‹ Œuvres complètes, avec notes et commentairesChapitre 25 sur 46 · Les deux rivages contigus de l'Europe et de · texte numérisé non relu

Les deux rivages contigus de l'Europe et de

^ The pimp, L^énergie de ce mot rappelle les fouctions principales du cardinal Dubois auprès de son sérénissime élève.

300 DON JUilN.

l'Asie parsemés de palais^ le fleuve océanique ' çà et là hérissé d'un soixante-quatorze ', la coupole de Sophie avec ses rayons d'or, les, bois de cyprès^ l'Olympe aux sommets élevés et blanchis ^ les douze îles, et bien plus que je n'en saurais rêver loin de pouvoir le décrire, tel est le fidèle aspect qui ravit la ravissante Marie Montagne ^.

4. J'ai une piassion pour le nom de Màriç ^ ; il avait jadis pour moi un son magique, et aujourd'hui il me transporte encore à demi dans ces royaumes de féerie, où je croyais entrevoir ce. qui ne devait jamais arriver : tous mes ^ntimens ont changé ; celui-ci fut le dernier à. varier, c'est un charme dont je ne suis pas encore parfaitement délivré» Mais — je deviens triste et je me refroidis en racontant une histoire qui n'admet pas le pathétique.

; 5» Les vents bouleversaient le Pont-Euxin, et les vagues se brisaient, en écumant, surles Symple-^ gades ^. C'est un grand spectacle^ quand on le con- « ■ > . . •

' On a beaacoup crîti^^ cette expression d^Homère : elle ne satisfait pas assez nos idées gigantesques de TOcéan, mais elle s^appli^e parfaitement à THellespont, au Bosphore et à la mer Egée , qui sont entrecoupés dllesr

(jybte de Lord Byron,)

^ Un vaisseau de soixante-quatorze.

^ Voyez la lettre de Lady Montagne à la comtesse de Brbtol.

^ La première femme aimée de Byron fut Marie DedOT. H n^ayût guère alors plus de huit ans. Voyez les Mémoires de Bjrron,-

^ Ou iles Cianées. Ce sont des écueik situés à une faible distance, les uns de la côte d^Europe, et les autres de celle d'Asie , dans le Bosphore.

sidère du tombeau du Géant ' et tout à son aise ^ que eelui des mers se déroulant entre le Bosphorie , et venant frapper et baigner les rives de l'Asie et de FEurope. Jamais passager n'eut de nausées sur une mer mieux garnie d'écueils que lé Pont-Euxin.

6« C'était l'un des premiers et tristes jours de la pale automne, époque de l'année où les nuits se ressemblent toutes, mais non pas les jours. Alors les Parques açkèvent la trame cf^s gens de mer, les^ tempêtes menaçantes soulèvent les eaux , et le repentir des vieux péchés s'empare de tons ceux qui voyagent sur le grand abime. Tous promettent d'amender leur vie, mais c'est un vœu qu'ils ne tiennent jamais > noyés ils ne le peuvent , et sauvés ils ne le veulent.

7. Un assortiment d'esclaves tremblans, et dîfiférens de pays , d'âge et de sexe, étaient rangés dans le marché, chacun à sa place , à câté du marchand auquel il appartenait. Malheureuses créatures, leurs regards étaient pleins de douleur; tous, à l'exception des noirs, semblaient désespérés d'avoir été enlevés à leurs amis, à leur maison, à la liberté. Mais: quant aux nègres, ils montraient plus de philosophie ; — sans doute parce qu'ils étaient habitués à être vendus , i;omme les anguilles à être écorchées.

I Le tombeau du Géant «st une â^vation sur le rivage adriatiqne 4a Bosphore, oii Ton -vient volontiers se divertir les jours de féfte. Cest comme Hàrrow et Highgate.

( JVote de Lord Byron,)

8. Juaa était pleîa de jeunesse, et par cooscquent d^espérance et de santé. Cependant, je suis forcé: de le. dire, ion regard était un peu obscurci, et de moment en moment on voyait une larme s*en échapper à la dérobée. Peut-être son courage était-il affaibli par la peite de sang qu'il avait faite , mais en tout cas, celle de sa fortune, de son amante , et des Uetuc ravissans qu'il avait abandonnés pouc être mardiândé avec des Tartarea, tout cela aurait été capable d'ébranler un stoïcien.

9. Néanmoins son maintien avmt encore de la dignité. Ses traits et la richesse de ses habits, sur lesquels on apercevait quelques restes de dorures., attiraiecit sur lui tous lea yeux, et indiquaient assez qu'il était né dans une classe non vulgaire.. Puis il élaitj malgré èa pâleur, d'une singulière beauté, et puis on calculait les chances d'une rançon.

1 0^. Semblable à une table de trictraq , la place était couverte de blancs et de noirs, rangés peut-r être avec un peu moins de symétrie , mais de manière à frapper l'œil des acheteurs. Les uns faisaient tomber leur choix sur une peau de jais , les autres en préféraient une pale; au milieu de ces nombreuses m'Sirchandises se rencontra par hasard un homme de trente ans, gros, robuste, et dont les brillans yeux noirs étaient remplis de résolution : il était couché près djB Juan , attendant que quelqu'un se décidât à l'acquérir.

,1 1 .. Il paraissait Anglais, c'est-à-dire il avait dès

épaules carrées, un visage couperosé, de bonnes dents et des cheveux bouclés d'un brun foncée; 3oit l'effet des réflexions, des peines ou des études y les soucis' avaient léghttnïent gravé leuf empreinte iTur son large front ; l'un de ses bras était enfermé dans une écharpe rougie> et il témoignait qn sang-froid éffsX à celui dil plus calme .d^^ fl|>ectateurs. - 12. Mais voyant à son coté un véritable ei^ant^ dont Tame^ bien qu'alors accablée sous un Qoup (jui désespérait les hommes faits , était évideaaimeQt étév«ée^ il ne tatda pas à témoigner pour le sort de ison jeune compagnon d'infortune une espèce de compassion brusque ; pour Je ^ien, il ne le r^rdait que comme un accident tout naturel.

1 3. <( Mon enfant , — dit-il , dans tout cet assem- » blage de Géorgiens ^ Rtrsses, Nubiens , et je ne » sais quels autres misérables qui n*ont entre eux » d'autre différence que celle de la peau, et avec )> lesquels il faut que nous soyons aujourd'hui con- » fondus, je ne vois que Vous et moi qui valions » quelque chose \ il est donc convenable que nous » fassions coùnaissance : s'il était possible de vous » consoler, je l'essaierais avec plaisir. — De quelle » nation étes^vous , s'il vous plait ?»

1 4. Juan ayant répondu : « Espagnol. — Je savais^ )> bien , ajouta le premier ^ que vous ne pouviez être » un Grec. Ces chiens serviles n'ont pas le regard » aussi fier : la fortune vous joue en ce moment un » beau tour 5 mais c'est ainsi que tôt ou tard elle ep

» use avec tous les hommes ; ne yous en attristez » pas, •— dans huit jours ell^ changera peut-être. » Elle m'a traité à peu près de la même manière que » vous, excepté cependant qu'elle m'y avait depuis » long'tems accoutumé.

15. » — Monsieur, dît alors Juan, pourrais-je sa- » voir qui vous a amené ici ? — Oh ! rien de bien » rare, sixTartareset une chaîne. — Mais comment » fûtes-vous réduit à ce malheur? voilà ce que je » désirerais savoir, si vous y consentez. — • Je scr- » vais depuis quelques mois dans l'année russe, et* » dernièrement Suwarow m'ayant ordonné d'aller "» prendre Widdin, je fus moi^-méme pris, au liea » de la ville ' .

16. » — Mais n'avez-vous pas d'amis? — ^ J'en » avais , mais, grâces à Dieu , je n'en ai pas été im- » portuné depuis ce tems-là. Maintenant que j'ai de » bonne grâce satis&it à toutes vos questions , me » ferez-vous le même plaisir ? •— Hélas ! répondit » Juan , c'est une histoire bien pénible et bien ion-> )» gue. — Oh! s'il en est ainsi, vous avez deux fois » raison de retenir votre langue, un récit triste at- » triste doublement quand il est long.

1 7. » Mais ne vous en désolez pas : la fortune , à )) votre âge , bien que ce soit une femme passable- )) ment inconstante, ne vous laissera pas long-tems'

^ En 1 790. Widdin ou Viden est sitaée en Bulgarie , sur les bords da Danube. ''

» (car vous n'êtes pas son mari) d^uis une. 8.emblable » posiUon« De nous révolter contre la destiii^c oela )> noi|s avancerait comme à l'épi de se rc^i^ir coaire » la feucilie. Les hommes sont assujetti]^ aux ^ireon- » stances y quand même les circonstances semblent H s'assujettir aux hommes.

1 8. V '-^ Ce n'est pas^ dit Jus^n^ mes présens mal- » heurs ijue je déplqrç, mais leô pfissé^. - — J'avais » uae fimante. » Il s'arrêtfi^.et ses yeux noirs s'pbseurcirent; une seule larme brilla un inslant dans ses paupières , puis' vint sillonner sa joue ; (c. Non, » ce n est pas mou sort actuel que je déplore^ comme » je vous le disais^ j'ai supporté sur la Qie]r futieuse » destourmeus auxquelç. n'ont pu résister les plus » cQurageux. .

1 9. >) Mais t:e dernier coup., n — U s'arrêta^ dç nouveajtt, et détourna sou visage* » Ah! reprit som ami , » je pensais bien, qu'il devait y avx>ir quelque dame » d^ns l'araire ^ voilà de ces choses qui deuiandent » UAe tendro^ larme, et. j'en aurais, .à votre pla^e , » répandu copime vous. J'ai bien gémi quand ma » pre;miere femme mourut^ çit je fié de luême quand » ma seconde prit la fuite.

20. » Ma troisième. — Yptretroisième! iuter- ^ rompit Juan en se retournant , à peine si vous avez }l trenteansj pouvez-vousdéjà compter trois femmes ? » r^^ Npn^ deux seulement ^nt restées sur la.t(>rre \ )» et du reste, il n'est pas étonnant qu'une personne )) se soit engagée trois fois — dans les saints nceufds

-06 DON Jl>AN.-

» du mariajgpe ! ^— Eh bien ! ddnc^ votre troisième , » dit Jnan, que fit-elle? Sans doute, elle ne prie

)) pas eftcore la. fuite ? — Non,' sur mon ame!

» Que 'fit-elle donc?'— Cest moi qui me sauvai » d'elle,

21 . » — Vous prenez, monsieur, les choses froide* » ment, dit Juan. Mais, — répliqua Tau tre, que rou- » lez-yous que fasse un homme? Dans votre fiïma- )> ment sont enoore plusieurs arcs-en-<;iel , dans le » mijsn ils sont dissipés. Tous nous commençons la » vie avec des sentiméns passionnes et de hautes es- » péranceS; mais le tems décolore nos illusions, et » chacune d^elles dépose annuellement , ainsi que le )) ' serpent , sa peau brillante.

22. » Il est vrai qu'elle en reprend une autre fraî- » che et radieuse ^ oii même plus fraîche et plus ra- » diëùse ; mais Tannée «'écoule , et au bout d'une i» semaine ou deux cette peau nouvelle subit le sort » réservé à tout ce qui est né. L'amotir est le pre- )) mier pécheur qui sur nous jette ses terribles filets; » l'ambition, l'avarice. Fa vengeance , la gleîre,

. )> tendent l&Tpiéges séduisàns de nos derniers jours'j » et nous nous y laissons encore prendre , ïnoyen- » nant ui^e pièce d'or ou une louange.

23. » — Tout cela est fort beau , peut^tre même » vrai , dit Juan, mais je ne vois pas comment npir«: )> situation présente en deviendra plus supportable; » — Vous ne le voyez pas? dit l'autre; ceprtidénft » vous conviendrez qu'en . considérant fes -"dioses

r> comme elles doivent l'être , on acquiert au moins )) quelque instruction; par exemple, aujourd'hui, » nous savons ce que c'est que l'esclavage, et nos » malheurs peuvent nous apprendre à mieux nous » conduire comme maîtres.

-^ 24. » --^Piut au ciel que nous fussions maîtres en » ce- moment, quand ce ne serait que pour m^Ui^ «■à'profrl, sur nos amis les païens, la leçon qu^ils » nous donnent), dit Juan, eh comprimant un sou-^ >x pîr de rage : Dieu protège Fécolîer contraint d'é- » tudier en ces lieux ! — -^Peut-^tre , reprit l'autre^ un » jour , et même dans uq instant , verrons^nous notre » situàtion's'amëliôrer '; en attendant (voilà, je crois, n un vieil eunuque noir qui nous regarde ) je prie » Dieu que quelqu'un^ veuill-e bieri nous acheter. ' )> 25. Après tout> quel est notre ëtdt présètit P il » est mauvais , sans doute , et pourrait être meiUeur, » — o mais c'est le lot de tous les kumains*; la plupart » des hommes sont esclaves, les grands surtout le » sont de leurs fantaisies , de leurs passions et de Y> mille autres choses ; -la société meine ^^ elle qui de* i> vrait nous inspirer de la bienveillance , dëtMitle » peu (pie nous pouvions en avoir naturellement ^ne » plaindre personne , tel est le grand expédteqt so-

> M. A. P. a cra cleYojr traduire cet çndroit :

« Perkaps we shall be, one dajr, hf and fcy » Rejoin'd the other « when ont had luck mends her* »

par : « Peut-itre ne seriôns-aon» pas si mal, w notre sort devUnt mcU-

M leur. »

n cial de» atpiques mondains , gène dépourvu» d en- » titilles. »

26« En ce moment, un vieux personnage neutre du troisième sexe s'avança , et jetant un coup-^d'œil sur les captifs, sembla chercher à découvrir, d'après ïçur figure y leur âge et teur capacité r s'ils conv^^ient bJL^ à la prison dont U avait le» clefs. Ja- ^laijsd^uue n'est lorgnée piar un amant, cheval par un maqi^ignpn ^ drap large pair Un .taiULeur ,. bojao* l^iTcs par un avocat / ou voleur par un- geôlier > . . ,21*^ Comme Test ii)i escjlave par, celui qui songe à l'acheter .^^laisante chose d'acheter noi^-sçmblahles^c et poi^ri^nt ils «ont tou^i à vendre, si voua considét^ez ji;f4iciei(is,em{ef^t leurs passion^* Quelqùes^Uo^ s'ao» quièrent ayeq une jolie figure , ceui(^ci avec un rjeqifute^r^ €;ç^x-là avec un emploi , auiVant Ijeûr âge et îejfii^ ç^raqtère , \^ plus grand QQmhr^ avisp u^e h^^r^c^ igiaruie \ ipais tou^ val^^t quelque chose , des éq[u^: pu 4/^8^ coups d^ pied '»u4vaQ:t. l^ui:* degré de oarrpptÎPD^ , *

. 39* A^ïè^ l^fk îivoli? 0i^Miui<iés qittQtitiveiiifUiit , l'eUr sM|iqgi|^ '1^0 . tourna fi^vf^ let marchand 9. e^t s'infont^ du fi^% d'^hprà 4^: l'iiua ». puis de tous les deii^x. Ils.mar*ch^ndèrént; ^,<K>û{f;stèreàt ^t itïénie jurèr^t-^ héJaç l dans une foire de chrétiens , comme s'il se fût agi d'un bœuf, d'un âne , d'un agneau où Û'nù chetreau; on eût cru qu'ils se luttaient en les entendant discuter ainsi la valseur de ce beau couple de bétes humaines.

29. A la &€f, leurs cri» s'adoucireiit en BÎpiples gi^ogiiemens ; il« cirèrent péniUeiiieDt leurs l|ourbièir; retourajbreat eba^ue pièce d'argent, ea firçilt son<H ^er ^^IqueMiiied , pesèrent leé autres dans leurs maiiiSy et QofkfoDdireïit scm^enl pair erreur des^e^ quins avec dés paras jusqu'à Cfe que la somme entière eût été complëtemeut épluchée. Le marchand reniiik de la monnaie , «igna rëgûltèremebt une quittance , et piMs tx>mùHBtiça À «ongar coâiment il dînerait. '

30. J^ v<Hidrsd« biân savoir s'il ;^vait vraipiéiitJMMi ^pécitv on , &ns ce dern^kr gaa, s'il eut tfùéàiigtÊh tion facile, il me semble qu'il dut «n çaangeajit a^vôit* 4k singulières penses 9 et que sa coMcienCe kiiînsi' pira quelques légers scrupules auir retendue di| dvejk divin q]ae nous avons de vendre 4^ la idhair et Aê. sang -, je trouve que l'heure où le dîner nous oppresse est la plus sombre des vingt-rquatire qui tpuirnent quotidiennement sur n«as.

3i . Voltisiirè 4lxt que uon» et naus jassure qi^e Qoa^^ diâe trouvait h, vie plus supportable ap^ès. iavoiir mangé : il se^rompe ; •>-«* la i^éplêtîon ajoute «auii soufwfratees habituelles de l'homme > à moins qu'il ne aapt; un porc ] s'il est ivre il ne sent pas l'oppression de sa tête, tant qu'elle tourne; mais sur la "nourriture je suis de l'avis du fils de Philippe ou plutôt du fils d'AmH mon (peu satisfait d'un ^eùl mondé tet d'un iseul père) . ^

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