Le son aigu du pistolet que l'on arme est
étrange pour no» oreilles^ quand notre poitrine. doit, être visée l'instant d'après^ à yingt pas d'intervalle ou environ. C'est, je pense, une dist$ince fort convenable et assez grande , quand c'est un ancien camarade que vous avez à tuer : mais, après. que l'on vous a tiré une ou deux fois, l'oreille devient plus irlandaise 'et moins susceptible.
42. Lambro visa : — un instant de plus terminait ce cbant et la vie de Don Juan^ quand Haidée, le regard, aussi fier que celui de son pcre , se jeta entre eux deux : « C'est moi ! s'écria-t-élle , que la mort » doit frapper. — Je suis la coupable j il a été jeté » sur ce rivage , - — mais il ne. Ta pas cherché. — ■ » J'ai donné ma foi , je t'aime. — Je veux mourir » avec lui. Je connais votre naturel inflexible, — ». connaissez celui de votre fille. »
. 43. L'instant d'auparavant elle fondait en larmes, elle était toute prière, toute enfance *, maintenant elle ose seule défier toutes les humaines terreurs. — Pâle ,. froide et immobile comme une statue., elle demande le dernier coup : sa taille était au-dessus de celle de ses compagnes et de son sexe, elle se grandit encore , comme pour oflfirir un but plus assuré. Son œil fixe est arrêté sur le visage de son père, mais elle ne songe pas à retenir sa main.
44. Les yeux de Lambro étaient en même tems fixés sur elle, — et l'on. ne peut dire combien leurs
' On sait que lés Irlandais sont les Béotiens ou les Pe'rigourdins de la Grande-Bretagne. : '
regards étaient les mêmes-, sauvages avec séréaité , la flamme qui étincelait 4aus leurs grands yeux noirs était à peu pris de la même liature ; car elle aussi eût brûlé de se venger si elle avait été outragée , — - et bien que domptée , c'étjait encore une lionne. Le sang paternel bouillonnait en ellef à la vue de son père et témoignait assez qu'il avait la jsiéme origine. \
45. Je dis qu'ils se ressemblaient , avec la seule différence que devaient mettre dans leurs traits un autre âgç et un autre sexe. Jusqiie dans la délicatesse de leurs mains , on trouvait ces rapports y indices certains d'un sapg non vidé. Maintenant^ qu'on se représente leur antmosité et leur immobile fureur , quand ils devraient n'éprouver que des sensations douces, et ne verser que des larmes de plaisir -, et Ton jugera de Feffet des passions dans leur violence.
46. Le père se retint un instant ^ baissa son arme, puis la releva. Pourtant û s'arrêtait encore, et tegardflùtsa fille, comme pour pénétrer dans sa pensée : c( iCè n'est pas moi, dit*il, qui ai voulu perdre » cet étranger. Ce n'est pas moi qui ai ménagé cette » scène de désolation. Il en est peu qui souffiriraient )i un pareil outrage ou qui se retiendraient de tuer ^ M mais je ferai mon devoir.' Quant à la panière dont » tu as rempli le tien » le présent m'est une preuve » suffisante du passé.
47 . » Qu'il pose son arme, ou^ par la tête de mon » père, la sienne va rouler comme une balle devant
274 ' l>ON JUAN.
» toi. » ËD pariaiat ainsi ^ il pressa dans ses lèvres un sifflet 3 un antre, y répondit , et plus de vingt hfonimésy armés de la botte an turban-, fondent en désordre dans Tapparlèment y bien placés Tuti derrière l'autre. L'ordre de Lambro lut : « Arrêtez ou » tnez ce Franc. »
48. Par l'effet d'un mouvement subit il s'empare de sa fille ; et tandis qu'il comprime^dans ses bras tous ses mouvemens , la* troupe se place entre olle et Juan : vainement elle se débat avec son père ^ -«^ rétreinte' de eelui-^ci est connne celle d'un, serpent. Cependant la file de. pirates se jettent sur leur profe avec la rapidité d'un aspic furieux , excepté potntant le premier qui était tombé avec* une épaule à demi réparée du tronc.
49. Le second eut le visage entroovett ; mais le troisième^ vétéran firoid* et prudent, para les coilp^ At sabre aVec son coutelas^ et porta les. siens avec tant de justesse , qu'en un clin-^'œil son bomttife fut étendu sans défiçnse à ses pieds , après avoir reçu deux entailles de sabre qui faisaient touler dé don corps deux ruisseaux de sang; rouge et épâfi((. «-^ L'un jaiUissait du bras^ et lautre de la tête.
• 50. Us l'encbainèrent à Tendrait où il tomba ^ puis ils le portèrent hors de l'appartement. D'tiA signe le vieux Laodbro leur ordonna de lé traîner au ri^ vage, où plusieurs vaisseaux attcndaieint nëtff heutes pour d'éloigner. Ils le placèrent dans une barque , et gagnèrent à coups de rames une ligne de galiot^s.
■ I . !■ ' ■' Il I II I» Il I «»»i im ■ ■ I «Ti.»
Ils le dëpoieffeiit à- bord de l'unie d'èHèér 6t souà teé écouUUes f ea le recommandant striotebiellf ailx gardiens^ • .
5i 0 Le mondé est plein d'étranges vici»Bt.tiide8 > et œtte^l » avou^ins-le , émit eîngulièrement di$grdoiekise, lusCeme^ic quand il le Voulait le !|ioiii« ^ U4 homme riche, jeune ^ bien (ait, et doué de tpu» led awantages de ce monde , est etitbàrqaé , blessé , en^ iski^r «ans pouvoir faira tin niôutementy et tout o^ parôe qit'mie dame ■ est tombée iitpoureuse de
52. Mais abandonnons-le ici, je vais devenit*pàthéû^e , et ,déjà je me sens^ttendri par la nymphe chinoise des larmes., le thé vert. Cassandre- avait des inspirations moins infaillibles que les miennes f dès que mes pures libations ont xîxcédé le nombre trois, jtè'sens mon cœur, devenir compatissant aur ppint de itie forcer à recourir au bou n6ir ^. Il est tristQ qne le vin soît si échauffant, <»r le thé* et le café BOUft doiinent des idées beauboup -trop sé^ rietiaes. - • ' ''
53. Excepté cependant quand on lesmélangje aveo toi ^ Coçnad^.dou^Hî Naïade des rives PJblég|étOQtiquesr! Hélas l pourquoi (fautril.que tu attaques ki foie^ et quei semblable aux autres nymphes v tu «oia (li^ neste à tesadorateurs ? J'aurais bienrecours au punch léger, mais quand je prends le soir une rasade de
^ The fk cDuleiUr noifc.
nwck ^ I je sois sûr de me réveiller le leademain avec la torture *.
54. Pour le présent^ je laisse Don Juaik sauvé ^ — lef>aovre garçon n*est pas fort bien, portant , il a reçu plusieurs blessures , mais ses souffrances corporelles pouvaient -elles se comparer à la moitié de oelles que le cœur de sou Haidée éprouvait! Elle n'était pas de celles qui pleurent , crient , se déses<pèrent^ et s'emportent une fois. quelles ne redoutent pkis ceux qui les entouraient. Sa mère était uqe Moresque, née à Fey ^ ou tout est Éden ou solitufle affreuse.
55 1 Là y le vaste olivier fait pleuvoir 4sl moisson parfumée dans des bassins de marbre; la graine , la fleur et le fruit jonchent en même tems la t^re , JQsquk ce que la terre les recouvre. Mais là. aussi croissent une multitude d'arbres vénéneux ^ les nuits retentissent du rugissement des lions, et d^ longs déseits brûlent le pied des chameaux ou. engQuffrènt, en s'entr'ouvrant^ d'infortunées caravanes. Tel est le sol de ces climats y et tel aussi y est le cœur de l'homme.
56. L'Afrique est la fille du Soleil. L'humain et la terrestre argile y sonjt également embrasés;. brûlé dis Tenfance et doué d'une force surprenante pour le bien ou pour le mal , le sang moresque est soumis
' Espèce de nixn,
' Dana le texte : « Quand je prends dnrack, je sais sûr de me réreillcr }> avec son synonyme. » Rack signifie liqueur forte et tortiire.
CHANT QUATBIEMB. s?"?
à rioQuence da ciel.^ et produit dea fruits semblable^ à ceux du sol de la patrie. Beauté y amour , tel avait été le douaire de la mère d'Haidée; mais ses graàdt yeux noirs recelaient les passions les plus profondes ^ seukmeut elles y sommeillaient comme îin lion aux bords d'une fontaine.
57. Tempérée par de plus dbux rayons ^ et sem- MaUe à oes.nliages que Tété nous présente argentés; paisibles et gracieux jusqu'à l'instant où ^, chargées dé foudres f ils jettent l'épouvante sur la terre et les tempêtes dans les airs^ Haidée avait^ toujours' été jusqu'alorâvdouce et paisible \ mais à peine agitée par la passion et le désespoir , le feu s'élança de ses veines humides , tel que la SimooB> quand il se lève sur la plaine brûlante '..
.58v'Son dernier, regard était tombé sur lables-< sure deDonJuan^., sur sa défaiteet sur sa chute.Le sang .de- son unique ami ruisselait sur li^s carreaus; qu'il tras^ersaitnaguèreavec tant de grâce et debeauté*' Un instant lui suffit pour tout voir etsentir ^ un seuly — sa résistance se termina par' un gémissement convulsif. 3cpîblable au cèdre déraciné, elle tomba sur le bras de son père y qui jusqn alors avait eu peine k dompter sa résistance.
* 59. Une veine s'était rompue dans son sein *^ 5 les
« Le reki du <S^sert, fatal à tonttes les crdahires vivantes, et auquel les poètes orientaQX font de frëijuentes allusions*
* Cet effet ie la lutte violente de diflVhrcntes passions n'est pas trè»-rarc. Le doge Francis Foscari ayant été déposé en i/^S'j , et entendant les clo-
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p«Të8 cooleailB de ses levres'dianiiaiites étaient déjà voîléeir par ua sang noir qat jaiHissah de son gosier : ta teto peaohée ressemblait aaUs qoe la phiie à Bm-^ char^éu Ses fietnnies ^appelé» aussitât, portbiSDtea sanglotant learjenae maîtresse sur sa eondhe; mai» en vain eurent-elles recours à leavs lierbeset k leur» cordiaxix^ Haide&défiâît tous leurs procédés, comme s'il s'ayait pas été (ionné h xm seul d'eBUre eux de re-« tenir sa vie ou d-éleigaer sa mort..
» .60. Ellerestaplusieursjour&yBanachangervdanfr cet état : quoiquef glacés ,.se$ traits n'avaient rien de livide, et ses Jëvres ne perdiuent pas.Ieur eoloi4s ; son pouls était arrêté, mais' la mort ne paraissait pas; nulle hideose marque ne proclamait sa;vic-<> toire , et la corruption ne venait pas ravir l'ospoiis à çeqi^ qui Tentouraieut : la vue de sa cliarmalite figure révélait même de nouvelles, pensées dé vie ^ je ne sais quel souffle immatériel lenveloppait, mais on sentait que toute sa dépouille ne «devait pas être lamproie delà terre.
ches de S^nt-BTarc annoncer réleclion de son saccesseur , « motimt^aa- » bitement d^ane bëmotragîe caùsëe pa* une Teine qnî se rompit dans » «a poitrine ( raye*. SismontU et Daru, ùm, i «tii )- k TÀgé de «qnitre^ ' » vingts ans"*^ ; quand peMonne n''eût pensé que ce yieiUard avait .encore }> tant de sang^^. » Je n^avais pas seixe ans lorsque je fus témoin d^un effet aussi triste du melange'des passions dans le cœur d^une jeune persoune, qui pourtant ne mourut pas alors des suites de cet accident , mais fut victime de son retour, quelques années après, h la suite d^upe yxw àw>^on.
{NotedeLordBfron.)
* Sismondl dit lAémc qtMtt^-vingt-Hfuatre. (Biog. univers.)
61 . On y retrouvait la passion dominoAte dé son oœar , telle que rexprîme le marbre quand il e$t par^ fidiement traVaiUé ; immofatlc ^t permanente cotûme l!image de la belle, mais' tôojours^faeUe Vénus ; celle des souffrances éternellement réunies du Laocoon y on .cette ^l^J'éterùelle agonie du gladiateur. L''éner« gie avec laquelle ces marl»*es: exprimienl> la vie est toute leur beauté ; mais ils' né semblent ^pûurtaûl pà$ vivre, puisqu'ils «ont toiijoars les mêftieé.- . . 62« A^la fin elle s'éveilla^ non pas comme 4'<in sommai ,.qaaîs. plutôt cpmme de la mort : la vie lui semblait uiie chose toute nouvelle, une sensation étrange qu'elle éprouvait de force. Tout ce qui s'offrait à se& regards ne frappais pas c»a mémoire ; un certain malaise oppressait -son cœur, mai^ le premier retour de ses batteiçens.lui causa 4ine vive douleur, sans qu'elle s'en rappelât l'origine, car les- furies qui la possédaient avaient aussi fait une pause.
63« D'un œil vague , elle regarda plusieurs figures et plusieurs objets, sans. rien reconnakre, elle vit veiller autour d'elle , sans en demeù[ider la raison ^ elle ne compta pas le nombre de ceux qui entouraiétit son oreiller. Elle n'était pas devenue muette, l^ien qu'elle ne parlât pas ^ nul soupir ne vint soulager ses pensées ^ vainement celles qui la servaient gardèrent un long ûlence , ou parlèrent avec mystère ; le soufQe de sa respiration ptit seul indiquer qu'elle avait quitté le tombeau.