. Le ciel de l'Andalousie, les cris de liberté qui , de toutes parts , y retentissaient, les sfcènes pittoresques d'une nature ravissante, et, plus que tout cela encore, les grâces et la beauté des dames de SéviUe, eurent bientôt fait évanouir ses sermens de haine k la société , de calme et de continence philosophiques. Son départ de Séville fit même verser des larmes d'amour, que l'incertitude de son retour eut sans doute bientôt taries. A Cadix, de nouveaux liens aussi tendres et aussi passagers l'attendaient encore. '

IL est peu de personnes ( même celles qui n'ont jamais lu ses vers ) qui n'aient vu, et par conséquent admiré quelques portraits de Lord Byron : ils rappellent, en général, l'expression de ses traits. Cette expression est tellement remarquable; qu'elle est venue offrir aux artistes^ si j'ose le dire , un nouveau type de physionomie , en mêtiie tems que le Childe Harold^ le

VIE DE BYRON. n

Corsaire et le Don Juan ouvraient aux littérateurs un autre magnifique horizon poétique. Le dessin qui précède cette édition reproduit exactement la tête de Lord Byron à vingt^cinq ans. Plus tard, ses traits perdirent quelque chose de leur grâce et de leur pureté , mais sa physionomie n'en fut pas altérée ; comme celle de tous les hommes de génie , elle était indépendante des fornies matérielles; elle exprimait Thahitude des passions et des pensées sublimes ^ le dédain et presque l'ignorance des tracasseries vulgaires , le sentiment du beau sous toutes ses formes : en un mot ^ elle était l'image fidèle de son ame.

Le i6 août^ le vaisseau qui devait transporter en Grèce nos deux voyageurs mit à la voile de Gibraltar et mouilla successivement à Gagliari en Sardaigne^'âî Girgenti en Sicile , à Malte^^ et enfin y le 29 septembre , à Prévesa sur la côte d'Albanie.

Leur plan était enfin arrêté avec précision ; ils devaient traverser la Grèce et la Morée , pa^ ser l'hiver à Athènes y et, de là / se rendre à Constantinople ; mais, pour avoir les moyens de voyager en sûreté , il leur fallait capter la bienveillance du redoutable visir qui gouvernait alors toutes ces contrées. Aly-Pacha , sur^ nommé le Bonapai*te musulman, assiégeait alors son ennemi, Ibrahim, dans le château de Bé-

rat en lUyrie. Byron se rendit à Tépalène^ quartier-général du visir, et .éloigné de deux journées de Bérat. Aly, de son côté^ ayant ap-» pris l'arrivée ^ dans ses états , d'un seigneur anglais, avait ordonné que toutes les commodités de voyage lui fussent gratuitenient prodiguées. Lui-même le reçut avec la plus haute distinction. Ses petites mains blanches, ses petites oreilles et sa chevelure bouclée attiraient sur-tout l'attention d'Aly, qui croyait y voir les signes irrécusables d'une haute naissance et d'une éducation distinguée* Â chiEtque heure de la journée il envoyait a nos voyageurs des fruits , des confitures et des sorbets , et , quand ils demandèrent k prendre congé , Sa Hautesse leur donna une garde de cinquante braves Souliotes, en les .recommandant spécialement à son fib, Vely-Pfichà, alors gouverneur de la Morée.

L'aspect d'une cour orientale et la physionomie de ce peuple albanais , mélange de maraudeurs chrétiens et musulmans , firent une vive impression sur l'imagination de Lord Byron. Dans les notes de Childe Harold il a tracé ime peinture détaillée de la beauté et de la gracieuse démarche des femmes ; du courage , de l'hospitalité et du caractère vindicatif des hommes.*-* Dé retour à Prévesa , ils ne tardèrent pas a s'embarquer, dans l'espoir d'aborder à Fatras sur la côte de la Morée; mais, par suite de l'ignorance

des matelots turcs , leur bâtiment y emporté par le vent ^ alla échouer sur les rochers de Souli> et il3 ne durent leur salut qu^au généreux secours des villageois albanais qui habitaient derrière ces rochers. Pendant la crise , a Fletcher » jetait les hauts cris et appelait sa femme ; les » Grecs invoquaient tous les saints , et les Mu- >i sulmans Alla. Le capitaine fondait en larmes, » en nous disant de nous recommander à Dieu. » Les mâts étaient fendus, la grande vergue en >i pièces; le vent redoublait de force , la nuit » approchait , et nous n'avions d'autre chance » ( commie le disait Fletcher) que de nous voir » ensevelis dans les flots« » (^Lettre de LôrdBjrron à sa mère.) Tel fut l'événement qui , sans doute y fournit plus tard au poète les terribles couleurs du deuxième chant de Dori Juan.

De Souli y nos voyageurs revinrent encore k Prévesa, «t, renonçant au trajet de mer, se dirigèrent vers Patras, à travers les forêts de TAcamanie et de l'Étolie : ils firent une halte de quelques jours a Mjssolonghi et à Smyrne ; ils parcoururent la plus grande partie de la Grèce, et s'arrêtèrent le reste de l'hiver à Athènes, comme ils en avaient formé , depuis long-tems, le projet.

Ce n'était pas assez qu'Athènes expiât sous le cimeterre des barbares son ancienne gloire j des étrangers , et surtout des Anglais , venaient k

l'envi disputer aux rivages de Grèce les débris de statues^ de colonnes et d'inscriptions qui faisaient^ seuls encore^ sa richesse. Les monumens ont en eux-mêmes peu de valeur : transportez sous le ciel de la Grèce les arceaux et les ogives de nos châteaux gothiques, l'ame le$ considérera sans émotion, sans enthousiasme^ On a donc de la peine à coitiprendre la rage qui porte les Anglais à encombrer leur île des monumens enlevés à la religion des autres peuples ; et certes, il est déplorable que le gouvernement applaudisse à de pareilles^ profanations. Bas-reliefs , chapiteaux , inscriptions , statues > tous les débris des siècles passés viennent chaque jour se presser dans les tristes galeries britanniques. Cependant une seule inscription, échappée aux outrages du tems , rappelle aux Grecs , mieux que toutes les déclamations modernes, quelle a été et quelle doit être leur patrie, et l'on ne peut trop les louer d Avoir regardé les vols de rËcossais Elgin comme le plus grand des outrages. Il appartenait à Lord Byron et à M. de Chateaubriand de se rendre le^ échos de Te^éoration à laquelle ils vouèrent les spoliateurs du Farthenon. Mais Byron ne se contenta pas de flétrir , dans le Childe Harold et dans la Mcdé-diction de Minerife^ la conduite de Lord Elgin -, il alla lui-mêipe, au péril de sa vie , effacer le nom du moderne Verres , inscrit sur le fron-

ti&piee du temple d'Érictitée, et il le remplaça psyr ces deux lignes ;

/ Qttod non feeerJuntOothi-

Hoc fecerunt ScotL

: De retour dans isa patrie ^ Lord Elgin n'en a pas moins reçu de son gauvernement d'^énormes sonunes pour prix de la dépouille des temples d'Athènes. — Nos voyageurs s'éloignèrent de la Grèce au com^lencement du printems. Ayant de gagner Constantinople ,, ils visitèrent le$ ruines d'Épbèse. Le i5 avril 1819,, la frégate /a Salsette, qui les transportait^ jeta l'anGre sur les côtes de la.Troade^ non loin des fameux tombeaux que Ton aime à croire ceux des hero$ grecs morts au siège d'Ilion. Comme ils attendaient le firman du Grand-Seigneur a Tembour cbure des Dardanelles , et justement k quelques centaines de pas du château d'Abydos, il prit enyie à Byro^i ; de vérifier par lui-même si les savans avaient eu raison de révoquer en doute le récit des tendres traversées de Léandre. Dans le dernier siècle ^ notre Académie des Inscriptions et Belles-Lettres avait aussi^ après de longues dissertations^ reconnu que l'histoire d'Héro et Léandre était nécessairement une fabliç , attendu Yi¥npossibilité du trajet de VHellespont à la nage. La tentative de Byron fit évanouir tout d'un coup l'autorité de tant de doctes recherches. Un lieutenant delà frégate (M. Ekenhead}

offrit de partager la gloire et les dangers de cette épreuve : les deux nageurs partirent en même tems et firent le trajet en une heure et que]q[ues minutes. Ekenhead eut à peine atteint le rivage de Sestos, qu'il s^ iiâtà de regagner ^ sur une barque^ Tautre bord , oii le rappelaient ses fonctions ; mais Lord Byron , épuisé de fatigue et grelottant de fièvre^ se traîna, deminu , dans une cabane voisine ^ et reçut l'hospitalité d'un pauvre pécheur turc, -qui, pendant cinq jours, lui prodigua les soins les plus assi-* dus. A peine revenu sur le rivage d'Abydos , Byron envoya au pêcheur^ par l'un des hommes de sa suite, un assortiment de filets, un fusil de chasse, une paire de pistolets et douze pièces de soie pour sa femme. Surpris de ce présent , le pauvre Turc voulut, le lendemain, traverser l'Hellespont, afin de remercier sa seigneurie. Hélas ! a peine éloigné de son rivage , une rafale s'éleva, fit submerger sa barque et l'engloutit dans les flots. Qu'on juge du désespoir de Lord Byron ! il s'empressa d'aller lui-^ménie consoler la veuve; la pria de le regarder à l'avenir comme son ami, et lui laissa une bourse de cinquante dollars. Cette anecdote est peu connue ; elle honore trop le caractère de Lord Byron pour que lui-même pensât jamais à la divulguer : mais les officiers alors employés sur la Sàhette en ont tous attesté l'exacto -vérité.

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A Constahtinople^'il se sépara de Gam Hob* houise, qui brûlait déjà de revoir TÂngleterre. Byron le vit partir sans beaucoup de regret : son projet était de retourner en Grèce , et voulant ^ dans cette seconde excursion , s'arrêter à loisir dans les lieux lés plus poétiques de cette terre de poésie , la société d'un ami , tel que Hobfaouse lui-même ^ dérangeait y jusqu'à un certain points son plan de rêverie. H écrivit Childe Harold en Grèce ; il en composa même un gi-and nombre de strophes sur le Parnasse. C'était y il faut Tavouer , une heureuse et grande idée que celle d'aUer puiser des inspirations à une pareille source^ et quand on songe ^ en lisant Childe Harold^ que ces vers ont été tracés sur les sommets sacrés de THélicon ^ je ne sais quelle vénération religieuse se joint naturellement à l'admiration que produit une aus^i magnifique création.

Il choisit Athènes pour sa principale résidence. C'est là qu'une jeune Grecque devint éperduibent éprise de lui : elle était belle ; elle ne tarda pas à toucher son cœur. Mais les jours du Ramasan atrivèrent^ et y pendapt ce carême^ tout commerce entre les deux sexes était puni de moit. Une aussi longue, interruption parut un siècle à Lord Byron : dans son impatience , il avait formé un plan de rendez-vous , et l'avait fait parvenir à sa maîtresse j la trajne fut décou-

verte , et la jeune fille coiidainDéé à être sur-lechamp enfermée dans uïi sac ejt jetée à 1^ mer. Byron n'était prévenu de rien , quand un soir^ en côtoyant à cheval le rivage de la mer avec deux Albanais quai avait pris à son service , i] voit plusieurs soldat^ s'avancer de son côté. Il apprend qu'ils ont la mission de noyer une femme; dès-lors il ne pouvait plus hésiter : au risque de s'attirer une mauvaise affaire^ il court à l'officier du détachement , parvient à l'intimider, et se fait remettre l'infortunée , dans la^ quelle il reconnaît son amante. Grâce à son intervention, et à une forte somme d'argent, le mfigistrat consentit à rétract<er son arrêt, mais la jeune fille fut obligée de quitter Athènes , et, quelques mois après , elle mourut de regrets et à la^uite d'une fièvre lente. Tel fut l'événement qui offrit à Lord Byron la première inspiration du Giaour^

Fqur se distraire de cette niort douloureuse, il s'éloigna d'Athènes, et résolujt de parcourir le Péloponèse. Il n'emmena pa? avec lui Flet-r cher; le pauvre diable, las de vivre loin de sa femme, de la bière et du pudding, avait obr tenu la permission de retourner en Angleterre. Pour Byron , à peine arrivé à Fatras , il fut saisi d'uBC fièvjre. violente, qui mit de nouveau ses jours en danger. Un médecin ignorant était çjiargé de le soigner, et les deux Albanais dont

VIE IXE BYRvON. 25

nous avQns déjà parlé s'étaient engagés , par serinent> à equper la tête au> tremblant Esculaipe^ s'il n'opérait pas avant quinae jours une cure eom* plète. Or^ ils- n'étaient pas. hommes à se pârjurep; aussi, quand Byron' recouvra la santé ^ le médecin se livra«t-<^il aux plus extravagantes démonstrations de joie.

Les embarras de sa fortune le rappelaient lui-* même en Angleterre. On. peut lire dans le Childe Harol(i\e récit touchant de la douleur des deux braves Albanais en se séparant de lui. Le !2 juillet 181 1> après deux années de pèlerinage ^ Byron débarqua au port de Falmouth. Il était dit que sa patrie ne lui oflrimit jamais que de pénibles impressions ou des illusions funestes. A peine arrivé à Loi^dres, un courrier parti de Nev?stead lui apprend que sa mère, est à Textrémité. Byron quitte tout pour accourir auprès d'elle; mais il, était trop tard, et il ne put recueillir son dernier soupir.

Le besoin de combattre sa profonde mélancolie le ramena à Londres. Il était d'ailleurs assez curieux d'y publier une nouvelle satire composée, pendant les derniers jours de sa traversée maritime, sur le modèle de Yjirt poétique d'Horace. Il avait aussi terminé les deux premiers chants de Childe Ifàrold ; msàs il voyait d'avance tous les reweur^ plaisanter sur la tourpiire romanesque de ses idées ^ et il tremblait

26 VIE DE BTRON.

de publier ce- chef-d'œuvre de la littérature contemporaine. Un ami parvint à le détromper : «Votre imitation d'Horace , lui dit courageusement M. Dallas , est au--dessous de vous^ tandis que Childe Harold est un ouvragé délicieux , admirable 9 em^hanteur. — Vous vous trbmpez , répondit Byron; mais tels qu'ils Sont, je vous abandonne mes vers : s'ils ont dii succès , que le profit vous en revienne.» Ainsi furent publiés les deux premiers chants de Childe Harold.

Ce JRoman {c'est le titre que lui donna l'auteur) ne se recommande pas à l'attention de nos classiques par une régularité symétrique ; vous croyez^ en le lisant, glisser rapidement en mer, à quelques pieds d'un rivage toujours varié, et constamment enrichi des plus ravissantes beautés. Sous vos^ yeux se succèdept le Portugal, devenu la proie des Anglais ; l'Espagne , sur laquelle s'abat le vautour gaulois ; la Troade , sépulcre des anciens héros ; Gonstantinople, calme séjour du despotisme; l'Albanie, déjà préludant il secouer leÉ chaînes du croissant ; la Grèce , enfin , dont toutes nos âmes ont plus d'une fois rêvé les doux rivages ; la Grèce , dont les malheureux enfans fléchissent sans murmurer sous le bâton baiiiare , tandis qu'ils pleurent de rage en voyant s'écrouler, à la voix de Lord Elgin,les colonnes de Sunium ou du Parthenon. Quelle chaleur pénétrante ! et partout quel sentiment

exquis de la beauté ! quel dédain pour les favoris de la fortune ! quel enthousiasme pour la liberté!

Le Pèlerinage de Childe Haroîd ( dont plusieurs de nos littérateurs n'ont jamais essayé de lilre même la traduction frs^neaise) fit jproclamer Lord Byron, dans sa patrie , le premier des poètes vivans : il avait alors vingt-quatre ans. Ses ennemis les plus implacables rendirent hommage à Févidente supériorité de son génie : mais, en se. déclarant douloureusement ses admirateurs , on pense bien qu'ils n'oublièrent pas de relever dans ses verà les propositions impies , déistes , athéistés et séditieuses , cortège ordinaire des ouvrages qui n'ont pas été composés sous l'influence immédiate d'une secte, dNiné cour ou d'une coterie. Leurs sourdes protestations ne rempéchèreut pas d'obtenir, dans ces premiers momens, toute la justice qu'il n'était en droit d'attendre que de la postérité.

Ce fut sous de pareils auspices qu'il fit sa première entrée dans le monde. Les dames, bien que jalouses de la préférence donnée sur elles , par Childe Haroîd^ aux beautés de l'Orient et de l'Espagne, caressaient l'espoir de rainener le jeune poète à de plus tendres sentimens : elles l'accueillirent donc avec émotion et coquetterie. Byron n'était pas de ces hommes dont la prestigieuse réputation ne supporte pas l'épreuve de

28 Vli; DE BYRON.

Tintimité : vu de près , il parut grandir encore. On lie se lassait pas d'admirer cette belle physionomie , également- faite pour exprimer Ten-^ thousiasme^ le dédain^ Tamour ou la haine. Mais le caractère de ses pensées comportait une dignité sérieuse dont il lui était presque impossible de se dépouiller : si quelquefois il se livrait à une bruyante gaîté , ces éclats étaient rapidement remplacés par une teinte de tristesse importune. Il tombait fréquemment dans une grande préoccupation mélancolique > et même y au milieu des cercles les plus avides de recueillir $es moindres paroles^ il semblait faiblement combattre ce penchant à la distraietion. I^ui arrivait-il de le vaincre? on admirait aussitôt une conversation d'autant plus étonnante^ qu'il cherchait moins à exciter l'étonnément : les saillies les phis vives se pressaient sur ses lèvres ; ses yeux^ dit-on ,. lançaient des éclairs, et nul homme né se vantait d'avoir pu l'écouter sans émotion , sans une sorte de respect. Il n'en était pas ainsi des femnies qui, ne rougissant pas auprès de lui de leur infériorité intellectuelle, laissaient ordinairement parler . en sa présence leur imagination ravie.

Toutefois cet universel engouement ne fut pas de longue durée : pour le prolonger, il eût fallu faire p^^euve d'affectation , et ce défaut général de la société anglaise était justement celui dont

VIE DE BYRQN. 29

Lord Byroa était le moins susceptible ; il eût fallu caresser Tamour-propre des automates qui se pressaient autour de lui , et Byron ne sa* vait jamais dissimuler ses impressions dédaigneuses. D'abord les dandjrs^ espèce de fats qui 9 dans la grande société anglaise^ forme une majorité compacte (comme en France nos -merveilleux et pos' petits-maitres ) ^ briguèrent long*tems sa bienveillance , en composant sur son extérieur leur maintien et leur costume. Une foule de fades et languissantes beautés essayèrent à Tenvi sur. son cœur la puissance de leurd charmes ; Byron accueillit du même silence les grimaces des uns et les vaporeuses œillades des autres. Dès^lors une cabale sourde se ligua contre lui; un plan de calomnie fut organisé ^ et le succès dépassa bientôt toutes les espérances que se^ auteurs en avaient pu concevoir.

Fatigué des cercles de la capitales , il fit ^ dans le Westmoreland^ une course vers ces lacs devenus célèbres par les mélancoliques et monotones éhicubrations des Wordsworth, des Coleridge et des Southey. Ce voyage augmenta encore le nombre de ses ennemis; les poètes lakistes se montrèrent humiliés de l'indépendance de ses opinions^ et furieux des épigrammes dont il accablait leur politique bigoterie. L'apparition presque simultanée du Giçour^ de la Fiancée d JJbydos y du Corsaire et de LarçL^ leur

offrait une occasion d'attaquer ses principes et de noircir sa yie. (t Qui'- peut , s'écrièrent*^ils ^ fournir à LordByron les couleurs dont il se sert pour peindre tous ces héros dévorés de passions et de remords ? qui Tinitia aux mystères^ des plus horribles angoisses delà ^ie ? qui lui apprit à revêtir de fortnes séduisantes les plus odieux scélérats ? Ah ! sans doujte , la source de son génie est empoisonnée ; elle n'a pu naître que de Ja perversité de son caractère. Rien dans sa conduite^ il est vrai , ne justifie d'injurieux soupçons: mais Ta-t-on suivi dans ses oourêes loiAtaines? Qui sait si quelque crime secret ne trouble pas le repos de' sa vie? Trop de rapports sensibles existent entre Ghilde Harold^ Conrad et hii pour que Ton- puisse endore douter de l'identité de l'auteur et de ses personnage's. Et quel insensé pourrait envier un talent qu'il faudrait acheter à pareil prix?... »

Lord Byron jugeait indigne de lui de repous-ser d'aussi Jniames soupçons : cependant, il suivait avec assez d'assiduité les séances de la chambre des Lords. Toujours étranger aux ambitieuses intrigues qui se trament jusque dans les conseils de l'opposition populaire , il prononça à la chambre haute trois discours assez remarquables^ dans lesquels il peignit de couleurs énergiques la détresse des ouvriers et l'asservissement des catholiques. Mais l'inutilité de

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ses eflTortsrefroidit bientôt sa ferveur parle;neutaire, et il sentit qu'il servirait plus efEcacement la cause de la justice et de la liberté ^ du baut de la tribune poétique que s'était élevée son génie. Il acheta , a la même époque , une' action au théâtre de Drury-Lane , et quelques jours après il fut nommé directeur du jury chargé d'y recevoir les ouvrages dramatiques.

La mobilité de son imagination , sa passion pour les voyages ^ et les ^ouvisnirs de plusieurs beautés qu'il avait peintes dans le Gtaour et le Corsaire , tout aurait dû le détourner du mariage , et surtout de l'idée d'en former les redoutables nœuds avec une Anglaise : il n'en fut rien. Ânne-Isabelle^ seule fille de sir Ralph Milbank Noël ^ fut celle sur laquelle il fit tomber son choix : elle était belle ; mais , sous l'apparence d'une bienveillante douceur y elle cachait WûL caractère inflexible et un orgueil de pruderie qui devait faire le malheur du plus pacifique des époux; à plus forte raison celui de Lord Byron. Elle apprit avec une sorte de transport que le jeune Lord songeait à demander sa maiur^ et quand on lui rappela les défauts de Byron^ dans les cercles de bas bleus {blue stockings) y dont elle était l'un des ornemens, elle répondit qu'elle espérait ramener son époux à force de douceur^ de leçons et d'exemples. Le mariage fut célébré le, 2 janvier i8i5.

Bien que formé sous de funestes auspices^ il eût peut-être été fortuné sans linterventiôn , presque toujours fâcheuse^ d'une belle-mère. Les Milbank conservaient dans leur £Èimille la tradition du vieil esprit d'austérité et d'intolérance qui distinguait les puritains; aussi Thonorable Imiss Milbank avait-elle consenti avec répugnance à l'union de sa fille avec Byron. Elle ne tarda pas à devenir une mortelle ennemie : la lune de miel niém« ne fut pas exempte d'orage. Byron eût voulu en passer le cours loin du tumulte de Londres; il craignait les folles dépenses^ et surtout les insipides distractions du grand monde : il fut obligé de renoncer à son projet. Partout recherchés avec empresse-* ment, recevant à leur tour avec grandeur, la dot de la nouvelle lady fut bientôt dissipée en prodigalités, et Byron prévit de nouveaux embarras pécuniaires. D'un autre côté , son amour de l'étude et des méditations solitaii'es s'acéomnlodait mal de visites fréquentés et de la présence continuelle d'une épouse soupçonneuse ; parfois il accueillait avec fatigue les tendres expansions de lady Byron, et cette femme altiëre, se croyant alors dédaignée, revenait prêter une crédule oreille aux sujggestious de sa mère et d'une an^ cienne nourrice. Ce n'était pas tout : plusieurs espions féminins venaient nourrir les défiances de ces trois femmes et suivaient sans relâche

toutes les démarches de Lord ByronJ Dans un secrétaire que lady'Byron fit enfoncer, o*n avait trouvé des lettres amoureuses : par malheur , le nom de l'ancienne maîtresse n'y était pas tracé ; il fallut recourir aux conjectures. Une actrice de Drury-Lane ( mistress Mardync ) est soupçonnée' : sur-le-chanip elle est reconnue pour l'indigne cause des froideurs conjugales de Byron. Des pieux salons de la famille Milbank ^ la nouvelle se fut bientôt répandue dans tous ceux de la capitale > et (voyez la retenue delà haute société anglaise ! ) quand la pauvre Mardyne reparut sur le théâtre y les dames se cou-« vrirént modestement de leurs éventails ou de letirs mouchoirs ; les jeunes dandjrs sifflèrent , et Tactrice fut obligée de se retirer , en protestant de son innocence. Il fut prouvé, plus tard , qu'elle n'avait jamais dit un seul mot , ni niéme vu une seule fois Lord Byroi^:

Lady Byron avaii un caractère fort excentri^ que. Elle s'imagina un autre jour que la froideur de son mari pour ses èharmes et surtout pour ses conseils dénotait un certain dérangement de sensorium commune. Par ses ordres, plusieurs inconnus pénétrèrent dans le cabinet d'étude de Byron (il composait alors le Siège de Corinthe); on l'accabla de questions inintelligibles pour lui^ et auxquelles sa fierté lui permit à peine de faire quelques réponses. Plus tard , il apprit I. 3

34 VIE DE BYROJV.

qu'il avait rciçu la visité de docteini» en méde^ ciae^ eharQéa d'examiner ses droits au séjour de Bedlattu. Il est inutUe de dire que ces doqteurs n0 répondirent pas à lattente de lady Byron.

Il semblait que la naissance d'une fille , arrivée le lo décembre i8i5^ dut mettre lin terme à ]a soux^ieuse niésintelligence des deux époux; mais , dans le mônle ténas y de nombreux créanciers ayant demandé la garantie de leurs cvéan* çe^, ByrOn ^e vit arcade vendre les somptueuses propriétés qu'il avait, en se mâriacnt^ achetées à Londres, à lai Sollicitation de^ lady Byron. Les poursuites judiciaires cessèrent : mais, sous pré-* te^fLt^ de les prévenir , ih ste décidèrent, d'assez bonne ^ace, à vivre ^r pendant deux ou trois moi$, éloignés l'un de l'autre* Lady fiyron re«« tourna, donc çhe» sott père; et q^uelques jours après I à l'instigation de sa famille , elle écrivit à Lord Byron que jamais elld ne consentirait à le revoir»

Tel est le récit exact de cette séparation , qui a fourni matière à tant d'invectives et de calom** nies contre la conduite de notre grand poète. Si le public devint le conBdent de ses ennuis do«» mestiques , il faut en accuser les indiscrétions ridicules de lady Byron. Écoutons Byrou lui-« même :

« il existe dans le mariage ime foule de causes A) inappréciablesde dégoûts mutuels etdegriefs.

VIE DE BTRON. 35

»} dont nos plus ÎBtiraeft amis^ ou nos plus pfo^- » ehesparens^ ne^ftauraient estimer la |tt»t€fTa^ » leur. Les épons seuls peu^etit s- ew fùttA^t utte » véritable idée ^ eux seuls ont lé droit d'ea J9 parler. Tant que le mari u-a pas da totts sdki^ ^y daleux k l'égard de m femme; toflt qu'il ne ;» commet auctuie actian'préjudiciable à la com- >} mimafuté^ de quel droit ricoBt-^on 1« klàmor^ » s'il juge àrpr opos de vivre éloigné d'un^ femmie » qu'il <;oBiiattimeiix^ sans doute, que ceux qui » promeut sa dé&nse? N'eist4l pas absurde de » vouloir cSoutraindre dttux individus qui se dé- >j testent à rester imis, quand ils soupirent tôùs -h deux après l'instant d^ le^ur séparation ? TèHé M es4 du moins l'iotentidn de oeux qui ^ ^ tal^ » guant d'une aneiemie liaiisôn, interviennent » dans les débats domestiques. »

Quoi qu'il en soit ^ la séparation dé Lord et de lady Byron fit revitre tous lès anciens contes dont les précieuses de Londres ( les èéis bleus ) ftvaient les ptemiëres répandu lé brilit : tous les écrits périodiques, a l'exception d'un seÉil {tEaramirmteur)^ les répétèrent à l'envi : Une misftress Lee composa un roman dont le héros (Lotd Byt*on^) étHit , sdus le nom de GlenarvtM^ accusé de phisieujfs assassinats. On alla jusqu'b imprimer qfu^étranger a tons les^' sentimens de bienveillance et d'humanité il n'était pas mênle susceptible d'être cdptivé parles attraits où les

vertus d'une femme ; et les stances ravissantes qu'il avait adressées à Thirza^ à Maria, a Janthé, ne lui avaient été inspirées que par son attacbement pour un ours, et le chien de Terre-Neuve dont il avait composé lepitaphe. Il né paraissait plus à Drury-^Lane sans être accueilli par des huées; les dames le désignaient du doigt, les enfans poursuivaient sa voiture quand il se rendait a la chambre des pairs, et sa vertueuse femme écoutait avec une merveilleuse sérénité le récit des calomnies dont il était abreuvé.

Cependant , cet homme était Lord Byron , le chantre de Childe Harold et du Giaour! celui qui avait défendu de toutes ses forces les catholiques d'Irlande et les chrétiens de l'Orient ! Ah! si; pour l'honneur de la France, un aussi puissant génie, une aussi grande ame, eût reçu le jour dans son sein, lui eût-on décerné les mêmes récompenses? Les clameurs de misérables et ridicules coteries auraient-elles ainsi aveuglé Topinion publique? Nous avons Tor-^ gueil d'en douter.

Une faut pas s étonner si, depuis ce moment, Byrbn conserva contre l'Angleterre une haine profonde: elle n'était plus digne de ses hommages. Pour comble de disgrâces, il se vit obligé de vendre labbaye de Newstead, demeure de ses apcêtrès, afin de restituer aux Milbank la dot de lady Byron. Newstead seule

le. retenait en Angleterre ; quand il s'en fut dépouillé^ il s'éloigna une seconde fois d'une ingrate patrie , avec la résolution de n'y jamais revenir.

Quelques jours avant son départ^ une jeune dame^ que ses talens n'avaient pu tirer de la misère^ se présente chez lui^ et le prie d'honorer de sa protection' un recueil de y ers qui formait son unique ressource. Elle était belle , ses parens étaient éloignés , et ceux qui d'abord l'avaient encouragée à se dévouer au culte des muses lui avaient retiré leur protection , avant d'avoir pu apprécier si réellement elie en était digne. Byron l'écouta avec attention. Quand elle eut fini de parler : « Puissiez-vous /madame , répondit-il en lui présentant un billet plié, être plus heureuse que moi; puissent vos talons, vos vertus et votre beauté désarmer l'envie! Voici ma souscription. Mais tous deux nous sommés jeunes , et le monde est pervers; je ne veux donc pas avoir l'air de m'intéresser a vos sucées : ce serait vous faire plus de tort que de bien. » La jeune dame prit alors congé de lui , et sa surprise fût grande , en rentrant chez elle ^ de voir que le poète lui avait remis un bon de cinquante louis sur son banquier. Avant qu'elle songeât à publier ce trait de générosité , Byron touchait au, rivage de la France.

C'était au printems de 1816. 11 emmenait avec

avait adressées à sa femme en ijuittant FAngleterre,, elle s'écria : « Mesdames, jéne sais quel est le coupable, mais je me consolerais d'avoir été malheureuse comme lady Byron, si j'avais inspiré à mon époux de semblables adieux. » En effet, pour ceux. qui ne sont pas dépourvus de sensibilité , ces vers Iseront toujours , à défaut d'autres Mémçtires y\à. condamnation de làdy Byron: ' C'est à la ; campagne Diodàti qu'il composa Manfred, la première' et la plus grande de ses compositions dramatiques, et le Prisonnier de Ç/tillonj dans lequel il semble , comme en se jouant, avoir réuni à Timagination de Dante celle de Chateaubriand. De la Suisse il descendit en Italie, accompajgfné de Shelley et du docteur Polidori , son secrétaire , le même qui publia quelques mois plus tard , à Londres , la fameuse histoire du J^ampire." Arrivés^ à M ontanvers , le prieur des. bénédictins les pria de mettre leurs noms sur l'album du couvent. Shelley répondit à cette invitation en y inscrivant le mot Adeoç. Mais Byron, jetant à son tour un regard sur le livret, se hâta de passer un trait sur le mot que SheUey avait eu la ridicule hardiesse de tracer. Telle fut pourtant la seule preuve qu'osa plus tard donner le poète Southey de l'athéisme de Lord Byron/ Les ouvrages de l'illustre poète se chargent à l'envi de démentir cette odieuse imputaition : Byrqn fut , au contraire , et toute sa

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vie ^ tourmenté de ces doutes métaphysiques, noUes et sûrs indices d'une ame profondément religieuse ; et quant à Sfaelley lui-même , auteur d'un poème satirique , la Beine mob > dans lequel les opinions dogmatiques sont peu respectées, il est certain qu'il avait sur l'immortalité de l'ame , et sur l'indépendante dignité- de son essence, les idées les plus respectables. Nous ajouterons toutefois qu'elles offraient quelques rapports visibles avec celles de Spinosa , si souvent accusées , si rarement approfondies.

La première résidence de LordByron, en Italie, fut Milan. Il y passa L'automne et une partie de l'hiver de 1816; il allait, presque tous les soirs, entendre, à l'opéra de la SccUa, ces belles partitions dont la France commence à préférer la large mélodie aux ariettes de sa lourde, maigre et vieille, musique. Des premiers jours de l'année 2817 aux. derniers de ïSiq, il vécut a Venise : il y composa ^oz^^^a^ les deux drames de Màrino FaUero et des Deux Foscari et le quatrième chant de son cher Ckilde Harold. Dand les derniers vers de cet immortel poème on sent l'influence des impressions du ciel vénitien sur son cœur; les ruines de l'ancienne reine du monde glissent, moins désolantes, devant ses yeux : il sourit tnème à la vue des danses et de la guitare adriatique, etlltalie, semblable aux jardins d'Armide, entremêle sans cesse, à

$68 mélan^oltqiKes méditations^ de suaves aceens de mollesse et d'amour. Au coucher du soleil , qui n'est nulle part aussi magnifique qu'à Ve« nise^ il parcoui^it la ville dans une élégante gondole, tandis que^ pour quelques pièces d'argent 9 deux bateliers reproduisaient y dans leurs chants alternatifs , les octave» d'Ârioste et de Tasse. Le jour^ il allait sur les sables du Lidô exercer ses chevaux ou se baigner dans la mer. Il parcourait les campagnes ^ et , pénétrant dans les plus humbles c^banes^ il prodiguait aux malheureux des secours et des consolations. iJe feu prit un jour à la boutique d'un cordonnier : chargé d'une nombreuse famille, cemalheuretlx se voyait privé de toutes ressources. Byron Tap* prend ; lui foit passer la valeur de tous les objets que les flammes avaient dévorés , et quelques jours après il Tiovite à retourner chez lui. Sa maison était reconstruite, plus commode, plus élégante qu'auparavant. Le hiisard fit découvrir aux Vénitiens étonnés plusieurs semblables, traits de générosité.

Mais un penchant invincible Fentratiiait en même tems au plaisir s gardons-nous de le loi reprocher: cette passion pour les femmes, di»^ on lui fit un si grand crime dans son immorale patrie, fut sans doute Tune des sources de son génie. A Venise, il fréquenta les brillantes rçu*nions, les bfds masqués, les concerts et les théâ-

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tre^: inai^/les fapiS&s enchanteresses .de Venise entourèrent vainement sa t^te de fleurs ; les sou* venirs de rinjusticé de ses compatriotes, de son premier amour et de sa fille , ne cessèrent de- Ty poursuivre. Il demandait et recevait fr^ quemment, par Tentremise. de sa sœur ^ des nouvelles de sa chère ^da; et quand^es lettre» éprouvaient quelque retard , il tombait dans de profonds accès de mélancolie.

Tandis que son tems semblait ainsi consacré à de frivoles distractions, il faisait paraître une succession de nouveaux chefs-d'œuvre. Las de ne présenter que 1^ inspirations d'un noble enthousiasm^ à un monde qu'il avait appris a mépriser en 1^ /connaissant miens, il parut se ^ repentir d avoir pris au sérieux les malheurs et les turpitudes huniaines, et il forma le plan d'uu ouvrage dans lequel il. reproduirait, sous uu nouveau point de vue , la grande scène de la société. Dans ce poèmp extraordinaire de. Don Juarij vers, octaves, chants, conception, tout d'abord parait improvisé ; mais ce désordre lap^ parent est un heureux effet de l'art. L'inlention profondément calculé^ de Byron fut de pein^ dre le monde tel qu'U était , avec ses courtes joie^ ^ se^ sQHffrances inénariables^ il voulut faiig^uer les âmes capables de réfléchir, en les obligeant à considérer à quel degré d'abaissé 7 me9t , de honte , leurs préjugés les faisaiçqt

descendre. Jamais projet ne fut mieux exécuté. Vices de l'éducation , malheurs de rkumanité / innocens plaisirs , honteuse débauche^ horreurs de la guerre , intrigues et vanités des cours , peinture d'unir nation parvenue au dernier degré de corruption , tel est le vaste et instructif tableau que déroule à nos yeux le Don Juan. On pourrait lui appliquer ces vers charmans du second chant :

I ean't deseribe it, ihough $o mueh i$ êtrUce ; Nar Uken it, — J nwer saw ihe like,

(t Je ne puis le décrire , quoiqu'il m'ait fait une » vive impression y ni le comparer à quelque » chose* — Je n'ai jamais rien vu.de pareil. »

On a pourtant eom^BLré Don Juan à la PuceUe; ^ c'était juger d'un arbre d'après son écorce. Voltaire^ dans son poème , s'empare de toutes les idées nobles que notre imagination aime à nourrir : il lutte contre elles ^ ilne les Quitte qu'après les avoir imprégnées de ridicule. Du reste^ il ne idéméle rien avec les turpitudes de la vie : elles sont, eu contraire, son point de départ et le niveau auquel il s'efforce de ramener toutes choses. Que s'il s'arrête avec complaisance sur des scènes d'amour, son pinceau ne produit encore qu'un tableau infernal dont, fort heureiisement, on chercherait en vain, dans la nature, le modèle. Les deux poèmes ont pour-

tant cela de commun , qu'ils sont tous deux Teffet d'une débauche d'esprit. Mais la Pucelle fut premièrement destinée à égayer ^ les loisirs de Frédéric-le-Grand , tandis que le Don Juù^ fut composé pour une génération qui avait lu avec enthousiasme Werther^ René, Childe Har rold et Manfred. La verve de gaité ne pouvait donc être de la même espèce dans les deux ouvrages. JiKù&Jaan on aperçoit rironie, mais jamais cette irpBie. ne flétrit une ame^ une action , une idée^ nobles ou grandes. Byron y développe nos sociales misères avec un calme qui est loin de son cœur; a chaque instant il trahit ^on émotion^ et quelquefois, en s'y abandonnant avec

franchise, il nous fait fondre en larmes. Enfin,

pour me servir des bc^lles expressions de madame Belloc^, son but bien évident est a d'o-* » bliger les hommes à se relever à force de mé- » pris. Les saillies de Don Juan ressemblent à » des fleurs dont on aurait entouré une couïi ronne d'épines ; on devine que le front qui la » porte en est ensanglanté. »

Lord Byron quitta Venise en 1819, et vint s'établir à Ravenne. De tous les séjours qu'il essaya, Ravenne fiit celui qui lui plut davantage. Dante , son poète favori , y avait passé plusieurs

> Oa, comme dÎMit Voltaire» pour le régaîllardir. ^ hofrà Jfynm, par madame L* Sw. Belloc » \%ik* .

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BBuéeê d'exil : kipi^lque»- milles» de la ville g'élevait la forêt de pins plusieui*s ibis meitiiùnnée dàxïfile Déeameron de Boceaee^ C'est la qu'il composa la Prophétie du Danie y les t^oiidiëBie^ qaa^ •triëme et «inquiëme chants de Don Juan y Sar^ dùhcpalèy'Càïn et le Ciel et la Terre ^ Juan 6t Caïn offrirent, en Angleterre^ nu Aowel aliment aux -esnemis dts noble poète . Lord&frdn ne répon- -dit aux injiire8.qil'eti 4^taiïl> pour jiiâtifiel* Caïn^ l'exâiapk péremptof re de Miiton. Lé pai1;f d^ôs hypocrites > s'emparant alors de sâ vié privée, lui rfeproeha une avarice sordide? ri !eâ ërtten-^ dre, il ne prodiguait le scandale qtie pour mieux irouVer à vendre ses poèmes. Comme ilgaiidaît un dédaigneux silence , ses amiâ répondirent pour lui r que jusqu'aioi's le Uobie Lord A'àvait rien louché pour ses ouvragés , et qu'il leUr eu avait éonstainment abandonné le profit. Cepen^ dsùit le directeur du théâtre de l)rttry-Larie faisait représenter sa tt«gédie de Marino Paliero, qui n'avait pai été destinée k être jamais jbiiée; elle n'eut pas, au théâtre, le Qiême sUCcfès qil'à Ja lecture, et, aprfes ti'ois repréëeiitatichnti^ , le librkîre de Lord Byrou réclama et obtint, de l'autorité , le droit de la retirer.

' Lord Byron fut nioins sensible k tous ces désagrémens qu'à la mort du commandant militaire de Ràvenne* Gethomtmeyvéléi^arideNapoiéou, avait fini p£|r s'attacher a ianaaisofftd'Âo^riehe;

YIE DE BYRON. 47

mids^ à cette épo^e où r£s|)ftgne était en feu^ oh. ritalie préludait à sa passagère révolution , la haute police gei*maniquQ vint aie soupeonner àe carbonarisme^ Il fat assassiné^ en plein jour^ dans la ville de Ravenhe^ à une portée dé fusil ^eja denleure de LordByron. Gelui^ei eniex^ dant une détônnation, accourt^ met vainement %eji gens à la r^herche dés meurtrier^ y et ttans^ porte la viMiine dand son palata; mais k peine déposé sur lea escaliers intérieurs^ le pauvrecom'^ mandant n'existait phia. Cet événement fit sur lui une impressioti q4 al a fidèlement consignée dans le cinquième chant de Don Juan. Les eoa« pableâ de ce meurtre la» furent nullement pour-^ suivis.

Quelque tems après éclata Ti^sarrection du Piémont. Byt'on ne prit aucune part directe à tous Ces mouvemens tumultueux qui i'éten** daient jusqu'à Piiie) seulement il ouvrit un asile à ceux qui ^ au raomelit de la réaction , ehei^ chèredt a ^e dérober aux tengeaaieea de la po^ liée. Il avait réuni dans son palais une cenf^iine d'armures complètes , dont il avait rintentioD arrêtée de faire. usage si les révoltés voulaient sérieusement s6 défendre ;.mais il n'en fut ricaa. Étoufiee aussi facilement qu'elle avait été exé^ cutée f la cohsp^-ation carbonari^ome échoua en Allemagne i en Italie % en Sspa^né , en Ff»âce ; en un mot^ sur tous les points de l'Sura^e.

Dès ce moment il ne fut phis en dureté k Ravenne : chaque jour il recevait des lettres menaçantes , nuis rien ne pouvait le décider à in<i* terrompre le cours de ses promenades. Enfin , la voix de l'amour fut plus puissante que celle de la crainte sur cettie aine passionnée. Depuis quelques années y il était Tamant heureux de la comtesse Guiccioli : Theresa Gamba , mariée à seize ans au vieux comte Guiccioli^ douée d'une beauté merveilleuse et de tous les dons qui peuvent ajouter à celui de la beauté , devint facilement éprise du plus grand poète , et de Tun des {4us beaux cavaliers de son tems. Le vieux mari se plaignit^ non pas d'avoir un rival, maiâ d'avoir un rival hérétique et soupçonné de libéra-lisme. Bientôt, demande en séparation simtdtanément faite par les deux époux : le pape , juge de l'affaire) consent à rompre des nœuds mal assortis, mais à condition que la jeune comtesse sera reléguée dans un couvent. Byron ne trouva qu'un moyen de rendre vaine la décision du souvemin pontife; du consentement du père et du frère de la comtesse, il disparut de Ravenne avec elle, en 1821 , au commencement de l'àut<mine , et alla poser sa tente dans la ville dé Pise.

■ 11 y loua, pour i;ine année, le vieux et ma-' gnifique palais Lanfrcmchi^ au nom duquel se rattachaient plusieurs grands souvenirs poéti-

€[ues et légendaire^. Il semblait trouver des in<> spirations dans les murs d'un vieux et gpthiipie édifice comme dans Faspéct des montagnes ou deJa mer. Les petites aiùes de sa patrie prétendirent qu'il recherchait le voisinage de ces im-^ posantes ruineàpoyir exciter la curiosité; mais l'auteur de ChMde Harold conuaîj^sait, par expérieiiGfe / de plus: surs moyens de Smst naître Kadààiràtion de seft «Contemporains; tïy à vrai dire, aie n*est pas eomj^Kendrê Thibmme de génie que dele su^Qseri- itni^sttîiit^ capahlede ealottls auis$i misérables.

Taisidia qu'il était à Pise[^ il reçut la nouvelle delà nîort dé lady JSoë)^ mère de sa femèmOi^ Il écrivit aussitôt à dette dertiière une lettre de copidoléance daoà laquelle ^revenant sur les inotifs deleur séparation^ iUuitéi|ipig|iiût l'ardent désir 4^ 1& revoir et d'eioibrasseV sa fi^le. L» iKtori de ^ plus, ardente euxiemie lui faisèdit espérer que lady Byron consentirait avec joie à ce: rapprdèhenént : il se trompa ençoVe. Il ne reçut d*' Angleterre aucune ré|>onse.

Quelques jours après le: départ de cette let-^ trel> ud anonyme lui fit parvenir un médàiHon renfermant ^m» bouele die& cheveux de sa chère Ada% Rien ne peut donaek:' une idée de ta joie qu'il m6ntra dauâ dette ôccasfion : ilhaidait ces chéveui^y Ic^ touchait > lès contemplait avec des yeux passionnés I II pendit le précieux médaillon

autour de son cou , et ne s'en sépara plus qu'à la mort. .

Les journaux anglais lui apprirent alors que Leight Hunt était perséeuté dans sa patrie ; c'était l'éditeur de F Examiner, le seul journal qui eût pris à cœur sa défense , à l'époque de ses^ démêlés matrimoniaux : Byron lui écrivit pour lui demander en grâce de venir habiter l'Italie, et lui offrit pour asile le palais Lanfranchi.tkùni accepta sans délai, ^t à peine arrivé à Pise il fit goûter k Lord Byron le plan d'un journal qui, assurait-il, ne pouvait manquer d'intéresser vivement l'Europe. Il parut trois numéros du Libéral : mais les rédacteurs , et Byron le premier , se lassèrent bientôt de coopérer à cette entréprise, poiir laquelle ils n'avaient peut-être pas une vocation merveilleuse. Dans le Libéral fut publiée la P^ision du jugement , excellente satire d'un poème louangeur du lauréat Soutiiey, ■ '

Lord Byron f Shelley et les deux Gamba se promenaient un joiir à cheval, à quelques pas de la ville , quand un sous-offieier, passant au grand galop au milieu d'eux , renverse l'un des domestiques et continue sa route sans articuler la moindre excusé. Byron s'élance à sa pour^-. suijke, lui demande raison d'UTl^ pareille insolence et reççlt poTir réponse de grpssières injures : d'autres • soldats viennent alors soutenir

leur camarade ; une rixe s'engage entre eux et les gens de la suite de Lord Byron , et au nombre des blessés se trouve le sous-officier provocateur. L'affaire s'instruisit devant les tribunaux. Lord Byron ne fut pas compromis dans les débats ; mais les juges condamnèrent le comte Gamba, son fils et plusieurs des gens dé Byron à s'éloigner de'Pise. Comme la belle com-* tesse suivait le sort de son père , Lord Byron se décida à les accompagner a Livoume. Mais de nouv'elles persécutions y attendaient les Gamba : obligés de quitter la Toscane , ils choisirent Gênes pouir leur nouvelle résidence , et cependant, liët cbn^tésse demandait à Byron un asile et revenait avec lui à Pise , au palais Lanfranchi.

A quelque tèms de là mourut son meilleur ami, Bishe Shelley, âgé seulement de vingtneuf ans. Ce fut un grand malheur pour la littérature ; car , après la mort de Byron il eût* pu donner au public , sur lui , des détails qui ne se trouvèrent plus que dans les mains craintives de Thomas Moore. Les tristes impressions que cet événement laissa dans l'esprit de Byron le décidèrent à s'éloigner une seconde fois de Pise. Il se retira dans une maison charmante située à une demi-lieue de Gênes , sur une hauteur qui dominait le golfe et le vaste horizon qui s'étend autour de la ville. On. remarqua, dès ce

&3 yi£ DE BYRON.

fnoment , qu'il devenait plus gédentaire f qu'il négligeait ses courses à cheval et tous les diver-^ tissemeus auxquels il se livrait précédieHiitieut. Il avait laissé à Fise la belle çomtesçe Guiccioli; il refusait de voir la société : cmfin ^ il mettait dans sdf)^ dépenses une économie qui surprenait toi» ceu^ qui avaient été témoins de ses prodigalités antérieures. On sut bientôt le secr<^t 4e cette énigme : au mois de juillet iSâS^iui offi'f cier virestphalien , nommé DetStriitz, aborddà Gènes à son retour de Grèce , oii il avait comrbattu ^us les drapeaux des insurgés , depadis 1821. A peine Lord Byron Teut^l appris^ qu'il descendit a Gênes , et n'ayant pu Fy rencontrer^ il lui écrivit pour l'inviter à se rendre à sa maison de campagne. Ici nous laisserons raconter madame Belloc qui entendit tous les détails de l'entrevue^ de la bouche même de M. Det Striit».

« M* Det Striitz y alla le lendemain , et trouva Lord Byron. devant une table , examinant une carte de la Grèce. Il se leva et lui fit l'accueil le plus favorable..... Il adressa à cet officier pluâi^rs questions sur la situation des Greçs« « Il » itarkit avec tant de feu , me dit le colonel ^ » que j'avais quelquefois de la peine à suivre le » cours de ses idées ; je m'efforçai cependant de >) 1^ mettre au fait de tout ce qu'il désirait savoir.» Après être entré dans une fouledeparticu-

VIE DB BYBOir. 53

laritésr^ il retint k dhier le colonel, et en sortant àé table il prît son bras et le conduisit dans le peirc qiii entoundt la maison. « Tout d'un eottp> » au détour d'une allée, il s'arrête bruscpemeïit » et me dit : PensezHvaus que nia présenee put » éirè utHe aux Greàs? me verrcuent-Us avecptai- » sir? Je ne pouvais croire qu'il voulût échanger » l'cixistence agréable qu'il menait pour une vie n de privations, d'inquiétudes et de danger». ^ » n'hésitai pourtatit pa» à répondre que sa pré-^ » seiiee serait pour les Grecs un bienfait,, et qu'il » était digne de travailler k une régénération . » que ses écrits avaient en partie commencéoi » Je le voudrais de gt^and eœur^ répondit-il J maii nj€ crains que me^ moyens ne soient en dispro^ M portion ai^ec ma tâche. Enfin y je ferai ce que « je pourrai. Mon projet cP aller en Grèce lié date npas daujourdhui; je le nourris depuis long-' » iems. 'Jerifer suis plus indécis sur mon voyage; » mais te qui m'importe, c'es^ de le rendre utih. >i Et le lendemain matin , en me revoyant, â mi » dit encore^ : « J^^ ri ai pu dormir cette nuit que » dun sommeil a^ûé. Je me voyais toujours à ht n tête des bnwes SouUotes , ou à daté d'un delêurÈ M intrépides chefs , combœtanP les Turcs son* M vouloir leur faire grâce, et il se pourrait que »j Tnon réi^e se réaksât un jour; car: je n'irai pm » en Grèce pour y être oisif. Je veux me faire faiH D des armes açforU départir. »

54 yiE DE BYRON.

D^iU mois s'étaient à peine écoulés depuis celte entrevue, quand il s'embarqua à Livoume accompagné du comte de Gamba et de ses compatriotes sir Edouard Trelawney, Hamilton Browne, etc. Dans les derniers jours d'août le vaisseau jeta l'ancre dans un des ports de Gépbalonie.

Céphalonie est l'une des tles ioniennes laissées sous la protection du gouvernement anglais , depuis le traité de paix de i8i4* Lord Byron qui n'ignorait pas , en se dévouant désormais à la cause des Grecs , les dissentions déplorables qui régnaient parmi eux, craignit, s'il descendait de prime abord sur le théâtre de l'iusurri^ction , de ne servir qu'un parti en voulant soutenir la cause commune^ Il connaissait les Grecs, leur turbulence , leur jalouse indépendance , leur misère et leur avidité; il n'ignorait pas que déjà ces défauts, suite naturelledu genre de vie des Arnautes , avaient fait retourner sur leurs pas un grand nombre d'Européens accourus en Grèce dans l'espoir chimérique d'avoir pour compagnons des milliers d'Âristides ou de Périclès. Ces dissenjtions , ces motifs de découragemens, voilà ce que Byron voulait essayer de détruire en se rendant en Grèce; mais il fallait avant tout qu'il connût l'exacte situation des choses.

Les Grecs venaient de commencer la troi-

VIE DE BYBON. 55

sième campagne sous d'heureux auspices. Tandis que Tarmée des deux pacbas Yussuf et Mustapha était taillée en pièces dans les défilés des Tbermopyles par le brave Odysseus, l'ancien Péloponèse était presque entièrement affranchi du joug des Turcs; mais, du côté de FÉtolie, une nouvelle armée , commandée par le pacha de Scutari, s'avançait jusqu'aux murs de Missolonghi, et cette ville importante et tous les ports de la Grèce occidentale étaient déjà bloqués par les armées de terre. et de mer des Turcs.

Byron commença par envoyer sur le continent MM, Trelawney et Brovirne , avec la mission d'explorer l'état de tous les. partis. £n attendant leur retour, il fixa son séjour dans la petite ville de Metaxata , qui devint aussitôt , pour ainsi dire , le point central du gouvernement grec , tant était grande la réputation qui le précédait.

Elle grandissait encore tous les jours; ceux qui l'approchaient , Anglais , Français , Allemands et Grecs , ne se lassaient pas d'admirer la profondeur de ses plans et la magnanimité de ses intentions. Sans cesse appliqué à rechercher des instructions positives , il écoutait avec attention les rapports les plus contradictoires : il répandait l'or à pleines mains , mais avec discerne^ ment.

Voici 4a source de tout Targeirt qu'il prodi^ guait : « J'ai écrite dit-«-ii dans mi€ Jettare J» » i3 octobre iS^S, à notre ami D. Kibnair^v lé >x priant de ih^envoy er tous les crédits qu'il pourra » réunir. De plus , j'ai en avanèe une année 4^ » revenu et la v^ote d'ûme tarre pàr^léverâ xùxA. » -<— Jusqu'à ce qae les Grecs trouvent «m em*- » prunt^ il est pro1»able que je^erai leur meil^ » leur bslnquier^ c'^st-î-a-dire tant que ma^igna- » turé aura cours. Képéte^^lui ceia, et dites^lui » que je vais tirer d*uné manière eflrayatite sur M M. R***. Je ne lésine pas quand nos braves se n décident à reprendre le$ armes ; et s'iis p^sé- » vèrent ils seront encore mieux venus. Us ont » eu lors de ma pooliè , et d'un seul coup ^ quatre » mille livres sterlings (outre quelques distri- » butions partielles ) 9 et le prochain déboursé » sera au moins aussi ooiisidéra&Ie. Et comment » poun^ais^je, dites^mpi^ leur refuser Bits se » battent? et si je suis avec eux? etc. >>

Cependant il reçut des nouvelles de M* Trelaivney.- Ce loyal ambassadeur ,atvait assisté au congres de Salainis, et l'on y avait décidé qu'Odysseus marcherait sur Négreppnt ^ Gblôcôtroni sur Fatras^ et que Mavroeordato serait charge dedéfendreMissolonghi. «Si cette ville tonibe^ » écrivait Trelawiiéy, Athènes et de» milliers de » têtes sont en péril. Il faut que la flotte secoure » cette ville. Je donnerais ma. tète à monnayer

}} ^cfQTsawer cette ùlefdela Grèce. » Byron comprit ce langage ; il fit ^qfniper deux navires ioniens et quitta Géphalonie le ^ décembre ,- faisant voile pour Missolonghi. Le 5i, à là hauteur <ie Zante, ils lurent rencontrés par un corsaire turc. Le premier navire^ sur ]e<]uel il était; parvint à l'éviter; le second, qui transportait le comte Gamba et plusieurs domestiques de Lord Byron , fat moins heureux : les captifs ftt^ rent conduits à Patras ^ devant Yussduf-Pàcfaa. Grâces au sang-^froid de Gamba qui / en rédamant hautement le privilège des pavillons anglais, parvint'^ intimider le chef musulman, 11 leur fut permis de se fendre à Missolonghi; mais, à leur grand étonnemeiit, its n'y trouvèrent pas Lord Byron. Les vents contraires Ta^ valent forcé de s'arrêter sur des rochers situés à quelques milles de Missolonghi ; et en se remettant en mer, son navire avait touché un bas- ^ond. Heureusement , Mavrocordato enviêrya bientôt à sa rencontre plusieurs bateaux qui le prirent à bord, avec sa 'svàte, et le conduisirent à Missélongbi,

Lord Byron fut reçu , par ks Grecs , au milieu des transports de joie et iie recoàhai^sance. Il profita de «es premiers instans d'enivrement pour seitir la cause de l'humamté. Le jour de son arrivée , un Turc , tombé entre les mains de quelques bateliers, allait expirer dans les

tourmens : Byron le fait venir ets'empresse jde réclamer sa grâce; mais il avait affaire à des hommes peu accoutumés a de semblables rémissions, et sa demande ne fut pas accueillie. Alors il soustrait à toutes les recherches le prisonnier^ et quand les Grecs furieux viennent le réclamer à grands cris : « Vous me tuerez , leur dit-il , avant de me forcer à vous livrer cet homme* Barbares que vous êtes ^ comment osez-vous agir ainsi , et vous dire chrétiens ? » Il garda chez lui^ pendant quelque tems^ le Turc que la frayeur avait rendu malade, puis il profita de la première occasion pour le renvoyer, guéri , à !f^atras oii demeurait sa famille. Ce n'est pas tçut. A quelques jours de là il obtint encore du prince Mavrocordato la délivrance de plusieurs autres prisonniers y qu^il fit habiller à ses frais et reconduire au pacha de Scutari. Ces Turcs remirent, de sa part, à leur maître une lettre dont nous citerons les dernières phrases : « Si cette circonstance trouve » place dans votre souvenir, j'ose prier Votre » Hautesse de. traiter les Grecs qui pouiraient, » par la suite , tomber en votre pouvoir , avec » humanité : j'insiste d'autant plus sur ce point, » que les horreurs de la guerre sont déjà assez ^) grandes sans les aggi^aver, des deux côtés, » par des cruautés inutiles. — Missolonghi, 25 » janvier 1824. » C'est , je crois , la première et

la seule fois que la plume de Lord Byron ait tracé Texpression de formes obsécpiieuses et suppliantes.

J.e passe sous silence d'autres traits nombreux du même genre. Il eut, d'ailleuro^ moins de peine à ramener à. des sentimens généreux les Grecs altérés de vengeance > que les officiers européens, à Aes plans sages et raisonnables. Certes, il ne fallait pas une grapde profondeur de jugement pour sentir que, dans les circonstances présentes , les premiers besoins des Grecs étaient des canons, des vaisseaux, des munitions de. guerre de toute espèce , et peut-être encore avant tout cela, de l'argent monnayé. u Nous avons assez d'hommes , criaient lés Grecs aux Européens ; envoyez-nous des armes, du fer et de l'orv nous sommes sauvés. » Cependant, les comités, organisés dans toute TEurope, cédaient à d*autres influences. Le brave Stanhope et quelques autres aveugles Phi- }ellènes les pressaient, quand Tinsurrection était déclarée, de s'occuper, avant tout, de rendre les Grecs dignes de la liberté^ de la liberté con- . stitutionnelle, et, je crois même, représentative ! A les entendre, il fallait transformer les aumônes de toutes les. amés généreuses en im^ priméries, en livres , en cartes géographiques , en mappes, etc. On sent que ces recommandalions étaient accueillies avec ardeur; le com-

60 VIB D& BYRON.

merce européen taluait Faurore à'uàe liberté jjui s'alliait si bien avec Tintérêt industriel, et les pauvres Grecs, sans artillerie,. sans- sol4e, perdaient ck^que jour quelque chose de leur enthoudiasme.

(r j'avoue, disait Lord Byron, que je M » puis comprendre l'usage des presses âiAi^priH » merie pour un peuple qui ne sait pas lirie« Le » comté nous enyoie des mappèiMiides ; mais » il suppose donc, qu'eii venant en Grèce y ai » Tintention d'ouvrir un conn de géographie? » On dopne des livres à de& gens cpiï manquent » de fusils ; ils implorent des sabres^, et le co^ » mité leur adresse des caractères typographie >).ques! $on secrétaire^ M^ Bewring, m'écrit » une longue letjtce aur h: terre classique de là >) liberté 9 lie herceau des aris , là source àâgéf^^ » le séfQur dès. dieiun ^ le ciel de là poésie, e| yé » ne, sais quelte centaine d'autres belle» choses» » H lui ai répondu de manjière à le dissuader » de m'écnre une seconde fois sur le même ton* >) Assez^.de bm^Undage y\và àis^y nudsoufàk, . » (mfaitj, Depuis ce tems, ye n'entends plu»par- >]( 1er de lui** »

I GonsoUei les lettres de S^siiope à BowiÉai^ Dana iSne^ dfeiki^ rapportée par madame Belloc , il dit t « Oà^Koo^t à ma, prièf, a » changé en mnséeon ancien temple de Minerve ; le docteur Psjraà » est nommé directeur. Oh assemblera le peuple , et on kd adres- » sera un discours à ce sujets La société des Philomusei surretUera

VIB DE BYROTf. G1

Rien lie 1101111811 phis d'humemr i, Byron que ce 4léplonUe à?emglemeiit ; mais il nefaat pas ôroire que toùâ ces démêlés fissent nattre aucun refroidissement -oitre lui et les autres défenseurs de H G«èce. La liberté de la presse ayant été YOtéç par le goÙTernement , Lord )By#on contribua à la formation des impritueries pour plu^ de cinq cents, lôàis ; mais il profita de Tôceision pour se pMndre avec tônNse de Tinactiôn dbns laquelle pu hiissait languir les guerriers. Il avait, en arrivant à M issolonghi , après avoir payé les arrérages de ki flotte^ pris à sa soldé cinq cents Souliotes d'élite, dans Fespoir de hietitât employer ceç braves gens h quelque entréprise périlleuse ; maïs le gouvernement , qui lui supposait dés trésors inépuisables comme sa g^érosstë, tremblait de lui voir exposer sa vie et faisait, avec une lenteur condamnable, les ^éparaiifs de la campagne. Mavro^ordato ne put toujours résiârter, et il fut décidé qu aussitôt TalBrivée^e Fartillerie soi)s les ordres dli capitaine Farry , Lord Byrott s'uvauëerait côiifre lé efaàtèam dé Lépante, Ji la tête de trois mille Sbulibfes.

Malheureusement, le capitaine Parry et son artillerie se firent* long-téins attendre : tandis

» C6l ètablUâémeat. Cette société n'a aucun caractère politique; soei » 8^1 bat est de couserirer les aàliqiétéB , etc. »

62 yiE DE BYRON:

qu'on laissait ainsi perdre un tems précieux, les SouKotes , guerriers sauvages et indomptables , se livraient, dans les rues de Missolonghi, a toutes sortes d'excès. Habitués à une guerre d'escarmouches, ils accusaient Lbrd Byron de vouloir les mener au combat contre des pierres ; et quand le capitaine Parry arriva , leur mécontentement était à son comble. Byron menaça de les licencier ; mais, de leur côté, les soldats de l'artillerie, nouvellement arrivés, refusaient de marcher avant de recevoir une partie de leur solde. Il fallut remettre le siège de Lépante à un tems plus favorable.

L'irritation continuelle que lui causaient tant de contre-tems, fut la^remière cause du dérangement de sa santé, naturellement assez délicate. Le i5 février, il se trouvait chez le colonel Stanhope, quand tout à coup on remarqua une violente altération dans ses traits. Il voulut faire quelques pas > ses jambes refusèrent de se mouvoir; on le transporta sur un lit : H y resta, pendant quelques miinutes, en proie à une effrayante attaque de nerfs, qu'il faisait des efforts inouis pour surmonter. Enfin, il revint à lui; mais le même accident se renouvela quatre fois dans l'espace d'un mois. Il ne put remiontér a cheval, et reprendre ses travaux habituels , que dans les derniers jours de mars. Comme le climat de Missolonghi était trop humide pour lui,

un boitant de Zante le conjura de venir habiter durant quelque tems sa maison de campagne. Byron lui répondit : « Je ne puis quitter » la Grèce tant qu'il y aura une chance ^ même » douteuse , de mon utilité. Il y va d'un enjeu » qui vaut des millions d'hommes tels que moi , » '. — et tant que je pourrai nie soutenir le moins » du monde , je soutiendrai la cause. Tout en » parlant ainsi , je suis parfaitement averti des >) dissensions et des défauts des Grecs^ niais tous » les gens raisonnables doivent les comprendre » et les excmer. »

Le siège de Lépante avait été remis après la tenue d'un nouveau congi*ès à Salone^ auquel devaient assister Mavrocordato,' Byron, Stanbope et Odysseus. Malgré tant de chagrins et de désappointemens , le cœur de Byron était toujours le même. On lit dans une de ses dernières lettres adressées à M. Bowring , secrétaire du comité grec de Londres : (c Moi (Lord » Byron ) , prie M. B. de presser l'honorable D. » Kinnaird d'envoyer des crédits pour le mon- » tant de toutes les ressources de Lord Byron*. U » y a ici,. pour le moment , les plus grands em- » barras de toute espèce, mais nous conservons » l'espérance , et nous en viendrons a bout. » Hélas, cette espéi*ance ne devait pas se réaliser. Le 9 avril, à là suite d'une longue course à cheval , il rentra chez lui avec une fièvre qui ne

64 VIE DE BTRON.

Tempécliapas de donner son attention et de ré^ pondre à plusieurs lettres. Lie lendemibin^ Tin^ disposition offrit des symptômes plus graves; il toussait beaucoup y il dormait péniblement Vil éprouvait de vives douleurs dans touB les metar bres. Mais les deux médecins/ Bruno et Millin^' gehi ayant déclaré avec assurance que là ma-^ ladie n'avait rien dahi'maht^ on retarda pendant pl<isieurs:j6«irs la saignée : leur sécurité ne se démentit qu a la dernière esitrémité; « Ce n^est y^riexÈf disaâentHrls>; il serait ridicide de tùn*^ » sulter d autres médecins pour une si légère » indisposition. » LordByron, dé son côté^ s'obstinait à dire que son mal était dune espèce sérieuse. Enfiùj on le saigna lé r6> èton'recom^ meneà le 17 avrils son sang était en[Sammé>> e( ehàque fois le malade éprouva uïi évanouisse^* ment. La crainte de dé venir fou s:empara.dé;s8 grande amé : ce Je ne peux pas dormir^ dfsaiilH 3 au' fidèle Fletebeor; je sais quini^ homme ite peut être sans dormir qui'un certain tems, api^^ quoiiil devient nécessaiiement foii^ sans cpà^ôn puisse y trouver le moindre remédie; éPf yti^ nusrais mieux dix fois me bràler la cervelle que d'être fou. »

Gependant, il s'affaiblissait d'heure enheure^ et lé désordre de ses expressions' annonçai! méhie dés actes 4é déliré. A k £m d'un dece^ accès: ce Écoutez^ Fletcber^ dit -il; je com^

meiipe à croireque je suie sérieusement malade ^ et $i je moui^ais sùl^itement^ j e Veux que vous ayez quelques iiistructions que vous aurez, j 'espère, .^in.dié faire exécuter. » Ses pa^roles étsEtent ra^ .pi4ë4. Le valet ayaut dit qu'il espérait fie voir assez vivre pour exécuter lui«^ même ses \ch iontés : « Non, t*épondit>il avec la mèmevolubilité ; * c'eu ' est fiit , il faut tout voiis^ dire sauk 'perdre^n.momènt. -— Irai-je> mijlord , chersher une plume, de l*éiicré et du papier*?— Qh ! mon Dieu, non; vous perdriez trop de tenis , et je n'en ai. pas à pcrdi»e. — Faites attention. — 0 mibn[ enfant I ma •chère fiUé /ma obère Ada; mon Dieu! si j'avais pu la 'voir ! donnez-lui ma bé* nédiction, donnez-la a masœiir Augusta^; Y^us irez chez lady Byron^^— dites-lui tqut. — ^ Vous êtes bieii; dans son esprit..... »

Jci sa voix s'affaiblit ; il parlait entre ses dents, i} agitisat ses! lèvres sans rien exprimer; son visage avait quelque chbsede solennel, et parfois il élevait la. voix pour s'écrier : « Fletcher, si vous n'^xécôitez pas les ordres que|c vous donne,: j^ VOUS tourmenterai plus/ tard , si je puisi . "^^ Milord, dit Fletcher, je n'ai pas entendu un mot de ce c|ue vous nî'avez dit. — r- Ohl Dieu! reprit Byron , fout est' fini. Se peut-il que vous

* Cette qaestiou de Fletcher était bien intempestive : c'est peutêCrecc qm dérangea le plus la 3uite dldées de son bon maître. . >.ÂQga»ta missLeîght.

VIE DE BYROM.

ne m'ayez pas entendu ! » 11 essaya encore de parleb > mais îl né prononçait distînetement que les noms de Grèce et de ma fille; le ffeste était ininteMigible. Snr èe$ entrefaites arriva le capitaine Parry qui' lengagea à se tranquilliser. Byron fit de nouveaux efforts pour exprimer ses pensées y mais yainement, et il répandit 'un torrent de* larmes. A peine M'. Parry étâit-il sorti, qu'il parut vouloir sonameillfer . « Il faut que je dorme maintenant*, » dit^il. Il laissa tomt>er sa tète , et ce fut le commencement de Tagoniè ; elle se prolongea pendant vingt-quatre heures : le 19 y k six heures' du soir, Byron ouvrit les yeux et les referma aussitôt : ce fut Tinstant de son dernier soupir* > . "^

La terrible nouvelle parcourut aussitôt toutes les rues dé Missolonghi. C'était le jour de Pâques : les exercices religieux sont interrompus ; les hymnes d'allégresse se changent en cris, en sanglots , en hurlemerts de désespoir. Tous les citoyens, se pressant à l'envi autour de ce qui restait de Lovtl Byrpn , accusent le eiel , et maudissent }e\coup qui', au lieu de frapper chàe;un d'eux, vient d'atteindre letu* ami,, leur protecteur i leur père^ Us veulent tous , pour fa^ def^ niëre fois, le contempler. Ses traits conservaient le sceau d'une beauté sublime et solennelle : car la mqrt n'est pas toujours hideuse, et souvent l'ame, apirès avoir violemment' brisé ses liens.

dépose sur le corps qu'elle abandonne une trace presque sensible d'imnioi'talité.

Mais les compatriotes de Byrôn Féclainent son corps aU nom d'une ingi*até patrie : 'heu*reusement; on se rappelle que le poète avait souvent exprimé le désir de laisser son cœur au milieu de ses chers Hellènes ^ et oe souvenir semble adoucir la 4oul^^r générale. Le gouvernement f organe de tput Un peuple, prescrit aussitôt la forme des funérailles^ Trente-sept coups de canon seront tirés en mémoire des années de Byron>; toutes Içs occupations , toutes les séances judiciaires ou administratives sei*ont inter*rompues ; la célébration dés solennités pascales est ajournée; un deuil universel sera'portépen-* dant vingt et un jours; enfin, daps toutes les paroisses^ un service Qt une 'oraison funèbre seront faits sur la tombe de Syrom,

Ce fut le pt2 avril que le .plus précieux reste de sa dépouille inort^Ue fut transpoi*té ^ sur les épaules des ôffî<ûers du régimi^nt sold^ par ;lui> dans réglise ou déjà reposaient les corps de Botzaris et de^ormann.De distance en dislande, le fardeau était repris par des jeunes .citoyens grecs : le cercueil, formé de quatre plaiiiches assez mal jointes , était recouveirt d'un drap noir; au-dessus élaieut déposés un sid^é> un casque et une couronne de lauriers. IJn orateur, Spiriaton Tricoupi, fût alorei l'organe dç ses concis-

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tayéns;sM parole» redoublëretit les. sanglots et ranimèrent Tespoir de liberté que pouvait éteindre une si grande catastrophe* Nous citerons la fin de son discour» :

: (< Je m étais peint à moi-rfnêïné tout ce que » mon oœui* désire. J^avais* imaginé les béné- >} dictions de noséréques^ lès hymnes, leâ côu- » ronnes de lauriers et les danses deà vierges de » la Grèce, autour de la tombe du bienfaiteur » de la Grèce; mais cette tombe rie contiendra » pas ses précieux restes : lé tombeau restera » vide; encore quelq[ues jours, et son coi^ps dis- » paraîtra de la surface de tiôtre terre, -^ delà » nouvelle patrie qull s'était choisie. Il faut qu'il ». sbh porté dans la contrée qui fut honorée de » sa. naissance.

» 0 toi! sa fiHè> tendren^ént chérie* de lui , » tes'bràs le recevront;'tes larmes baigneront »: la tombe qui ré^couvrait son corps , et les pleurs w.des' orphelinies'de' la Grèce tomberont sur » TurÉie qiii renferme son cœurprécieux. Gomme » dans le dernier moment dé sa vie, toi et la » Grècéfûtes seules dans sqn coeur et sur ses .».lèyrés> il est juste qu'elle garde aussi une por- » tion dc;ses précieux restes. Apprends, noble » dame , :que des chefs le portèrent , sur leurs » épaules, jusqu'à l'église. Des milliers de sol- »..dats grecs bordaient le chemin k travers le- » quel itpassait ; leurs fusils, qui avaient détruit

» tant de tyrans^ s^abaissaient devant lui : une » foi4e de soldats . entourèrent )a. couche fu- » n^re^.Us' jurèrent de ne jamais oublier les' » sacrifices faits par ton père pour nous y et de' >% ne jamais.soufFjrir que le lieu où son cœur res- >y iera fat profané: par les pieds des barbares où » de^tyranj». » ^ / —

jLe^2 mai, le corps de Loi^d Byrôn , confié aux^ soins du colonel Stanhope, s'éloigna delà Grèce.» 11 prit la route de la Grande-Brétàgtie / et àborà^XStangate'Çrew, le î". juillet ,\pour y subir la quarantaine d'usagé. Gam Hobhbuse et John Hanson, exécuteurs testamentaires de LordByron , s'empressèrent de jréclanier le corps , et s'occupèrent clù soin d'entourer les funérailles de l'illustre poète de toute la pompe demandée par son titre de pair d'Angleterre. Tout ce que la nation renfermait d'opulent et d'élevé alla jeter un coup- d'œiV sur les pièces destinées à briller dans cette occasion ; mais quand le con-« voi sortit de Londres pour se rendre à Newstead, on ne vit qu'un petit^roupe d'amis intimes accompagner le convoi; Une multitude de voitures, traînées par des chevaux noirs, et conduites par deslaquais en âeuil^ suivçiitlentement le char funéraire; mais ces équipages étaient vides , au nombre des premiers étaient les carrosses: de lady Byron et du comte de Carlisie, et dans cçux-la on.ne "vit ni Carlisie^ nilady

Byron, et, faut-il le dire? ni la pauvre peiiîA'Adal Un seul homme suivit a pied le catafidqœ,. depuis Liopilres jusqu'à Newstead; c'était un marin qui avait servi sur Ja frégate la Salsette, lors du premier voyage de Byroh en Grèce. Enfin , le i6 juillet iS^, le corps de ce dernier fut déposé , suivant ses intentions , auprès de la t(mibe de sa mère , dans le village de HucknaU , k deux milles de Newstead. Une inscrqition fut placée dans le chœur de Téglise , par les soins de miss Leïght ; nous la rapporterons'telle qu'Ole est :

sous CSTTB TOUTE

OU BKAUCOUF DK ASS ANCâr&SS ET SA JfÈRE SONT

SirSSVXLIS ,

BlEHMSMT iJEi WJUms DE'

GEO&6ES AO&DON IffO^L BT&QV ,

LOU) BT&ON DE EQCHDALE y.

DAIf S LE COMTÉ DE LANCASTRE ,

AUTEUR DU PÈLERIN JGB DE CHILDE àARQLD.

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