‹ Œuvres complètes, avec notes et commentairesChapitre 33 sur 46 · I. aÇ · texte numérisé non relu

I. aÇ

M gonaelte. -^Qaaad toot le reste de l'univers se^ » rait enseveli sous les vagues rapides qui recdu* » vrent déjà dans leurs mortelles cavernes tant dç h cœurs jadis reolpUs d'amour, -«-vous aimeriez en- » core cet enfant, nouvel hâte du sérail ^ e% — si vous n essayez dnn aussi violent remède^ — excusez ma )) franchie , mais je vous assure que le moyen de » vous gâérir ne séiu pas de le tuer^

i'tô; » — =-E)b ! qtie connaii^to de Famour ou de h j> sensibilité? -~- Misérable 1 's0rs-! eria-^t-elle avec » des yeux irrités, ef exécute mes ordres! » Baba disparut-,. car, en poussant plus, loin seè observations^ il se serait exposé à devenir son^propre bourreau. II aurait, sans doute, bien aidei^ment doufaai^ mettre à fin cette affaire crîtiqc^, sand porter préjudice à son prochain-, mais encpre préférait-il sa tête à celle des autre».

1 47. Mais tout en se disposant à obéir, il ne se fil pas scrupule de grogner et de gronimeler en bons mots turcs contre les femmes de toutes les conditions, et spécialement contre lès sultanes y leurs habitudes , leur opiniâtreté , leur orgufeil , leur indécision , la mobilité de leurs désirs d'un instant k Vautre ^ les tourmens qu'elles donnaient ^' enfin leur itninoralité , qui chaque jour lui faisait mieux sentir lesavantages de sa néUtràliiéi

il 8. Il appela donc ses collègues à soli aide, et il chargea l'un d^eux d'aller sur-le-champ avertir le couple de s'habiller soigneusement, surtout de bien

mettre en ordre leurs chevelures ., pour se rendre ensuite auprès^de Fimpératrice , qui s'était informée ce matin d^elles avec la plus aimable sollicitude/ Dudù trouva cela étrange, et Juan en parut interdit ; mais il fallait obéir, et bon gré — malgré.

119. Nous les laisserons ici se préparera soutenir la présence itnpériale. GuUeyaz va-t-elle montrer de là compassion à leur égard, ou doit-elle se défaire de^ l'une et de l'autre , à l'exemple d'autres dames irritées de son pays ? -^ Voilà des choses qu6 peut déterminef* la chute d'un cheveu ou d'une plume ; mais à Dieu ne plaise que j'anticijpe sur le réstiltât d'un caprice féminin.

120. Je les laisse donc avec mes vœux sincères,' mais sans espérer beaucoup de leur accoùiplissemeQt^ poùrm'occuper d'une autre pavtie de notre histoire ; car nous sonimes obligés de v^ier un peu lés mets de ce banquet poétique. Espérpns que Juan échappera à la gloutonnerie dès poissons : cependant , malgré les difficultés et l'Incertitude de sa situation^ conimé le lecteur prend goût à mes digressions^ ma muse va toucher pour lui quelques mots de guerre.

C^àttt fSepiièmt,

i. Canament vou^ définrr, ô Gloire , ô Amour ? ^pu^ours yoiJ^s yoUigez sur tios têtes sans jamaisr vous, abaisser, et dans, le ciel pdls^ire il n'est pas un mé-téore aussi brillant ou plus fugitif que vos deux flambeaux. Enchçiînés sur une terre glaciale , nous élevons jpos regards y^rs leur trace forUinée, et nous les voyons reyètir mille et mille couleurs^ puis tout d'un coup nous laisser isolés sur jciotre froide, planète.

; 2. Tels ils sont, et telle est ma présente histoire : un poème indéterminé, toujoprs mobile ; une aurore boréale versifiée, qui flambe sur uiie tenre. glaciale, et déserte^. Qu'oi?^. se désole en apprenant. Iq secret de l'univers, rien de mieux ; mais encore n'est-ce pas un qrime^ je l'espère^, de rire de toutes choses 5 car, après «o/i« , qu'est-ce que toutes choses, — sinon de la vanité P . .

3. Ils m'accusent, — moi, — le présent auteur du présent poème , — et cela en termes fort durs , de • — je ne sais quelle tendance à mépriser et tourner en ridicule les facultés, les vertus et toutes les choses humaines. Bon Dieu! je ne conçois pas ce qui les scandalise là-dedans! Je n'écris rien qui n'ait été dît avant moi par Dante , Salomon et Cervantes 5

4. Par Swift j par Machiavel, par Là Rochefoucauld, Fénelou, Luther, Platon , Tillotson, W^g^ley et Rousseau y qui tous n'auraient pas' donné une patate de la vie. Si les choses sont telles , ce n'est pas à eux ni à moi qu'il faut s'en prendre, — - et , pour ma part, je ne songe nrullement à faire le Caton ou le Diogène-, — mais enfin nous vivons, nous mourons, et vous en êtes encore à savoir, aussi bien que moi, lequel des deux vaut le mieux. ' '

5. Sôcrate dit que notre seule science est; de sasfoir qupn ne peut rien sas^oir. Belle science , en vérité, qui replace- sur lé niveau de l'âne touà les sages futurs, présens ou passés. Et Newton (cet axiome de rintelligewe) déclarait bien , hélas ! qu'avec toutes ses grandes découvertes récentes il n'était qu'un é/ifant rantassant des coquillages sur les riv^e^ du grand océan de la vérité \ -. ■ '

6. L'Ecclé^iasîe dit que tout est vanité 5 — les plus modei^nes prédicateurs répètent ou démontrent la même chose, avec leurs citations toutes chrétiennes : en un mot, tout le monde, ou du moins le

' a Je ne sais , disait-il , ce que le monde pensera de mes travaux , )) mais pour moi il me semble que je rCs\ pas été autre chose qu'un en- » fant jouant sur le bord de la mer , et tantôt trouvant un caillou un » peu plus ]^K)li , tantôt une coquille un peu. plus agréablepaent variée. >» qu^une autre , tandis que le grand océan de la vérité sVtendait au-delà » de ma faible vue. » {^Mémoires authentiques de S, Isaac Newton ^ publiés pour la première fois en 1806, d'après les MSS> originaux. ) De nos Jours, M. Azaïs a trouvé Vexplication universelle ; il la révèle à . qui vent l'entendre , et trois fois par semaine , à Paris, rue du Colombier, n* 9.

plus grand nombre en a la conviction , et moi seul , au milieu de ee vide également reconnu par les saints, les sages, les poètes et les prédicateurs^ je ne pourrai , sans . m'exposer à des querelles , confesser le néant de la vie j

7. Permis à vous, dogues ou plutât hommes (car je vous flatterais en vous confondantavec les dogues qui valent bien mieux) , de lire ou de ne pas lire le tableau que j'essaie de tracer de votre naturel. Les hurlemienfi des loups n'interrompent pas le char de la lune -, les vdtres n'arrêteront pas ma radieuse muse dans sa course céleste. — Hâtez-vous d'assouvir votre rage y tandis qu'elle verse, encore son éclat sur vos pa^ ténébreux.

8* Amours sanglàns , perfideè guerres (je ne sais pas au juste si je cite fidèlement; — ^ peu importe ^ les faits resteront les mêmes , j'en sui^ sur) , c'est vous .que je chante , et ;en ce montent je me dispose à battre, une ville qui supporta un siège fameux et qui fut attaquée , du ,câté de la terre et de la mer^ par Suyaroff^ en anglais Suwarow, lequel aimait au«tant le sang qu'un alderman la moelle succulente.

9. Le nom de la forteresse est Ismaïl ' ; elle est située, sur le bras et la rive gauche du Danube : ses constructions, quoique dans le genre oriental, ne l'empêchent pas d'être une place du premier rang, ou d'awir été, m maintenant elle est. démantelée,

' Ou Smihel , en Bessarabie , à tpoî» lieuet au-dessus de Tendroit où le Danube , avant de se jeter à la mer , se impart en deux branches.

conforiïiément à l'usage aisez $aivi de vos conquiraas du jour. Eltee&t à quatre-vmgts yerates environ de la mer S et peut offrir une enceinte de trois mille toises.

10. Dsiûs cette enceinte fortifiée doit être compris un bourg: placé sur une hauteur à gauche , et qui , de soli point le moins élevé > commandait encore la ville ; un Grec avait imaginé (Je dresser à Tentour du sommet une.quantité de palissades ^ mais.il les.'Uvait justement placées de manière à empêcher W feu des assiégés et à servir celui, de Fennemi.

1 1 . Cette circonstance pourra faire apprécier les grands talens de -ce nouveau Vauban. Quant aux fossés de la ville, ils étaient profqnds comme rOcéan, et les rempart^ étaient plus hauts que vous, n^ pourriez demander à être pendu I mais ensuite il y avait (excusez, je vous prie, cette Inspiration' d'ingénieiir ) un grand manque de pi^caution : nul ouvrage avancé $ nul chemin couvert^ rieû en un mot q^ eut seulemml Tair ^e dire : Ici Von ne pasm pas.

1 2. Un bastion de pierre avec une gorge étroite f ,

* Enit lieii£5.'

* Quelles .lecteurs peu familiarisés ayec le nom des ouTrages de fortificatioa ne seront peut-être pas ftdiés d'en iretrouTer ici rcxplîcation. Le baêtion est nn ouyrage orctinairement angulaire et en saillie hors du corps de la place. — La gorge est Pentréé d'une pièce de fortification dû c6ii de la place. — Caseînatej plate-forme pour couvrir le canon.' — Barhette y plate-forme de laquelle on peut tirer le canon à découvert. — ' CwaUer, terr« életée oit l'on place du canon.

des murs aussi épais que la plupart de vos cervelles , et deux batteries défendues > comme le bienheureux saint Georges de pied en cap, l'une par une casemate et Tautre par une barbette^ protégeaient vigoureusement la riVe du Danube ^ , et , du côté opposé de la ville » vingt-deux pièces de canon biien pointées étaient hérissées sur un cavalier de quarante pieds de haut.

13. Mais , du côté du fleuve , la ville était entièrement ouverte , parce que les Turcs né pouvaient se laisser persuader qu'un vaisseau russe pût jamaisi s'ofltrir en vue. Ils ne reconnurent meine leur erreur qu'à l'instant où ils furent surpris , mais alors il était trop tard pour se raviser ; bt comme le Danube n'offrait pas un facile abordage, ils se contentèrent de suivre des yeux la flottille .moscovite et de crier : « Allah ! et Bismilïah^ ! »

14. Cependant les Russes se préparèrent à l'attaque ; mats ici , déesses de la guerre et de la gloire , instruisez-moi à épeler tous ces noms de cosaques qui deviendraient immortels , si l'univers apprenait jamais leurs actions. Que reptH)cherait-on y en efifet, à leur mémoire? Achille lui-même n'eut jamais un visage plus refrogné ou plus couvert de sang qu'un

» Sans doute la riye.drpitc. Gomme, le poète va le dire plïis bai, les Tares n'avaient pas prëvn l'arrivée d'une flotte ennemie; ils n'ayaient donc defeiM^u <ju^ la rive opposée à celle sur lacpelle s'élevait la ville , et cela dans la crainte ^ué l'armée de terre n'essayât de tra^veraér le fleuve.

» Dieu l et au nom de Dieu ! Tous le§ chapitres du Cocaa , toutee les prières et actions de grâces des musulmans commencent, par JSismiliah l

millier de héros de cette nation nouvelle et policée > aux noms desquels il ne manqué vraiment que la prononciation.

15. Ten rappellerai cependant quelques-uns , ne fut-ce que pour enrichir Feuphonie de notre langue. — On voyait paVmi eux Strongenoff et StrokonoflF, Meknop , Serge Lwow , le moderne grec Arseniew , puis Tschitsshakoflf', Rogùenoff^ ChokênofiP et d'autres pareilles pièces de douze consonnes. J'en dirais un bien plus grand noQibre si je pouvais fouiller plus à fond dans les gazettes ; mais la renommée est une capricieuse prostituée^ qui semble autant se servir de ses oreilles que de sa trompette.

16. Et elle refuse de monter au ton de la* poésie ces syllabes discordantes dont on a fait, à Moscow^ des noms propres. Cependant, parmi ces derniers, plusieurs méritaient, d^être loués autant que jamais vierge le jour de son mariage : ils finissaient en ischkiriy ousckin, îff^^^^Jff ouski, mots suaves et fort bons pour les péroraisons» temporisantes de Londonderry. Nous ne pouvons encore en citer que Rousamouskî , —

17. 'Scheremâtoff et Chremaloff, Kôklophti , Koclobski, KouSakin et Mouskin-Pouskin , tous les rileîUeurs guerriers qui eussent jusqu'alors marché contre un ennemi , «u enfoncé le, sabre dans une peau. Peu se souciaient-ils du mufti ou de Mahomet, sinon pour faire de leur cuir une peau nouvelle a leurs timbales , dans le cas où le parchemin

viendmit à renchérir, et à défaut de tout autre objet pour le rqnif^lacei^.

1 8. Parmi eux se trouvaient des étrangers de grand renom et de diverses contréies^ simples volontaires, ils ne song^ient pa^ à servir leur patrie ou son gouverneqae&t , mais à devenir un jour -brigadiers ^ et quelque peu aussi à ^e trouver au sac d'une ville y car c'est xméà 0ccadion fort douce aux jeunes gens de leur âge. Il y avait plusieurs généraux anglais/ dont seiz^ s'appelaient ThomsQn et dix-^neuf «SrniVA '.

19. Jadk Tboiasoti , Bill Thoinson. — Tou^ les autres, comiSHQ le -grand poète,, s'appelaient Jemmy ^. J'ignore s'ils avaient un cimier ou des armoiries, mais un tel psirrain vaut sans doute bien un quartier. Quant aux Smith , ils étaient trois Pierre ; mais le premier d'entre eux tous, le pluâ habile à donner ou parer un coqp , était celui-là devenu depuis si célèbre dans les environs d'HaUfaXy mais qui était alors au service des Tar tares ^ /

20. X>cs autres étaient c^s Jacks, des Gills^ de^ Wills et des Bills \ mais quand j'aurai ajouté que le plus vieux des Jacks Smith était né dans les mon-^ tagnes de Cntnberland, et que son père était un hon-

» Smith en anglais, Schmitt en vXLemxoià, et Lefehvre, Fabre en français , sont des noms pooprcs extrêmement communs. Ils r^ondent à celui d^ouTrier forgeron sur toute espèce de mëtaux. — Thomson, fils de Thomas.

* Ou Jam^s. — James Thompson , Tauteur des Saisons,

* Peut-être sir Sîdney-Smiih , qui , huit ans plus tard , commandait 1m troupes anglaises en Tonpue.

néte foi^eron , j'^aurai dit tout ce que je sais d'un nom, qui remplit troiç lignes de la dépêche sut* la prise de Schmacksmith ; ainin nomme-t-on le village de la déserte Moldavie , où mourut cet homme immortel— dans un bulletin ' .

21 . Je ne sais ( maigre tout le cas que je fais de Mars ) si l'insertion d'un nom dans le bulletin peut compenser par&itement celle d'un boulet dans le corps. On ne me fera pas , je l'espère , un crime de ce doute ; car je me souviens , tout simple que je suis, d'avoir vu la même idée dans un certain Shakspeare> dont il suffit aujourd'hui de citer les pièces déréglées pour acquérir le titre de bel-*esprit.

22. Là se trouvaient aussi des Français, vifs, jeunes et vailLms ; mais je suis trop ardent patriote pour mentionner , dans un jour de gloire , des noms gaulois. Ptutât dire vingt mensonges qu'un seul mot de vérité ; — celles de ce genre sont des trahisons ; elles compromettent la patrie , eH'on déteste comme traître quiconque a l'audace de nommer un Filançais en langue anglaise, quand ce n est pas afin de prouver à John Bull que la paix doit ajouter à sa haine pour la France.

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