Il est étonnant qu'il maudisse encore aujour
' Ce .jeu de mot9> détestable en français, est exceUent en anglais, parce que Pexpression prorerbiale to s<we one's bacon s'emploie dans les eoiiT«itfttîon« les phis âëgMnment femifièras, pour préàerver sa personne,
^ On sait qae ce mot désigne le peuple anglais. Il si^ûfié Jean Taureau y et c^est ainsi qu'autrefois le peuple français avait celui de Jacques BonF-BommCf qu'il mérite encore.
' En if iSy & f occasion du voyage de Fempereùr Alexandre et du roi de Prusse en Angletene, k ministèM ordonna des illuminafioBs dont les Ma s'ëlevèrent à plus de dix nnllioii». L'alloeatifni de cette somm« causa de yiolens débats dans la chambre des commîmes.
. d'hui ses yeux % car ils le sont depuis loDg-tems^ et les diables^ ne doivent plus se soucier de ce serment, jadis fameux, depuis qu'il a entièrement perdu l'usage de la vue. A l'entendre , aa dette consti^ tue sa richesse^ les taxes son vrai paradis ^ ; et quand la famine , escortée de sa livide et décharnée famille, apparaît devant lui , il ne la reconnaît pas, ou bien il s'écrie que la famine est fillef de l'agriculture.
46. Mais laissons John Bull et revenons à notre conte. Grande joie dans je camp , pour les Russes, les Tartares , les Anglais y les Français et les Cosaques! Suwarow présageait' de brillantes journées, et paraissait , à leurs yeux , semblable au gaz qui vient remplacer la paisible lumière de la lampe , ou comme ces feux follets toujours, voisins de marais humides ^ et qui guident ceux qui les aperçoivent dans des chemins semés, de fondrières. Le nouveau chef allait, venait, et tout le monde, à l'aspect de ce mobile flambeau , s^'empressait de suivre aveuglément ses pas.
47. Mais ici les choses eurent un tout différent résultat. La flotte et le camp , pleins d'enthousiasme et de satisfaction , saluèrent Suwarow avec déférence , et tout annonça que la fortune était de retour. On^ s'avança de la place à une portée de canon \ on cens-
^ AUuûon aa jurement ordinaire des Anglais : God damnyour ey:es,
^ « Le crédit , disent tous les polîtico-banquiem , est la base de la » richesse. •— L'ékhration des taxes est la mesure de la liberté et du i) bonheur d^une nation. »
truisit des échellea ^ on répara les dommages des. premiers travaux, on en fit de nouveaux^ on réunit des iascines et toutes sortes de machines commodes.
48. C'est ainsi que Tesprit d'un seul homme dirige les mouvemens d'une multitude : de même que les vagues obéissent à Timpulsion du vènt> ou que le troupeau pait sous la conduite dti taureau ^ de mém^ que le petit chien dirige le$ pas de rayeugW et que le mouton conducteur fait accourir derrière lui sea compagnons en agitant la sonnette pendue à son cou : ainsi nos grands hommes gouyement-ila toujours les petits. ^
49. Tout le camp était dans la joie; vous auriezcru qu'ils se préparaient à aller à la npce. ( Je ne vois rien d'inexact dans cette métaphore v du moinfi ^ dan^ les deux cas ^ le résultat est«il également la discorde, y U n'était pas jusqu'au dernier soldat du train qui né désirât les dangers et le pillage : pourquoi ? parce qu'un laid , vieux et petit homme , au jusqu'à la che- ~ mise , était venu commander l'avant-garde. "
50. Mais les choses en étaient ainsi. Tous les préparatifs furent faits avec vivacité : le premier détachement , formé de trois colonnes , ayant pris sa position^ n'attendait plus que le signal pour fondre sur l'ennemi -, le second , également de trois colonnes , avait une soif de gloire qu'il aurait voulu apaiser dans une mer de sang ; le troisième , composé de deux colonnes^ devait engager le combat sur le fleuve.
4ai I>ON JUAN.
51. De nouvelles batteries furent encore dressée». On tint on conseil général , et y comme Cela est quelquefois arrivé à la dernière extrémité , on y vit régner Tmianimité , cette déesse si étrangère à la plopan des conseils. Tontes les difficultés étant surmontées f la gloire commença à briller d'un vif éclat àtons les yeux , et cependant Suwarow , déterminé k la mériter y s'occupait à exercer ses recrues à l'emploi de la baïonnette ' .
53. C'est un fSsiit bien reconnu que , malgré sa dignité de commandant en cbef ^ il daignait en personne discipliner les soldats les moins exercés , et qu'il savait trouver le lems de faire auprès d'eux les fonctions de cdiporal. Comme on feit prendre à la salamandre l'habitude de sucer la flammé sans en être molestée, ainsi les acceutumait-il è monter êûv une écheHe ( non paa celle de Jacob ) ou bien à franchir un fessé.
53. Il fit. habiller des fescines comme des hommes^ avec des turbans , des dagues et des cimeterres j puis il fil charger à la baïonnette ces mannequins, pour donner à ses gens une leçon contre les véritables Turcs. Quand ils furent bien dressés |i ce manège, il jugea qu'il était lems de commencer sérieusement l'attaque. Vos gens habiles se moquaient de sa conduite ; *-* il nq leur répondit rien; mais il prit la ville.
* Ce fait est exact. Suwarow commandait lui-même rexercice.
CUANT SEPTIÈME. 403
54. Tel était l'état de k plupart des choses la veillé de l'asaKSiut : tout le camp était daiis le plus si* léncietix repos. Vous le croireis difBcilemëtit ; niais les hommes décidés à braver tons- les dangers rédé^ vienneat calmes sitôt que tout a été décidé. Les conversations étaient rares ; car les uns $ë traDspôrt^teÀt eu pensée dans leur maison ^ auprès de leurs amis ^ les autre» songeaient à eux^-mémes èt-k leur aVenit* -^personnel. ^ .
55. SuwarbW surtout était sur l'alerte; il examinait ^' dreefsaH: , ordonnait 9 plaisantait et réfiéchis^ sait; car, nous pouvons hardiment le dire, c^était un homme lâerveilteux, au-delà de toute merveille, Héros , bomffon , moitié ange et moitié diable , priant ^ instruisant , désolant et ravagès^nt ; aujourd'hui Mars, demain Momus; et quand il assiégeait une forteresse, véritable arlequin en uniforme.
56. Le jour qui précéda l'assaut , comme ce grand conquérant était retenu à l'exercice — par ses fonctions de caperal , — à la chute du crépuscule , quelques'cosaques, tnaraudant comme des faucons autour d'une montagne , rencontrèrent un parti d'hommes , l'un desquels parlait leur langue ^ -^ bien ou mal , l'important était qu'il se fît entendre; ipais, soit par son accent , ses discours ou ses manières , ils reconnurent qu'il avait autrefois servi sous les mêmes dra-^ peaux.
57. Sur la demande de celui-ci, ils le conduisirent, avec ses compagnons, au quartier*généraK
Leur costame était muaulmaii ; cepeudaqt vous âuvieT^ pu reconnaître, en eux des Tartare« déguilsés , et un fond de christianisme sous leurs riches vêtemens turcs; mais en couvrant ainsi certaines grâces naturelles d'une pompe extérieure , ils rendaient d'autres étranges méprises très«-difBciles à éviter.
58, Suwarow était* en chemise, devaàt une compagnie de Calmoucks ; il les exerçait, menaçait et amusait ; il jurait après les moins alertes et faisait des sermons sur le grand art de la tuerie l^ — car c'est ainsi <^e ce grand philosophe y aux yeux duquel l'humaine argile n'était que de la boue ordinaire^ inculquait ses nobles maximes ; et à sa voix toutes les intelligences militaires sentaient parfaitement qu'il était indifférent de gagner dans les combats une pension ou la mort. —
59, Suwarow, à l'approche de cette compagnie de cosaques et de leur caipture, tourna vers eux son front couvert et ses yeux perçans. — «( D'oifveneï- » vous? — De Copstantinople, où nous étions ^es^ » claves '. — Qui êtes- vous? — Ce que vous voyez -v Telle était la concision de leur dialogue, celui qui se chargeait de répondre sachant à qui il parlait et songeant à épargner les mots,
60, — <( VosDomsr? — Le mien, Johnson, et ce- » lui de mon camarade, Juan : les deux autres sont » des femmes , et le troisième n est ni homme ni
' M. A. P. a ni^gligc de traduire cette réponse.
» femme. » Le général promena sur les autres un œil rapide^ puis ajouta : « J'ai déjà entendu votre nomi » celui du second m'est étranger. Il est absurde dV )> -voir conduit ici les trois autres^ mais passons. — » Je crois, vous , avoir entendu votre nom dan« le » régiment Nicolaiew?-^ Le mien même.
, 61 . » — Vous avez servi à Widin ? -^ Obi. -^Vous » conduisîtes l'attaque ? — Justement. — Et ensuite ? » — ^ J'en sais à peine quelque chose. — Tous montât^es » le premier à la brèche ? — Au moins ne fus^e pas le )> dernier à suivre celui qui en a pu donner Texem- » pie. — Et qu'en résulta-t-il ? — Un coup de feu » me renversa «ur le dos et je fus fait prisonnier. — - » Tous serez vengé , car lai villeassiégéeest deux fois » aussi forte que celle où vous fûtes blessé.
62. » Où- voulez-vous servir? — Où vous voudrez. D — Je sais que vqus aimez à être dai^s les enfansper- » dus; sans doute vous voulez £Dndre le premier nur Ji l'ennemi 9 après les maux que vous avez déjà souf- » ferts. Et ce jeune garçon^ que fera-t-il avec son » visage sans barbe et ses .habits déchirés ? — Ah I » gén^écal , «'il li'est pas plus mauvais pour la guerre » que pour. l'amour , il montera le premier à Tassant. , 63. » — Il y sera, s'il lose. » — Ici Juan s'inclina profondément comme le compliment le méritait. « Par » un bienfint spécial de la Providence , continua Su* » warow , votre ancien régiment doit conduire ce » matin ^ peut-être même cette nuit, l'assaut. J'ai « fait vœu à plusieurs saints que dans peu le soc ou
n la charrue passeraient sur ce qui fut Ismaîl^ et que » les plus superbcfs mosquées û'àrréteraîent pas leur » tranchant.
64. >» Ainsi , maintenant , à la gloire ^ mes enfans ! » Après ces mots il se retourna et continua y dans les termes russes les plus classiques , à animer ses soldats, jusqu'à ce que tous ces grands cœurs de héros fussent impatiens de la victoire et du butin. On Feût pris pour un prédicateur en chaire (de ceux qui regardent avec dédain tous les biens terrestres^ sauf la dîme) , en le voyant exhorter ses auditeurs à ^é ruer sur les païens et à massacrer ceux qui résisteraient aux armes de la chrétienne impératrice Catherine.
65. Johnson qui, d'après ôe long colloque, se regardait comme le favori de Suwarow, se hasarda à s'adresser encore à lui > bien qu'il le vît retourné à ses chères occupations. « Je vous rends grâces, dit- » il, de m'a voir ainsi permis de mourir l'un des T» premiers; mais si vous indiquiez plus positivement )> notre poste,- nous saurions mieux, mon ami et » moi, ce qu^il nous faudra faire.
i56, » — Bien ! j'étais occupé, et j'oubliais. Vôud, » vous rejoindrez, votre ancien régiment, qui est » déjà, sous les armes. Holà! KatskoflF(ici il appela )» un Polonais)-, cbnduis-le à son poste ; j'entends le » régiment Nicolaîew. Cet autre étranger restera » avec moi : c'est un beau garçon. Quant aux fem- » mes, elles peuvent se retirer dans les bagages ou » bien à l'ambulance. »
67. Maiê ici commença une autre scène. Les darnes^ qui n*aTaient pas l'habitade d*étre traitées de la «orte (et cependant^ élevées dans un harem, elles étaient bien pénétrées de la meiHécire doctrine du monde, celle de l'obéissance passive ) 5 -^ leë femm^ alor» soulevèrent la tête.; leurs yeux brillans parurent hnmecté» de larmes, et, comme la poule étend les ailes sur ses poussins, elles étendirent leurs bras
68. Sur les deux nouveaux bi^ves qui venaient ainsi d'être honorés par le plus grand capitaine qui jamais eut peuplé l'enfer de héros tués, ou plongé dansle désespoir une province ou un royaume. Mortels extraivagans et toujours vainement éprouvés \ un laurier est donc une chose bien glorieuse, pour qoe' vous croyiez devoir acheter une seule feuille de cet arbre, prétendu immortel, avec une meir toujours montante de sang et de larmes ?
69. Suwarow fiaiïsait peu d'attention aux larmes, et n^éfait pas tivemeùt attendri par le sang ; cependant il ne put voir, sans uïié sorte d'émotion , des femmes, la tête échevelée, dont tous les traits exprimaient une agonie cruelle. Les hommes qui font leur métier de la tuerie ont le cœur Cautérisé contre les angoisses de plusieurs millions d'hommes , mais une douleur isolée peut inspirer de la compassion , même aux héros , ' — et Suwarow en était un véritable.