Nous ne pouvons être loin de quslqué mai
» son habitée ; car la confiance avec laquelle le vieux
9 nègre s^st glissé avec ses deux captifs dans un sen-
.)> tier aussi étroit, indique assez qu'il- est certain de
' Le poète doQt Byron parle ici est sans 4oate loi-méoie.
* Saint BaEÛiëlemy fti* ëcorché Vif. Mïchel-Ange, dans le grand tableau du Jugement dernier, Ta représenté tenant d'une main sa peau , et mon* trant de Fautrc le fer, instrument de son supplice.
» trouver ses amie eT^Ués t un seul ç|*i les ferait tous » accourir ; il est donc bon de bien, regarder avant » de se lancer. — Et maintenant , vous le voyez , ce » diemin nous a fait arriver. Yoilk> par Jupiter , un 1» beau. palais! — et de plus^ éclairé. » , 46. C'était y en e£Eèt, un grand et vaste édifice qui s'offrait à leur vue , et sur la &çade duquel on avait répandu une infinité de dorures et de couleurs variées, suivant-Fusage des Turcs et ]^ur goût extravagant ; — car ils sont peu avancés dans les arts . dont leur patrie était jadis le centre : chaque i;îU^ du Bosphore ressemble à un paravent nouvellement peint , Ml bien à une jolie décoration d'opéra.
47 . Comme ils approchaient davantage; Fagréàble sa.veur de certaines étuves^ de rôtis et de pilaus^ choses qui trouvent toujours grâce devant les mortels, affiimés^ vinrent tempérer les intentions fiinmcheis de luan, et le rendirent à son inxrocence habituelle^ en même tems son ami crut devoir ajouter à ses prudens raisonnemens une clause Seivorablement reçue. « Au nom du ciel , dit-'il, sot^ons d'abord. un )i{ieu9 ensuite je vous suivrai^ si vous voulez vous » éloigner. »
48. On fidt appel , tantôt aux passions ^ tantôt aux sentimens, tantôt à la raison des honimes^ ce der^ nier moyen'est toutefois rarement usité, attendu que la raison juge toujours les raisonnemens hors de saison : quelques beaux parleurs pleurent, d'autres tonnent } et chacun d'eux plus ou moins s'accorde à
çoub ennuyer avec i'ai^menl qui e$t aoa fort *, nul ne «OQge à être bref. .
49. ( Mais c'est une dâgresaion. ) De tdua les apfMsU y bien que jç n'i^ore pas la piHSsaooe de V4io^ quence ^ de For^ àe la beauté , de la flatterie > des menaces, d'un scfaêHingf, ^-^ nul n'est plus efficace, comme chaque jour nous en oifre la preuve , quand il s'agit de gagner les bonnes grâce» dé rfaommis et de ratlendrir, que ce tout->puissant et suave; tintement, ce tocsin de Tame^ en un mot, — - laplodié dudbter^v
50. La Turquie oe possède aucunes clocbés, etce-^^ . pendant, on y 4ine^ Juan et son ami n'entendirent
per&onne sonner chrétiennement l'heure du festin ; ils ne virei]^t pas une bande de laquais chargés d'is^ iroduire les/invités, pmîs ils sentaient le fumet des râtis, ils apercevaient des flammes «, un grand feu> des ^ttisinie#s eu mouvrâient, les bn» nus ^ et ils 'regardaient à droite , à (puche , avec Tceil prppb^ tique de rappéck.
51 . Déposai|t doue toute idée de résistsmcft, Sa lestèrent près c;t dèrrièo^ leur noir guide ^ «dors bien éloigné de croire sa piteuse existence m^iaèée. Après un qourt imervalle il leur ordonina de s'arrêter^ et frappant à une porte qm s'ouvrit aussitôt , une grande et magniâquc salle déploya à leurs yènz loioéie VosftentaÉÎon de la pompe oStomane*
' Cette strophe devrait être gravée au frontispice de tons les litres de politique représentative/
. 52. 3e nofyejxï pas décrire : hiea eatF^il.vrai que la description est nea fort ^ ma)a >ei) cet jourt' ra^ dîew il i^'eitt pas- de sot qui , pour décrire son superbe VOy^e dans une cour étrangère^ ne frayé u» ÙÊrt^jorto et ne demande yqs concens.de louanges. — ^ L'éditer 86 ruine ^ peu Jui iœporle v et depen^ dant la nature torturée de. vingt lailk itomires.se ré^igo» a.ife\B uoe paliwceeM^f^ine. à entrer ainsi diknêléê gi^udes ^ lesteors» les . estqpisses , les vers^ lesi^peiQ^iees'.
5^> iDiAs ^enie salle ^ et de.long en Jargé., on ToJraÂt plusiefurahoinmea accroupis s«r Murs genoux et jwfigiit aux èék^m ^ d'auli^s eslusaieiil par mono^ syllabes ) ou. semblaient ocnUpés awnt tout de leur e(Sfluio0..Qttelques-uns< fumaient dans de si^perbes pipeè' ertaées de hacs d'ambre plus o^mbins pré<n cieux : ceux-ci marchaient gravement^ oeuxr4à dor*» matenily et- filuftieinrsie^fin aignisatent leur apjiétit poui! le siEMip^r Avefo uot verre de rom'f * . 54* <^SuEUid l'eunuque ncnr entrai à^vec^ti eeu{^le
' Il ji^estpas de pays où.ron publie autant de Guides et de Tours c[aW Angleterre. Ces derniers senties espèces de r^^um^^'qne les Jeunes lÂgllHèièe droient obU^s àë ùÂtë iai^nm^r ao retour de leurs- course» sur lé continent. lU serrent d'attestation à lenrs voyages^ et on peut les coni^pûtétmai HièsM imptàu^i de nos avp&i'kâ et de im^mîêâtetinB, Les intf et les autres M»t détiîttes de fàmillei peu Apprtfeii^ft dfi pablio.
* En Turcpiié) rie* n^esCplus commun que de voir les Musulmans prendre llhw9m t«sM^ à» liqv^m^ fofi/t» pour éwîiSUK rapp^;.«rea ai tu prendre joAfu'à. à^ Terres de raki noyant; leor répsiSy et ju^«r «pi'its en dînaient beaucoup mieux ensuite. Je touIus moi-même en, faire rexpcrience, mais je me troii^€«mn« cet ÉcossaU «jai, ayant entendu dire que les oiseaux
d'infidèles achetés , quelques-uns levèrent les yeux un itooment sans ralentir leurs pas ; quant à ceux qui étaient assis, ils àe. se dérangèrent ntiUement t'un ou deux regardëreifl en fece ïés'captift , fle l^ttir que Ton examine un dieval pour juget deiBOnprix; d'autpes firent/ de leur pièces un sigpue k -l'eunuque f mais aiitun ne le fatigua de ses paroles; -
. 55,jt II leur fit traverser , san^ qu'Us s'arrêtassent , Tappartement et jrfusieurs avctres suites de salles ri^ ches et'splendides ^ mais silencieuses , à l'exceptii^ d'une seule > d)amis laquelle leii gouttes d'eim d'unefontaine de marbre tombaient en écho an milieu d^ ombres de la nuit' ; dans une autre encore iquiel-^ ques têtes de femmes s'avancèrent curieusement.^^ et firent briller des yeux noirs aii travers xie la porte ou des jalousies y comme pour savoir quel diable de bruit elles ^oitendaienti
56. Leloiig des murs majestueèx) qîuetqnès lampes mourantes jetaient encore assez de lumière pour éclairer leur route 9 mats trop peu pour laisser voir ces salles impérialesdans toute leur riche et supeibe splendeur.^ Peut-être n'est-il rirâ ^ —je ne dirai pas
d'efifrayant, mais de triste > la huit aussi bien que le
appelés Idttievi^iaks aiguisaient admirablement la faim, ta dérora sa et scf plaignit ensuite, de n* avoir pas pins d'appétit qu*auparaifant.
(^JVote' dp Lord Bjrron. ) ' G^est j dans ToHent,- un meable common. .Je me sou viens d^ayi^ élë reçu, par Ali-Padia ^ dans' une salle contenant un bassin et nne fonlaine en marbre , etc. , etCé , etc.
( JYote de Lord Byron: N/ojei tstf^e, ) '
CHANT GINQtJIÈME. »I9
jour y comme mi immense appartement , lorsqu'il ne se trouve pas une ame qui interrompe la morte splen^ deur de Tensemble.
.57. Deux^/ trois personnes sont bien peu de chose, une set;ile ne semble rien du tout dans les déserts, dans les forêts, dans les foules ou sur le rivage : là nous savons que la solitude est bien placée ; ce sont des. lieux ou elle a toujours tenu son empire : mais dans les imposantes salles ou dans les vaslen gale^ ries., qu'elles soient d'iin travail modeme^ ou d^une antique architecture , une espèce dû mort nous aaisil, en nous trouvant seuls dans un lieu^ destiné à réunir un grand nombre. .
58. Un cabinet propre et retiré, un livré , un ami , une dame seigle, ou bien encore un verre de Bordeaux V de Saudwicb , et surtout de Tappétit,- voilà ce* qui aide un Anglais à passer les soirées d'hive^. Cette persjpective n'est cependant pa»aussi' vaste que celle 'd'un théâtre éclairé par le gaz ; mais mot je * passe* solttarrement mes soirées dans de longues gar leries, et c'est là la cause de: mon caractère milanscolique.
59. Hélas! cette grandeur dont l'homme s'environne le rapetisse lui-même. Je conviens qu'elle est parfaitement ànsa place dans une égUse : l'édifice qui parlé du ciel^ loin d'être mesquin , doit toujours être fort et durable , jusqu'à ce que nulle langue ne puisse plus déchiffrer les noms de ceux qui leccon«struisirent. Mais depui» la chute* d'Adam , de vastes
mftMQiift oonvieiuieDt mal nu genre humaia ^ -^ et de VM|0ft tombes enocnre moins. •*— Il me semble que l'aventure de la tour de Babel pourrait vous en coil-* vaincre beaucoup mîeax que je ne le pourrais fàireé . 60. Babel était la maison de chasse de Npmrod; c'était.une fiUe merveilleuse pour ses jardins^ ses murailles et ses lidiesses; là.rég&a Naauchodono^ sor^ roi. des hommes , jusqu'à ce qu'un beau jour d'été il «se Cut mis à paître-, là' Daniel , à la .grande siN^ise et teimur du peuple^ y dompta, des lions dans leur fosse ^ elle fut encore illnstpée par Pyrame^ 'par Thlsbé.^ et par la calomniée reine Sémiramis.
62. Mm y, pour revenir , -^ s'il se prouvait ( que ne trquvA^t^n pas. en ce siècle? ) quelques inoré* dulesiquî^ sous préteil» de n^avoir pu dfiviner k position die cette même Babel^ ôm de neTayoirpas vt)tdu: ( Cfamd^ Rlch ^ esq. ^ en a cependant rapr porté .quelques briques, et a. publié dermèrejodeol ^leuiL Mémoires sur ce sujet) ; s'il s'en troùvait,dts*-je9 qui ne voulussent pas s*en rapporter aux jui& , mép- <îréans quenous, devons Cfroire , bien «qu'ils ne uous oroient pas;
63 V Us de^vront du moins se rappeler qu'Hocace a exprimé av^c une charmante précision la folie maçoniqpe de c&mt. qui, oubtiant la grande place d? repos^. ne f évent jamais qu'architecture. Nous savons quelle est la fi» nécessaire des chos^ et des hommes.
morale douloureuse (comme toutes les morales) ^ et le sepukri immemor struis £2amo5 nous rappelle que nous élevons des maisons quand nous ne devrions que creuser des tombes '.
64. lis gagnèrent enfin un câté plus rétiré, dont les échos se réveillërent comme d'un loag sommeil. Bien qu'il s'y trouvât tout.ee qu'il était possible d'y désirer, on y voyait de plus une foule de choses dont on ne concevait pas l'utilité. L'opulence s'était étudiée à encombrer d'objets de toute espèce un appartement magnifique^ et la nature semblait inquiète de savoir ce que l'art avait prétendu faire.
65. Cette salle ne semblait pourtant que la première d'une longue rangée ou suite de chambres ^ conduisant^ le ciel sait où 3 mais ^ dans cette première , les meubles étaient d'une richesse inconcevable : les sophas étaient si somptueus^ que. c'eut été pécher à demi que de s'étendre sur eux y et les tapis étaient d'un point si fin et si précieux ^ qu'ils donnaient l'envie de glisser sur eux comme un poisson doré.
66. Cependant le noir, daignant à peine regarder ce qui ravissait d admiration les esclaves ^ marchait, sans précaution . sur ce qu'ils n'osaient presque effleurer^ dans la crainte de le salir, et comme s ils
' Tu seconda marmora Locas sub ipsumjimus , et sepulcri Immemor^ struis domos,
(Horace.)
L ai
avaient eu à poser le pied sut* la voie lactée et tout :Son attirail d'étoiles. Il entr'oùvrit une certaine garderobe ou arpoire nichée dans ce coin de la salle , *— *que vous pouvez voir de là^ — ou du moins ce n*est pas ma faute ,
67. Car je fais tout pour être clair 5 le noir, di&je, entr'ouvrant ce meuble , en tira une quantité de Tétemens dignes de couvrir le dos du plus riche Musulman. Quant à la variété, on ne pouvait en désirer davantage. — Toutefois , bien que j'aie dit que tout était du plus heureux choix , il mit son attention à trouver un costume qui convînt, suivant lui , parfaitement aux chrétiens qu'il avait achetés.
68. Il jugea à propos de donner au plus âgé et au plus vigoureux des deux , d'abord un manteau candiote , tombant jusqu'à ses genoux , et des culottes qui 5 loÎQ d'être eiiposées à crever , convenaient parfaitemcint par leur ampleur à des fesses asiatiques. De plus un chàle, dont le tissu avait été enlevé à des chèvres nourries dans le Cachemire , des pantoufles de safran 9 une dague riche et commode, en un mot tout ce qui pouvait en faire un dandy deTarr quie * .
69. Pendd«tt qu'il s habiUatt, Bàba> leur noir, ami, faisait sentir les grands avantages qu'ils ne roanque-
* L^emploi des dandys , en Angleterre , est le même que celui des petits maîtres f en France ; ils se changent d'éprouver et même de former le goût public en matière de costumes, et ils se de'dommagent des risées des uns par la considération qu'ils obtiennent des tailleurs d'habits.
CHAWT CINQUIEME. 323
raient pas d'obtenir , s'iU roulaient «tiiyre le chemin que la fortune venait clairement leur montrer-, puis il ajouta qu'il croyait devoir leur dire que pour améliorer leur sort ils n'avaient qu'à se prêter de bonne grâce à la circoncision.
- 70. Pour sa part , il serait sûrement enchanté dé les voir vrais croyans, maïs il n*en laisserait pas moins sa proposition à leur choix* L'autre s'empressa de rendre grâces à Fexcës de bonté qui le portait à leur permettre de voter en pareille circonstance ; a il » ne savait, ajoùta*t'-il, comment exprimer jusqu'à D quel point il approuvait tous les. usages d'une nan tion aussi policée* »
71 - Pour sa part , — il ne trouvait à une coutume si ancienne et si respectable qu une légère objection, et encore ne doutâit-il piis ({u'après un petit repas, car il se sentait un vif appétit, quelques heures de réflexion ne le réconciliassent entiërenrônt avec l'opération proposée. <c II y consent ! interrompit alors » Juan furieux > pour moi vous n'avez qu'à me tuer 5 » il &udra circoncire mi^ tête. *
72. » — «• Et en couper mille autres avant. — En ce » moment , reprit l'autre , veuiHez ne pas m'intêr- » rompre, vous me faites oublier ce que j'avais à » dire : -^ monsieur! cotnme je disais > anssitêt que }} j'aurai soupe , je réfléchirai si votre offre est^sus- » ceptible d'être acceptée sans observation , pourvu, a dans tous les cas, que votre extrême bonté en laisse » toujours le choix à notre dispo«»ition. »
73. Baba s^approchanC alors de Juan : n Soyez as- )> sez bon pour vous habiller vous-méine , » et il lui indiquait du doigt des vétemeos dans lesquels une princesse aurait » avec transport^ introduit ses jambes. Mais Juan , comme s'il n^eut pas été d'humeur à se prêter à une mascarade > et sans daigner répondre^ donna de son pied chrétien un coup sur les habits \ et quand le nègre lui eût dit : « Allons I de » suite ! » il répliqua : « Vieillard, je ne suis pas )» une dame.
74. — » Je ne sais ni ne me soucie de ce que vous A ^tes, dit Baba , mais je vous prie de faire ce que )) je désire. Je n'ai ni tems ni paroles à perdre. — » Au moins , dit Juan , me permettrez-vous de de- » mander la cause d'un aussi ridicule travestissement. » — Tremblez , répondit Baba , d'être trop curieux ; D vous le devinerez sans doute en tems et lieux plus » convenables. On ne m'a pas chargé de vous en dire » la raison.
75. — » En ce cas, dit Juan^ si je le fais, je veux » être. . . — Sile«ce , repartit le noir , je vous engage » à ne pas me provoquer. Ce jcourage est bon, mais » il n'en feut pas trop -suivre lès inspirations, car » vous nous trouveriez assez peu disposé à plaisan- » ter. — - Gomment donc! dit Juan, voulez -vous y> qa'on dise que j'ai renoncé aux habits de mon sexe ? » — Continuez , interrompit Baba en frappant du )> pied , et j'appelle certaines gens qui ne vous en )) laisseront pas du tout.
76. » Je VOUS oSre un joli costume complet, celui » dLWne femme^ à la vérité *, mais raison de plus pour » le porter. — - Comment ! dit Juan après un moment » de silence j et tout en^marmottant quelques inno- )) cens jurons , faut-il que , malgré mon aversion » pour ces nippesu de femme ?. . . . Que diable ferai- » je de tant de gazes ? ». C'est ainsi quç le profane parlait des plus belles dentelles qui jamais eussent voilé la figure d'une mariée, lé matin de ses noces.
77. Il jura encore j et comme il soupirait, on fit glisser sur ses cuisses une paire de culottes de soie , couleur de chair ; puis une ceinture virginale vint presser une chemisette aussi blanche que du lait f mais , en s'agitant dans son jupon , il chancela , ce » {/ui, —comme nous disons, — ou comme les Écossais , whilk * ( la rime me force à rappeler cette différence dans le dialecte : les rois sont quelquefois moins impérieux que les rimes ) ;
78. WTiilk, ce qui ( ou ce qu'il vous plaira ) doit être attribué à la nouveauté de son costume et à l'embarras qu'il lui causait. A la fin il se décida , toutefois assez gauchement , à changer de place avec sa toilette ; lé noir Baba Taidait un peu et remettait 1^ côtés maladroits de ses accoutremens qui venaient
^£n anglais "svhich, et en écossais tvAi/A:, s^emploient pour exprimer ïe pronom ce qui. Le dernier vers de cette strophe rappelle ceux-ci 4f- Molière , dans ses Femmes savantes :
La gramonaire qui sait régenter juscpi'aux rois , etc.
à se détacher ) puU ayant enfin passé dans une robe aea deux bras, il a'firréta et »e mit à le considérer du haut en bas.
79. Il n'y avait plus quWe difficulté, *— ses che^ yeux n'étaient pas assez longs*, mais B^ba eut habile^^ meut recours à tant de tresses postiches^ que bientôt sa tête fut garnie dans le dernier goût , et d'âpres la mode alors en usage dans ces lieux. Ce inrcroît fut déguisé sous des rangs de perles ^ qui formaient en même tems le nécessaire complément' de sa toilette ; Baba n'avait pas oublié de lui faire peigner sa tête et de l'humecter d'huiles parfumées.
80. Alors j couché sous une entière et fémktine parure y avec le léger secours des ciseaux y du fer et des couleurs , on l'eût pris , dans presque tous les aspects > pQur une jeuae fille ^ et Baba ne put s'em« pécher de s'écrier en souriant : « Vous voyez , mes-» )> sieurs » le changement est bien complet \ à présent^ » il vous faut venir avec moi. J'entends, seulement » — madame ; p et frappant dans ses pains ^ quatre noirs s'av^Bcèrent au même instant.
81 . « Vous, mopsieur^ dit Baba, en se tournant » Ters l'autre I veuillez accompagner ces personnes » et souper avec eux ; mais quant à vous , respectable » vierge chrétienne^ vous allez me suivre. Pas de » résistance , monsieur ^ quand j'ai dit une chose , » il faut qu'on l'exécute à l'instant. Que craignez- » vous ? vous croyez-vous dans l'antre d'un lion ? » Comment donc ! c'est ici un palais^ et les vérita-
7f bles «age^ y trouvent ted jouissaoces anticipées du » paradis du prophète.
82. » Folle qae vous êtes, je voas dis que vou^ » n'aviez rien à craindre, -r- C'est bient reprit Joan^^ » ce que jo leur souhaite de mieux. Os sentiraient » trop bien le pords de mon bras , qui n'est ps^s aussi » léger que vous pouvez le supppser. Je me laisse » encore conduire^ mais je romprai promptement » IC' charme^ si quelqu'un vient à me prendre pour » ce que je parais; Ainsi ^ pour le bien de chacun ^^ » je souhaite que moadéguisemçnt jie dpnne pas lieu )) à une méprise.
83. » — Entêté! venez et voyez du moins ^ » ajouta Baba , tandis que Don Juan se tournait vers son compagnon^ et que co dernier^ ,n)&Igré la légère contrariété qu'il éprouvait, ne pouvait ^'empêcher de sourire de la métamorphose, a Adieu , s'écrièrent » en même tems les deux amis , cette terre paraît » fertile en inventions singulières;, nous voici de- » venus, l'un & demi musulman^ et lautre jeune » vierge , avec le secours gratuit de ce vieux et noir » enchanteur.
84. » Adieu ^ dit Juan; dussions^nous ne plus » nousrevoir^ je vous souhaite bon appétit. — Adiçu^ » répliqua l'autre, bien que je sois vraiment affligé » de vous quitter. Quand nous nous reverrons, nous » aurons à faire chacun un récit. En ce moment il » faut que nous suivions la route où le destin nous » pousse ; conservez précieusement votre honneur ,
» bien qu'Eve elle-méine n'ait pu garder le sien. — )) Ah ! dit la demoiselle ^ le sultan lui-même n'ob- » tiendra rien de moi , si d'abord Sa Hautesse ne » promet de m'épouser. »,
85 . Us s'éloignèrent alors par des portes séparées. Baba conduisit Juan de salles en salles , à travers de somptueuses gâleriea et sur des parquets de marbre , jusques en vue d'un portail gigantesque dont, malgré l'obscurité, il distinguait ^ le long des tours, réiévatîon et la largeur. Les plus riches parfums s'en exhalaient au loin ; et même quand on s'en approchait davantage , on le prenait encore pour un temple ^ car le tout en était vaste , silencieux) ambrosial et céleste.
86. La large , haute et brillante porte de cet édifice était en bronze doré , et ciselé avec un soin exquis. Là des guerriers combattaient avec fureur 5 ici revenait le vainqueur , plus loin étaient couchés les vaincus 5 de ce coté, les captifs s'avançaient les yeux baissés, et enfin, dans la perspective ,* on voyait fuir des escadrons. L'ouvrage semblait antérieur au tems où la race des Romains transplantés disparut avec Constantin *.
87. Ce portail massif fermait une vaste salle. Deux nains, semblables à deux diablotins hideux et les phis petits qu'on pût imaginer, étaient accroupis, Tun à droite, l'autre à gauche, comme destinés à
1 Constantin Dragases", le dernier des empereurs grecs»
CHAIHT CINQUIÈME. 329
former un ridicule contraste avec la porte qui déployait^ en ft'élévant au-desaus d'eux ^ un orgueil approchant de celui des Pyramides : elle avait trop de grandeur dans tous ses traits ' pour qu'il fut possible d'apercevoir ces misérables créatures ,
88. À moins que Ton ne fut sur le point de mar« cher sur eux : alors vous reculiez d'horreur en examinant la monstrueuse laideur de ces hommes dont là couleur n'était ni noire , ni blanche , ni basanée , mais offi*aitun étrange mélange qu'il n'est pas donné à la plume y maift peut-être seulement au pinceau^ de reproduire. Ces deux informes pygmées, monstres sourds et muets ^ avaient été payés avec une somme non moins monstrueuse.
89. Ils avaient iinè fonction ( car ils étaient vigoureux ^ et ils exécutaient quelquefois , malgré leur mince exiguité ^ des ehoses fort pénibles ) , c'était d'ouvrir cette porte ; ils s'en acquittaient sans effort^ les gonds en étant aussi doux que les vers de Rogers'. Souvent aussi ils étaient chargés de passer de fortes
' Les traits d'une porte, métaphore ministérâcUe. « Le trait sur les
» gonds duquel roule cette question. » Lisez la FamUle Fudge, ou
écoutez Castlereagb. -
( JS'ote de Lord Byron. )
^ Byron a rendu aux Ters de Kogers un témoignage encore plus flatteur dans les Poètes anglais et les Réviseurs écossais :
« Et toi , mélodieux Rogers ! lève-toi ; rends-nous le doux souvenir » 'du passé. Lève-toi! qu'une 'divine souvenance t'inspire encore et fasse » retentir ta lyre d'une harmonie à laquelle tu l'as accoutumée. Replace » Apollon sur son trône vacî^it , et raffermis l'honneur de ta patrie et le » tien propre. »
cordes d'arc ^ en forme de cravates , ^ cou d'uo pacha rebelle : c-est la coutume de ces climats orientaux , et ce sont toi^onrs les m^ets auxquels on y confie les emplois de ce genre.
90. Ils parlaient par signes — c'e$t-4i-direj ils ne, parlaient pas du tout. Semblables à des incubes ' , leurs yeux restaient attachés sur Baba^ taqdis qu'obéissant au mouvement de ses doigts ils poussaient à reculons les deux battaos de la porte. Jiian tressaillit' d'abord , en voyant les yeux perçans de ce petit couple s'arrêter comme deux serpens sur les siens : comme si leurs regards eassent du empoisonner ou fasciner tous les objets sur lesquels iU venaient à s'arrêter.
91 . Avant d'entrer, [Baba fit une pause pour don-, ner ^ en sage guide , quelques légères leçons à luan. « Il serait , dit-il , à propos d'adoucir un peu la ma-* )» jesté tant soit peu masculine de votre démarche » » et — (quoiqu'il n'y ait pas grand ,mal à cela) de » vous laisser un peu moins aller de coté et d'autre , )» ce qui vous donne un air tout-i-à-fait singulier : si » vous pouviez aussi donner à vos regards plus de » modestie y
92. » Je vous engage à le faire : car ces muets » ont des yeux comme des aiguilles qui pourraient M pénétrer sous vos jupes ^ et s'ils yiennept à soup-
' Oa plutôt h des fils d'incubes. Les iiumbes pouTaieni fort bien revêtir de belles fonnès humaines, tandis qae le firoit de leur 'nnion avec les lemmes était néeessairement maigre, chétif , Yaboagri , et aurait suce' le lait de vingt nourrices sans prendre phis d^embonpoint.
» çonner votre déguisemeDty nous ne aommospaçloin^ » vous le savez ^ des profondeurs du Bosphore. Avaut » la pointe du jour , il se peut faire que vous et moi » voyagions si;r la mer de Marmara ' ^ sans bfirqiies » et cousus dans un sac , -. — manière de oaviguet fort » usitée ici en pareil ces. n
93 ^ Après Tàvoir ainsi réconforté, il Uintroditisit dans upe saille plus belle encore que la précédente : L'œil s'y promenait sûr une profusion dé richesses qu'il lui éuf été impossible de distinguer^ tant les objets entassés les uns sur les autres y réfléchissaient d'éclat-, c'était une ma«se étincelanted'o^^ de joyaux et de pierreries qui formait le plus magnifique dé-' sordre que l'on put voir:
94 • La richesse atvait fait des miracles , — - le goût , beaucoup moins. On remarque la même chose dans tous les palais de VOrient et marne dans les châteaux plus parcimonieux des rois de l'Occident (j'en ai vu quelque six ou sept ). Ce n'est pas dans ce» dfer* niers que l'or ou les diamans jctteftt un grand lustre 9 il ne faut pas tant exiger d'eux ; mais ils abondent en méchans tableaux ^ statues > tables et sièges sur lesquels je ne m'arrêterai pas à composer des vers.
' M. A. P. trailuit ce ven :
. Tofind our wàjr to Marmara yvithout bouts.
Arriver sans bateçLu a Marmara, Mais les Ues de Marmara étant eloîgnëcs de Constantinople d'environ cin<juante lieues, il est cîvident que Fauteur n''a yovXxl designer ici (jue la mer de Marmara y dans laquelle sont situées ces lies.
95. Pans cette salle toute royale, et sur uu car* napé placé à quelque distance^ une dame, à demi étendue , reposait dans un abandon digne seulement d'une reine. Baba s'arrêta , et en s*agenouillant^ fit un signe à Juan qui , bien que déshabitué de ses prières^ mit aussi par instinct un genou en terre ^ il ne pouvait comprendre ce que tout cela signifiait : cependant Baba se courba et inclina la tête jusqu'à ce qu'il eût terminé tout le cérémonial.
96. La dame se levant avec toute la grâce de Vénus quand elle sortit des flots, fixa sur eux , comme une gazelle , deux yeux divins qui firent oublier Té-; clat des diamans dont elle était entourée. Puis, soulevant un bras aussi blanc que les doux rayons de la lune^ elle fit un signe à Baba, qui, après. avoir baisé le bas de sa robe de pourpre, lui parla à Foreille en désignant du doigt Juan , lequel restait toujours à la même place.
97. Son aspect était aussi noble que son rang, et sa beauté était de <9elles dont la description ne pour? rait qu afiaiblir Fidée. J'aime mieux vous la lai^çer deviner , sans m'exposer à la calomnier ea voulant peindre ses traits et ses formes. Je vous rendrais fous , si jamais je reproduisais à^ vos yeux les couleurs de la vérité : c^est donc un bonheur pour Vous et pour moi , que mes phrases soient aussi imparfaites.
98. Cependant , j'ajouterai encore un mot : — elle n'était plus dans son adolescence , et pouvait avoir vingt-six printems. Mais il est des formes que Iç
tems oublie de flétrir et auxquelles sa faux pardonne aux dépens de créatures plus vulgaires; telle avait été Marie là reine d'Ecosse, — - Les larmes et l'amour véritables détruisent bien la beauté, les soucis ron* geurs lui arrachent ses cbarmeé \ cependant il est quelques femmes desquelles les ridîes' n'approchèrent jamais, par exemple — Ninon de Lenclos.
99. Elle adressa quelques mots à. ses suivantes, qui formaient un groupe de dix où douze jeunes filles toutes habillées de même , c'est-à-dire de l'uniforme choisi pour Juan par Baba. On eût pu les prendre pour une charmante troupe de nymphes, et même eUes auraient pu se traiter de cousines avec les compagnes de Diane. Du moins, pour ce qui est de l'extérieur; je n'e prétends ici rien garantir au-delà.
iOO. Elles s'inclinèrent avec soumission et sortirent, mais non par la porte qui avait amené Baba et Juan. Celui-ci , toujours à quelque distance , admirait tout ce qu'il voyait dans cet étrange salon , bien capable en effet d'arracher l'admiration et les éloges, car on éprouve en même, tems ces deux sentimens, ou aucun des .deux ^ ; et je déclare même ici que je n'ai jamais conçu le grand bonheur du nil admirari.
iOI . « Ne pas admirer est tout l'art que je con-
' TTùs on saUoon muchfittedfor inspiring
Marvel and praise ; for both or none things win.
Le texte est bien clair, et la strophe suivante Texplique encore mieux. M. A. P. n'a pas craint de faire dire ici à Lord Byron : a Ce salon bien digne dMnspirer Fadmiration et la surprise ; car l'une ne va pas sans l'autre.
534 * DON JUA.N.
)i nai8 (la vérité nue , cher Murray » n*a pas besoin i> des âeurs du discours) pour rendre les hommes » heureux ou pour les maintenir tels. » Telles sont du moins les propres expressions de Crèech. Ainsi Pavait dit Horace , long-tems avant lui ^ comme nous savons' : ainfl4> Pope recommande de se bien pénétrer du même préeepte ; mais si personne nWaà admiré y Popë aurait-il voulu chanter'^ et Horace eutil trouvé d*immortelIes inspirations ?
102. Quand toutes les demoiselles furent sorties^ Baba fit à Juan signe d'approcher ^ puis il l'engagea à s'agenouiller une seconde fois et à baiser le pied de la dame. Mais Juan lui ayant fait répéter une seconde fois cette sentence , se releva de toute sa hauteut* et dit en sourcillant « qu'il eki était taché , mais » qu'il ne toucherait jamais d'autre soulier que celui » du pape. »
1 03. Baba, indigné de cet orgueil intempestif^ lui fit de vertes remontrances, et alla même jusqu'à (tout bas) le menacer du cordon. — Tems perdu ; Juan ne se serait pas humilié quand il se fut agi de la femme de Mahomet. Il n'y a rien au monde de comparable à Vétiquêttè dans les appartemens royaux ou
* JVil admirari prope res est una , IVumici,
Solaque, quœ possit facere et servare beatum.
(HoRACV, ep. Ti, lib. i.) Greech, célèbre tradacteur anglais, mort en 1702, et non pas en 1700 comme le rapporte Suard dans la Biographie universelle. On lui doit les traductions en vers anglais de Lucrèce, d'Horace, de Théocritc et de plusieurs autres poètes.
dans les cours impériales ; ajoutons encore dans les bals de gentilshommes et de comté * .
i 04. Il soutenait , comme Atlas y un monde de paroles dans ses oreilles, et il n'en réfléchissait pas davantage. Le sang castillan de tous ses fiers ancêtres bouillonnait dans ses veines \ et plutôt que de condescendre à déshonorer sa race , il eût vu mille épées le frapper de mille morts; enfih Baba voyant bien qu'il était impossible de penser au' pied^ lui demanda s'il aimerait mieux baiser la main.
i 05. C'était là un honorable comjpromis, et> pour ainsi dire , un lieu de balte diplomatique , où les deux parties délibérantes pouvaient plus ^cilement s'entendre. Sur-le-champ, Juan témoigna le plus vif empressement à s'acquitter de toutes les politesses décentes et convenables , et il ajouta même que cet usage était le plus habituel et le meilleur de tous : en efifet, dans le Midi, la mode ordonne encore aux gentilshommes de baiser la main des dames.
i06. Il s'avança, et, de mauvaise grâce , toucha les doigts pourtant les mieux nés.* et les plus beaux qui jamais eussent reçu la passagère empreîntie des lèvres 5 doigts>que la bouche parcourt avec trop d'ivresse, et qu'elle s'imagine pouvoir étreindre quand
' On désigne Tolontiers, en Angleterre, sous le nom de la Comte' tous les officiers municipaux d'un comté. C'est ainsi qu*on doit l'entendre ici.
^ Il n'y a pcut-^tre pas de meilleur indice de la naissaiice «[ue la maio, et c'est presque la seule distinction naturelle que puisse transmettre l'aris* tocratie.
( Note de Lord Byron. )
il lui est seulement permis de les effleurer. Vous aurez de ces désirs-là si vous venez à toucher la main d'une personne aimée \ celle même d'une belle étrangère a fait plus d'une fois chanceler la constance de presque une année.
107. La dame le regarda attentivement , et ordonna "& Baba de se retirer. Celui-ci obéit de l'air d'un homme accoutumé à de semblables mouvemens de retraite ^ et cependant , jugeant favorablement de cet ordre , il aveirtit tout bas Juan de ne pas avoir peur, le regarda en souriant légèrement, et prit congé de lui , avec ce visage satisfait que montrent les honnêtes gens quand ils ont fait une bonne action.
108. Aussitôt qu'il fut parti, un changement soudain s'opéra. J'ignore quelles pouvaient être les pensées de la dame^ mais son brillant front devint le siège du plus singulier trouble ^ ses joues charmantes s'animèrent d'un sang plus vif, semblable à ces nuages d'été qui se déploient dans le ciel à Tinstant où le soleil tombe. Dans ses grands yeux confus se peignait un mélange de sensations altières et voluptueuses.
1 09. Sa beauté réunissait tous les charmes de son sexe; ses traits avaient toutç la séduction du diable, quand , sous là forme d^un chérubin , il alla tenter Eve, et, par ce moyen (Dieu sait lequel), ouvrit le chemin au mal. L'œil eût même aussi bien trouvé des taches dans le soleil , que sur son corps quelque
chose d'imparfait. Cependant , avec tani de dons , il lui manquait je ne sais quoi ; elle avait toujours Tair de commander plutôt que celui de céder.
110. Quelque chose d'impérial. où d- impérieux entourait d'une ohaine toutes %^ ^paroles. Ou bien encore, une chaîne serraît, pouraSisi dire, votre cou, dès qu'elle ouvrait la boudie. ;^ Les transponts de plaisir euxrmémes se changeai en peine quand on a devant les yeux la plus faible idée de despotisme : nos âmes du moins sont libres^ c'est vainement qu'on tenterait de les soumettre aux môuvemens charnels. L'esprit finit toujours par rompre ses entraves.
1 11 • Il y «vait de la hauteur jusque dans son doux sourire-, aon signe de tête n'était pas uoe inclina «tion 9 ses. petits pieds eux-mêmes témoignaient de l'orgueil et semblaient avoir la conscience du haut rang de leur maîtresse. — Ih marchaient comme sur des têtes prosternées ; enfin , suivant la coutume de ces peuples , et pour ajouter encore à son extérieur imposant, un poignard ornait sa ceinture; il indiquait qu'elle était l'épouse du sultan (et non pas la mienne, grâces au ciel ).
1 1 2. .<( Entendre et obéir » avait dès ^a naissance été Vi suprême loi de tout ce qui l'entourait! « Remplir toutes tes fantaisies qu'il lui plaisait de coq^vcir, » tel avait été le principal emploi: de ses esclaves, âa naissance étak illustre, sa beauté presque toute céleste. Si jamais elle n'eut de caprices que l'on ne pût. satisfaire'; j'ai la conviction f si elle eût
été chrétienne, que nous aurions fini par découvrir 4e mouvement perpétuel,
113. Tout ce qu'elle voyait et semblait désirer lui était offert ; tout ce que , sans le voir , elle supposait visible V était aussitôt cherché de tous cétés, et des qu'on l'avait trouvé , acx}uis sans qu'on s'arrêtât BU prix. Elle ne se lassait pas d'avoir des fantaisies , on ne se lassait pas de ioat sacrifier pour les satisfaire ; telle était pourtant la gràcdde son despotisme^ que les femmes ne trouvaient jamais à lui reprocher que sa figure.
114. Juan , le dernier de ses oaprice&y avait fixé ses regards tandis qu'on le conduisais au marché. Aussitôt elle avait ordonné qu'il fût acheté ^ etBaba^ qui jamais ne refusa de contribuer à un mauvais coup , Baba connaissait les moyens à prendre pour l'acquérir. Elle n'avait pas de prudence ^ mais il en avait pour elle *, c'est ce qui* doit servir à expli-^ quer le costume que Juan venait de revêtir malgré lui.
115. Sa jeunesse et ses traits favorisaient le dé-^ guisement ; et si maintenant l'on me demande comment elle, femme de sultan, pouvait concevoir et satisfaire de semblables fantaisies , je laisserai aux sukanès le soin de la justifier. Aux yeux de leurs épouses y les empereurs euï-mémes ne sont que de simples njkris, et il y' a d^ exemples de .rèis et de fits de rois mystifiés; c'èôfce- qi|e ii(»ti)^ éprend , avec la dernière exactitude ^ r^xpmiienc;^ à l'égard
des uns , la tradition pour ce qui regarde les autres ». *
i 1 ôv^Mais au point spécial de notre histoire : elle ne supposait plus .de nouvelles difficulté^,* et même elle crut faire prei^ve. d'une excessive condescendance, quand , s'adressant à une créature nouvellement'acquise > elle lui* dit sans préambule et en laissant tomber sur lui des yeux bleus pleins d*une majestueuse tendresse : « Chrétien, peux'tu aimer?» Ces mots devaient bien, selbn elle, suffire pour rémouvoîr.
i 17. Et ils Tauraient ému en effet dans un autre . tems et dans un autre lieu. Mais Juan, dont Tesprit était encore rempli de son île et de la grâce ionienne d'Haidée, sentit rejaillir vers son cœur le sang vif qui colorait ses joues, et celles-ci devenir aussi pâles que les neiges djprage à demi fondues ; ces mots pénétrèrent jusqu'à soii ame comme des lances arabes. Il ne répondit pas un mot, mais il fondit en larmes.
118. Elle en fut vivement offensée , non pas of- . fensée par les larmes mêmes , les femmes en répandent et les emploient à leur bon plaisir; mais il y a dans la prunelle humide d'un homme quelque chose de pltrs pénible et de plus poignant : les pleurs d'une femme sont touchans , ceux d'un homme brûlent
* AUiuion satirique aux mutaelles infidâitffs da prince e% de la prinéeaae de Galles.
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comme du plomb fondu, et l'on çrpirait c(u'un fer aigu les arrache de son cœur ; en un mot , c'est pour elles un soulagement f et pour nous c'est uue torture.
119. Elle l'aurait volontiers consolé ^ mais elle n'en connaissait pas les moyens. N'ayant jamais eu d'égales, rien ne lai avait encore apporté la contagion de la sympathie. Jamais elle n'avait pensé, même en rêve, qu'il existât des chagrins d'une espèce vraiment sérieuse-, son front avait bien révélé de frivoles. impatiences, mais elle ne cêncevait pas comment, si près de ses yeux, les yeux 'd'un autre pouvaient contenir une larme.
120. Quoi qu'il en soit^ la nature en apprend toujours plus que ne peuvent en étouffer les grandeurs ; et quand une sensation forte quoiqu'incpnnue se présente , — les plus tendres impressions s'emparent des cœurs féminins comme de leur terre native» En toutes circonstances, elles versent « le vin et l'huile » samaritains sur les phies du malheureux, quelle que soit sa nation. Ainsi Gulleyaz, avant d'en^ concevoir la causé , s'aperçut avec étonnement que ses yeux étaient mouillés.' ' •
1 21 . Mais , comme toute autre dhose > les pleurs ont leur terme'; Juan, qui n'avait pu se défendre d'un instant d'accablement en entendant quelqu'un lui demander aussi inopinément s il aidait aimé^ rendit bientôt leur stoïcisme à ses yeux , tandis que la faiblesse dont il rougissait les avait rendus plus vifs et plus brillans. U ne fut pas aveugle à tant de beaUé ,.
maia il n'en $etitit>(]ué plus d^ndignation de ne pas être libre. ,
122. Pdûr la première fois de ^ vie , CuUeyaz fat entièrement déconcertée. On ne lui aVait adressé jusqu'alors que des prières on ded lo\ianges ; et comme elle exposait sa vfe en restant en confortable tête-à-tête avec çrfui qu'dle espérait conduire sûr le chemin d^amour, la perte d'une heure lui saurait fait souffrir le martyre : ils en avaient déjà consumé près d'un quart.
123. Ici je veux bienspéciûer, pour les personnes qui se trouveraient en pareille situation^ tout te tems qu'il leur est permis de perdre , — c'est-à-dire s'ils se trouvent dans les climats méridionaux. Chez nous on n'exige pas une vivacité excessive , mais là le moindre délai constitue un grand crime : vous TOUS souviendrez donc que la plus grande faveur est d'obtenir un délai de deux minutes pour la déclara-^ tion; — ^^un moment de plus ferait le plus grand tort à votre réputation.
• 1 24. Celle de Juan était honorable : maM elle pou" vait encore grandir s'il n'avait toujours eu la tête remplie des formes d'Raidée ^ ce souvenir ^ chose singulière^ ne pouvait l'abandonner, et le rendait du plus exceèsif mauvais ton. GuUeyaz , dé son câté, le considérait comme son débiteur ; c'était elle , en effist f qui l'avait fait pénétrer dans ce palais : elle rougît jusqu'aux yeux , elle redevint pâle , et puis rougit encore une seconde fois.
1 25. Enfin, d'un air tout-à-fiadt impérial, elle posa sa main snr les siennes; et puis pour demander de Famour p elle arrêta tendrement sur lui de» yeux qui n'avaient pas, certes, besoin d'un trâne pour persuadet} — toujours le même silence ; son front s'obscurcit, mais elle réprima encore ses menaces , car c*est le dernier moyen que songe à employer une femme qui se respecte. Elle se leva , fit une chaste pose, d'un instant, puis enfin se jeta au cou de l'esclave, et s'y tint immobile.
126. L'éjpreuve était rude, et Juan le sentait vivement; mais il était armé de douleur, de rage et de fierté \ et bientôt, par une légère violence , il se débarrassa de ses beaux bras, et il la replaça toute languissante à ses cotés. Alors.il se leva d'un air .al-* tier \ il promena «es regards autour de lui, puis les ramenant sur ceux de Gulleyaz : « Ii'aigle ne s'accou-. )). pie pas, s'écria-t-il, en prison; et moi je ne servirai » jamais la capricieuse sensualité d'une sultane. •
1 27 * » Tu demandes si je puis aimer ? juge si j'a» j) vivement aimé ; — puisque je ne t'aime pas ! Dans Ti ce vil. costume , les fiiseaux et la quenouille me » conviennent ; l'amour n'eil- que pour les cœurs li» » bres. La splendeur qui m'environne ne m'éblouit » pas : quel que soit ton pouvoir, et il. semble » grand , apprends que la tête peut se courber, les » genoux fléchir, les yeux veiller autour d'un trâne, » et les mains obéir ; — mais que nous sommes tou- » jours maîtres de nos cœurs. )»
1 28.. C'était là une. vérité tout-^-fait triviale pour nous; il en était autrement pour elle, qui jamais, n'avait entendu rien de pareil. EUe.croyait^que.^ la terre étant faite pour les reines et les rois, le moindre* de ses ordres, devait tou}cArs être reçu, avec trans-«'. p6rt. Mais de* savoir si le cœur était placé ii droite ou bien à gauche, elle ne s'en était j$imais souciée ;. tant est grande la perfection i qu'inspire là légiUmàé à ceux de ses favoris qui sentent bien tous les droits^ qu'elle leur donne sur les faon^mes.
12!^. ly ailleurs > comme où l'a déjà dit ^ elle était sibelle^ que même si elle se:fut trouvée placée dans la plus, humble condition, elle eût pu- édifier un royaume^. OIT le bouleverser s'il existait déjà. On présume bien ausslqu'elle accordait quelque pouvoir à des charmes si rarement perdus pour celles qui les possèdent. Elle pensait qu'ils.lui. donnaient un i2oiii/e droit dî^^bij et moi-même je> partage la moitié de son opinion^ .
i 30. O vous qui dans la jeunesse avez conservé votre virginité, rappelez^vous , ou (si vous ne le pouvez) imaginez une tendre douairière dont vous ayez repoussé les brûlans aveux à l'époque des jour» caniculaires ^ rappelez>^ous , dis-je, sa rage for^ cenée , ou représentez-vous tout ce que Toa a jamais dit ou chanté sur ce sujet , vous pourrez supposer quel dut étr.e l'air d'une jeune et candide beauté se trouvant en pareille position. ^
i 31 . Supposez , et déjà vous l'avez fait , la feiÂme
de Patiphar, ia lady Booby >^ Phèdre, en )in mot tout ce que l'histoire vcms offre de meilleurs exemples. Mais, poar votre malheur, «^ â jeunes g^n» de l'Europe ! les poètes et les précepteurs en citent trop peU| ét.jamais, ea vdkè représentant le peu que vous en iivez ^pris, vous ne vous feres une idée de la colère de Giflleyas.
132. Une tigresse à laquelle on enlève ses petits, une lionne, ou toute autre intéressante béte de proie, sont des similitudes qu'on a toujours sous la main pour pdundre la désolation d'une dame à laquelle on refuse quelque. chose; mais toutes ces figures n'expriment pas la moitié de ce que je devrais dire ^ et^ s'il vous^ plaît, peut*on en conscience comparer, pour une mère , ht perte d'un ou de plusieurs nourrissons avec celle de l'espérance de jamais en avoir d'autres?
133. L'amour maternel est la loi de toute la nature, depuis les lionnes avec leurs lionceaux , jus* qu'aux canes avec leurs canards. Rien n'aiguise un bec, ou n'envenime une gri£fe comme l'enlèvement d'une^ famille à la mamelle. Tous ceux qui ont vu des femmes, nourrir savent jusqu'à quel point elles aiment les cris , les piailleries de leurs en&ns *, et par la force de Veffet^ on peut assez juger (je ne veux pas fettguer plus long-tems votre patience) de la force encore plus grande de la ctuùe.
i 34. Si je disais que le feu sortit des yeux de Gul-
* Voyez le roman de Joseph Andrews, par Fieldmg.
GHAf^T CINQUIÈME. 345
leyaz; mots 'inntileft , — * car la flamme en jaillissait contÎBueliement j ou que se3 joues se couvrirent du • plus vit incarnat, je gâterais le tableau, car l'expression de sa figure n'avait rien de naturel : jamais elle n'avait éprouvé dans ses désirs lamoindre résistance^ et vous-mêmes qui avez vu des colères de femmes (Dieu 'sait si ce n'est rien!), vous de vous feriez pas encore une idée de la sienne.
1 35. Sa rage ne dura qu'une minute , et pour soà bonheur : un instant de plus l'eût tuée. Ce fut uni éclair rapide de l'enfer. Rien de plus sublime qu'aune colère énergique : horrible à voir, mais grande à raconter, elle ressemble à l'Océan qQa\id il vient frapper les rochers d'une ile. -^ Les cruelles passions , dont les formes de Gulleyaz étaient alors le siège , l'avaient transformée en une sublime tempête incamée. •
i 36. Autant eât valu comparer un orage vulg^re avec un typhon , qu'un emportement ordinaire avec sa furie : toutefois elle ne demanda pas à ftiir dans la lune-, comme le paisible Hotspur d'un merveilleux ouvrage. Peut-être , si sa douleur éclata sur un ton plus bas , faut-il en accuser son sexe doux et sa jeunesse. — - Ce quHl y a de sur, c'est que, comme Lear, elle souhaita seulement de « tuer, tuer, tuer ' . » Les larmes vinrent ensuite étancher sa soif de sang.
> Rf^Lear , acte it , scène 5 : « Ce serait une jolie malice ôe ferrer » les chevaux avec des chapeaux.' Je ressaierai ; — « et quand j ^aurai atr^ » trapé ces gendrcs-là, alors tue, tue, tue, tue, tue, tue. » (Kiil,
1 37 s Elle avait éclaté comme un orage y elle passa' rapidement comme lui \ elle passa sans une parole : — réellement il lui (ut impossible de* parler-; tout d'un coup la confusion ^ sentiment naturel à s<m seze^ et qu'elle connaissut faiblement^ se déclara et eou- Yrit son visage , semblable à Tonde qui s'élance vivement au travers d'une voie nouvellement décou^* verte. Elle se sentait humiliée ; — et, peur les gens de son espèce, Thumiliation est quelquefois salutaire :
1 38. Elle leur donne à entendre qu'ils sont formés de sang et de chair; elle leur insinue doucement que les autres , {>o«r être de terre y ne sont pas précisément de la boue , que les urnes et les cruches , sorties de la même poterie ^ et tantêt bonnes, tantôt mauvaises^ ont une fraternelle fragilité^ sans pour-^ tant avoireu les mêmes grands-parens. EUe leur ap-^ prend ^ — Dieu sait ' tout ce qu'elle leur apprend ! Mais enfin quelquefois elle peut les corriger^ et elley parvient même souvent.
i39. La première idée de la sultane fut de- priver Juan de la tête ; la seconde^ de sa seule présence ; la troisième, de. luî demander où il avait été élevé \ la quatrième^ de l'amener à force de sarcasmes à se re*
hU y etc. ; ce mot inûte fort bien le brait dn marteaa sqr le fisr des che- ▼aux. ) Letoorneur et HM. Guixot et Pichot qui ont rëuni Unrs efforts pour reroir, corriger ^préfacer sa traduction , onttous n<lgUg^^ rendre c>^ pa&aage , «pii me pardt d^ane grande beauté. > ' Ajoutons : et la France,
CHANT CINQUIÈME. 34'i
pei^tir *, la cinquième , d'appeler ses femmes et de «e mettre au lit; la sixième^ de se poignarder^ la septième, de condamner Baba au cordon : 7-* mais son grand expédient fut de se rasseoir et de sangloter.
140. Elle pensa, dis-je, à. se poignarder : mais use circonstance rendait sa position criti^pie, elle avait un poignard sous la main. Les corsets de TOrient ne sont pas rembourrés , et il n'édm pas impossible qu'un coup bien frappé ne la blessât dange-* reusement. Elle pensa à tuer Juan \ -— mais le pauvre garçon ! sans doute il le méritait par ses ridicules retards \ mais ejifin , la meilleure manière de pénétrer jusqu'à son cœur n'était pas de lui ouvrir la tête.
141 .Juan fut attendri : il était prêt à se laisser héroïquement empaler, mettre en quartiers et jeter aux chiens \ à mourir dans les plus affreuses tortures , à servir de proie aux lions, ou d'amorce aux poissons \ tout cela pour ne pas commettre un péchés — qui n'avait pour lui aucun attrait. Mais toutes ses résolutions de mourir se fondirent comme la neige devant les pleurs d'une femme.
1 42. De même que Bob-Acres sentit mourir sa valeur au milieu de ses lauriers, ainsi chancela, je ne sais comment, la force de Juan. D'abord il se demanda comment il avait fait pour refuser; puis s'il y avait moyen de revenir sur sa conduite. Bientôt il en fut à s'accuser d'une vertu sauvage , ainsi que Ton voit un moine maudire son vœu, et une dame sou
serment , quand ils sont prêts à oublier tant soit peu FunetTautre.
i43. Juan commença doùc par béga^r quelques, excuses; mais, en pareil cas^ les paroles ne suffisent pas y exprimassent-elles tout ce que les m'uses cban-^ tërent , iout ôe qu'un dandy bidouilla de plus dahêf, ou bien ncore toutes les figures dont nous fotigaa jamais CiMereagh. Déjà cependant un languissant 80\irire lui donnait Fespoir d'obtenir sa grâce; mais-^ avant qu'il allât plus loin /le vieux Baba entra avec vivacité.
144. « Fille du soleil^ sœur de la lune (telles » étaient ses expressions ) et impératrice de la terre ! » Vous dont le froncement ' détruit rharmonîe des » spbères^ dont le sourire faiit sauter de joie toutes » les planètes ; votre esclave , — -il espère n'avoir pas » mis trop d'empressement , — vous apporte une » nouvelle digne de votre sublime attention : le so- » leil lui-même m'a envoyé comme un rayon pour » vous annoncer qu'il s'approche en ce moment de » vous.
1 45 . » — La chose est-elle^ s'écria GuUeyaz, comme » vous^ le ^dites P J'aurais souhaité qu'il consentît à » voiler ses rayi)ns jusqu'au matin ! mais ordonnez à » mes femmes de former la voie lactée. Partez , ma
1 ticm ne disons guère que froncement des sourcils; les Ai|^w disent mieux et plus cnergicjuement frown. Des sourcilsécst en effet une espèce de pléonasme que Facadémie , dans l'intérêt de notre poésie ^ ferait bien de déconsidérer.
» vieille çQjnhte ! doone;; aux étoiles les avis coaven nables. — Et toi , chrétleti , confonds-toi avec » elles/ comme tu pourras^ si tu veux méritQr le par- » doo de tes précédens mépris. » -^ Ici elle fut interrompue par un bruit sourd ^ et enfin par un cri : « Lie sultan arrive, » • . *
146. D'abord vinrent les demoiselles , gârdesd^faonneur de la sultane , puis les eunucjues noirs et blancs de sa hautesse ] la suite entière pouvait être longue d'un quart de mille : sa majesté avait a^sez de politesse pour annoncer sa visite long-tems à Tayançe , surtout quand elle était nocturne. GuUeyaz , en e£Fet , était la dernière de ses femmes, étant naturellenient la plus- aimée des quatre.
i 47. Sa hautesse était un homme d'un aspect imposant y dont le turban descendait jusqu^au nez , et dont la barbe remontait jusqu'aux yeux. Arraché d'une prison pour présider une cour , il devait son •élévation au cordon qui avait étranglé son frère ^ C'était un excellent prince^ de l'espèce de ceux mentionnés dans Içs histoires de Cantemir et de KnoUes ^ \ .
' UabduirHavùd «uceeda à son frère, Blustapha UI, en I774> lûais ç^est par une licence poétique que Byron fait mourir du co^dpn ce dernier. Blustaplia mourut dans son lit, à- Page de cinqnante^hnit ans,
^ Dëmëtrius Cantemir, prince d$ Moldavie , auteur d'une His^ire de ^agrandissement et de la décadence de l'Empire çttomant Mie en latin , et traduite en français par de Jonquières : elle va jusqp'en 171 1. — Richard Knolles , historien anglais , peu estime dans sa patrie , au^r d'une Histoire générale des Turcs, jusqu'en 1610. On trouve dans la première partie de cet ouvrage peu connu , même ep Ângletejrre , une
espèce peu glorieuse , si Ton en excepte Soliman , la gloire de sa race * . '
1 48. Il allait à la mosquée au milieu d'une grande pompe , et disait ses prières avec une fxactitude
foole de curieux détails snr Forigine des conqnérans de TÂsie. On en doit la contianation, jos^'^en 1677 > '^ câèbre Ricaut.
< Penfrétre n'est-;il pas inatile de reznarqaer que Bacon, da^s son Essai sur P Empire, semble croire qne Soliman fat le derùier de sa race , sans qae je sache sor qaeîle antoritë. Voici ses paroles : « La fin » de Mnstapha fut si fatale à la ra«e de Soliman , {jae Ton n^ose ai:goar-r » dlioi assurer â les princes turcs depuis Soliman. sont de sa famille^ ou N s^ils sont d*un autre sang ; on regardait le deuxième Soliinan conmie M un prince suppose. » Mais il arrive souvent k Bacon de n'être pas trècfidèle dons ses autorités historiqi»s. «Ten pourries citer une domaine d'exemples , tires seulement de tes apophthegmes.
Pendant que je suis en train de critiquer , et après m'étre hasarde & relever les «erreurs de Bacon , j'en citerai aussi quelques autres aussi 1<^ gères qui se sont glisse'es/d^ins Tëdition des Britisk JPoets, ùâte par le justement câèbre Campbell. •— Je le fsûs, au reste , dans des intentions anûcales , et j'espère qu^on ne s'y méprendra pas. — Si quelque chose pouvût ajouter au cas que je fais des talens et du caractère loyal de cet écrivain, ce serait sa défense clalsique , mesurée et victorieuse de Pope , contre les propos et les gruh^street * du Jour.
Voici donc les inadvertances dont je veux parler :
i^ Pour ce qui regarde ÀBstey, qui aurait pris , telon lui , « ses principaux caractères àBmollett, » il est certain que le Gidâe aux eaux de Baih, d'Anstej , fut publié en 1766 , tandis que VHumphry Clinker de SmoUett (le seul des ouvrages de ce 'demies qui ait pu fournir quelques tmits à Tabitha, etc., etc., ) fut seulement écrit durant le dermer séjour de SmoUett à Livoume, en 1770. ^— Ergb, sM y a quelque emprunteur, Anstey doit être regardé comme lé créancier. Je m''en rapporte aux propres dates de Campbell, dans ses Vies de SmoUett et Anstey.
* Ce surnom , que Ton donne à Londres aux pamplilets les plus ^rëeiés et à sous les petits livres écrits par et pour U canaille', vient de ce ^e ces prodnctions se débitent ]^resque toutes, à Londres, dans U rue de Grub {àuMa^oi).
plus (fj! orientale 7 quant aa reste ^ il laissait à son visir le soin de son gouvernement^ et ne témoignait qu'une faible curiosité pOur ce genre cTafSiires. Je ne sais s'il avait quelques conti:ariétés domestiques ; — mais aucun commencement de procédure n^attestait
ao M. Campbell (lit , dans la Vie de Cowper (note de la page a58 , ▼ol, 1) , qu'il ne sait à <[ui Gowper Êiit allnsioH dans ces Ters :
• « Nor be 'who,Jor)ihe bane of thausands bom M BuUt G-od a church , and laughed fus \vord to scom, ^» .
Ici le poète calviniste entend parler de Voltaire et de Féglise de Femej, âonA Finscription était \ Deo erexit Voltaire. 3<> Dans la Vie de Boms, M. Campbell cite ainsi Shakspeace :
, « To gild refined gold, to point tke rose » Or add îres^perfume to the violet, »
^Ces corrections n'embelHssent mdlemenit Toriginal ,
« To gild refined gold y to point the lily ->} To trotir a perfnme on the violet, >»
(KiRG Joaiirs.)
*Qaand mi grand poète en cite nn autre , il devrait être correct ; il devait encore se gardée d'accuser légèrement de plagiat Tun de ses frères en Apollon. Un poète aimerait mieux piller toute e^èce de choses ( sauf Vargent) c[ue les pensées des autres. — • ^Ues ne manquent jamais li'étre réclamées; niais certes il est fort pénible d'être dénoncé comme débiteur y quand on se trouve , au contraire , le créancier : tel est le cas d'Anstej Vrégard de Smollett.
Gomme il y a de l'honneur parmi les voleurs , il faut qu'il j en ait aussi quelque peu parmi les poètes; et pour ce qui est de rendre à chacun ce qui lui appartient , nul , plus que H. Campbell , ne doit le faire avec désintéressement , puisque, jouissant d'une haute et incontestable réputation d'écrivain original , il est en même tems le seul poète de nos jours (Rogers excepté) auquel on pusse reprocher d'avoir écrit trop peu,
* {Note de Lord Byron,)
le moindre conjugal déaftccord ' : ou peut même dire que aes quatre femmes et ses mille jeunes fiJles renfermées se conduisaient avec autant de régularité qu'une seule reine chrétienne.
1 49. Par hasard^ s'il survenait un léger désordre^ on entendait peu parler du criminel et du genre de son crime. Le récit en glissait à peine sur une seule lèvre/ — Un sac et la mer dont on connaissait riucorruptible discrétion* avaient promptement rétabli le calme , et le public n'en apprenait jamais plus que Fauteur de ces vers. La presse périodfqu^ ne produisait jamais de scandale. — La morale n'en valait que mieux y et les poissons n'en valaient pas moins.
150. Il découvrait judicieusement de ses propres yeux que la lune était ronde , et il ne doutait pas davantage que la terre ne. fût plate , attendu qu'il avait fait un voyage de cinquante milles y sans avoir rencontré aucun indice de sa rotondité. Son empire était de même, sans bornes-, quelquefois, il est vrai ,* un peu troublé çà et là par des pachas rebelles ou .des giaours ambitieux^ ; ^mais ceux-là jamais ne se rendaient aux iScpf-TbMT^^.
> Noatelle allusion au scandaleic( procès conjugal de Georges iV avec la reine Caroline,
,^ Giaours (infidèles) , les princes clire'tiens.
3 C'est rinuuense châtean dans lequel on conduit les étrangers de distincUon <pii sont suspects an Grand-Seigneur. GuUejraz y demet^'ait. .Ainsi on peut en comparer la destination à celle de la Tour de Londires f jadis la demeure des rois, et des prisonniers d^ëtat. C'est aux Sept- Tours qu'il faut appliquer la magnifique description des appartemefis , que Byron a placée au commencement de ce chant.
151 . Excepté 8OU8 l'effigie des envoyés que l'on amenait pour y résider, cpiand une guerre était résolue, et cela conformément au. véritable droit des gens qui ne peut en aucun cas permettre à d'infâmes marauds ,. dont jamais épée n'arma la main diplomatique, de décharger leur spleen en créant un amas de chicanes, et en rédigeant leurs mensonges sous le nom de dépêches^ sans exposer un seul poil de leurs moustaches \ .
152. Il avait cinquante iUles et quatre douzaines de fils. — .Dès que les premières commençaient à sortir d'enfance ^ elles étaient renfermées dans un palais où elles vivaient comme dès nonnes jusqu'à ce qu'un hacha fut envoyé dans une province. Alors, celle dont le tour était venu l'épousait , quelquefois à peine âgée dé six ans. — Cela pourra 8enâ)ler étrange , mais rien n'est plus réel , et la raison , c'est que le hacha était tenu de faire un cadeau à son nouveau heau-përe.
153. Ses fils étaient tenus en prison jusqu'à ce que le tems arrivât pour eux d'obtenir un cordon ou un trâne -, mais les destins seuls connaissaient auquel des deux ils seraient appelés. En attendant, ils recevaient une éducation toute royale^ — comme l'a-'
' Ce fnt Philippe II , le Démon du midi , <pn le premier imagina de maintenir ien permanence , dans chacune des cours de TEurope , des en- Toycs dont tout le râle se bornait à espionner les souverains chez lesquels iU étaient accre'dités. Les autres princes ne tardèrent pas h suivre ce funeste exemple.
TeDement Ta toujours prouvé ] et jamais l'héritier présomptif ne manquait de se montrer aussi digne d'être pendu que couronné.
i54« Sa majesté , avec toutes les cérémonies dues à son rang ^ salua sa quatrième épouse ^ et Gulieyas mit austttât dans ses regards une tendre flamme » et sur son front une^ipression respectueuse, ainsi qu'il convient de faire aux dames coupables de quelque espièglerie. Pour empêcher qu'on ne les soupçonne d'avoir rompu Leur ban ^ il faut qu'acnés se montrent doublement empressées de l'observer , et nul <4Dari ne reçoit jamais un accnefl plus rassurant que quand sa femme l'a jugé digne de s'en aller au ciel.
1 55. Sa hautesse promena dans la salle ses grands yeux noirs , et en les arrêtant ^ suivant sa coutume, sur les jeunes filles , il aperçut Juan dans son déguisement : il n'en parut nullement choqué ni surpris , mais il remarqua un maintien sage et modeste en lui , tandis que GuUeyaz poussait vers le ciel un soupir inquiet. « Je vois, dit-il, que vous avez acheté » une nouvelle fille ; il est déplorable qu'une simple » chrétienne ait la moitié des charmes qu'elle réu-^ » nit. »
156. Ce compliment, en dirigeant sur elle tona les yeux , fit rougir et trembler la vierge nouvellement acquise. Ses camarades se croyaient également perdues : 6 Mahomet! faltait-it que sa majesté fît quelque attention à une gîaour, quand ses lèvres impériales ne s'étaient jamais ouvertes en &veur
d'aucune d'elles? Alors commença un chucbotemeot, un mouvement des yeux et des têtes ; mais l'étiquette ne permit à aucune d'elles de ricaner.
157. Les Turcs font bien de retenir — quelquefois du moins , — les femmes en prison ^ — car il est trop vrai que, dans ces funestes climats^ leur chasteté n'a -pas cette qualité astringente qui, dans le Nord, prévient les crimes inattendus et donne à notre moral une pureté supérieure à celle de la neige. Le soleil, qui, chaque année, fait fondre les glaces polairi^, produit sur le vice un effet entièrement contraire.
i58. Jusque-là va notre dironique : nous ferons ici une pause, bien que nous ayons assez de matière \ mais il est tems , suivant les anciennes lois de l'épopée , de replier nos voiles , et de mettre à l'ancre notre poésie. Si ce cinquième chant recueille les applaudissemens qu'il mérite, le sixième ofiMra des traits'd'un vrai sublime. En attendant, puisque Homère luiHonéme dormit quelquefois, vous passerez bien à ma muse un court et léger assoupissement.
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