‹ Œuvres complètes, avec notes et commentairesChapitre 21 sur 46 · Quelques-uns m'ont accusé d'un projet inoui · texte numérisé non relu

Quelques-uns m'ont accusé d'un projet inoui

' BjTon rerient soayent, dans cet darrage, sur le même stget, et il est bien vrai que toute Taimable et spintuellc originalité de Don Juan ne sera jamais proférée , par les lecteurs d'an esprit éieyé et d'aune imagina^ tioB paré, à la gravité du Childe Harold, du Giaour et de la fiancëe d'Abydos!. Dans Juan, Fesprit de Bjron devient plus vif, à mesure que l'imagination (la plus admirable qui fût jamais) deyient moins sublime. On peut remarquer que Voltaire finit de méinc par la PucellCf et le cbantre f90/âoxaaé d^Éléonore par la Guerre des Dieux. C'est que ces beaux esprits , peu confians dans l'existence d'une ame immatérielle y perdirent de leur essence primitive et de leurs inspirations inyolontaires, en s'habituant de plus en plus h la tuc des objets matériels. Au contraire , les hommes qui. sentirent en eux la distinction des deux Substapces , tels que Platon, Senèque , Rousseau, Racine, Kant et Socrate, virent leur imagination grandir et s'exalter à mesure que la vieillesse les détacha davantage de toutes les hypothèses des sens et de la raison.

contre les croyances et les mœurs du pays -, ils en ont YU la preuve dans chaque vers de ce poème : je ne dirai pas que je comprenne toujours bien clairement ce que j'écris^ lorsque je veux être admirable ; mais le fait est que je n'ai rien projeté^ si ce n'est d'être un instant joyeux ^ mot inusité dans mon vo^ cabulaire.

6. tin tel genre d'écrire va sans doute paraître étrange aux honnêtes lecteurs de notre climat sérieux. Le përe de la poésie sério-comique fut Pulci.^ il chanta dans un teins où les chevaliers ressemblaient mieux à Don Quichotte qu'à ceux d^aùjourd'hui ^ il s'amusa des illusions de son tems^ des féaux chevalliers , dés dames chastes , des énormes géans et des rois despotiques \ mais tous ces gens-là ^ sauf les derniers y étant disparus^ j'ai choisi , comme plus convenable , un sujet moderne.

7' Comment je l'ai traité , c'est ce que je ne sais pas *, peut-être aussi mal que m'ont traité ceux qui reprochaient k mon plan, non pas ce qu'ils y voyaient, mais ce qu'ils auraient voulu y voir. Si cela les amuse , ainsi soit-il ; notre siècle est libéral , et les pensées y sont libres : en attendant , Apollon me tire par l'oreille, et me dit de reprendre ici le fil de mon récit.

8. Le jeune Juan et son amante furent laissés à la délicieuse société de leur propre cœur^ l'impitoyable Tems lui-même gémissait , en séparant avec sa cruelle rame d'aussi beaux seins ; et bien qu'eu-

nemi de Tamour, il se reprochait de les arracher à leur» heures de plaisir. Encore n'étaient-^ils pas destinés à devenir vieux ] ils devaient mourir dans leur fortuné printems, avant d'avoir vu s'envoler un seul charme , une seule espérance «

9. Leur figure n'était pas faite pour les ridea» ni leur sang pur pour se croupir, et leurs grands cœurs se refroidir. La blanche vieillesse ne devait jamaia voiler leurs cheveux \ et , semblables à ces contrées exemptes de neiges et de friiQas^ ils étaient tout printems.. La foudre pouvait les atteindre et les réduire en cendre ^ mais ce n'était pas à eux de traîner une longue et tortueuse décrépitude^ — * Il y avait en eux trop .peu de matière.

10. Ils furent seuls ^ une fois de plus. C'était pour eux jouir d'un autre Éden -, ils ne s'attristaient que dans un seul cas, lorsqu'ils étaient séparés. L'arbre arraché à ses racines séculaires ', — le courant d'eau séparé de sa source, — l'enfant privé en même tems et pour toujours , des genoux, et du s^in maternels , se seraient flétris moins, promptement que ces deux amans éloignés l'un de Vautre. Hélas ! il n'est pas d'instinct comme cehii du cœur.

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